LÉOPOLD I
(4658-4705.) Le choix du nouvel empereur souffrit des dKûcultés, parce que la France voulait profiter du moment pour s'emparer de Tempire auquel elle aspirait depuis longtemps. Elle réussit eq effet à gagner les princes électeurs des bords du Rhin; mais tout le reste de l'Allemagne sentit quel déshonneur et quel malheur ce serait pour elle , et arrêta définitivement son choix sur Léopold, archiduc d'Autriche, qui accepta, le 48 juin 4658, à Francfort. Cependant le cardinal Mazarin, ministre de France, avait déjà formé une ligue qui; sous le nom d'union du Rhin , tendait positivement à la destruction de la maison d'Autriche , quoiqu'elle n'eût pour but apparent que la conservation do la paix de Westphalie. Les partisans de l'union étaient la France, la Suède, Mayence , Cologne , le palatinat do Neubourg, Hesse-Cassel , et les trois ducs de Brunswick- Lunebourg; étrange alliance de princes catholiques avec des prolestants et les Suédois, qui venaient de se faire la gociTO les uns aux autres. Du reste, un écrivain du temps, plein d'idées et très-profqnd « nous découvre quelle était l'intention* de la France dans cette alliance et dans tonte sa conduite avec rAlieraagne. « An lieu d'employer la force ouverte , comme dans la guerre de trente ans , il parut plus expédient à la France de tenir dans ses liens quelques princes allemands , et surtout ceux du bord du
Rhin , par une union 0Q| si Pon vent, par an subside annuel , et surtout de paraître porter grand intérêt aux affaires d'Allemagne, afin que les princes pussent croire que l'amitié de la France leur serait une protection plus sûre que celle de l'empereur et que les lois de l'empire. C«tle voie pour arriver à détruire la liberté allemande était directe et toute frayée, et, comme chacun peut en juger, n'était pas mal imaginée. »
La France prouva bientôt qu'elle n'attendait que l'occasion d'étendre, pour saisir sa proie ^ cette même main qu'elle avait offerte comme amie. Le long règne do Léopold est presque tout entier rempli par des guerres avec la France et son prince orgueilleux, Louis XIV; et presque tout le temps le sang a coulé d'une manière effrayante dans notre malheureuse patrie, léopold , prince débonnaire et religieux, mais inactif et peu clairvoyant, n'était pas un adversaire à opposer à Louis XIV, qui réunis-» sait la finesse à une ambition sans bornes et^ une insolente fierté. La France poursuivait dès lors avec constance et fermeté son but de re^ culer ses frontières jusqu'au Rhin , et de réunir ainsi à sa puissance les Pays-Bas espagnols, qui, sous le nom de cercle de Bourgogne , appartenaient à l'empire d'Allemagne; la Lorraine , la partie de l'Alsace qu'elle n'occupait pas, et, autant que possible , tous les pays situés sur la rive gauche du fleuve. Le roi aussi bien que tout le peuple nourrissaient ces idées d'agrandissement, et ce serait une grande erreur de croire que cette idée n'a été mise au jour que de notre temps, par l'esprit révolutionnaire et emporté de quelques têtes. Dès le temps do Louis XIV, les écrivains exprimaient lout haut le mot do conquête; et un d'eux, un certain d'Aubiy , écrivait celte pensée, nouvelle alors, mais qui fut répétée depuis, et môme presque portée à son exécution : que l'empire de (Icvmanie , l'ancien empire romain , tel que le posséda Charlemagne , appartenait à son roi et à ses descendants. Et l'abbé Colbert, dans un discours au roi au nom du clergé français , disait, entre autres choses : « 0 roi ! toi qui donnea des lois à la mer aussi bien qu'au continent \ qui lances, quand il te plait, la foudre sur les rives africaines ; toi qui abaisses l'orgueil des peuples, et, quand tu le veux, forces leurs souverains de reconnaître à genoux la puissance de ton sceptre e( d'implorer ta miséricorde > etc. »
HISTOraE Dn PEUPLE ALLEMAND.
Tel était le langage que tenait, en >I668, à la face de toute TEurope, un Etat qui devait cependant plus tard remporter sur tous les autres par sa modération et ses lumières.
Louis XIV donc, mettant en avant d'anciens droits, commença ses conquêtes dans les Pays- Bas. Les Espagnols réclamèrent pour leur cercle de Bourgogne le secours des autres cercles; mais personne ne remua : les uns par indifférence, les autres par peur, d'autres enfin, ô honte I corrompus par Targent de la France. Ce fut un des fruits de l'union du Rhin. Les Pays- Bas ainsi abandonnés tombèrent bientôt entre les mains du roi , et, par la paix d'Aix-la-Chapelle (>I668), les Espagnols se virent obligés d'abandonner toute une lisière de places sur la frontière pour conserver une partie du pays.
De plus, dans l'année 4672, la France fit en Hollande l'invasion, la plus injuste, et si elle eût réussi , elle aurait pu imposer des lois aux deux mers de l'Europe. Ce danger n'émut pas plus les princes d'Allemagne que le premier; ils le contemplaient d'un œil tranquille, et même l'électeur de Cologne et le vaillant évoque de Munster, Bernard de Gahlen, un des premiers hommes de ce temps , firent alliance avec la France. Il n'y eut que Télecteur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, connu aussi sous le nom du grand électeur , qui comprit bien les relations qui existaient entre les peuples, et qui sentit la nécessité de ne pas laisser rompre l'équilibre européen. 11 fit donc des préparatifs pour mettre en bon état de défense ses États de Westphalie , limitrophes du théâtre de la guerre; car, par l'arrangement définitif de l'héritage de Juliers, en 4036, il avait reçu le duché de Clèves et les comtés de Marck et de Ravensbcrg , et le prince palatin de Ncubourg , les duchés de Juliers. et de Berg. — Frédéric-Guillaume décida même l'empereur Léopold à prendre des mesures pour arrêter les tentatives de conquêtes des Français ; et tous les deux levèrent, en 4672, une armée qu'ils mirent en campagne sous les ordres du commandant on chef impérial, Montecuculli ; mais la coopération des Autrichiens fut presque nulle, parce que le conseiller intime de l'empereur , le prince de Lobkowitz, gagné par la France, arrêtait toutes les entreprises importantes des généraux. Le prince électeur vit donc sa belle armée poursuivie çà et là , décimée par la faim et par
la maladie^ et, pour éviter la mine totale de ses États de Westphalie, il fit la paix avec les Français , en 4673, dans son camp de Wossen, auprès de Louvain. Ce n'est qu'ainsi qu'il put les arrêtej ; encore fut-il obligé de leur abandonner , comme limites , les qhàteaux de AVosol et de Rees, qu'ils voulurent occuper jusqu'à la pacification générale.
Alors enfin Fempereur commença à mettre un peu plus d'importance à la guerre , parce que le prince Lobkowitz avait été éloigné ; mais il avait perdu ses meilleurs alliés. Montecuculli eut quelques avantages dans le bas Rhin , et entre autres il prit Bonn; mais, dans le haut Rlùa et dans la Franconie, les Français redoublèrent leurs 'ravages , et surtout dans le Palatinat, qui dès lors était le théâtre le plus sanglant de la guerre , comme il l'a encore été depuis et en a conservé des monuments éternels. Alors, comme ils avaient attaqué l'empire même, les princes se levèrent enfin contre eux, et Félecteur de Brandebourg renouvela son alliance avec Léopold. L'Autriche se fit distinguer par son activité et par sa fermeté, dans cette occasion, à la diète de Ratisbonne. On discutait longuement sur la guerre sans rien conclure; l'Autriche ayant découvert que renvoyé français à la diète intriguait tantôt auprès de l'un des princes, tantôt auprès de l'autre, pour les tromper, elle lui fit donner ordre, sans autres formalités , de quitter Ratisbonne dans trois fois vingt-quatre heures, et son départ fut suivi, au bout de quelques jours, d'une déclaration de guerre de la part de l'empire.
