FERDINAND H
Ferdinand no succédait pour ainsi dire qu'à
fiîStomE btl MÙPLE ALLEMAND.
ies titres ; ses États héréditaires , la Moravie , la Lusace , la Silésie , la Bohême et TAutriche, étaient à conquérir. Il osa cependant brigaer l'empire prêt à sortir de sa maison. L'électeur palatin Frédéric proposait, à la tête de Tunion évangélique , de- placer sur le trône de Tempire Maximilien , duc de Bavière , son parent. L'ambassadeur des Bohèmes, qui, regardant leur trône comme vacant , prétendaient avoir voix élective, appuyait l'électeur : avec plus d'ambition , Maximilien l'eût emporté; son indifférence déconcerta le parti protestant. Le duc de Luynes, qui gouvernait Louis Xllf , se joignit aux Espagnols et à la ligue catholique , et Ferdinand fut élu (^649). Malgré une capitulation dans laquelle on inséra quelques articles de plus que dans les précédentes, il ne travailla qu'à asservir l'Allemagne. Les Bohèmes protestèrent contre son élection , parce qu'on n'avait pas même admis leur ambassadeur dans Francfort. Ils prétendirent même avoir le droit de le déposer , puisqu'ils avaient celui de l'élire. Ils le déoosèrent en effet, et offrirent leur sceptre à r^ecteur palatin : voisin de la Bohême par le haut Palatinat, chef de l'union évangélique, gendre du roi d'Angleterre , neveu du prince d'Orange , ils voyaient en lui un homme assez puissant pour les défendre contre la maison d'Autriche. Frédéric pouvait mieux lui-même ' juger de sqs forces. Il vît le précipice , et hésita ; mais , entraîné par les conseils de sa femme et de ses Jlatteurs, il eut l'imprudence d'accepter, malgré les sages précautions de Jacques P% son beau-père , et de son oncle Maurice, il se rendit à Prague, et y reçut la fatale couronne. 11 traita avec Bethlem Gabor , promit de lui procurer la couronne de Hongrie , c^t l'ambitieux voiévode commença les hostilités. La basse Hongrie rapidement soumise, i^ s'empara de Presbourg et menaça Vienne, tandis que Frédéric, dans une assemblée de protestants à Nuremberg, décidait l'union à jSrendre les armes en sa faveur. Ferdinand, de son côté, arma la ligue catholique. Tout l'eîupire se partagea entre les deux adversaires.
Quoique le parti de l'empereur fût déjà beaucoup plus puissant que celui du palatin, il sut encore intéresser le^ puissances voisines dans sa cause. Sigismond, roi de Pologne, Jean-* Georges , électeur de Saxe , arment pour lui , de même que Maximilien , électeur de Bavière. L.« pape lui accorde de grandes sommes sur le
clergé ; le roi d'Espagne lui promet onze mille hommes, et se charge en jDutre de faire une puissante diversion'dans le Palatinat ; la France ne donne ni hommes ni argent , mais ses négociations valent des armées. Le duc de Luynes envoie des ambassadeurs à l'assemblée des protestants à Ulni ; ils y intriguent si adroitement, que l'union et la ligue convinrent par un traité de poser les armes, et d'abandonner Ferdinand et Frédéric à leurs propres forces. L'union licencia ses troupes , mais Maximilien et d'autres princes du parti catholique continuèrent à fournir des troupes à l'empereur. Ferdinand , abandonné même de son beau-père et de son oncle ^ n'ayant que trente mille hommes à opposer à une puissance formidable , devait succomber. Sa conduite eut autant de part à sa chute que sa faiblesse. Calviniste intolérant , il se faisait des ennemis de ses nouveaux sujets en tourmentant ceux qui n'étaient pas de sa croyance ; dans le délire de sa fortune, il s'épuisait en fêtes, en plaisirs ; sans talents pour gouverner un État, il abandonnait le soin des affaires à ses créaturcs, tandis qu'il se livrait aux plus honteuses débauches, •*• '
