‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 17 sur 165 · LIV. XXIV, CHAP. Vf · texte numérisé non relu

LIV. XXIV, CHAP. Vf

slaves , qu'il ne s'abstenait même pas de maaconvrcs secrètes pour s'affermir de plus en plus et grandir toujours dans la faveur du duc. Mais le comte Adolphe , dans la joie de son premier triomphe, peut bien ne pas avoir montré tout le respect dû au vieux guerrier, et auquel Gunzelin croyait avoiî de justes droits. Jl entreprit donc d'indisposer le duc contre le comte Adolphe , afin que celui-ci ne s'élevât pas davantage. Alors parut le comte Adolphe à la cour du duc à Braunschweig , pour lui. présenter ses félicitations sur la victoire de Weiszensee, peut-être aussi afin de recevoir de la part du duc des compliments sur le triomphe d'Osnabruck. La réception et les communications paraissent avoir été sur un ton amical. Mais, quand Adolphe allait prendre congé du duc, Gunzelin se présenta pour mettre le feu aux matières par lui préparées. Le comte Adolphe, dit-il en présence du duc, s'était permis beaucoup d'offenses envers le suzerain; il haïssait \ff\xs ceux qui faisaient preuve de fidélité envers le duc ; enfin il avait montré son mépris pour le duc même , en refusant les prisonniers qu'il avait emmenés violemment. Surpris, confondu, le comte Adolphe répondit d'abord'a'vec embarras ; mais, Gunzelin ne pouvant donner ni preuves ni explications , l'indignation du jeune homme ne connut plus de bornes : « j'ai toujours été , dit-il , fidèle à mon seigneur ; sur son ordre, je me suis mis en mouvement, je suis revenu, et j'ai r^îpris les armes. A celui qui ose dire autrement je lui prouverai en présence de mon seigneur qu'il on a menti. » Le duc essaya de le calmer, et prononça des paroles d'une affeclueuse bienveillance. II reconnut surtout qu'Adolphe avait fait ses* preuves de fidélité et de dévoûment ; mais il ajouta qu'en raison môme de cette fidélité et do ce dévoûment, il devrait maintenant lui remettre les prisonniers, afin que d'autres ne s'autorisasspnt point de son exemple. Làdessus le comtcys'écria : « Savez-vons bien , seigneur duc , que pour cette entreprise j'ai dépensé beaucoup du fnien, et que j'ai fait une grande perle en chevaux et en valets? Je dois me dédommager avec les prisonniers; ou bien voulez-vous que désormais j'aille à pied? » Kn prononçant ces mots il tourna le dos au duc , éclata en plaintes amôres sur les calomnies de Gunzelin et sur l'iniquité du duc à les écouter, irrita ainsi beaucoup de pufssants seigneurs

contre Heinrich , et "revint dans le Holsteia avec la résolution de ne plus soutenir la cause du Weir, et de combattre plutôt contre elle. Ce fut une perte sensible pour le duc, doublement pénible, parce que ce nouvel ennemi allait le prendre à dos, et paraissait pouvoir se rattacher au roi de Danemark. Heinrich ne méconnut pas le danger; il courut aussitàt qu'il le put^vers le Holstein , afin d'écraser cet ennemi avant qu'il eût le temps de se préparer, et que ses autres adversaires ne pussent faire une puissante diversion. Le résultat fut aussi rapide que l'exécution de ce mouvement. La forteresse de Ploen fut emportée , la garnisoa chassée et remplacée par une autre. Markrad, nommé par Heinrich lieutenant dans le Holstein , fixa sa résidence à Ploen , et la soumission du pays suivit sans obstacle. Sigeberg seulement fut maintenu par la résolution de la généreuse Mechthilde, mère du jeune comte Adolphe , qui s'était vu contraint à la fuite. Heinrich fit assiéger Sigeberg par le comte Bernard de Razebourg ; mais Bernard ne fut pas plus en état d'abattre le courage de Mechthilde que de bri^ ser les murs de la forteresse. Le manque d'eau finit seul par réduire les assiégés h capituler. Mechthilde avec les siens se transporta à Schauenbourg , et Heinrich donna le commandement de Sigeberg h un Bavarois nommé Lippold, homme prudent et rigide; et de la sorte le Holstein parut lui être assuré. Mais toute cette affaire n'avait pas gagné d'amis an duc , et dans le jeune comte Adolphe il s'était tait un ennemi qui , dans la situation des choses, n'était pas h dédaigner.