La guerre eut des chances variées , maïs cependant au total à l'avantage des Français , parce que leurs généraux avaient le talent de se porter sur le territoire allemand , tandis que ceux de la confédération manquaient d'acti\ilé et d'unité. Afin d'occuper dans son propre pays le plus puissant défenseur de la confédération , le prince électeur de Brandebourg , Louis XIV avait fait alliance avec les Suédois , en 4674, en leur faisant voir quels grands avantages ils pourraient retires d'une invasion dans la Marche. Ils s'y jetèrent donc, et le pa\s fut fort maltraité; mais l'électeur ne voulut pas abandonner le Rhin tant que sa présence fut nécessaire, et ce ne fut qu'en juia 4075 qu'il partit à marches forcées pour venir au secours de ses Etats.
HIS'rOlRE DU PEUPLE ALLEMAND.
BataiOe de Ferhellm, 28 juin 4675. —Ni amis ni ennemis ne l'attendaient» quand il arriva snr TElbe, à Magdebourg; il traversa la ville de nuit et continua sa roate, sans s'arrêter, jusqu'à Tarmée des Suédois, qui le croyaient encore en France. Ceux-ci aussitôt se replièrent pour chercher à se réunir ; mais il les poursuivit et les atteignit, le 28 juin , à Ferbellin. Il n'avait que sa cavalerie avec lui, car rinfanterie n'avait pu le suivre; cependant il résolut d'attaquer l'ennemi dans sa position , malgré ses généraux, qui voulaient qu'on attendit l'infanterie. Frédéric, qui regardait comme perdue chaque heure de retard, fit donner l'attaque et eut le plus heureux succès. Les Suédois, qui, depuis la guerre de trente ans, passaient pour invincibles, furent complètement battus, et s'enfuirent dans le plus grand désordre vers leur Poméranie. Frédéric-Guillaume les y suivit, et fit la conquête d'une partie de la province.
Cet électeur peut être considéré comme le fondateur de la grandeur prussienne, et ses successeurs ne firent que bâtir sur les fondements qu'il avait posés. Il agissait toujours d'après lui-même , et nous le retrouverons plus d'une fois faisant respecter la puissance de son petit État , non plus comme les autres princes d'Allemagne, mais avec l'autorité d'un des autres souverains de l'Europe. C'était la preuve qu'il jetait les fondements d'un nouveau royaume ; qu'il voulait que son peuple ne fût inférieur à aucun des autres, et même qu'il jouit parmi eux d'une certaine considération.
Dans l'année i 675 , le vieux et habile général Montecuculli reçut une deuxième fois 1 ordre de se rendre sur le Rhin, et la fortune des armes lui devint plus favorable. 11 eut pour adversaire le célèbre général français vicomte de Turenne, un des plus grands hommes de son temps. Ils s'approchèrent tous les deux avec précaution , car ils se connaissaient déjà. Turenne avait choisi un lieu très-convenable pour livrer bataille , où tout lui semblait avantageux; c'était près du village de Salzbach, son loin d'Oppenheim, quand, en s'avançaot au-devant de l'ennemi pour reconnaître les lieux et disposer son armée , un boulet de canon l'emporta de dessus son cheval. Sa mort efij'aya son armée ; elle prit aussitôt la fuite , et fit même de grandes pertes dans cette déroute*
Cependant on n'avait pas beaucoup gagné. Les Français , pour chasser les Impériaux de leur pays, eurent recours au plus extrême moyen. Comme ils ne pouvaient garder toutes les provinces de la frontière par leurs armes , ils voulurent les défendre par la dévastation. L'année suivante donc, ils se mirent à ravager tous les pays voisins de la Saar avec tant de fureur , que dans l'espace de plus de quatorze milles on ne voyait que des incendies et des champs déserts. Alors les armées allemandes , ne pouvant rester dans un pays afTamé, furent obligées de rentrer, et les malheureux habitants de se retirer dans les forêts , où le plus grand nombre mourut de faim et de misère.
Paix de JSimègm , 4678 et 4679.— Tous les yeux se portaient avec la plus grande inquiétude sur les conférences de paix qui se tenaient à Nimègue. Les Français se hâtaient , à ce qu'il semblait , de conclure cette paix, dût-elle leur être désavantageuse , parce qu'ils avaient trop d'ennemis sur les bras. Mais ils ont toujours été très-habiles pour diviser leurs adversaires. Ils réussirent en effet à écarter, par des offres avantageuses , les Hollandais , pour qui principalement la guerre avait été entreprise , et qui étaient redevables de leur salut à l'empire. Us firent leur paix en particulier, et reçurent la citadelle de Maëstricht. Les Espagnols, qui firent ensuite leur paix, furent obligés de payer, comme en bien d'autres circonstances, ce qu'on avait abandonné aux Hollandais. Ils durent par conséquent céder une grande étendue de territoire dans les Pays-Bas, avec tonte la Franche-Comté. Enfin l'empereur , qui ne voulait pas faire la guerre seul , fut obligé d'abandonner 1 importante citadelle de Fribourg dans le Brisgau. Ainsi, l'électeur de Brandebourg , qui avait conquis presque toute la Poméranie sur les Suédois, et espérait une paix avantageuse, abandonné de tout le monde, même par les Pays-Bas, pour qui il avait combattu, et qui lui refusèrent leur secours, fut contraint de restituer presque toutes ses conquêtes. A cette conférence de Nimègue on put facilement remarquer la prépondérance de la France sur l'Europe, même par son langage^ car, lorsque, trente ans avant, dans les conférences de Munster et d'Osnabruck, quelques envoyés seulement connaissaient la langue française, alors & Nimègue tout le monde
HuroniK m Fft»tt illc» an».
fKAmt tnai^é Cépefidani le» article» forent téAigh eu latin.
Héumont d la FrOMe. — Les provinces opprimées commenfèreAt enfln à respirer en liberié et àjotiir ied doticears de la paix, quand !*in$atiable ambition des Français se fut satisfaite. Mais sotre ennemi était , ad sein même de la faix ^ tODJours très-babf te êi poursuivre sa proie. Un membre dn parlement de Metz, Rolland de Revsioix ^ exposa an roi nn plan d'après lequel il poaf ait étendre sa domination bien pins loin dans le haut Rhin , tont en respectant les ar* tieles de la paix de Westphalie ^ par un simple commentaire deâ mots employés : LAUaee et les autres terrains lui seront cédés atec toutes leurs dépendances» Il n'y avait donc plus qu'à recbereber les terrains et les lieux qui avaient fait partie de cette dépendance dans les temps recolés, et il n'était poa difficile d'en trouver qu'on pou-** tait occoper sons ce prétexte. L» proposition d'abord n'eut pas de suites, mais on y revint plv9 tard \ et , pour se donner une apparence de justice, on forma, en t680, quatre conseil» sdns le nom de chambres de réunion ^ à Metz , Domick, Brisaac et Besançon ; elles devaient rechercher quels terrain» et quels peuples poo-* vaicnt cncere appartenir au roi d'après les et^ pressions que nous avons citées plus haut. Il est facile de penser que les juges ne manquèrent pas snx découvertes; on fouilla partout pour tro»ver de quoi se satisfaire. Le couvent de V^etss^^mbourg, par exemple, quoique situé hors de l'Alsace, fcit attribtié an roi comme lui appartenant d'après les droits du roi Dagobert , qui l'avait fondé plus de mille ans auparavant; et l'acqui" sition de Weissembourg lui servit encore de prétexte pour réclamer Germesheim , qui avait autrefois appartenu à Weissembourg^
De cette manière , ces quatre cl^ambres eu-^ rent bientôt conquis à leur maître i>eux-Ponts, Sarrebrnck (Sarrelouis) , Welden;s , Sponnbeim , Muflftppelgarde, Lan terbourg, et beaucoup d'autres lieux isolés , et particulièrement plusieurs ville» libres en Alsace, entre autres surtout Strasbourg. Cependant elles n'avaient pas été désignées dans le traité de Westphalie; car l'Autriche n'avait pu faire cession que de son héritage en Alsace.