Déjà les armées étaient en mouvement; déjà le marquis de Spinola envahissait le bas Palatinat j et le duc de Bavière réduisait les rebelles de la haute Autriche, que Ferdinand essayait encore de ramener Frédéric (^620). Une dièlé' assemblée à Merihausen en Thuringe s'efforça de l'émouvoir en lui faisant apercevoir le précipice prêt à l'engloutif . Rien ne put le fléchir. Le comte de Bncqlioi se joint à Maximilien, et ces deux chefe ayant sous eux les comtes de Tilly, de Wallenstcin , marchent en Bohême à la tête de cinquante mille hommes , tandis que rélecteur de Saxe porte la désolation et la mort en Lusace. Tout plie sous leurs armes ; Frédéric , 'poursuivi jusque sous les murs de Prague, ne peut plus éviter d'en venir à une bataille malheureuse. Ses troupes intimidées se rangent dans le plus bel ordre ; il ranime leur courage et combat lui-même à leur tête avec le comte de Thum ; mais tous les efforts de la valeur ne peuvent le sauver : vaincu , il se jette dans Prague , s'enfuit avec sa femme et ses enfants en Silésie , de là en Danemark , puis dans les Provinces-Unies. La Bohême, l'Autriche, la Lusace , la Silésie , tous les pays héréditaires subissaient le joug. Ferdinand abusa de la vic^ toire. Sa vengeance tomba surtout sur les
Bohèmes : plus de quarante périrent de la main du bourreau ; un bien plus grand nombre échappa au supplice par la fuite. L'empire môme ne ûit pas çxeppt de ses violences. De son chef, et sans consulter les électeurs , il proscrivit Frédéric avec ses partisans, le déclara déchu de ses États et de la dignité électorale ; sentence contraire à toutes les lois de l'empire et à sa propre capitulation (1621). Il poursuivit l'exécution de cette sentence illégale ; elle l'autorisait à envahir le haut Palatinat, dont il ambitionnait la possession. — Le comte de Tilly et Mansfeld y entrent en forces ; Mansfeld le défend avec les débris de l'armée battue devant Prague : bien inférieur aux Autrichiens, il trouve des ressources dans son génie militaire; il a des avantages ; mais les villes intimidées se rendent à l'empereur.; il se trouve sans vivres , sans argent , dans un pays tout à coup devenu ennemi , au moment d'être enveloppé pai* ses adversaires. Dans cette situation critique , il feint de vouloir traiter ; \\ demande des vivres et de l'argent pour son armée, il en obtient , et pendant qu'on dresse les articles du trai té, i] échappe. Il porte ses armes dans le bas Pafatihat , où Spinola , rappelé eii Flandre par la guerre qui se rallumait entre TEspagne et les Provinces-Unies , avait laissé Gonzalès avec un corps de troupes. Il force le général espagnol à lever le siège de Frankenthal ; n'ayant point de paye à donner à ses soldats, les contributions et le pillage les firent subsister.
,Frédéric,retix'é à la Haye, ne recevant aucune assistance du roi d'Angleterre ni du prince d'Orange , retrouva un parti , grâce aux efforts de Mansfeld , qui avait agi avec un zèle infatigableauprès des princes de l'empire. Christian, duc de Brunswick , Vami de Dieu et l'ennemi des prêtres , se déclara pour le roi fugitif avec le margravede Baden-Dourlach. Frédéric accourut avec le peu de troupes et d'argent qu'il put ramasser, rentra dans le Palatinat et se joignit à Mansfeld. Mais TilLy abattit les confédérés avant qu'ils pussent se réunir. Le margrave de Baden, vaincu près de Wirapffen en Souabe , ne mena à l'empereur que les débris de son armée. Christian , à la tète d'une troupe de bandits que l'amour du pillage avait réunis sous ses drapeaux , mit à feu et à sang les États catholiques de Westphalio , et subit à Hacht le sort du margrave. Tout céda à Tilly. Frédéric s'enfuit encore une fois : Mansfeld et Brunswick fuient
eux-mêmes. Ils prirent leur rouie par la Lorraine , sans trop savoir où se retirer , avec un corps de dix-huit mille hommes , un petit train d'artillerie, et point d'argent. L'empereur, l'Espagne, les Vénitiens, cherchèrent à s'attacher Mansfeld ; joué par la France, qui voulait l'acquérir ou l'éloigner de ses frontières, il se décida pour les Provinces-Unies. Il en prit le chemin avec Brunswick et leur horde errante. Attaqués près de Fleurus par Gonzalès, Us eurent le dessous ; Brunswick perdit un brus ; mais ils s'ouvrirent passage malgré le général espagnol , joignirent les restes de leur armée aux forces du prince d'Orange, et. obligèrent Spinola à lever le siège de Berg-op-Zoom. Les Hollandais s'étant bientôt lassés de la licence de leurs troupes, les deux généraux reparurent en Allemagne , et avec eux lo brigandage. Tilly les battit encore , et les contraignit à repasser de nouveau dans les Pays-Bas.
