‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 150 sur 165 · RODOLPHE IL · texte numérisé non relu

RODOLPHE IL

Son fils Rodolphe II , Tatné de sept princes qu'il laissait, voulut imiter sa modération , et ne parut jaloux que d'entretenir l'harmonie entre les différents corps de l'empire ; mais il eut l'imprudence d'en confier Icf^ rênes à des mains étrangères , pendant qu'il s'occupait d'astronomie, de chimie, d'expériences et de chevaux; et son règne., aussi long que peu mémorable, prépara 1q bouleversement qui agita l'empire avec tant de violence ^ons ses successeurs. La rivalité des religions suffisait pour faire naître des troubles. Malgré l'apparence de calme qui avait régné , les esprits n'avaient pas cessé d'être en fermentation. Les protestants se plaignaient surtout de la chambre impériale et du conseil aulique. Leurs inquiétudes se manifestaient en tout; ils allèrent même jusqu'à rejeter le calendrier "Nouveau. Le calendrier julien, dont on s'était servi jusqu'alors, différait de douze minutes de l'année solaire , et cette différence formait une erreur de dix jours en 4585. Un mathématicien, Aloysius Lilius, présenta à Grégoire XIII un calendrier nouveau qui rectifiait Terreur, moyennant le retranchement de dix joui^ dans le mois d'octobre : le pape adopta sans difficulté cet arrangement, conçut même le projet de le rendre universel; et Rodolphe, qui se piquait d'aslro- , nomie , convoquamne diète à Augsbourg dans rintcntion de le faire recevoir. Le landgrave de Hesse, qui étudiait aussi le cours des astres, fut consulté par les protestants. Il ne pouvait , •sans compromettre sa science , condamner un calendrier dont tous les savants admettaient l'exactitude; il réprouva la main qui le présentait. C'était, selon lui, une atteinte à l'honneur et à l'autorité du corps germanique : il était à craindre , disait-il , que le pape , sous prétexte de réformer l'année jiilienne , pQ

s'arrogeât qnqlqne nonvcllc jaridiction dans Tempire. Son opinion fut acceplée comme un oracle, et le calendrier grégorien rejeté. On conserva celni de Jules César jusqu'au commencement du dix-huitième siècle. On lui préféra alors celui que présenta un professeur d'Iéna. L'archevêque de Cologne , Gebhard TrnchsesSy fut un de ceux qui s'opposèrent le plus vivement à la réforme grégorienne , parce qu'il était de son intérêt d'abattre l'autorité pontificale en Allemagne. U avait apostasie , et son dessein était de séculariser son église. En embrassant la confession d'Augsbourg , il se {tt fait un parti capable d'assurer le succès de son entreprise; mais il eut la maladresse d'adopter le calvinisme , et d'irriter les catholiques et les protestants, qui se réunirent contre lui. Il fit une autre faute , son mariage avec nne jeune religieuse, fille du comte de Mansfeld , dont il n'avait aucun appui à espérer. Le chapitre et la ville de Cologne se révoltèrent, indignés d'un tel scandale : il prit les armes, s'empara de Bonn , et menaça de mettre tout à ' feu et à sang si l'on ne tolérait sa religion. On lui répondit, le chapitre en le déclarant déchu de sa dignité , le sénat en le proscrivant ; on adressa des plaintes au pape et à l'empereur. Grégoire l'excommunia, le déposa, et Rodolphe le. mit au ban de l'empire. Tout se concerta pour l'accabler : abandonné de ses propres troupes , qu'il ne i)ouvait payer , il alla errer dans les Pays-Bas , en Angleterre , et mourut à Strasbourg.

