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HISTOffiE DU PEUPLE ALLEMAND.
pouvait nuire à ses projets; il y pourvut encore. Il joignit le comte d'Âvaux en qualité de ministre à Oxenstiern; et ces deux liabilcs diplomates réussirent ^ malgré toutes les difQcultés , à faire prolonger la trêve pour vingtsix ans. Rien ne sembla plus devoir troubler les efforts de la ligue. Enfîn Richelieu, jaloux de )a gloire de la France et de rabaissement de la maison d'Autriche, déclara la guerre à TEspagne , sous prétexte d'une entreprise récente ides Espagnols contre l'électeur de Trêves, allié de la France. Les Espagnols avaient pris Trêves et fait prisonnier l'archevêque, qu'ilsavaientd'abord envoyé à Bruxelles, et ensuite livré à l'empereur. TiC cardinal-ministre demanda sa liberté, la restitution de sa capitale, et, sur le refus, signiûa la déclaration de guerre. Deux flottes françaises couvrirent les deux mers, tandis que quatre armées étaient prêtes sur le continent. Pn Allemagne , depuis la journée de NordlingcD , le duc de Weimar s'était retiré avec les diébris de son armée dans les Etats du Rhin, sans oser s'opposer aux progrès des Impériaux, qpi avaient pris Philippsbourg. Le cardinal de la Valette le joignit avec un corps de troupes : i|s forcèrent les ennemis à lever le siège dé peux-Ponts et celui de Mayence; ils passèrent je Rhin et s'avancèrent jusqu'à Francfort ; mais Gallas les contraignit à la retraite en leur coupant les vivres. L'armée combinée fut réduite, pour échapper aux ennemis , à brûler ses équipages et à enterref ses canons; mais elle ne ^attit pas moins la cavalerie impériale à deux reprises différentes, et, après treize jours de inarche forcée, arriva glorieusement en lieu de sûreté. Gallas reprit Frankenlhal et Mayence. Le pape Urbain VIH s'efforçait de réconcilier les puissances ennemies; mais ses négociations et ces projets ne servirent à rien.
Banner, élève de Gustave, rendit, l'année suivante (4636), de la considération aux armes suédoises. Il assiégeait Paderborn, quand il ap-
f)rit que réiecteur de Saxe menaçait Wistock à a tête de vingt mille Impériaux. Il pressa le siège, en deux jours emporta la place, et coumt à l'ennemi , qu'il atteignit à quelques inilles de Wistock. Il l'attaqua soudain, l'enfonça, et en fit un carnage affreux. L'électeur échappa à peine avec trois mille hommes , et s'enfuit à Leipzig, laissant armes, bagages, artillerie au pouvoir du vainqueur. Ferdinand fut informé de ce désastre à la diète do Ratis-
bonne , où il faisait élire roi des Romains son fils aine Ferdinand , malgré les oppositions de la France et de la Suède^ qui prétendaient que l'élection était nulle parce qu'on n'y avait pas appelé l'électeur palatin ni celui de Trêves, qui tous les deux protestaient de nullité. Gallas, de sou côté , était entré en Bourgogne , et assiégeait Saint-Jcan*de-Lùne, t;omptant aller ensuite partager le pillage de Paris avec les Espagnols, qui faisaient déjà trembler la capitale. Mais Saint-Jean-de-Ldne se défendit bravement ; les habitants furent encore secondés par un débordement de la Saône et par les paysans des environs. Gallas battit en retraite, abandonnant son artillerie et une partie de ses bagages. A son arrivée à Besançon , il était réduit à douze mille hommes, de trente mille qu'il . avait eus. Le duc de Weimar le repoussa en Allemagne, et reprit Saverne. Ferdinand H mourut an mois de février 4657^ laissant sa maison dans une crise alarmante , et l'empire dans un affreux bouleversement.
FERDINAND lll.