Les princes et les seigneurs dont les propriétés devaient tout d'un coup changer d'état civil, et d'allemandes devenir françaises, élevèrent tant haut des plaintes. L'empereur lit
des représentatioins; et Lottis , pcfur sMter au moins les apparences , car c'était là soff grand talent , et en même temps podr fermer la bou^ cbe à file» adversaires, ^erolt d'examiner leurs prétentions, et convoqua nn congrès à Francfort. D'abord chacun Vouldt occuper la citadelle de Strasbourg , p8(rce que c'était lef point le plus important et quelle était regardée cootme la clef du haut Hbin. Charles ? la considérait comme d'une telle importance , qu'il disait i « qtie si Tienne et Strasbourg étaient égale^ ment menacés, il comEnenceratt pat sauver Strasbourg. >» Mais, an mois de septembre 1691, quelques régiments français se réunirent en secret sofis les murs de la ville , et renteloppérent tout d'un coup lorsqu'elle s*y altendaii le moins. Le lendemain, le minisiris de la gcierre, LoDVois , le conMertt du roi , paroi avec une armée et une artillerie de ^iége, et somma les citoyens de se ft^ite avec les pins fortes fl»cnaccs. N'étant pas préparés à une attaque , ils se rendirent et ouvrirent leurs pertes, .aussitôt le» Français s'emparèrent de rfi^tei de fifh, désarmèrent les boirrgeots, et ^u apte»
Louis XIV 6t son entrée e» grande pompe, comme en triomphe, avec toute sa suite.
Les conférences de Francfort ff*appoftèfent dti reste aticun changement daivs les plans da roi ; ses envoyés esquivèrent avec adresse îtmie discussion sérieuse sur les recherches fartes, et maintinrent toujours leurs principes; ce fui même à ces conférences qu'ils firent po«r fa premiôre fois usage de leur langue dans les affaires de diplomatie. Jusqu'alors, conftne ant autres peuples, leurs pièces, leurs Ulres et tous leurs écrits étaient en latin; mais à Francfort ils furent faits en français , et toutes les repré^ sentations de la part de l'empereur fareat inutiles ; on ne reçut jaitfais que celte réponse brève et sévère : « C'est l'ordre de notre r^. * 11 fallut céder , et c'est ainsi que s esl éfaMf pour tot|s les autres peuples l'usage (fe ptriet français quand ils traitent a^ee la France. L^s hommes k grandes vnes prévirent dès ien les dangers qui pouvaient déccwler de cet usage , et jugèrent que l'imitation du. lafigage et des mœurs du peuple voisin préparaient peu à peu et de loin sa domination.
Les disputes des différents envoyés ofrtre eiw sufliraient pour faire comprendre combien leors réclamations contre les usurpations de Louis devaient être faibles et peu digues; cai* à Fraae'
HiSnt'C^E DÛ PEUPLE ALLEMAND.
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fort »'él0?èfefit eoeore ced tieilles et pitoyables dbpfites de prééminence , dont la folie surpasse toote croyance, qui dépensèrent un temps précieux pendant lequel les Français se fortifièrent de plus en plus dans leur usurpation. Cependant rAutricbe rédsstt à faire une alliance a^ec plusieurs princes pour repousser la force par lai force; mais des séditions en Hongrie et une nouvelle guerfe de la ptfrt des Turcs, attirés par Louis pour pi'otéger ses projets , arrêtèrent les résultats de cette alliance.
Les Turcs devant Fierme^ 1683. — Depuis Tan 4670 la Hongrie était agitée ; elle était mécontente de voir ses institutions méprisées et ses places occupées par ieè soldats allemands, qu'elle baissait par-dessus tout. De plus, les protestants se plaignaient de plusieurs persécutions dont les jésuites avaient été les instigateurs. Ces peuples itfécontents , ayant rcfîcontré, en 4078, dans le comte Emmeric de Tœchely f fin commandant plein de résolution , se soulevèrent en masse, et firent aussitôt alliance avec les Turcs. Lé guerrier et ambifieux grand-^visir &ara-Muslapba se disposa donc à entrer en caiàpagne à la tète d'une armée plus forte qne toutes celles que les Turcs avaient mises sur pied depuis la prise de ConstantiiK)ple. Heureusement pour rempereùr qn*il avait sur les frontières de la Pologne un allié plein de courage , le roi Jean Sobieskt , et qu*it trouva les princes allemands fidèles et prompts, dans celte occasion, contre leur coutume, à lui envoyel* des secours. II rencontra en outre , dans le duc Charles de Lorraine, un général bablle pour conduire son armée.
Cependant arriva le printemps de Fannée 4685 avant que les préparatifs ne fussent acbcvés; tandis qne les Turcs, qui n'avaient pas coutume de se mettre en campagne avant Tété, étaient partis cette année avant la fin de l'hiver, et le 42 juin ils traversaient le pont d*Esseck. On se hâia de passer en revue à Presboif rg l'armée allemande et impériale, que Ton trouva de vingt-deux mille hommes de pied et onze mille chevaux ; mais les Turcs comptaient plus de deux cent milfe hommes, qui, sans s'arrêter à assiéger des villes en Hongrie, comme on avait espéré, marchèrent droit sur Vienne. La consternation et la confusion régnaient dans la ville ; Fempereur , avec sa cour , s'était enfui à Linz. Beaucoup d'habitants Favaient suivi; mais les autres , quand le premier moment de
terrent' fut passé, s'armèrent potfr la défense • et la lenteur des Turcs, qUi s'amusèrent à piller les lieux et les châteaux environnants, permit au duc de Lorraine de jeter douze mille Sommes de garnison dans la ville ; alors , comme il ne pouvait avec sa petite troupe se porter à la rencontre de l'armée tnfque pour lui barrer le passage , il se tint à Fécairt et attendit le roi de Pologne.
Le comte Hudiger de âtahfenberg fut nommé commandant de la placé par le conseil de gderre, et il se montra aussi hardi qu'actif à faire tout ce qu'il crut possible pour sa défense. Tout homme qui pouvait travailler ou porter les armes prêta son secours. Le Ï4 juin, le visif parut avec son innombrable armée devant les murnilfes : elle coc/vrait te pays tout autour à six lieues de distance. Detfx jours après, it ouvrit la tranchée; bientôt Fartillerfé frappa tes murs pour faire brèche; on â'efforçâiit surtout de creuser des mines , pour faire Sauter en Fair des bastions ou des quartiers de ihuraines, afin de pouvoir se précipiter ensuite dans cette ville , ôti lès Titres espéraient trouver un si grand butin, niais les défenseurs tinrent ferme^ et réparaient dans la nuit ce qui avait été renversé. Chaque pîte de terrain n'était obtenu qu'après une longue lutte , où l'on voyait une égale opiniâtreté pour la défense et pour fattaque. Le lieu le plus chaud du combat était au bastion Label^ autour duquel il n'y avait pas de motte de terre qui n*àit été arrosée de sang ami ou ennemi. Cependant tes Turcs gagnèrent peu à peu quelques pas; à la fin d'août, its étaient logés dans tes fossés de la ville, et, té 4 septembre, ils tfrcnt sauter une mine soiis le bastion le Bourg : la moitié de la vitte en fut ébranlée , et le bastion fut fendu dans une largeur de plus de cinq toises ; la brèche était assez large pour fivrer un assaut, mais l'ennemi fut repoussé. Le lendcmaîn il revint avec un nouveau courage ; la valeur des assiégés Farrôla encore. Le 40 septembre, une dernière mine sauta sous le même bastion , et ta brèche fut si grande, qu'un bataillon pouvait y entrer de front. Le dauger était extrême ; la garnison était tout épuisée par les combats, les maladies et les travaux de tous les jours; te duc de Stabrcnberg avait envoyé courrier sur courrier au duc de Lorraine. Enfin, le 44, quand toute la ville était dans la stupeur et dans Fat* tente d'un assaut, elle s'aperçut, au mouve«
ment qui se fit remarquer dans le camp ennemi, que le secours était proche. A cinq heures du soir Tarmée chrétienne était sur la montagne de Kalen , et elle fit connailre sa présence par une salve d*artillerie. Le piince Jean Sobieski était arrivé à la tête d'une vaillante armée : les électeurs de Saxe et de Bavière, le prince de Waldeck avec les troupes du cercle de Franconie, le duc de Saxe-Lauenbourg , le margrave de Bade et de Baireuth , le landgrave de Hesse, les princes d'Anhalt, et quantité d'autres princes et seigneurs allemands, avaient amené avec eux des troupes fraîches. Alors Charles de Lorraine put oser marcher contre Tcnnemi, quoiqu'il n'eût encore que quarante-six mille hommes.
