‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 149 sur 165 · SC · texte numérisé non relu

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mands commençaient à faire des alliances avec Télranger.

. L'inquiétude des protestants fut encore excitée davantage par le choix de rhéritier de l'empereur; car, comme Mathias lui-même, ainsi que ses frères Maximiiien et Albert, n'avaient point d*enfants, et que les aiïaires de l'Etat n'avaient pas un grand attrait pour ces deux derniers princes, ceux-ci renoncèrent à la succession des Etats autrichiens, à laquelle ils avaient droit, et proposèrent pour successeur leur cousin, le jeune archiduc Ferdinand, déjà possesseur de la Styrie, de la Carinthie et de la Carniolc. Toute cette affaire fut fort désagréable à l'empereur : il dut sentir la main de la Providence qui lui faisait expier l'injustice commise à l'égard de son frère Rodolphe ; mais ses frères y mirent tant d'instance qu'il fut enfln obligé de céder. Ferdinand fut reconnu pour futur roi de Bohème dans une diète en 4 C'1 7, et trois semaines plus tard il fut couronné avec pompe dans Vienne. Les états n'exigèrent rien autre chose que la confirmation des droits dont ils avaient joui jusqu'aloi*s , et Tabsence du nouveau roi dans les afraires du gouvernement tant que l'ancien roi vivrait.

Ce Ferdinand a été la principale cause de ce violent ébranlement de son époque, et mérite d'autant plusd'étre sévèrement et équitablement apprécié, que, dans tous les temps, U a été plutôt injurié ou traité avec passioa que soumis à un jugement calme. Il fut élevé dans l'université d'Ingolstadt, en Bavière, particulièrement par des jésuites, et sous les yeux du duc Guillaume de Bavière , catholique zélé , et nourri depuis son enfance dans les principes les plus sévères en matière de religion. Il croyait fermement à une seula Église, et il regardait comme son premier devoir d'y maintenir tous les hommes ou de les y faire entrer par tous les moyens qui sont en la puissance humaine , par la bonté et la sévérité, par la force de la parole et par celle de l'épée ; « car le salut de l'àme, lui avait-on dit, va devant toute considération humaine. » Aussi a-t-il suivi ces principes toute sa vie avec laf plus grande fidélité ; il se croyait destiné par Dieu à être le chamjnon de l'Église catholique et le restaurateur deTancienno croyance. Mais, de cette croyance, il n'en a point fait un mystère ; il est entré franchement et loyalement dans 'l'arène , et c'est 1^ son cété glorieux dans l'histoire : car

tout homme qui suit avec opiniâtreté et sans arrière-pensée, de toutes les forces de son être, ce qu'il a une fois reconnu comme juste etsacré, est certainement un homme honorable.

Le jeune prince , à peine devenu maître dans ses Etats , se mit à réformer, c'est-à-dire qu'il ramena Tancien usage dans le service divin : il mit en avant le principe qn'nn souverain ne doit souffrir qu'une seule religion dans ses Etats, afin qu'il y ait une parfaite unité d'esprit et de volonté; et comme la paix de religion d'Augsbourg ne donnait dans ce cas aux non croyants que le droit de s'expatrier, il força ceux qui ne voulaient pas se rallier à l'ancienne Église de sortir du pays. Ces mesures élaîeut dures ; car il n'est rien de plus dur pour un homme qui s'attache et qui sent vivement, que d'être obligé de quitter pour toujours les lieux où ont demeuré ses ancêtres, et où il a luimême passé les premières années de son enfance. Il devait donc nécessairement s'élever de grands mouvements dans les Etats de Ferdinand.

La nombreuse population des montagnes se leva la première , parce que ces hommes , qui ne quittent jamais leurs montagnes , qui vivent éloignés du tracas do tontes les relations sociales, et qui sont habitués à considérer les grands et éternellement immuables tableaux de la nature sans s'occuper de l'inconstance des affaires humaines, tiennent plus fortement que tons les autres à leurs opinions et au sol de la patrie. Cependant il y avait dans les mesures du jeune prince tant de fermeté et de calme , il se montrait si résolument sévère, qu*il avait prévenu les éclats du mécontentement avant qu'ils eussent paru, et que, malgré toutes les maisons de justice qu'il avait érigées de tous côtés, pas une goutte de sang ne coula. Aussi ce fut comme un ^prodige e%\Xisé aux yeux de tout le monde que , dans l'espace de quelques années , on ne vit plus aucune église protestante dans le pays où la plus grande partie des habitants s'étaient attaches h la uonvelle doctrine , et qu'on n'y entendît plus un seul prédicateur prolestant. Une pareille énergie dans un jeune prince devait soulever de grandes espérances pour un des deux partis, et de grandes craintes pour l'autre. Les états de l'Union en Allemagne , et surtout l'électeur palatin , voyaient donc , d^s élévation de Ferdinand comme chef de la maison d'Autriche,

HISTOmE DU PEUPLE ALLEMAND.

de nouveaux motifs pour affermir leur alliance.