Tilly avait achevé la conquête du haut Palatinat; l'union évangélique était écrasée. Dans une diète de Ratisbonne (4623), où il u'appeia que les électeurs et quelques princes dévoués à ses volontés, Ferdinand déclara qu'étant maître de disposer des domaines et des dignités de Frédéric ; il conférait au duc de Bavière le haut Palinat , avec la dignité électorale. Les enfants de Frédéric furent dépouillés : les malsons palatines de Neubourg , de Sultzbach , de Deox- Ponts, de Birkenfeld , plus proches alliées que celle de Bavière , perdirent leurs droits. On réclama en vain contre la proscription illégale de l'électeur; Maximilien fut solennellement investi. La magnifique bibliothèque de fieidelberg , la première de l'Allemagne par son ancienneté , par son immense collection d'ouvrages et manuscrits précieux , fut donnée au pape Grégoire XV, et fondue dans le Vatican. ' On vit clairement que Ferdinand voulait opprimer l'Allemagne. Le Danemark, les Provinces-Unias, TAngleterre, la France, /a Savoie et la république de Venise, formèrent unelîgue pour abaisser sa maison et rétablir Télecteur palatin ; mais il vit se dissoudre d'elle-même cette alliance formidable. Les Hollandais furent occupés par les Espagnols , Louis Xill par les huguenots, et Jacques P^se laissa éblouir par les vaines promesses de la cour de Madrid. Le roi de Danemark , Christian IV, prince brave , actif, avide de gloire, fut le seul qui n'abandonna pas le projet de la ligue. A des griefs par
HISTômE Ï>D PEUPLE ALLEMAND.
ticnliers qui l'animaient contre Ferdinand, se joignait Tambition-de procurer les évôchés de Brème et de Minden aux cadets de sa maison. Trop faible par lui-même, il se forma un parti dans le cercle de basse Saxe , dont il était membre en qualité de duc de Holstein, et qui le nomma général de ses troupes. La France, TAngleterre et la Hollande lui promirent aussi des secours d'hommes et d'argent, sur lesquels il eut tort de compter.
Les armées se mirent encore une fois en mouvement (4625.) Mansfeld et Brunswick Tinrent se joindre aux ennemis de la maison d'Autriche. Christian ouvriC la campagne par une faute , car il partagea son armée en différents corps et les dispersa , espérant amener les généraux autrichiens à diviser également Iciirs forces. Il réussit sans être plus heureux. Tilly le suivit et chercha à l'engager dans une action, tandis que Wallenstein triomphait de Mansfeld, qui survécut peu à ce revers. Brunswick mourut bientôt après. Christian réunit ses forces pour se soutenir contre Tilly. Harcelé , poursuivi par ce général, contraint d'accepter le combat qu'il évitait, il fut vaincu sans ressource , obligé d'abandonner la Saxe aux Impériaux, qui lui enlevèrent même son duché de Uolstein. Wallenstein , de son côté , enlevait les fltats du duc de Mecklenbourg , allié du roi de Danemark , emportait Wismar , Rostock , faisait trembler les côtes de la Baltique , pénétrait jusque dans le Jntland , répandant partout la terreur. Ferdinand, qui l'avait créé duc de Friedland, lui donna pour récompense de ses services le duché de Mecklenbourg qu'il venait de conquérir. Christian , au moment de voir les ennemis au cœur de ses Etats, fit un dernier effort : il eut quelques ayantages , mais ils ne servirent qu'à lui procurer des conditions un peu moins dures. L'empereur désirait la paix, afin de pouvoir agir en Italie, où s'élevait une nouvelle guerre pour la succession de'Mantoue, qui resta, malgré la maison d'Autriche, au duc de Nevers , soutenu par la France. Wallenstein , incapable de contenir des soldats dont la licence croissait avec le défaut de paye, ne s'éloignait pas de la paix. Les négociations s'entamèrent à Lubeck^ sons la médiation des électeurs catholiques, et, par le traité qui fut conclu, on convint de part et d'autre de rendre les prisonniers et les conquêtes sans
prétendre d'indemnité. Christian promit de ne plus se mêler des affaires de l'empire qu'autant qu'il y serait intéressé comme duc de Holstein et membre du cercle de basse Saxe ; il renonça à toute prétention sur les archevêchés et évêchés de l'empire ; il eut la faiblesse de ne point comprendre dans le traité les princes de Mecklenbourg, ses alliés. Ceux-ci furent mis au ban de l'empire ^629) > l'archiduc Léopold fut nommé au siège de Mecklenbourg , au préjudice du fils de l'électeur de Saxe, qui en était coadjuteur.