Le 42 septembre au matin, Tarmée chrétienne descendit de la montagne de Kalen en ordre de bataille. Le village de Naussdorf, situé sur le Danube, fut attaqué par les troupes impériales et les Saxons qui occupaient Taile gauche , et emporté après une opiniâtre résistance. Cependant , sur le midi , le roi de Pologne étant descendu dans la plaine avec Taile droite ^ attaque les innombrables escadrons de cavalerie turque à la tète de sa cavalerie polonaise ; il se jette au milieu de l'ennemi avec toute la fureur d'un ouragan , et répand la confusion dans leurs rangs ; mais son courage l'emporte trop loin, il est entouré avec les siens , et va peut-être être accablé par le nombre. Alors il crie au secours ; les cavaliers allemands qui l'avaient suivi arrivent au galop sur l'ennemi , délivrent le roi , et bientôt les Turcs sont mis en fuite de tous côtés.
Mais tous ces combats ne devaient être que des avant-scènes de la grande bataille qui devait décider du sort de la guerre; car on voyait toujours le camp des Turcs, qui s'étendait à perte de vue , couvert de milliers de tentes» et leur artillerie tirait toujours sur la ville. Le général en chef tenait un conseil de guerre pour savoir s'il devait livrer la bataille le jour même , ou attendre au lendemain pour laisser à ses troupes le temps de se reposer, quand on vint lui annoncer que l'ennemi semblait être en pleine fuite ; et c'était la réalité. Une terreur panique les avait pris ; ils fuyaient en désordre , abandonnant leur camp et leurs bagages : bientôt même ceux qui attaquaient la ville furent entraînés dans la fuite avec toute l'armée.
Le butin trouvé dans le camp fut immense. On l'élève à quinze millions, et la seule tente du visir à quatre cent mille écus. On trouva aussi dans la cassette de la guerre deux millions. Le roi de Pologne reçut pour sa part quatre millions de florins ; et , dans une lettre à sa femme où il lui parle de cela et du bonheur d'avoir délivré Vienne , il s'exprime ainsi : « Tout le camp eunemi avec toute son artillerie et toutes ses énormes richesses est tombé dans nos mains. Nous chassons devant nous une armée de chameaux , de mulets et de Turcs prisonniers; je suis devenu l'héritier do grand-visir. L'étendard qu'il avait cootnme de faire porter devant lui , et la bannière de Mahomet , dont le sultan avait honoré cette campagne, les tentes, les chariots, les bagages, dans tout j'ai une part; on a pris des cobioiers dont quelques-uns valent à eux seuls des millions d'écus. Quant à ce qui appartient ani divers objets de luxe et d'agrément trouvés dans sa tente, comme sont , entre autres choses extraordinaires , ses bains , ses jardins , ses fontaines d'eau jaillissante, et toute espèce d'animaux rares, il serait trop long d'en donner la description. — J'étais ce matin dans la ville, et j'ai trouvé .qu'elle n'aurait pu tenir cinq jours de plus. — Jamais il n'a été possible à des yeux d'homme de voir un si grand bouleversement fait en si peu de temps, que celai des tas de pierres et de rochers lancés dans l'air en éclats parla mine. — J'ai eu longtemps à combattre avec le visir jusqu'à ce que l'aile gauche vint à mon secours. Mais, après la bataille, je me suis vu entouré de l'électeor de Bavière , du prince de Waldeck et de beauconp d'autres princes qui m'embrassaient et me baisaient. Les généraux me portaient par \es mains et par les pieds, et les colonels, à la tète de leurs régiments, à pied comme à cheval, me saluaient en criant : Vive notre brave roi/..
» Aujourd'hui, l'électeur de Saxe, le duc de Lorraine , enfin le commandant de VVenne, comte de Stahrcnberg , et quantité de peuple de toute classe, sont venus an-devant de moi ; chacun me serrait sur son cœur, me baisait, m'appelait son sauveur , et au milieu de la rue s'est élevé un houra de vive le roi ! Après diner, lorsque je rentrais à cheval au camp, je fus accompagné jusqu'aux portes par tout le peuple, qui levait les mains au ciel. Gloire , honneur et reconnaissance éternelle au Très-
HISTOIRE m PEUPLE ALLEMAND.
Haut, qui nons a envoyé une si belle victoire I »
Les Autrichiens avaient tout lieu d'être reconnaissants; car, si ce redoutable ennemi ne violait pas et ne massacrait pas tout , comme dans ses autres guerres , du moins il entraînait tout le monde comme esclave. On a calculé qu*il avait enlevé à l'Autriche quatre-vingt-sept mille personnes, dont cinquante mille enfants et vingt-six mille femmes et filles, et, parmi ces dernières, seulement deux cent quatre comtesses ou autres femmes nobles.
Toute l'Europe prit grand intérêt à la délivrance de Vienne , excepté Louis XIV , qui en fut très-consterné, et à qui aucun de ses ministres n'osait annoncer cette nouvelle. Des écrivains très-dignes de foi prétendent que Ton trouva dans la tente du grand-visir une lettre du roi où il donnait le plan du siège tout entier.
La guerre avec les Turcs dura quinze ans , avec quelques interruptions , et finit heureusement pour les armes impériales ; ils perdirent depuis lors cette auréole d'épouvante et de gloire militaire qui les précédait partout. Dans l'année 4687, le duc de Lorraine et le prince Eugène de Savoie, plus tard si fameux, leur firent essuyer une défaite complète à Mohaez.
La victoire eut pour résultat de ramener la Hongrie sons la puissance de la maison impériale; elle rendit même cette dignité héréditaire, an lieu qu'elle n*était auparavant qu'élective. Un armistice fut signé avec les Turcs pour vingt-cinq ans à Carlowitz, après la grande victoire du prince Eugène à Zeutha,
Nouvelle guerre avec la France ^ 4688-4697. — Le temps que TAuti iche mettait à repousser ce redoutable adversaire au sud-est , Louis XIV l'employait à rassembler de nouvelles forces pour la guerre , car ses usurpations ne l'avaient pas encore rassasié; et, quand il en jugea le moment opportun , il eut recours à d'insignifiantes chicanes an sujet de l'héritage du prince électeur Charles , palatin , et de la succession à l'élcctorat de Cologne, après la mort de Maximilien-Henri, sous prétexte qu'il était garant de la constitution d'Allemagne , pour signifier à Tempereur une nouvelle déclaration de guerre, 4688. Avant même qu'elle ne fût connue, ses armées entrèrent dans les Pays-Bas et recommencèrent de nouvelles dévastations. Au bruit du danger , tout le nord de l'Allemagne ,
Saxons, Hanovriens , Hessois , se hâtèrent d'envoyer sur le Rhin de nombreuses armées pour le défendre; et ce zèle était d'autant plus louable , que la diète était encore à délibérer à Ratisbonne s'il y aurait guerre. Pourtant elle se prononça plus énergiquement qu'auparavant; elle décida la guerre déclarée pour l'Allemagne; le ban de l'empire fut proclamé, et personne ne pouvait plus rester neutre; l'empereur ajouta même à la publication « que le royaume de France n'était pas considéré simplement comme l'ennemi de l'empire, mais comme celui de la chrétienté , et était mis sur le même rang que les Turcs. »
La prépondérance de la France et son mépris pour la paix de Nimègue indisposèrent contre elle le reste de l'Europe; bientôt l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, et plus tard la Savoie, prirent part à la guerre; et le nouveau roi d'Angleterre, Guillaume III, aussi stathouder des Pays-Bas, dans sa déclaration de guerre, appelait Louis XIV « le perturbateur de la paix et un ennemi commun pour la chrétienté. »
L'Allemagne fut encore alors la triste victime du barbare moyen inventé par Louvois pour conserver à la France l'avantage de la guerre contre tant d'ennemis ; les bords fleuris du Rhin furent changés en de vastes déserts, et l'imagination recule devant une pareille dévastation. Dès le mois de janvier 4689, la cavalerie du général Mélac, nommément, parcourut tous les environs de Heidelberg, incendia les villes de Rohrbach , Russlock, Wisloch, Kircheim,Eppcnheim, Nekachausen et beaucoup d'antres ; en vain les malheureux habitants se jetaient-ils aux pieds des vainqueurs en demandant grâce, ils n'en étaient pas moins dépouillés et chassés dans les campagnes couvertes de neige, où un grand nombre moururent de froid. On mit le feu aux quatre coins de Heidelberg.