Us travaillaient toujours à gagner Télecteur de

Saxe , mais en vain. Son indisposition contre

l'Église calviniste faisait sans doate au fond de

son cœur une opposition forte ; mais aussi le

désir de conserver la paix dans Tempire avait

une grande influence sur sa résolution; et ce

désir était bien marqué parmi la plupart des

princes luthériens, surtout depuis la mort do

Maurice. Unç lettre de Télecteur de Saxe à

Tarcbiduc Ferdinand prouve que du moins

chez lui ce sentiment était réel ; il lui disait :

« Puisqu'on en est venu à un tel point qu'on

ne peut qu'à peine trouver quelques traces de

bonne intelligence et de confiance parmi les

états d'Allemagne , il faut au moins s'efforcer

de ranimer en quelque sorte le peu qui s'y

trouve; car, si cet état actuel et dangereux

doit durer, si l'on doit recourir plutôt à la

plus extrême sévérité pour guérir qu'aux

moyens plus simples , il est évident que cette

tentative de guérison ou entraînera la ruine

totale de l'un ou de l'autre des deux partis , ou

conduira, après beaucoup de sang répandu,

après avoir causé la ruine du pays et de ses

habitants , à des moyens mitoyens que l'on peut

dès à présent employer sans violence ni

danger. » Ces paroles étaient comme une

annonce de l'avenir, et auraient pu frapper

Ferdinand de quelques rayons de lumière, s'il

n'avait tenu ses yeux forlenient fixés sur un

seul point. Un autre témoignage plus expressif

encore se manifesta peu de temps après , et lui

présagea la proximité du danger qui menaçait

sa maison.

Mouvements en Bohême. — Commencement de la guerre de trente ans.

Depuis la nomination de Ferdinand pour futur roi de Bohème, les protestants crurent remarquer dans le pays plus d'activité et plus d'assurance parmi les catholiques. La renommée, qui dans les temps extraordinaires est toujours plus agitée et plus effrayante que jamais, portait avec elle mille détails qui leur annonçaient de grands dangers. « La lettre de majesté qui garantissait leur sécurité et leur liberté était sans force, parce qu'elle avait été extorquée au roi Rodolphe ; » ainsi parlaient les catholiques , disait-on : « A l'arrivée du roi Ferdinand , il y aura un jiouveau roi et une

nouvelle loi ; il y aura plus d'une tète qui tombera. Les biens passeront en d'autres mains, et plus d'un pauvre se trouvera riche du bien de ses parents. » De plus, quand Ferdinand prêta hommage , on fit colporter par toute la Moravie des tableaux où le lion de Bohème et l'aigle de Moravie étaient représentés enchaînés, et près d'eux un lièvre endormi les yeux ouverts , pour signifier que les états avaient beau ouvrir les yeux , ils ne comprenaient pas quel sort leur était réservé. Ces démonstrations hostiles et bien d'autres, grossies encore en. passant débouche en bouche, -jetaient l'effroi dans tous les esprits.

Enfin on ne manquait pas non plus de raisons bien plausibles pour susciter des querelles. Ainsi, la lettre de majesté assurait aux protestants de Bohème la liberté de construire de nouvelles églises ; mais le gouvernement restreignait le sens de cet article aux provinces protestantes du royaume, et refusait son application dans les provinces calholiqucs/En 4647, les protestants qui se trouvaient dans la juridiction de Tarchevôché de Prague bâtirent une église dans la petite ville de Clostergrab, et^ceux de la juridiction de l'abbé de Braunau en bâtirent aussi une dans leur village. L'archevôqufi et l'abbé ne voulurent pas les tolérer, et ils en portèrent leur plainte à l'empereur. Puis , quand les églises furent terminées, l'archevêque fit valoir un ordre impérial ; l'église de Closlorgrab fut démolie jusqu'aux fondements, et celle de Braunau fut fermée; ensuite, comme il s'éleva une révolte à ce sujet, les citoyens les plus mutins furent jetés en prison.^