Résolu d'achever la ruine du parti protestant, Ferdinand publia le fameux édit par lequelil ordonna indistinctement aux sectaires de restituer les biens ecclésiastiques dont ils s'étaient emparés depuis la paix de '1555 , condamnant au ban de l'empire ceux qui oseraient s'opposer à l'exécution de cet édit, et permettant aux princes catholiques de chasser les protestants établis chez eux. L'union ne subsistait déjà plus que de nom ; cette sentence en ruinait les membres. Une ordonnance de cette nature eût dû être rendue par une diète. D'autre part, les Etats gémissaient sous le poids d'impositions arbitraires ; les troupes, qui dépassaient le nombre de cent soixante mille hommes, étaient dispersées dans tout l'empire , qu'elles dévastaient , qu'elles épuisaient par des exactions affreuses. Wallenstein était loin de réprimer leur licence : il disait hautement qu'il fallait réduire les électeurs à la condition des grands d'Espagne , et les évoques à la qualité de chapelains de la cour impériale. Les catholiques mêmes furent mécontents. Ils s'assemblèrent àHeidelberg, députèrent à l'empereur, et lui exposèrent leurs plaintes, le, priant d'y mettre fin et de rétablir la paix dans l'empire. Les plaintes tombaient sur les désordres des troupes, sur Wallenstein: on n'osait s'élever directement contre l'empereur. Voilà quelle était la disposition des esprits lorsqu'il assembla une diète à Ratisbonne , dans l'intention de faire élire roi des Romains son fils Ferdinand, et de demander des secours contre les Hollandais et contre le roi de Suède, qui venaient de corn- . menccr la guerre. Avant d'acquiescer à ses propositions, on exigea qu'il licenciât une partie de ses troupes, qu'il déposât Wallenstein. Ce général, distingué par ses talents militaires, mais aussi détesté pour sa hauteur tyranniquc, s'efforça en vain de conjurer l'orage, et conseilla
HISTOIRE DO PEfIPLE ALl£HAND,
la violence, dans l'espoir de se rendre nécessaire et de conserver son autorité absolue. Ferdinand crut que son intérêt tenait à la disgrjkce de son général : il oublia ses services , le déposa, et réforma seize mille cuirassiers, corpptant tout obtenir de la diète. Il se trompait. Excitée parla France, dontle cardinal Richelieu avait changé la politique ; enhardie par le sacrifice même do Wallenstein ; espérant une révolution prochaine des mouvements de Gustave-Adolphe , elle lui refusa tout. Alors il enjoignit à ses commissaires et aux tribunaux de l'empire de dépouiller les religionnaires. En yain Télecteur de Bavière proposa de laisser dormir quarante aqs ce funeste édit; les violences continuèrent avec plus de fureur. Les protestants s'assemblèrent à Leipzig, formèrent une nouvelle ligue dont l'électeur de Saxe fut le chef, et convinrent de demander, les armes à la main , et l'abolition de l'édit de restitution et le rétablissement de la liberté ^e l'empire. Ferdinand ne fut point ému de cette confédération ; espérant pouvoir la dissoudre à son gré , en divisant les chefs jaloux, il s'en applaudissait même comme d'un nouveau prétexte pour accabler le corps évangélique.
Le rot de Suède, Gustave-Adolphe, s'était signalé dans une guerre contre les Danois; il avait arraché la Finlande aux Russes; il se couvrait de gloire contre les Polonais , quand il se rendit aux vœux des puissances de l'Europe. La France, TAngleterrc, la Hollande, jalouses d'abaisser la maison d'Autriche, virent en lui l'homme capable d'exécuter ce dessein. Elles lui ménagèrent une trêve de six ans avec la Pologne, et le persuadèrent de tourner ses armes^contre Ferdinand. 11 en avait probablement déjà formé le projet. Il ne pouvait en effet voir sans jalousie la domination autrichienne s'étendre jusque sur la mer Baltique. L'empereur avait fourni des secours contre lui à Sigismond , roi de Pologne ; il avait exclu les ambassadeurs de Suéde du congrès de Lubeck. Ajoutons à ces griefs la gloire de rendre la tranquillité à l'Europe , la liberté à l'Allemagne et à la rcUgion protestante. 11 connaissait la , difficulté de l'entreprise , car il n'avait que quinze mille hommes à opposer à des forces bien supérieures. Rien ne l'arrêta. Son génie actif, sa prudence consommée, sa valeur, son expérience dans l'art de la guerre , rattache-
ment de ses soldato, àoùl il flavait gagner l'amour et la confiance , lai promettaient des ressources capables de le rassurer ; agissant an nom des puissances ennemies de la maison d'Autriche, prenant la défense de l'empire opprimé, il ne doutait pas d'obtenir bientêt des alliés , et d'augmenter le nombre de ses troupes. Persuadé que le succès do ses négociations dépendait de celui de ses armes, il entra en campagne, résolu de sontenir sa renommée et de se rendre respectable par lui-même.