Le même sort attendait Manheim, Offenbourg, Kreuznach, Oppenheim, Bruchsal, Frankenthal, Badcn, Rastadt, et beaucoup d'autres villes plus petites et villages ; et les habitants, pillés et maltraités, ne pouvaient obtenir la permission de se retirer en Allemagne, où ils espéraient trouver quelque protection ; mais ils étaient obligés de rentrer sur le territoire français.
Deux villes impériales. Spire et Worms , qui avaient appartenu à l'ancienne Allema|;ne^
HISTOffifi DU PEUPLE ALLEMAND.
firent tonmeptécs p^odaoi pl^sieui*s moi^ et ^p propos délibéré. Après des exactions sans sombre, )es citoyens ayant tout souffert, tout sacrifié pendant sept mois, e^ croyant leurs yilles ^n moins sauvées , reçurent la notiûcation que les intérêts du roi exigeaient que les villes de Worms et ^e Spire disparussent de la terre; et le^rs pauvres habitants, dépouillés (le tout, se virent contraints de quitter leurs yilles poi^r 4)ler, comme des mendiants, deipander un j^sile dans les villes françaises les plus proches. Worms ef Spire lurent livrés aux jlamm^s et réduits en un monceau de cendres et de décombres. L'amour de Targent porta mém^f en cette occasion, à violer les tombeaux ^es ^ncijL'ps empereurs saliens dans la cathédrale de $pire; on prit quelques bières en arg^q^ qui ^^y trouvaient, et l'on dispersa sur la ^^rre peç repères sacrées. Comme on deman- ^^t au jeqne 4ue de Créqui^ qui commandait cettp expédition , pourquoi il usait d'une telle rigueur envers Spire, il répondit : <• C'est la volonté if u roi ; » et il montra un plan sur Icqpe) pins de deux cpn(s villes et villages étaient coi^d^mné^ au feu. Or, de pareilles cruautés étaipiit exercées p^r un peuple qui se donnai^ poqr le p)ps oiFîlisé du? moQde, ji|stempnt à l*éppqpe qp'il appelle son ige d'or, et étaient ordoi^nées par un roi qui avait la prétention ^ protéger |es arts et les sciences, quelque part qifP ce fût. Car, avant de déployer cette activité ùfi conquêtes, il avait envoyé des cadeaux à sqix^pté.Favants étrangers, accompagnés de cette lettre de son ministre Colbert : « Quoique le foi ne soit pas votre inaitre^ il veu^ être yo^re bienfaiteur, et vous envoie cette lettre comme pne preuve (|e son estime. » Quelque efficace qt^'e^t été cette conduite pour lui faire des partisans parmi les hommes les plus distingués des autres nations, alors personne n'osa plus ajouter foi à la droiture de ses iptentions ; et les vœux qu'on avait faits au commpncenieqt pour le succès de ses armes se cliangèrent en malédictions et imprécations contre le peuple et contre le roi.
Ce^e mauvaise disposition des esprits et les talents remarquables du vieux duc de Lorraine rendirent les commencements de cette guerre assez heureux aux ^rmes allemandes, et plusieurs villes fortes sur le Bhin furent reprises aux Français. Mais, après la mort du 4uc, qifand le zèle d^ premier mopiept se fut re-
froidi , les avf i^lagas r^vm^ul à eet ePMmi toujours actif; depuis surtout que la grand général français , je maréchal de Luxemkaurg, eut remporté sur l'armée allemande une victoire complète à Fleurus, 4690. Cependant, en 460^, un nouveau général allemand. Corme à l'école du duc de Lo4*raine , le prince Louis de Bade, sembla ramener en quelque sorte l'équilibre par sa sage défense des ri?es du Néker; il prit à Heilbronn , avec si» petite armée , une position si avantageuse, que reanemi n'osait plus rentrer cq Souabe.
Paix de EUwick j (697. — Toutes les nations belligérantes, enfin fatiguées, se rassenUéreot en congrès à Riswick, petit villagie avec un château , près de la Haye en Hollande, pour y traiter de la paix. Cette fois Louis XiV dîésirait visiblement la p^x pour se préparer h une nouvelle guerre qu'il voyait très-procbaine. On s'attendait à la mprt de CbarîfBs U, roi d'Espagne ; et comme il n*avait point d'enfanfs, Louis voulait obtenir cette couronne pour son propre fils. 11 fit beaucoup d'offres de cessions , et entre autres celle do l'importante citadeUe de Strasbourg, liais à peine les oonféraoces furent-elles entamées, qu'avec son ancienne adresse il sut séparer les nations unies en concédant de grands avantages à l'Angleterre, à 1^ Hollande, à l'Espagne, qui firent bientôt la paix pour elles-mémps, et laissèrent l'empereur et l'epipire seuls. Alors ses envoyés reprirent leur ton de maîtres.
Quand il fut question des compensations pour les épouvantables malheurs de la guerre dont les Français avaient été cause, et quand on demanda ppur les pertes faites à Worms et Spire neuf millions de florins; pour le duebé de Bade, huit millions, et pour le Wiirtembcrg, dix millious, ils répondirent d'an ton railleur : que la guerre entraine nécessairement des pertes avec elle; que si Ton voulait aJbisoIument une indemnité, il fallait conduire une armée en France pour piller et faire du butin. Du reste, ils promirent de rendre les places conquises, Fribourg, Brissac et Pbilisbourg, et toutes les réunions faites par les quatre chambres , excepté celles qui sont en Alsace.
Quand on croyait tout arrangé , la veille de la signature de la paix, les envoyés français apportèrent une condition dont ils exigeaient l'acceptation, savoir : que, dans les lieux avant requis ^ la l'Yance et que l'on vepait de rendre,
wmom pv nm^^ éumaa»'
h r^iipofi eUbciiqï^ mU^mr U pied qU ella ,$$ trou^aU; c'eflU*dir« quli fallait conserver le culte catholique d^m \ ^922 villes ou villages ^lepiaods qi)^ étaient protestants avant Toa^u* palioD, ci dans lesquels le culte catholique avait kUi iiUroduit par la violence. Les envoyés pro* testants de rAllemago^ s'opposèrent de toutes leurs forces à eette clause; mais leurs repré^ sentations ne furent point écoutées, et la pai^ fut signée. Le pire de tout cela » et c'était le principal but de Louis , c'est que les protestants crurent Tempcrcur le promoteur* secret de cette clause de Riswick, et de là prirent un nouveau sujet de nsécooleptement contre Tenipire. Et dans le fait les envoyés impériaux n'avaient pas fait ce qu'il était possible de faire contradictoirement au projet de la France.