L'hiver s'était passé en négociations infructueuses. Elles furent dirigées avec artiûce et sans sincérité par toutes les puissances qui y prirent part. Les Français firent des conquêtes dans les Pays-Bas et en Franche-Comté; mais la fortune des Suédois parut se ralentir. Banner, avec quinze mille hommes ^ assiégeait Leipzig, quand Gallas marcha contre lui à la tête de quarante mille Impériaux. La disproportion était trop forte ; Banner fit la plus belle retraite à la vue de l'ennemi , et se porta en Poméranie. Depuis deux ans, la Suède n'avait pas renouvelé son alliance avec la France, qu^elle amusait comme elle se laissait amuser par la maison d'Autriche. Celle-ci s'y prit mal pour diviser les ennemis, et les Suédois, faontcux de s'être laissé tromper si longtemps par des propositions fallacieuses, commencèrent à agir sincèrement avec la France. Le comte d'Avaux et Adicr Salvius , ministres des deux puissances, conclurent à Hambourg une nouvelle alliance (^658). Les deux couronnes s'engagèrent à ne traiter avec la maison d'Autriche que d'un commun consentement : il fut résolu de porter la guerre au cœur des États héréditaires, afin de forcer l'empereur à une paix générale; et la France , sur la demande de la
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Biiède^ déclara la goerre à Ferdinand : on l'avait faite jusqu'alors sans déclaration. L'empereur tâcha en vain de rompre l'union des deux puissances : il vit échouer ses tentatives , et eut encore la douleur de voir llagotski , prince de Transylvanie, les ducs de Brunswick^ de Lunebourg, et les états de la basse Saxe, accéder à ralliancc conclue entre la France et la Suède. Le duc de Weimar rentre en campagne, perd d'abord une bataille ^ mais se venge bientôt avec éclat. Après avoir réduit Lauffembourg, Waldshut , Seckingen, il mit le siège devant Rheinfeld. Une armée impériale , commandée par quatre généraux, vint au secours de la place : il la défit , la poursuivit , la délit encore , acheva de la ruiner, et les quatre généraux furent faits prisonniers. Rheinfeld succomba ; toutes les villes de la Souabe ouvrirent leurs portes au vainqueur, qui vint devant Brisach , place importante dont la prise devait lui ouvrir l'Alsace et l'Allemagne. Ferdinand envoya au secours de la garnison une armée sous les ordres du comte de Gœtz. Weimar la tailla en pièces, ainsi qu'un autre corps de troupes soudoyées qu'amena le duc Charles de Lorraine , força Brisach , et soumit l'Alsace. Pendant ce temps, Banner se signalait en Poméranie. Deux fois ils chassa les Autrichiens commandés par Gallas ; il ruina leur armée par des escarmouches, et contraignit le général à passer en Bohême, où il projetait lui-même de faire une invasion. Le duc de Weimar rentrait eu campagne avec des renforts do troupes françaises aux ordres du comte de Guébriant (4 659). 11 avait passé le Rhin et envahissait le Palatinatj quand la mort l'arrêta dans ses projets. Louis XHI hérita de l'Alsace et de toutes les conquêtes du duc , à condition de les restituer à l'empire ^ à la paix générale , et de mettre garnison française et allemande dans les places fortes. U dut cet avantage à la générosité avec laquelle il traita avec les troupes délaissées, qui préféraient son service à celui de l'empereur et d'autres princes également jaloux de les acquérir. Le baron d'Erlach, que le duc mourant avait choisi pour son successeur dans le géné- »ralat, reçut du roi le gouvernement de ces pays.