Dès le mois de juin , tandis que Ferdinand essuyait les refus de la diète de Ratisbonoe , Gustave se rend maître des lies de Rudon , de Rugen, d'Usedom, de Wollin, et enlève la ville de Gammin aux Impériaux. Ces conquêtes, avec Stralsund qu'il avait déjà, loi assuraient la communication avec ses États, et lui ouvraient l'Allemagne. Bientôt la Poméranie succombe; il force Eric , dernier duc de la race slave , à lui abandonner même Stettin, sa capitale, où il établit garnison. Il passe dans Je 3/ecAlenbourg, rétablit les ducs dépouillés par l'empereur, revient en Poméranie, cbasse les Impériau?( jusqu'à Francfort-sur-l'Oder , et se voit maitre du duché et du fleuve. Tels furent les sucoès de sa première campagne (1650). Magdebourg se' mit sous 4a protection du conquérant ; elle ne voulait pas î'archidoc Léopold pour archevêque. Gustave, jugeant bien qu'il serait trop faible contre les forces de l'empire , s'efforça d'armer les mécontents, et envoya un député à l'assemblée de Leipig pour conclure une alliance avec les princes. Ceux-ci ne donnèrent qu'une réponse vague, qui fit comprendre à Gustave qu'il fallait quelque coup d'éclat pour lever rincerliludc tt forcer les confédérés à s'unir à lui. L'empereur amusait la ligue par des négociations, dans l'espoir de l'écraser après la retraite des Suédois , que le défaut d'argent devait bienlùl , suivant son calcul , contraindre à repasser la mer. H se trompait encore. Le eardinai de Richelieu avait repris le système de Henri IV ; il vit le moment d'abattre la maison d'Autriche, et ne le manqua pas. Au mois de janvier 4 CvSl , il conclut le traité d'alliance par lequel Gustave s'obligeait à entretenir une armée de trente six mille hommes, et Louis Xlil àloipa^cr quatre cent mille écus par ai). Du eut soin tit* stipuler que le roi de Suède (fiisserait la ncu-
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trallté mt princes eatholiqaes qni voudraient eux-mômes la garder , et qu'il ne changerait rien à la religion dans les villes dont il s'emparerait. On rassurait par là les catholiques , et on affaiblissait les liens qui tenaient encore des mécontents attachés an parti impérial. Avec le subside de- la France, Gustave paye ses troupes^ en lève d'autres, et marchp à de nouvelles' conquêtes. Tout tombe devant lui : Colberg, Francfort, Landsberg, sont emportés ; la 8ilésie lui est ouverte. Ferdinand avait vu la nécessité de lui opposer un grand capitaine, et il avait donné le commandement h Tilly. Après la prise de Neu-Brandebourg, le général va mettre le siège devant Magdebourg \ dans le dessein d'empêcher , par cette diversion , les Suédois d'entrer en Silésie. Il emporte la ville ; mais la perte de neuf mille hommes que lui coûte ce siège l'anime k la plus cruelle ven<' geance : le fer et le feu détruisent cette belle cité ; trente mille hommes périssent , les uns égorgés , d'autres dévorés par les flammes , et plusieurs précipités dans l'Elbe oti écrasés par les ruines des temples et des maisons. Gustave ne put secourir les infortunés. 11 négociait avec l'électeur de Brandebourg, pour ne pas laisser derrière lui un ennemi capable de lui couper la retraite. Le traité conclu,- il chassa les Impériaux de Brandebourg , s'assura des principales places , et courut au secours de la ligue accablée par Tilly.