Formation des maisons royales en Allemagne. — Une autre cause de division en Allemagne , dans ce temp», fut l'érection d'une nouvelle digDJtt'^ électorale pour la maison de Hanovre ou de Brunswick-Lunebourg. Cette maison avait rendu d*importants services à l'empereur dans ises gperres contre les Turcs et contre la France; Léopold» voulant donc l'en récopupenser, n'était P93 éloigné de lui donner la dignité électorale , et la plupart des autres électeurs, même catholiques, qnoiqn'ii di^t entrer par là une voi^^ protestante de plus dans le collège électoral, se rapprochèrent peu h peu de cet avis, qui pa* raissait d'ailleurs d'autant plus juste que par le changement de religion survenu dans la maison palatine les protestants y avaient perdu une Yoix. Biais les princes, surtout celui de Brunswick-Wolfenbuttel , s'opposèrent avec vigueur à l'élévation d'un de leurs membres, parce qu'elle leur enlevait une voix importante; aussi, lorsque l'empereur voulut donner l'investiture au nouveau prinee électeur, Ernest* Auguste de Banovre, il y eut une telle opposition dans le conseil des princes, qu'il parut prudent de ne laisser prendre pour le moment au Banovre aucune place dans le conseil élec* toral. Le nouvel clectorat était assez considé-* rablo; car George-Guillaume de Lunebourg avait cédé à son frère cadet, Ernest-Auguste ^ son duché, si bien qu'alors Lunebourg, Halenberg et Grul)enhagen , avec les comtés de Uoya et de I>iepholz , lui faisaient un ensemble qui composait une des plus grandes seigneuries d'Allemagne.. Le nouvel électeur fut aussi nommé grand gonfalonier de Tempire ; mais il
fi}(obiigé de prDro#ttr# w vois dans tontN loi élccttons h la maison d'Autricha , et ik plus 1$ liberté 4u culte catholique dans ses États, Quand il mourut, en ^Od^, ceux deséleetoufa qui n'avaient pas encore donné leur consente* ment à son érection raccordèrent à son 01$ Georga-Louis ; mais le collège des prinees protesta de nouveau, et ce ne fut que plat tard^ en 4705, que l'on put obtenir sa reconnais" sauce.
Dans Tan 4096, une maison prineière d'Alle-> magne fut aussi élevée sur un trône; le prince électeur Frédéric^Auguste de Saxe, après la mort du brave Sobieski , fut élu roi de Pologne et reçut le nom d'Auguste T'. Seulement il lui fallut changer sa croyance et entrer dans l'Église catholique , sans qu'il y eût d'ailleui^ au* cun changement dans la Saxe relativement è sei institutions religieuses.
C'était un temps d'effervescence parmi le^ princes, et ces exemples en entraînèrent pln^ sieurs à de nouvelles tentatives \ nu prinoa d'Orange était devenu roi d'Angleterre ; l'éleeteur de Saxe, roi de Pologne; l'électeur d# Brandebourg» qui avait un duché en Prusse i voulut aussi lui prendre le titre de roi. 8oi| domaine était petit; mais Frédéric aimait pardessus tout l'éclat et une grande représentation! Il se At publiquement proclamer roi h Itonigsberg le 47 janvier 4704 , pri^ le jour suivant la couronne en toute liberté , la donna & s^ femme , et se fit appeler roi mus le nom de Fret déric l•^
Le moment était favorable pour une élévgtîQa usurpée, car en tout autre temps de nombreuses oppositions se seraient élevées ; mais la guerre de la succession d'Espagne venait de se dé^ clarer , et les puissances engagiies »'empr^ saient de se faire des alliés. L'empereur L^opold reconnut le nouveau roi de Prusse» et reçut ea retour, d abord des secours dans la guerre, et de plus la promesse de perpétuer la dignité impériale dans la maison d'Autriche. Bientôt la Suède, l'Angleterre, la Hollande , la Pologne , le panemark et la Russie en firent autant. Mais la France et l'Espagne , parce que leurs adversaires l'avaient reconnu pour roi , ainsi que le pape , tardèrent à donner leur recon» naissance jusqu'à la paix d'Utrecht,
Guerre ie la succession d* Espagne^ 4704- 4744. — C'est comme une malédiction que dans notre histoire , depuis la guerre de trente an$|
Ji9»
HISTOIRE BU PEUPLE ALLEMAND
il faille voir toujours notre pays entrer dans toutes les dissensions des autres peuples de l'Europe , y fussions-nous d'ailleurs étrangers , et qu'il ait été le plus souvent le théâtre où les autres peuples vinrent exercer leurs fureurs de guerre. C'est pour cela que les plaines de la Saxe , de la Souabc, de la Bavière , sont marquées d'un si grand nombre de batailles; c'est pour cela que les bords de l'Elbe, de la Saal , de l'Ëlster, comme du 'Danube, du Lech, de l'Inn et du Necker, ont eu tant à souffrir des oppressions et des dévastations de la guerre.
Il fallut encore que l'ébranlement donné à la moitié sud de l'Europe, au commencement dn dix-huitième siècle, se communiquât à notre pays, et que la querelle se vidât dans les champs de l'Allemagne ; ce fut la mort de Charles II qui en donna l'occasion.
Deux maisons royales se partageaient alors la plus grande partie de l'Europe : la maison d'Autriche et celle de Bourbon. La première se subdivisait en deux branches, celle d'Autriche proprement dite et la branche d'Espagne, et le moment était venu où les deux branches allaient de nouveau se confondre sur un seul tr^ne. Cependant Louis XIV avait épousé la fille atnée du défunt roi d'Espagne; mais la jeune princesse, en contractant cette alliance , avait publiquement renoncé à ses droits sur l'Espagne. La deuxième fille était mariée à l'empereur Léopold, et celle-ci n'avait fait aucune renonciation; par conséquent ses enfants étaient les héritiers les plus proches ; car leur sœur, qui avait épousé l'électeur de Bavière, Maximilien - Emmanuel , avait dû, avant le mariage , renoncer à la succession d'Espagne , quel que f6t le cas qui se présentât. Mais la France et la Bavière soutenaient que les renonciations étaient sans valeur, parce que si les princesses pouvaient renoncer pour ellesmêmes, elles ne le pouvaient pas faire pour leurs descendants. Toutes ces puissances s'efforçaient donc d'engager le roi à faire son testament, chacune en sa faveur; mais Charles, voulant conserver à l'Espagne son indépendance , nomma pour son héritier le principe électeur de Bavière , Joseph-Ferdinand. Malheureusement ce jeune homme mourut avant le roi , en 4CÎ)9. Les contestations s'élevèrent donc de nouveau' entre les deux maisons d'Autriche et de Bourbon.
Léopold l'eût facilement emporté s'il avait en à Madrid un envoyé plus adroit, ou s'il avait
eu lui-même plus^de fermeté; car la reine et l'homme le plus influent de la cour, le cardinal Portocarero , archevêque de Tolède , penchaient pour l'Autriche. Mais l'envoyé de Léopold , le comte de Harrach , homme plein d'orgueil et de causticité et peu courtisan, ne pouvait tenir devant l%abileté de Tambassadeur de France, le marquis de Hareonrt. Celui-ci parvint à gagner les grands d'Espagne les uns après les autres, et même le cardinal; puis , par le cardinal , le roi. Il fit un testament secret ; de sorte qu'à sa mort, le 4*' novembre 4700, on trouva qu'il avait nommé le petit" fils de Louis XIV, le duc Philippe d'Anjou , comme héritier de la couronne d'Espagne.
L'empereur fut irrité de ce coup inattendu au delà de toute expression , d'autant pins qu'il avait une grosse faute à se reprocher; car longtemps avant il avait été pressé avec instance par lacour d'Espagne d'y envoyer son fils Tarchidac Charles avec une petite armée; et, comme la guerre avec la France durait encore, il avait différé par irrésolution.