• Tandis que Rodolphe cherchait la pierre philosophalc, dressait ses chevaux, observait le cours des astres , les Turcs ravageaient la Hongrie, ses pays héréditaires se remplissaient de séditions , et l'empire de factions proies à l'embraser. La guerre avec la Porte est remarquable par sa durée plus que par ses événemenly : commencée en ^592, elle ne fut terminée qu'en 4606; et Rodolphe, pendant tout ce temps , ne sortit pas une fois de son laboratoire pour prendre le commandement de ses troupes; il ne quitta pas davantage ses expériences pour apaiser les troubles de ses pro-* vinccs. L'archiduc Mathias, son frère, n'eut garde de réioigner du creuset ni des alambics ; il se signala contre les Turcs, se fit chérir des peuples, et finit par dépouiller le monarque alchimiste. Le mécontentement des protestants croissait tous les jours ; ils jugèrent nécessaire

de s'unir plus étroitement que jamais pour li défense de leur religion. Après une première assemblée à Francfort en 1598, ils en tinrent une autre à Friedberg Tannée suivante , et y posèrent les premiers fondements de l'^iitofi évangéîique. Une diète de RatisboDoe, à laquelle ils portèrent leurs plaintes , ne les ayant pas satisfaits , ils se réunirent de jioavean à Ackausen en \ 608 , et deux ans après ils cimentèrent leur union à Halle en Soaabe. Elle comprenait la plupart des princes protestants et des villes impériales; Frédéric, électeur palatin, en était le chef. Les catholiques, alannés de cette ligue , firent aussi de leor cùté une confédération nommée la Ligue caihoiiqyu. Us en signèrent l'acte à Wnrtzbourg la même année, 46iO. Elle réunissait presque tous les princes de cette religion , avec les archevêques et évèques. Maximilien, duc de Bavière, en fut déclaré le chef; le pape et le roi d'Espagne Philippe m , qui venait de reconnaître l'indépendance des Provinces-Unies, y accédèrent : on y vit même entrer deux princes protestants , l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse- Darmstadt. Le premier, jaloux de l'électeur de Saxe , espérait encore obtenir de l'empereur les duchés de Juliers , de Clèves et de Berg , vacants par la mort récente du dernier duc Jean- Guillaume sans postérité masculine; le second voulait intéresser Rodolphe dans unprocèsqu il avait avec le landgrave de Hesse-Cassel au sujet de la seigneurie de Marbourg. L'électeur de Brandebourg ne prit aucun parti , parce qu'il n'avait rien à craindre:

Rodolphe apprit toutes ces ligues avec indifférence ; il eut même l'imprudence d'attiser le feu. L'électeur de Brandebourg et le comte palatin de Neubourg , deux prétendants à la succession de Jean-Guillaume, s'étaient mis en possession du duché de Juliers après la mort du duc, en 4 609, à condition de gouverner conjointement jusqu'à la décision de leurs droits respectifs. L'électeuç de Saxe , autre prétendant, intrigua auprès de l'empereur, et réussit à le mettre datis ses intérêts. Aussitôt Rodolphe s'érigea en juge, donna à l'électeur Tinvcstiture provisionnelle des fiefs contestés , les mit en séquestre, fournit des troupes à son cousin Léopold , évèque de Strasbourg et de Passau , et l'envoya prendre ppssession des duchés en litige. Le prélat se rendit maître de Juliers et de quelques autres places; mais sa fortune fut lo

HISTOIRE hV PEUPLE ALLEMAND.