Les confédérés de Leipzig ne se déclaraient pas encore. Ferdinand voulut les forcer à prendre les armes pour lui, et, pour y réussir, il ordonna à leur général de pénétrer dans leurs États, et d'y mettre tout à feu et à sang. Il arriva le contraire de ce qui devait arriver. Tilly entra en Saxe, s'empara do Halle, do Leipzig, livra les villes et les campagnes au pillage. Ces violences décidèrent la ligue. Le landgrave do liesse se joignit sur-le-champ au roi de Suède , et l'électeur do Saxe l'appela à son seoonrs. Gustave précipite sa marche, franchit l'Elbe, se réunit à l'électeur, et va avec lui chercher l'ennemi. I^ générai autrichien était sorti au bruit de la marche des Suédois, et s'était avancé dans une plaine à un ou deux milles de la ville. Là s'engagea une action meurtrière. L'aile gauche do T armée suédoise , composée de Saxons et commandée pur l'éleeteurf prend la fuite; le^ Impériaux âépèobeiàl déjà des courriers pour porter à
rempereur la nouvelle de leur victoire. Maiâ Gustave , vainqueur de Pappenheim , qui commandait une aile de Tarmée impériale^ réunit ses forces, rengage le combat , et , après cinq heures de carnage, reste maître du champ de bataille. Huit mille Impériaux, trois mille Saxons, deux -mille Suédois perdent la vie. Halle, Leipzig, tout se soumet au vainqueur) les princes de la ligue accourent sous ses en« soignes ; les Autrichiens fuient, et lui ouvrent le cœur de l'Allemagne. La Franconie, la Souabc , le haut Rhin , le Palatinat , sont dans sa dépendance , et l'électeur de Saxe est maître de la Lusace et de la Bohème. Le roi menaçait la Bavière , et l'électeur e6t pu marcher jus* qu'à Vienne. Soit qu'il craignit la plus grande puissance de Gustave, soit qu'il (ut trahi pair son général Àrnheim , qu'on croit s'ètrQ vendu à l'empereur , il n'acheva pas môme la conquête du pays dont il occupait déjà la eapi* taie.
Ferdinand , dans cette position critique ^ s'humilia devant l'homme qu'il avait luL-niAina humilié. 11 proposa à Wallw»flt«t» de reprendra le commandement de son armée. Après des reproches amers, Wallenstein n'accepta qu'en faisant payer le besoin que l'on avait de ses services. 11 exigea le pouvoir de diriger les opérations de la guerre, de former les entre* prises qu'il jugerait convenables, d'établir des contributions à son gré , de disposer des emplois militaires ; en un mot , il demanda un pouvoir absolu. H prétendit en outre qu'on ui garantit à la paix le duché de Mecklenbourg , ou qu'on lui assurât un pareil établissement dans les pays héréditaires. Ferdinand reçuj la loi que lui imposait la nécessit^^Wallensteia lève quarante mille hommes ('l 652)^ inarçhqi, en Bohème , en chasse les Saxons , tandis que Tilly rentre en Franconie pour faire tète auK Suédois. Gustave le repoussa jusqu'en Bavière, s'empara de Donawert, et se présenta sur le Lech , qu'il passa à la nage , sous les yeux et le feu de l'ennemi. Tilly fut blessé eu défendant le passage, et mourut peu après à Ingolstadt. La conquête de la Bavière fut aussi rapide que les autres. Landshutet Munich emportés d'as^ saut , tout plia sous les armes du vainqueur. Banncr, Uorn, le duc de Saxe-Weimar, le landgrave de liesse, généraux de Gustave, faisaient pendant ce temps la guerre dans d'autres provinces \ les Saxons ,' ofaâssés de ta
Bohême, envahissaient laSilésie; le comte de Pappenheln se distinguait dans la basse Saxe ; partout des armées qui se heurtaient , et partout des peuples malheureux. Le duc de Bavière était aux abois. Wallenstein marche à son secours; et le roi de Suède, ne pouvant empêcher leur jonction , se retire sous le canon de Nuremberg en attendant des renforts.