Banner, toujours vainqueur de Gallas , soutenait la renommée des armes suédoises dans le nord de TAllemagne. Après avoir ravagé la Misniei il pénétra en Bohême, et s'avança
jusqu'à la capitale, dont il entrepHt le siège» Ferdinand envoya en toute hûtc son frère l'archiduc Léopold et Picolomini avec cinquante mille hommes. Le général suédois , trop faible pour résister à de telles forces , fit encore une admirable retraite. L'armée française, commandée par le duc de Longueville, s'élant jointe à lui , il arrêta sa marche , et fit les dispositions pour une bataille que Picolomini n'accepta pas. L'amiral hollandais Tromp détruisait dans le même temps , dans la Manche , une flotte que l'Espagne envoyait contre la Suède. Philippe IV fit d'autres pertes dans la campagne suivante (4640). Sans parler des succès des Français en Italie et dans les Pays-Bas, les Catalans se révoltèrent ; le Portugal se détacha de l'Espagne , et entra dans l'alliance contre la maison d'Autriche; les Hollandais prirent encore Malaca dans les Indes. En Allemagne, il n'y eut pas d'action d*éclat. Depuis 4638, l6 comte d'Avaux , et Lutzow, ministre de l'empereur, négociaient à Hambourg les préliminaires de la paix. Ferdinand convoqua une diète à Ratisbonne , et , en apparence, il sembla travailler dans le même but : mais aucun parti ne voulait encore la fin de la guerre. Peu s'eb fallut pourtant que Banner n'amenât ce résultat désiré par les peuples. Se trouvant dans le voisinage de Ratisbonne lors de la diète, il forma le projet de surprendre la place. Lé comte de Guébriant se joignit à lui avec l'armée française ; ils approchèrent de la ville jusqu'à Is^ portée du canon ; des troupes passèrent le Danube sur la glace , s'emparèrent de l'équipage de chasse de l'empereur; d'autres passèrent encore : Banners'applaudissaitdéjàdes succès de l'entreprise ; Ratisbonne sans défense allait succomber; il croyait déjà être maître de Fempcreur et de la diète. Cette prise eût fini là guerre. Malheureusement un dégel obligea les troupes de se retirer. Les deux armées se séparèrent : Guébriant se rapprocha du Rhin, et- Banner mourut quelques mois après à Halberstadt. L'alliance de la Suède était expirée atf mois de mars; Ferdinand recommença ses artifices, niais laissa échapper l'occasion de détacher lé, Suède de la France.
Après la mort de Banner, les troupes suédoises , sans chef et sans subordination , menaçaient de changer de parti. La Suède renouvela donc le traité avec la France , fixant le terme de sa durée à la conclusion dd la paix
générale. Il fat convenu que le congrès, pour cette paix, se tiendrait à Munster et à Osnabruck; que la France enverrait ses plénipotentiaires dans la première de ces villes, et la Suède les siens dans la dernière. La paix semblait approcher. Le traité préliminaire fut môme signé , et le congrès devait commencer le 25 mars 4642. Mais Ferdinand refusa de ratifier les conventions faites. Accusant Lutzow d'avoir outrepassé ses pouvoirs , il le rappela, etlecomted'Auersberg, qui le remplaça, reprit sans succès des négociations particulières avec la Suède. Les hostilités recommencèrent. ïorstenson , qui avait succédé à llanner dans le commandement des Suédois , ouvrit la campagne en Silésie, soumit les places fortes, attaqua près de Schweidnitz une armée impériale aux ordres d'Alhert , duc de Saxe-Lauenbourg, remporta une victoire complète, fit prisonnier le duc, qui mourut bientôt et de chagrin et de douleur, et poussa rapidement ses conquêtes jusqu'en Moravie. Ferdinand rassembla en hâte une armée , et l'envoya , sous le commandement de Farchiduc Léopold et de Picolomini, recueillir les débris de celle du duc de Saxe , et éloigner Fennemi de ses provinces. Torstenson assiégeait déjà Leipzig ; il convertit le siège erl blocus , se prépara à recevoir les Autrichiens , et remporta sur eux , près de cette ville, une éclatante victoire. Les deux généraux de Tempefeur fuirent jusqu'en Bohème , laissant aux vainqueurs artillerie , munitions , bagages, étendards. La prise de Leipzig fut le fruit de cette journée.
Le comte de Guébriant, à la tète d'une armée française, se signalait dans le même temps sur le Rhin, battait les Impériaux à Kempten, faisait prisonniers les généraux Lamboi, Merci etLaudron, et se rendait maître du haut Rhin , succès qui lui valurent le bâton de maréchal. Nous ne parlons pas des autres opérations guerrières relatives à l'Espagne. La prise de Lens, de la Bassée, et la victoire de Honnecourt, ne dédommageaient pas la cour de Madrid de la perte du Roussillon , de celle de plusieurs places en Italie , et de la défaite du marquis de Léganès à Lérida. De toutes parts la maison d'Autriche succombait sous les coups de ses ennemis. La mort de Richelieu , arrivée sur la un de l'année précédcnle, ranima un instant les espérances de l'empereur; mais Louis XIII donna sa confiance à Alazarin , qui
continua les plans du grand ministre auquel il succédait. Ferdinand, sans espoir de diviser ses ennemis , ratifia enfin le traité préliminaire convenu à Hambourg (\ 645) , et Fouverture du congrès fut fixée au mois de juillet de la môme année.