Louis XIV savait bien que, malgré le testament de Charles H, son petit-fils ne prendrait point possession de l'Espagne sans qu'il y eût des guerres ; car l'Autriche était trop durement blessée, et les autres États d'Europe voyaient avec trop de peine la prépondérance de la maison de Bourbon. Guillaume III, roi d'Angleterre et stathouder des Pays-Bas, qui s'arrogeait le droit d'être le conservateur de l'équilibre européen , et à cause de cela était depuis longtemps l'ennemi de Louis XIV, prince d'ailleurs plein de prudence et d'activité, fit alliance avec l'Autriche au nom de ses deux États; cl cette alliance était d'autant plus terrible, que l'Angleterre et la Hollande étaient les deux plus riches États et les deux plus puissants sur mer. C'est pourquoi Louis hésita quelque temps à recevoir le testament du roi d*Espagne. Il rassembla son conseil d'Etat, et ce ne fui qu'après avoir reçu son approbation qu'il prit enfin son parti. Il Ht proclamer son petit -fils roi d'Espagne et des deux Indes, au milieu d'une brillante assemblée de sa cour. Quand il sortit de son cabinet , amenant son petit-fils par la main, il dit,sui\ant l'expression d'un écrivain français , avec l'autorité d'un roi de l'Cnivers : <c Messieurs , voilà le roi d'Espagne. La nature l'a créé pour l'être; le défunt roi l'a nommé, le peuple le désire, et moi j'y consens. »
4wF
Ce fat en Enrope le signal d'one nonvelle et sanglante lutte.
Malheureusement l'Allemagne était divisée : la Prusse, le Hanovre, le Palatinat et bien d'autres, se déclarèrent dès le principe pour Fempereur; tandis que Télecteur de Bavière, Maximilien-Emmanuel, en même temps gouverneur des Pays-Bas espagnols , était pour la France. Louis, en considération de ses prétentions à la succession d'Espagne , lui avait promis en secret les Pays-Bas, s'il voulait se déclarer bien positivement pour lui. Son frère , rélecteur de Cologne , suivit son exemple, et reçut les troupes françaises dans son pays, « pour le bien et la conservation de la tranquillité de Tempire d'Allemagne, » comme il le publiait dans ses proclamations.
Commencement de la guerre , 4 701 . IjC prince Eugène. — L'empereur Léopoid se hAta d'envoyer en Italie une armée pour prendre possession des lieux appartenant à l'Espagne , le Milanais et le royaume de Naples, et if en donna le commandement au prince français Eugène de Savoie, un des premiers généraux et des premiers hommes d'Etat de son temps et même de toute l'histoire. Il tenait à la maison de Savoie par une ligne collatérale, et fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique. Mais son génie, qui le portait à l'étude de l'histoire et de ses grandes leçons, le lança dans les affaires , dans un genre de vie où l'homme peut éprouver ses forces , et , s'il est avidfi de gloire , apercevoir les lauriers qui l'attendent. A peine âgé de vingt ans, il offrit ses services à Louis XIV; mais ce monarque, qui n'en fit pas grand cas à cause de sa petite taille , le renvoya en loi conseillant de rester dans l'état ecclésiastique. Eugène alors se tourna vers l'Autriche, où la guerre des Turcs lui offrait une voie toute frayée; et il s'y distingua si bien, que l'empereur, après la délivrance de Vienne, 4683 , où il avait vaillamment combattu, lui donna un régiment de cavalerie à commander. Le duc Charles de Lorraine reconnut dès lors en lui un héros , et annonça à l'avance ce qu'il serait un jour pour la maison d'Autriche. Léopoid le nomma feld-maréchal en 4C95. Le roi de France alors aurait bien voulu l'attirer à son service. H loi fit proposer le gouvernement de la Champagne et le bâton de maréchal de France. Eugène répondit aux envoyés r « Dites à votre roi que je suis feld-maréchal de Tem*
pire, et que j'estime autant cette dignité que le bâton de maréchal de France. » — Eugène était grand comme général , puisque son esprit embrassait à la fois les plus grandes affairés avec tous leurs détails , s'occupait d'un plan de bataille et des plus minutieux besoins de son armée, et que son œil d'aigle savait avec la plus grande promptitude saisir le moment favorable ou les fautes de son adversaire. Mais il n'était pas moins grand comme citoyen , puisqu'il préférait de beaucoup les arts de la paix à une brillante réputation que la guerre seule peut donner, et qu'il était si modeste qu'il se faisait l'égal de tout le monde; volontiers même il se mettait au-dessous, s'il le fallait. — Eugène était petit ; et si vous l'eussiez rencontré enveloppé dans son manteau, se promenant dans les rues du camp, vous auriez en bien de la peine à reconnaître en lui le héros qu'admirait le monde; à moins que son œil de feu n'eût brillé à travers l'obscurité.
Au mois de mars 47ÔI , Eugène passa en Italie avec une armée impériale et dix mille hommes auxiliaires, tant Prussiens que Hanovriens. Les troupes se réunirent à Rovérédo pour gravir les montagnes. Mais, de l'antre côté, tous les passages étaient occupés par les Français, et il semblait impossible de descendre. Cependant le général sut entraîner ses soldats enthousiasmés pour lui , leur fit parcourir la distance de six milles (environ dix lieues) à travers les rochei's et les précipices ; et, avant que l'ennemi l'eût pressenti, il avait fait passer son armée par-dessus des montagnes effroyables et se trouvait le long de l'Adige, dans la plaine dte Vérone. Par deux victoires , à Carpi et à Chiari , Eugène chassa les Français d'une partie de la haute Italie , et il y prit ses quartiers d'hiver.
fj /Angleterre ^ la Hollande et V empire d^ Allemagne prennent part à la guerre^ i702. — Marlborough. — Dès l'automne de 470^ fut signée l'alliance entre l'Angleterre, les Etats-. Généraux et l'empereur. Les puissances' maritimes stipulèrent que leurs conquêtçs dans les Indes espagnoles deviendraient leur propriété, et promirent à l'empereur , par compensation , de l'aider à conquérir les Pays-Bas espagnols, Milan , Naples et la Sicile. Le peuple anglais n'aurait pas pris une part si active à la guerre, si Louis n'avait eu la folle imprudence de le molester. L'Angleterre venait de chasser du
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tifÙM U ffffi<^ dts Sparts , k cmèse de sôb KèiiB poiir }a religion catboliquei et Tayait 4PQ9é à Goillaume d'Orapge. L^uis reçut les jStiiarU eYiié$ , les protégea , et « cp HOi , à la iQort de Jacques II ( qui ipourut à Saiot-GermaiDJi il reconnut son fils Jacques 111 comme roi de ja Grande-Bretagne ; le bruit se répandit même que le prince devait effectuer up débarquement en Angleterre à la tète d'une armée frau/çaise. Une pareille prAention de la part d'un ennemi, de Tonloir disposer de son trône, irrita tellement TAngleterre, que le parlement accorda an roi Guillaume quarante mille hommes, au lieu de dix mille qu'il avait de- Jiiandés.
Guillanma mit à la tète de ^n armée le comte qui devint plus tard le djiic de Hartborough* Il ne s'était pas trompé dans son choix; i^larlbp* rougb, qui s'étai|; instruit à l'école de Turenne, i^e le pMait à aucun général de son temps. La nature l'avait fait pour commander; grand, beau, vigoureux, il avai( une contenance si imposante et un esprit si supérieur, que les plus superbes s'humiliaient malgré eux devant lui. Quant aux qualités personnelles il était bien au-dessous d'Eugènq; il n'avait pas sa bonne foi, son 4me noble qui prisait p)us les gra^to pensées et les grands projets que ion propre intérêt; aussi a*t-il été accusé d'avoir trop clierché à faire du lucre,
Uarlborpugb passa dans les Pays-Bas en 4703, pour prendre le commandement de l'armée hollandaise et anglaise, dont le but immédiat était de forcer }es Français d'évacuer le duché de Cologne. Ce fut dans le même mois que mourut le roi Guillaume; mais, comme la reine Aline, qui lui succéda, suivit th dèlement les mêmes plans, la guerre continu^ sans aucun changement.