Banner, le landgrave, et Bernard, lui en amènent; il présente la bataille aux Impériaux qui la refusent ; il attaque ensuite leurs retranchements avec sa valeur ordinaire , mais non avec la ^ôme fortune ; après de vains efforts, il se retire, honteux de n'avoir pas vaincu. Wallenstein triomphe de sa résistance comme d'une victoire : il n^osa néanmoins le suivre, et aller chercher une fortune plus facile en Saxe. L'électeur succombait : Gustave quitte la Bavière , court en Saxe, joint Wallenstein campé près de Lutzen , et lui livre la bataille qui termina sa carrière. Il est tué dès le commencement de Faction , soit par trahison , soit par les coups de Tennemi , auxquels il s'était trop expose. Sa mort répand la consternation parmi les Suédois ; mais bientôt la douleur cède à la vengeance. Le duc Bernard les dirige, ils se battent jusqu'à la nuit et triomphent. Les Impériaux, profitant des ténèbres, laissent aux vainqueurs armes et bagages, avec le champ de bataille; Wallenstein évacue la Saxe et se retire en Bohème. Cette fameuse journée du 6 novembre coûta la vie à plus de neuf mille hommes, tant Impériaux que Suédois. Ferdinand y perdit le comte de Pappenheim ; mais la mort du grand Gustave le consolait de toutes ses pertes , et il la célébra par des réjouissances publiques. Philippe IV imita cet exemple à Madrid. Les regrets des autres cours de l'Europe , les larmes des protestants , vengèrent les mânes du héros de l'injurieux triomphe de la maison d'Autriche.
Peu s'en fallut que la perte de Gustave ne ruinât les affaires des protestants et des Suédois. Les premiers , qui ne voulaient plus reconnaître les derniers que pour simples alliés, n'étaient pas d'accord entre eux : les uns demandaient la paix , d'autres la continuation de la guerre; le duc de Brunswick prétendait disposer des forces de la basse Saxe , et l'électeur dé' Saxe voulait avoir le commandement de toutes les troupes, comme chef de la confédération. Les Suédois , abandonnés à eux-mêmes,
fflSTOlRE DO PEUPLE ALLEMAND.
allaient perdre toutes leurs conquêtes dans l'empire ; de plus , la Suède n'ayant pour souverain qu'un enfant de six ans, la célèbre Christine, iille de Gustave, était exposée aux entreprises de ses voisins, surtout de Ladislas, fils de Sigismond , roi de Pologne. Mais le chancelier Oxenstiern , chargé par les états de Suède de la direction des affaires en Allemagne, assembla les protestants à Heilbronn , sut ménager tous les intérêts, rassurer les timides, aplanir les difficultés , et gagner la confiance en restituant aux enfants de Frédéric , qui venait de mourir à Mayence , toutes les conquêtes du roi de Suède dans le Palatinat. Qn convint (^633) que la guerre continuerait jusqu'à ce que la liberté du corps germanique fût assurée; que l'on fournirait tous les secours nécessaires ; que personne ne traiterait sans le consentement des autres ; que tout prince protestant qui refuserait d'accéder à la confédération serait regardé comme ennemi ; que la Suède conserverait jusqu'à la p^ix les places qu'elle occupait ; enfin, que le chancelier aurait la dlrecb'on générale des affaires. L'électeur de Saxe protesta seul contre le dernier article et contre la restitution du Palatinat ; il négociait déjà secrètement avec l'empereur, tout en promettant de ne pas abandonner la cause commune.
Le traité avec la France ayant été renouvelé, les armées se remirent en mouvement. Le duc de Lunebourg , à la tête d'un corps mêlé de Suédois et de Hessois, tailla en pièces une armée impériale sur les bords du Wéser , tandis que d'autres divisions se répandaient en Bavière, en Silésie, et menaçaient l'Autriche. Mais Wallenstein parait comme i un éclair en Silésie , tombe sur les Suédois qu'il met en déroule , poursuit sa marche , prend Francfortsur-l'Oder , revient en Bavière , intimide le dsc de Weimar qui menaçait Ratisbonne , et l'oblige à la retraite. C'était la fin de ses exploits : son caractère impérieux ne pouvait sympathiser longtemps avec celui d'un maître absolu qu'il irritait; sa hauteur rendait ses services odieux. Abusant du pouvoir illimité qu'il avait reçu , il ne daignait pas conmiuniquerses projets à l'empereur; souvent il lui permettait à peine de dire son aVis. Ferdinand, honteux de son esclavage , était encore aigri par ses courtisans, qui lui inspiraient des soupçons sur la fidélité du général. Wallenstein, excité par Richelieu , résolut de prévenir one
fflSTOIRE DU PEUPLE ALLEMAND.