La mort de Louis XIII et la minorité de son fils Louis XIV firent encore balancer l'empereur; mais des coups de vigueur rassurèrent les alliés en dissipant sa confiance. Le 49 mai , cinq jours après la mort de Louis XIII , le duc d'Ënghien, si célèbre depuis sous le nom de prince de Condé , gagna sur les Espagnols la fameuse bataille de Rocroi, et prit ensuite Thionville. Ferdinand, voyaol ses espérances avortées, envoya ses plénipotentiaires au congrès; mais il chancela de nouveau. La minorité de Louis XIV annonçait des troubles qui ralentiraient les efforts au dehors : le maréchal de Guébriant venait d'être tué à la prise de Rothweil ; son armée , divisée et sans chef , avait été défaite le lendemain à Dutlingen par les Bavarois. Cette victoire avait été suivie de conquêtes en Souabe; Merci, général de Ferdinand, s'était déjà empaVé de Fribourg. Le comte d'Auersberg conseillait à son maître de rompre les négociations , et le retard des plénipotentiaires de France devait servir de prétexte. La Suède venait de déclarer la gnerre au Danemark, qu'elle soupçonnait d'être son ennemi secret, au moment où il lui importait le plus de conserver la supériorité que Torstenson avait reprise en Allemagne. Torstenson accabla le roi de Danemark ( \ 644) , et rien ne suspendit l'activité de la guerre contre la maison d'Autriche. Le maréchal de Tnrenne avait remplacé Guébriant et rassemblé les débris, de son armée. La défaite de deux régiments bavarois auprès de Hohentwiel signala le commencement de son généralat; mais, trop faible contre des ennemis plus nombreux et commandés par un grand capitaine, il fut réduit à les observer, dans l'attente d'une occasion favorable que lui refusa l'habileté de Merci : il ne put même sauver Fribourg. La fortune changea à l'arrivée du vainqueur de Rocroi. Merci, par son adresse à saisir Favan- * tage dos positions, se soutint d'abord contre Condé et Turenne : ce ne fut qu'après trois jours de combat qu'il battit en retraite , abandonnant artillerie et bagages aux vainqueurs. Fribourg, Philippsbourg , Uauheim,
Worms , Spire , tout le cours du Rhin depuis Bàle jusqu'à Cologne , furent au pouvoir des Français.
Les années impériales étaient encore plus malheureuses dans le nord de VAlleroagne. Picolomini était passé an service de TEspagne. Gallas, qui avait pris le commandement de Farmée, conçut Je projet d'enfermer les Suédois dans le Jutland , et de les y affamer. Torstenso% plus habile, tourna les Impériaux, s'ouvrit un passage, rentra en Saxe, vint camper sous Ratzembourg , dans le duché de jMecklenbourg , ne laissant derrière lui que des pays ruinés. Gallas se trouva lui-même enfermé dans le Holstein , sans vivres et sans espoir de secours. La famine le contraignit à fuir devant les Suédois. Torstenson le suivit de près jusqu'à Bernbourg, dans la principauté d'Anhalt, enleva cette place sous ses yeux, l'enferma dans son camp , et le réduisit encore à y périr de faim. Gallas fuit en désordre à la faveur des ténèbres, et se sauva sous Magdebourg, harcelé par les Suédois , qui taillèrent sa cavalerie en pièces , et qui l'enfermèrent pour la troisième fois.. 11 fallait encore mourir de disette, ou s'ouvrir un passage l'épée à la main. Gallas se décida pour le dernier parti. Torstenson , par une imprudence qu'il dut regretter, partagea son armée, en laissa une partie à Kœnigsmarck, et s'avança avec l'autre vers la Bohême. Le général autrichien , profitant de cette faute , tenta une sortie avec les restes de son armée, et échappa avec neuf cents hommes seulement. Ragotski faisait, dans le même temps, une invasion dans la Hongrie; une armée impériale se ruinait au siège de Cassovie, qu'elle ne prit pas , et Wrangel forçait le Danemark à la paix.