L'empire germanique erut qu'il ne pouvait différer à prendre part à cette guerre de vengeance contre son ennemi acharné , quand un étranger était si prononcé. Sa déclaratiou de guerre suivit donc , le ^ octobre 4702, et à la fin de cette déclaration on lisait : « La France n'a rien négligé de tous les moyens propres à humilier et accabler entièrement la nation allemande, aûn d^obtenir d'autant plus facilement la souveraineté universelle qu'elle poursuit depuis longtemps avec tant de zèle. » La conduite de l'électeur de Bavière exigeait d'ail- Ijsurs une déterminittion de la part des autres
mambtfla de refyipip); c»r, €(mm i\ iMait
fortement pour la France, il ay^t réoDÎ une force militaire imposante , et le 3 septembre il était tombé tout d'un coup sur U|m> ville Ipbre de l'empire,, et en avait pris possession. Cet ai!te dut mécontenter )e9 autres Etats,
Les ducs de Brunswicf^ eu^-mèmes , toujours en mauvaises dispositions pour l'électeur de Hanovre , étaient allés jusqu'4 faire des levées d'hommes pour la France; et, n^ayaat pas voulu profiter des avertissements de toute espèce qui leur furent donnés ^ ils furent désarmés par force , en 4 702 , par l'électeur de Hanovre , et contraints d^ se soumettre i la volonté de l'empire et de l'empereur.
Du reste, \\ n'y eut cette année aucune entreprise remarquable , soit sur le Bhin par le général de Tempire I^ui^ de Bade , soit en Italie par Eugène : il était trop faible popr entreprendre quoi que C0 ft^t , et des deux côtés on ne chercha qu'^ s'éprouver Us uns les autres par des escarmouches.
Les Bavarois dam le Tyrol^ 4703. — IVannée suivante fut riche en laits militaires ; Marlborough l'employa à conquérir les places fortes des frontières des Pays-Bas, et prit BonUi Ton-* gern, ^uy, Limbpurg et Gueidres.
La fortune ne fut pas aussi favorable dans le sud de rAUemagn^ ; là, les Français , commandés par Yillars , avaient réussi à passer le Bhia et à faire leur jonction avec le duc de Bavière. Alors ce prince forma le plan d*enlrer çn Tyrol et de faire la conquête de ce pays si bien situé pour lui. Il s'y porta donc avec s^ize mille de ses meilleures troupes, tandis que Willars gardait son propre royaume, A la faveur d i/o incendie qui eut lieu dans Kufstein , rélectâut s'empara de cette importante forteresse et de plusieurs autres places, entre autres Inspruck, profitant du premier moment d'épouvante.
Ensuite les Bavarois voulurent escalader le Brenner pour s'ouvrir un chemin en UaVie \ mais là les attendaient les braves Tyroliens, de tout temps si dévoués, corps et biens, pour leur patrie; ils étaient alors renforcés d'un bon nombre de soldats autrichiens commandés par le vaillant Martin Sterzing. Postés sur les rochers escarpés qui bordent les deux côti's du passage , ils lançaient des arbres et des rochers sur les ennemis qui défilaient en bas. Les Bavarois ne purent donc continuer, il fallut reculer* C'est alors qu'un arquebusier tyroliea se
mSTdOE DU mVLB allemàkd.
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nit en ep}>9$ca(}^ isM nw fondrière , ^t Uùmt dit réi«^teii|* ; v^m il tua à sa place le comte 4*ArcO| tJOiupé par son riche habillement. DaD$ sa retraite Tarmée bavaroise eut beaucoup à souffrir, ejt ce oo fut qu'avec la moitié de ceux qui s'y étaient engagés que l'électeur put, aprè$ deux mois , rentrer dans ses Etats.
En compensation, il prit, pendant Thiver de cette même année, les riches villes d*Augsboarg et d^ Passau, la principale forteresse d'Autriche; et les Français, de leur côté, avaient pris sur le Bbin les importantes places de Brissac et de Landau.
Bataille de ffochetet , n04. — Pour réparer de pareilles pertes, les puissances coalisées vou^ lurent remporter des succès plus grands encore, Tannée suivante, avec tontes leurs foi*ccs réunies , et décidèrent que les trois généraux Maribpirong , Eugène et Louis de Bade feraient ensemble la guerre dans le sud de TAllemagne. Le général Stabrenberg devait rester en Italie pour la continuer sur le pied de défensive. Les trois généraux se réunirent à Heilbronn , sur le Necker ; Marlboropgh et |e margrave de Bade se replièrent vers le Danube , tandis qu'Eugène passait vers le Rhin. Les Bavarois avaient posté une partie de leur armée dans les montagnes de Schell^n , près de Dpnawerlb , dans une position ayantageuse , d'où ils gênaient beaucoup le passage sur le Danube; mais ils y furent attaqués, et, malgré une vigoureuse résistance, mis en fiiite t leur camp ton)ba au pouvoir de Tennemi.
Après ce combat, les puissances alliées firent faire des propositions de paix à l'électeur, lui offrant de grands avantages s'il voulait abandonner railiance des Français. Il chancelait déjà et était sqr le point de signer le traité de réconciliation, quand un courrier lui annonça que le maréchal de Tallard était en route avec une nouvelle armée pour venir à son secours. I^ maréchal arriva, mais à sa suite le prince Eugène, qui se réunit à Hàrlborougb. Ces deux grands généraux se débarrassèrent du vieux et intraitable prince de Bade, en l'occupant au siège d'Ingolstadt , pour qu'il ne dérangeât point leurs projets pour la bataille ; et le général anglais s'accorda facilement avec le modeste Eugène, qui n'hésita pas à sacrifier sa propre gloire au succès de l'entreprise.
Le 42 août, les deux généraux français et bavarois se trouvèrent en /ace du village de Ilochstety et le 45 eut lieu la bataille. Les en-
nemis avaient l'avantage dn nombre et de la position , car ils étaient très-bien couverts par un marais. Marlborough, à la tète de l'aile droite, composée d'Anglais et de Hessois, fut opposé aux français , et Eugène , avec Taile gauche, aux Bavarois. La bataille fut des plus acharnées, et plusieurs fois les assaillants fa-r rent repoussés par le terrible feu de l'artillerie. Enfin le duc profita d'un moment de désordre pour se jeter sur les Français et les mettre en fuite. Alors l'électeur fut obligé de se retirer aussi lui avec ses troupes. Vingt-huit bataillons et douze escadrons français essayèrent cependant de se défendre dans le village de Blenbeim , mais ils furent enfermés et forcée de se rendre prisonniers. C'était une grande victoire; vingt mille hommes, Français et Bavarois, étaient restés sur le champ de bataille ; quinze mille prisonniers , parmi lesquels le maréchal lui-même , avee ses fils et huit cent dix-huit de ses officiers. Le butin du vainqueur était aussi immense : la cassette de guerre toute pleine , cent dix-sept canons , vingt-quatre obus et trois cents drapeauf , cinq mille voitures, trois mille six cents tentes et deux ponts de bateaux. Depuis ce temps, le nom de Marlborough fut célébré dans toutes les chansons d'Allemagne , et l'empereur le nomma prince de l'empire.
L'électeur de Bavière se vit forcé de passer le Rhin avec les Français ; ses Etats furent occupés par les troupes impériales, et sa femme n'eut pour son entretien que la ville de Munich et son revenu. Telle fut pour ce prince la triste fin de la campagne de 4704.
L'année suivante, 4705, l'empereur Léopold mourut d'une hydropisie de poitrine , peu regretté par ses sujets, parce qu'il n'avait point cette affabilité par laquelle les princes gagnent si facilement les cœurs de ceux qui les entourent. Mais ce qui le rendait surtout insupportable , c'était sa religion étroite , à tel point qu'elle le plaçait tout à fait sous la dépendance, de la volonté des ecclésiastiques, et qu'elle dégénérait en intolérance envers ceux qui ne pensaient pas comme lui. Du reste il était trèsconsciencieux et très-compatissant pour les pauvres; il poussa même jusqu'à la faiblesse cette dernière qualité , et tomba souvent dans de grossiers abus. Léopold n'aurait pas dû naître dans des temps aussi difficiles , et surtout antagoniste d'un Louis XIV. 11 eut pour successeur son fils Joseph.
BISTOIBE DU PEUPLE ALLEMAND