nouvelle disgrâce, et conspira (^654). On prétend qu*il voulait s'emparer de la couronne de Bohême. Il négociait avec les ennemis de Tempereur; mais ses négociations traînèrent; on découvrit sa trahison ; Ferdinand ordonna de Tarrôter. Deux colonels , Gordon et Buttler , chargés de Texécution de cet ordre, outrepassèrent leur commission , et firent le métier d'assassins. Us se rendirent à Kgra, où Wallenstein attendait Fexécution de ses projets , firent secrètement leurs dispositions, donnèrent un repas à quelques confidents du général , terminèrent le festin par les faire égorgea, montèrent, suivis de leurs satellites, à l'appartement de Wallenstein ; Buttler lui enfonça sapertuisane dans le corps, et retendit à ses pieds. Les Suédois venaient de prendre Ratishonne. Ferdinand, fils a!né de l'empereur, qui venait de le nommer généralissime , ou plutôt Piccolomini, Leganès, Gallas et Jean de Werth, qui commandaient sous ses ordres , eurent des succès. L'armée, forte de quarante-cinq mille hommes par la jonction de vingt mille Espagnols qui se rendaient dans les Pays-Bas, marcha en Bavière , reprit Ratisbonne , chassa les Suédois, et alla mettre le siège devant Nordlingen. Wcimar voulut secourir la place, attaqua les Impériaux trop supérieurs en nombre, essuya une horrible défaite qui lui emporta seize mille hommes ; et le maréchal Horn , qui avait désapprouvé cette attaque , fut fait prisonnier. Alors tout plia sous les armes des vainqueurs : ils reprirent la plupart des villes en Souabe , en Franconie, sur le haut Rhin. Les avantages que les Suédois avaient pendant ce temps avec leurs alliés en Westphalie et dans d'autres contrées ne compensaient point ces pertes. Ce changement de fortune découragea les protestants (4635) , qui songèrent à traiter avec Ferdinand. L'électeur de Saxe donna l'exemple de la défection ; les préliminaires de son traité avec l'empereur avaient été signés à Pirna le 43 novembre de l'année précédente. Oxenstiern vit avec terreur la réunion prochaine de tout Tcmpire contre les Suédois, et la perte inévitable de leurs conquêtes. Il épuisa toutes les ressources de la politique pour parer ce coup : il traita avec la France, à laquelle il céda l'Alsace et Philippsbourg jusqu'à la paix générale; pour gagner les protestants, il donna le commandement en chef de toutes Jes troupes au duc de Weimar,
IvO 40 mai, l'électeur de Saxe conclut à Prague sa paix particulière avec l'empereur. Par le premier article , on accorde l'amnistie à ceux qui accéderont au traité, à la réserve des états de Bohème et des fils de l'électeur palatin, qui en sont exclus avec ceux qui ont participé aux derniers troubles de ce royaume. Ferdinand s'empare des Etats de Frédéric, se réserve la libre disposition de ceux de ses partisans , et confirme à Maximilien , duc de Bavière , la dignité électorale et le haut Palatinat ; à l'électeur de Saxe la Lusace, comme fief masculin de la couronne de Bohême ; il donne à son fils Léopold-Guillaume révèché d'Halberstadt, et laisse au fils de l'électeur l'administration de l'archevêché de Magdebourg* On accorde aux Suédois un million de florins en indemnité s'ils accè« dent à la paix ; sinon, les princes catholiques et protestants compris dans le traité lèveront une armée de quatre-vingt mille hommes , qui sera divisée en deux corps égaux , sous les ordres de l'électeur et de l'archiduc Ferdinand , afin de chasser de l'Allemagne les Suédois et les Français. On convient que les protestants jouiront encore quarante ans des bénéfices dont ils étaient en possession lors de l'édit de restitution , mais qu'ils restitueront tous ceux dont ils se sont emparés depuis cette époque. Ferdinand exclut les religionnaires du conseil auliqne , et refuse l'exercice public du protestantisme dans les Etats catholiques. Tels furent les principaux articles de ce traité, qu'on appela la Paix de Prague. L'Allemagne n'y vit d'abord qu'un attentat contre sa liberté , parce qu'il avait été conclu sans que les états eussent été consultés. On se plaignit d'abord hautement ; mais ensuite les protestants se détachèrent de la ligue les uns après les autres, et accédèrent au traité qui les anéantissait. Le seul landgrave de Hesse-Cassel eut le courage de rester fidèle à la Suède.
La liberté germanique expirait, et les Suédois allaient être chassés de l'empire ; mais Richelieu renouvela l'alliance avec la Suède , et intrigua en Allemagne pour acquérir des alliés. •Le duc de Weimar, mécontent , menaçait de se jeter dans le parti impérial ; il sut l'attacher à la ligue des deux couronnes en lui cédant l'Alsace comme principauté de l'empire, et lui assurant une pension de quinze cent mille livres et quatre millions par an pour l'entretien d'une armée de dix-huit mille hommes. L'expiration de la trêve faite par Gustave avec la Pologne