Ferdinand persistait dans son éloigneraent pour la paix. Dans une diète de Francfort, commencée l'année précédente , et que les débats prolongèrent jusqu'en >IG45 , il demandait des secours, et proposait de rétablir la paix dans l'intérieur de l'empire. Son dessein était de faire une paix semblable à celle de Prague, et de réunir le corps germanique contre ses ennemis personnels. On rejeta ses demandes, et l'on mit en délibération la manière de traiter avec les puissances protectrices de la confédération germanique. Ferdinand alors voulut exclure du congrès les piinces et les villes qui défendirent, énergiquement leurs I
droits , et l'empereur consentit enfin que l'on commençât les conférences à Munster et à Osnahruck. L'ouverture du congrès fut ùxée au 4" décembre; mais des difficultés sur le cérémonial, sur les sauf-conduits, les artifices ordinaires de la maison d'Autriche, qui s'efforçait toujours en vain de diviser ses ennemis, la lenteur des états de l'empire à envoyer leurs députés , la retardèrent encore jusqu'au 4 du même mois. Les plénipotentiaires étaient : pour la France, les comtes d'Avaux et de Servien ; pour la Suède , le baron d'Oxen^tiern et Salvius; pour l'empereur, le comte de Nassau et Wolmar , jurisconsulte; pour l'Espagne , le comte Diego de. Saavedra et Antoine Brux. Le nonce Fabio Chigi et Louis Contarini , noble Vénitien, représentaient le pape et larépublique de Venise , qui se portaient pour médiateurs : ils furent simples spectateurs , parce que leur médiation devant se borner aux catholiques , elle devenait inutile dans un congrès où les intérêts des protestants devaient se discuter comme ceux des catholiques. Voilà encore un pas fait vers la pacification (1645).. Ferdinand éleva encore des difficultés. Mais Torstenson entra en Bohême au mois de février, tailla en pièces près de Janowilz une armée commandée par les comtes de Gœtz et de Hatzfeld , fit ce dernier prisonnier , parcourut en vainqueur la Bohême et la Moravie, et menaça Vienne : peu s'en était fallu que Ferdinand , accouru à Prague dans l'intention d'animer les troupes par sa présence, ne fût lui-même tombé au pouvoir de l'ennemi. Au moment de perdre ses possessions , il oublia sa fierté ; il rendit la liberté à l'électeur de Ti-èves, et consentit à admettre les états de l'empire au congrès. Le plus grand nombre s'y était déjà rendu sans sa permission. Malgré lui, le congrès représentant une diète, il fut décidé que les princes et les villes y auraient voix; que chaque collège serait réparti à Munster et à Osnabruck, et qu'il y aurait dans chacune de ces parties un nombre égal de catholiques et de protestants. Mais la France craignit que la Suède n'obtint des conditions trop favorables ; elle éleva des prétentions qui furent repoussées. La France attendait qu'un coup d'tclat lui eût acquis la supériorité dont se prévalait la Suède; elle fût au contraire humiliée. Turenne, croyant devoir profiter de la victoire do Torstenson en Bohême, quitta les environs du Rhin, et pé-
Détra jasqii'en Franconie* Il eut Timprudence de permettre aux alliés de se séparer de ses troupes. Merci sut tirer avantage de cette faute, la seule , dit-on , que le maréchal eût faite; il Tattàqua près de Marienthal, et remporta la victoire. Les plénipotentiaires français, affectant alors de se rendre au vœu de l'Europe, présentèrent leurs propositions, conjointement avec les Suédois, leU juin. Elles portaient : 4" que toutes choses seraient rétablies dans Tempire dans le même état qu'en ^6^8, avant le commencement de la guerre ; 2« que les états de l'empire rentreraient dans leurs anciens droits^ prérogatives, libertés et privilèges; qu'ils jouiraient par conséquent de tous les droits de souveraineté , du droit de suffrage dans les diètes , et.de celui de s'allier, pour leur sûreté, tant entre eux qu'avec les puissances étrangères; 5<» qu'on ne pourrait porter de nouvelles lois , corriger ou interpréter les anciennes , faire la guerre , la paix ou des alliances , établir des impôts , priver un prince de sa dignité et de ses biens, etc. , que du consentement des états assemblés en diète; 4** que toutes les anciennes constitutions de l'empire, notamment la Bulle d'or, seraient observées religieusement, surtout dans l'élection du roi des Romains, élection qui no se ferait jamais du vivant d'un empereur ; 5" que l'on donnerait aux deux couronnes et à leurs alliés une satisfaction qui serait un dédommagement du passé, une sûreté pour l'avenir , et que l'on accorderait en outre une récompense aux milices qui avaient servi dans leurs armées.