Alors les protestants crièrent à la violation de la lettre de majesté , et ils trouvèrent un chef résolu dans le comte Mathias de Thurn. Ce comte, né à Gratz, sur les frontières de l'Italie, mais alors devenu citoyen de Bohème, soutenait avec toute la chaleur du sang italien ses croyances et ses libertés; et il fut choisi pour défenseur des évangélistes en Bohême. Ce fut sous ce titre Çn'il convoqua les états protestants à Prague. On fil parvenir à l'empereur plusieurs suppliques, pour le pricr-de faire cesser les motifs de leurs plaintes, et de rendre â là liberté les citoyens de Braunau, toujours retenus prisonniers.

La réponse de l'empereur fut très-dure. La résistance des habitants de Braunau et de Clos-

HISTOmE pu PEUPLE AIXEMAND,

tergrab y est appelée une révolte; les états y sont fort blâmés de s*ètre occupés de citoyens étrangers pour eux, d'avoir tenu des assemblées illicites, et d'avoir cherché, par de faux bruits sur les dangers de la lettre de majesté , à arracher à Terapereur Taraour et la fidélité de ses sujets, etc. La menace q\\\ venait ensuite : « On examinera l'affaire et on rendra h chacun suivant ses mérites, »- acheva de donner aux esprits déjà excités les plus grandes craintes sur l'avenir. De plus , le bruit se répandit que cet écrit n'avait pas été fait à Vienne, mais bien à Prague même , dans la maison du gouverneur, et même particulièrement par deux conseillers catholiques, Martincz etSlavata. La colère qui éclata se porta donc sur eux comme sur l'objet le plus immédiat. Déjà depuis longtemps ils étaient haïs, parce qu'ils n'avaient pas voulu prendre part à la confection de la lettre de majesté , il y avait neuf ans; on racontait encore maintes circonstances très-irritantes do leur zèle pour l'Église catholique. On disait que MartiHez avait fait chasser par des chiens à l'Eglise catholique les protestants qui étaient sous sa juridiction, et que Slavata -avait forcé ceux de la sienne à se faire catholiques en leur refusant le baptême et l'enterrement en terre sainte.

Les députés des états , exaspérés -par ces bruits, se présentèrent, le 23 mai 4618, armés et accompagnés de leurs gens, au château royal de Prague , devant les gouverneurs, et leur demandèrent s'ils avaient fait partie du conseil quand on y avait délibéré l'écrit impérial si dur et si hostile pour eux, enfin s'ils avaient opiné pour lui ; et, sur leur réponse qu'il fallait auparavant appeler les membres du conseil absents, pour aviser sur une affaire si importante , quelques hommes de la foule s'avancèrent et dirent : « Nous savons qu'Adam de Sterneberg, le premier burgrave, et Dipold de Lobkowitz, ont en effet assisté à la délibération sur l'écrit, mais qu'ils n'ont pas voulu consentir à sa confection. « Alofs on les conduisit tous deux dans une autre chambre; mais d'autres, s'étant jetés sur Martinez, le traînèrent à la fenêtre- et le jetèrent en bas. Ils restèrent tous ensuite dans une espèce de stupeur, jusqu'à ce que le comte de Thurn sï'criàt, en leur montrant Slavala : « Nobles amis, voici le deuxième ; » et aussitôt on le saisit et on le précipita en bas. Restait encore le secrétaire

Fabricins, qui subit 1^ même traitenient, comme complice des deux autres. La hauteur était de cinquante-six pieds ; cependant pas un des trois ne perdit la vie, parce qu'ils tombèrent sur un tas de débris de papiers et d'autres objets do rebut ; ils échappèrent même à une décbar^o qui fut faite sur eux, et ils furent sau>és comme par miracle.

Les Bohémiens vouluj'ent ensuite excuser cette action par plusieurs exemples tirés de l'histoire ancienne : tant des Romnins, qui précipitaienl les traîtres de la roche Tarpéienne, que de Thistoire sainte, où l'on voit que la reine Jézabel fut précipitée du haut d^une fenêtre en bas , pour avoir persécuté le peuple de Dieu. Cependant ils sentirent bien que de pare'iWes excuses ne les garantiraient pas contre la punition, s'ils ne faisaient en même temps de sérieux préparatifs pour l'écarter. En conséquence le château fut aussitôt occupé par leurs troupes; tous les hommes en charge prêtèrent serment d'obéissance aux états; tous les jésuites, que l'on regardait comme les artisans des projets hostiles aux protestants, furent chassés du pays , et enfin on établit un comité de trente gentilshommes pour gouverner. Tout annonçait l'intention où l'on était de se. défendre par la force, et le^omte de Thurn était l'àme de toutes ces menées.