signal de la guerre. Philippe II avait tout mis en œuvre pour priver Henri iV de la couronne de France; son fils avait continué son plan. Henri résolut de mettre des bornes à Tavidité et à la puissance de la maison d'Autriche. Ses mesures étaient sagement concertées : Tunion évangéliquc était son ouvrage; l'Angleterre, les Provinces-Unies, ]e pape , les Vénitiens, le duc de Savoie, les Suisses et d'autres États, s'alliaient avec lui; une armée de quarante mille hommes de bonnes troupes , pourvue de tout, et quarante millions de trésor» étaient de bons garants du succès de l'entreprise. Tout était prêt, quand la conduite de Rodolphe lui mit les armes à la main. Il ne balança point à prendre le parti des maisons de Brandebourg et de Neubourg, dont les droits à la succession de la maison de Juliers paraissaient mieux fondés. L'assassinat de Henri IV sauva la maison d'Autriche. Maurièe de Nassau, prince d'Orange, exécuta une partie de ses desseins. 11 prit Juliers , chassa l'évéque LéopoM, et remit l'électeur et le comte palatin en possession de l'héritage qu'ils réclamaient. Les deux princes continuèrent à gouverner par indivis ; mais bientôt l'ambition les brouilla. L'électeur entreprit de dépouiller le palatin , et s'allia avec les Etats- Généraux de Hollande, qui espéraient se saisir des places fortes des duchés de Juliers et de Clèves , et se former de ce côté une barrière contre la maison d'Autriche. Le duc de Neubourg sacrifia jusqu'à sa religion pour se soutenir contre son rival ; il rentra dans la communion de l'Eglise, afin de s'assurer les secours de l'Espagne et de la ligue catholique. Les hostilités allaient commencer , un accord à l'amiable les suspendit ; mais la dispute dura jusqu'en A%67 y qu'il fut enfin décidé à la difte de Ratisbonne que l'électeur de Brandebourg garderait le duché de Clèves avec les comtés de la Marck et de Ravensberg , et que les duchés de Juliers et de Berg , avec la seigneurie de Ravenstein , resteraient au comte palatin de Neubourg.

L'assassinat de Henri IV ne détruisit point l'union évangéliqne. La Hongrie , la Bohème et l'Autriche étaient encore remplies de troubles que Mathias fomentait. Rodolphe mécontentait les protestants en favorisant les catholiques; et son imprudence servait Mathias, qui se formait un parti- en paraissant protéger le protestantisme. Le dessein de ce t>rince était de dé-

pouiller son frère : déjà il lui avait enlevé , en 4608, la Hongrie et l'Autriche; il lui arracha encore la Bohème à main armée ; il tenta inème de lui ôter l'empire.

Rodolphe mourut au mois de janvier ^1642. Il n'y avait pas de roi des Romains. Mathias fit si bien , que les électeurs , après quelques mois d'interrègne, -lui donnèrent l'empire. On lui fit jurer, comme à Charles-Quint, de ne pas le rendre héréditaire dans sa maison. Il dut promettre aussi de réprimer les abus qui s'étaient introduits dans le conseil aulique. II promit tout. Les Turcs se préparaient à une nouvelle irruption en Hongrie. Mathias demanda aux Hongrois assemblés à Presbourg la liberté de faire entrer des troupes allemandes dans le royaume; mais on le refusa en disant que le loup d'Allemagne n'était pas moins à craindre que l'ours de Turquie (4615). 11 s'adressa à une diète de Ratisbonne; mais à ses demandes de secours les protestants ne répondirent que par des plaintes consignées dans un long mémoire. En vain Mathias promit d'examiner leurs griefs, et les pressa en leur traçant le danger de l'empire; ils s'obstinèrent dans le refus. La marche des Ottomans ne les émut pas davantage : on oubliait les ennemis dans la chaleur de la dispute. Ratisbonne s!ino9dait de libelles , tandis que des prédicateurs catholiques et protestants enflammaient l'a discorde par leurs déclamations. Des calamités publiques, la peste, des tremblements de terre, frappèrent l'esprit d'une foule de visionnaires , qui, s'imaginant voir dans ce désordre de la nature les symptômes de la chute de l'univers, annoncèrent la fin du monde pour l'année suivante, 4644. On enferma les prophètes en attendant la vérification de leurs calculs; car ils prétendaient prouver arithmétiquement leur prédiction.

Le peste avait dissous la diète , que Mathias avait déjà quittée auparavant, réduit à abandonner ses provinces à la merci des Turcs. Ils s'emparèrent facilement de la Transylvanie , où ils établirent Bethlem Gabor; les pays héréditaires allaient devenir leur proie, loi'sque des mouvements survenus en Asie amenèrent une heureuse diversion. Achmet demanda la paix , et rendit les places que Ton avait prises en Hongrie sous le règne de Rodolphe ; mais la Transylvanie resta à Gabor. Ce traité inespéré fut conclu en 4049, au moment où , dans une

Page 1