Ces propositions, comme on le voit, étaient favorables aux états de l'empire et contraires à l'empereur; Celui-ci réclama; la paix s'éloignait encore; il restait une infinité de nœuds qui ne pouvaient, selon l'expression do chancelier de Suède , être coupés qu'avec l'épée. Les armées étaient toujours en campagne. Celle de ïurenne était renforcée par les Suédois et .les Hessois , sous les ordres de Kœnigsmarck et de Gcis , lorsque le prince de Condé passa le Rhin et s'y joignit encore. Ces deux généraux prirent Wimpfen, Rolhenbourg, et s'approchèrent de la Bavière. Merci les observait sans oser attaquer , parce qu'il se sentait trop inférieur ; mais les Suédois se séparèrent des alliée : cette défection lui rendit la supériorité et l'enhardit. 11 livra près de Nordlingeu une ba-
taille où il perdit la couronne et h vie. Bientôt après , Turenue prit Trêves, et y rétablit Vélecteur , tandis que Condé enlevait Dunkerqiie aux Espagnols. Torstenson , tourmenté de la goutte , avait laissé le commandement à Wraugel : ce général avait quitté la Bohême pour se joindre à Turenne ; Ferdinand mit à profit ce temps de relâche pour reprendre les places que les Suédois occupaient dans ses Etats. Cependant les négociations n'avançai^t pas. La France demandait la haute et basse Alsace , le Sundgau, Brisach, le Brisgau, lés quatre villes forestières , avec Philippsbourg , s'obligeant à tenir le tout en ûef de l'empire , moyennant voix et séance dans les diètes. La Suède demandait la Poméranie entière, ou la moitié avec la Silésie, les villes de Camin, de Wbmar, de Poël , de Warnemunde , avec l'archevêché de Brème et Tévèché de Yerden sécularisés^ Il naquit de ces exigences des difficultés qui arrêtèrent les conférences. Les préparatifs des deux puissances pour une nouvelle campagne déterminèrent Ferdinand à négocier arec les Français. La France avait renoncé aux villes forestières et au Brisgau ; on lui cédait l'Alsace et Brisach ; elle demandait encore Philippsbourg, que l'électeur de Trêves lui avait abandonné par un traité secret. Ferdinand , de son côté , refusait de conclure sans l'Espagne^ deiûandant que Charles IV , duc de Lorraine,. fût compris dans le traité. Les armes le rendirent plus facile. Turenne et Wrangel réunis faisaient fuir devant eux les Impériaux et les Bavarois , mettaient à contribution la Francouie et la Souabe , et menaçaient la Bavière , où ils faisaient des courses jusqu'aux portes de Munich. Le- vieux duc de Bavière , Maximilien , le plus puissant appui de l'empereur , avec lequel Mazarin négociait depuis l'année précédente , s<'. voyant sur le point de perdre ses Etats , pressa Ferdinand de conclure. La France obtint ses principales demandes ; mais ces arrangcmentâ n'étaient que conditionnels, parce qu'elle ne voulait traiter que conjointement avec ses alliés. Il restait à fixer la satisfaction de la Suède. La reine Christine désirait la paix ; mais le chancelier Oxenstiern n'y était pas dispose , et son fils, animé de son esprit, retardait k^^ négociations. Les derniers succès rendaient encore les Suédois plus fiei*s. On leur faisait di's offres auxquelles ils ne daignaien t pas répondro. Le comte d'Avaux , devenu médiateur depuu^
la coQclusioii avec la France, fixa enfin leur indécision. Ils acceptèfent la Poméranic citérieure, Stettin et quelques autres villes dans la Poméranie ultérieure ; mais il fallait les indemniser de cette partie à laquelle ils renonçaient, et l'électeur de Brandebourg de celle qu'il abandonnait. L'empereur voulut que ces indemiiités fussent prises sur les biens de l'Eglise : protestants et catholiques se récrièrent. Le comte d'Avaux les engagea à faire quelques sacrifices au bien de la paix, et la Suède et l'électeur de Brandebourg à modérer leurs prétentions.