L'empereur Mathias fut fort déconcerté quand il reçut cette nouvelle : car où trouver des secours pour ramener à Tordre ces révoltés de Bohême ? Le mécontentement n'était pas moins grand dans les pays autrichiens qu'en Bohême; en Hongrie,' c'étaient les mêmes dispositions. L'indulgence lui parut donc l'unique moyen de conserver cet important pays à la maison d'Autriche ; et le confesseur même de l'empereur, le cardinal Clesel , son conseiller habituel et le plus grand ennemi des protestants, était du même avis. Mais le jeune Ferdinand s'opposa de toutes ses forces à de pareilles pensées. « Avant tout, écrivait-il à l'empereur, il faut que >ous sachiez que Dieu même a soufdé les troubles de ce pays ; car il est visible qu'il a frappa d'aveuglement les Bohémiens, afin que par cette effroyable action , qui doit paraître à tout homme raisonnable, de quoique religion qu'il soit, horrible, indigne d'un chrétien et digne de punition, il arrachât aux rebelles et fit tomber dans l'eau leur plus spécieux prétexte , celui de travailler pour leur

HlgTOIRB Dn PEUPLE AIXEMANB.

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religion i car, sous ee prétexte, ils avaient pu jusqu'à présent enlever à leurs seigneurs leurs droits , leurs revenus et leurs sujets. Mais autant l'autorité vient de Dieu , autant une pareille conduite vient du démon ; et Dieu ne peut pas approuver Tindolgence de Tautorité telle qu'elle a été jusqu'à ee momeut; peutêtre môme .ne les a-t-il laissés venir jusqu'à cet excès qu'afin que les maîtres se délivrassent de la servitude où les tenaient leurs sujets; qu'enfin il pensait qu'il n'y avait pas autre chose à faire que de prendre les armes. »

Cette lettre de Ferdinand nous fait connaître toute la sévérité de ses principes. Aux paroles il joignit en même temps les actions ; il leva des troupes de tous côtés , et se montra si bien résolu, qu'il était visible que toutes les incertitudes de l'empereur ne pourraient pas l'arrêter.

Les Bohémiens firent aussj leurs préparatifs de leur côté, et ils s'emparèrent de toutes les villes du pays, excepté de Budweis et Pilsen ,. qui restèrent fidèles à l'empereur. Ils trouvèrent un secours d'autant plus grand qu'il était inattendu, dans un guerrier qu'on peut regarder comme un des plus grands héros de son siècle , et qui montra le premier, par son exemple, comment un homme seul , sans propriété, sans aucune dépendance, peut rassenïblcr autour de lui des troupes de vaillants soldats par le seul bruit de son nom, et, comme faisaient autrefois les princes germains du temps des Romains , marcher avec toute sa suite partout ou l'on a besoin de son bras, moyennant une rétribution et pour le butin. De pareils hommes ne se rencontrent que de temps à autre, et annoncent une époque extraordinaire où tout est sorti des voies habituelles. Leurs troupes se forment et se grossissent par la guerre ; il faut même de la guerre pour les entretenir , et c'est ce qui explique comment elle a pu exercer ses fureurs sur le sol allemand pendant trente ans sans discontinuer. Cet homme , c'était le comte Ernest de Mansfeld , guerrier depuis son enfance, génie téméraire et entreprenant, qui déjà avait maintes fois bravé les dangers, et venait d'enrôler des troupes pour le duc de Savoie et faire la guerre contre l'Espagne. Le duc , qui n'en avait pas encore besoin , lui permit de servir en Alleçiagne le parti de l'Union ; et ce fut elle qui l'envoya en Bohême ^vee trois mille hommes , comme si les appoin-

tements qu'il avait touchés étaient vonus ie co pays. Il parut tout d'un coup sans être attendu, et prit, chemin faisant, l'importante place de Pilsen sur les Impériaux.

Dans l'intervalle, l'empereur Matbias mourut, le 40 mars I6i9, et les Bohémiens, qui l'avaient reconnu pour leur roi tant qu'il vécut, résolurent alors de renier son successeur, Ferdinand, qui montrait des intentions si hostiles.

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