Telle était la situation des affaires au mois de février 4647. Toutes les contestations n'étaient pas terminées. Les Suédois s'emparèrent de Schwcinfurt: Wrangel rentra en Bohême, où les Impériaux enlevaient ses conquêtes ; il investit Egra , qu'il emporta après une vigoureuse résistance; il fut sur le point de prendre Ferdinand, qui s'était approché de la place pour la secourir. Nous ne dirons rien des opérations de la guerre en Flandre , en Catalogne, en Italie. Les armées marchaient, et les négociations continuaient. L'affaire de la maison palatine occasionna de violents démêlés. Celle des griefs de religion était plus épineuse. Plus on terminait d'objets, plus il s'en présentait à juger. Ferdinand retarda de nouveau la conclusion. H avait fait do grands préparatifs, et comptait attaquer les Suédois avec d'autant plus d'avantage que les troupes françaises étaient sorties de l'Allemagne. Wrangel fut contraint d'évacuer la Bohême et de se retirer en Saxe. Le duc de Bavière , qui avait promis la neutralité , se rejoignit en même temps à l'empereur, dont il releva les espérances. Cependant l'âge avancé de Maximilien lui faisait désirer la paix. S'il revint à Ferdinand , ce fut moins pour l'engager à continuer la guerre que pour lui inspirer des sentiments pacifiques. 11 réussit ; et le monarque ordonna à ses plénipotentiaires d'accorder les dispositions de la France, à la réserve des deux articles qui concernaient le duc Lorraine et le roi d'Espagne. Ces heureuses dispositions changèrent bientôt. L'Espagne travaillait depuis longtemps à rompre l'alliance des Provinces-Unies avec la France. Le 50 janvier >I648, elle conclut avec elles le traité parJequel, renonçant à tous ses droits et prétentions , elle les reconnaissait pour Ëtats libres , Indépendants et souverains. Cet
événement décida Ferdinand è intriguer encore pour séparer la Suède de la France. Cependant les députés de l'Empire et les plénipotentiaires de la Suède et de la France rédigeaient tous les articles ; le traité était achevé, il n'y manquait que la signature, et Ferdinand la retardait par ses délais affectés^ II est bien probable qu'il aurait imaginé sans cesse de nouveaux subterfuges, si le succès des armes n'eût vaincu sa résistance. Turenne s'étant joint à >yrangel , ces deux généraux battirent les Autrichiens et les Bavarois à Summershausen , près d'Augsbourg, prirent Donawert, fondirent sur la Bavière, la ravagèrent, contraignirent Maxi-~ milien à chercher un asile dans l'archevêché de Salzbourg , tandis que Kœnigsmarck tournait vers la Bohême, pénétrait jusqu'à Prague, et s'emparait de la petite ville , qu'il livrait au pillage : il y fit un butin immense, évalué à sept millions d'écus pour la part de la reine Christine seule. Ferdinand et Maximilien , sans ressources, acquiescèrent enfin au traité, qui fut signé le 24 octobre , dans le temps qiTe Kœnigsmarck assiégeait la vieille ville de Prague. Ainsi , après dix ans de négociations et trente ans de carnage, on vit enfin le terme des calamités enfantées par l'ambition de la maison d'Autriche.
Nous allons donner un extrait succinct do ces deux traités , qui forment le code politique de l'empire , et la principale de ses lois fondamentales.
Le traité d'Osnabruck, comme celui de Munster, se divise essentiellement en deux par* tics : la première concerne les avantages qui furent accordés aux deux couronnes, à leurs alliés et à leurs protégés; l'autre est entière-, ment relative au droit public de l'Allemagne , à sa constitution et à l'existence légitime des protestants.