Pendant ces événements dans le Tentschland septentrional , longtemps avant la chute de Sigeberg , l'empereur s'était rendu du Rhin en Bavière pour tenir une diète à Ratisbonne, et y décider du sort de ce duché comme il avait prononcé sur la Saxe à Gelnhausen. Ici l'affaire était plus facile ; non-seulement le duc Heinrich était absent du pays , niais il y était à peu près étranger ; car il J'avait visité rarement , et chaque fois pour très* peu de temps. Son cœur restait toujours où s'étaient écoulées les années de sa jeunesse, où il avait rencontré la première fidélité, dans la Saxe. Aussi n'avait-il pas gagné , à peine avait-il tenté de gagner les affections des Bavarois. H n'avait jamais para dans leur pays qu'en maître et en seigneur rigoureux , s'y était montré comme un dur guerrier

HISTOIRE DD PEUPLE AUPIAND

tout disposé à «e saisir de ce qti*il pouvait atteindre , soit par sa parole , soit par son épée. On n'y pouvait guère lui attribuer de fondations ; il n*y avait pas encouragé , entretenu la prospérité par des soins donnés à Tadministratjon. Les grands trésors en reliques qu'il avait rapportés de la Terre-Sainte , et qui aux yeux deshonimes pieux de ce temps avaient un prix supérieur à tout , furent exclusivement réservés â la Saxe. En Bavière, Heinrich n*avait non pins aucun parent qui pût se lever pour lui; son oncle 9 le duc Welf , pour une misérable récompense payée «1 sa défection , l'avait abandonné ; son beau-frère, le duc Léopold d'Autriche , tenait de plus près à Fempereur qu'à lui , et lui aurait assurément enlevé très-volontiers tout le duché de Bavière , comme il lui avait déjà soustrait la Marche d'Autriche. Le temps pouvait bien avoir adouci les passions dans I^opold comme dans Heinrich ; mais il n'y avait pas lien à confiance mutuelle entre eux, et aucun d'eux assurément n'était disposé à des sacrifices en faveur de l'autre. D'ailleurs les rapports étaient bien plus simples en Bavière qu'en Saxe; il n'y avait pas cette grande annexe des markgraviatset des pays nouvellement conqnis; la dignité ducale y avait reçu une nouvelle signification. La CarintKie, originairement rattaehée à la Bavière , était depuis des siècles un duché indépendant. L'Autriche, de markgraviat subordonné, avait éré ^élevée par l'empereur Friedrich lui-même à la hauteur d'un duché affranchi de toute dépendance envers la Bavière. Depuis ce temps , il parait que le nom ducal devint en usage aussi dans laStyrie. L'Istrie , à ce qu'il parait , était une Marche de la Garintbie, et non de la Bavière. Le Tyrol enfin et les pays sur la rive gauche du Danube, à cause de leur sitpation, pouvaient encore , de nom plus que de fail, appartenir au duché de Bavière. D'un autre côté, en Bavière il n'y avait pas autant de grands seigneurs qu'en Saxe , pour faire valoir des prétentions que Friedrich devait regarder comme nécessaire de satisfaire. Au-dessus de toutes s'élevait la maison de Wittelsbach , souche de l'ancienne famille Scheyern ou Sohiren , richement posscssionnée des deux côtés du fleuve , et pourvue de hautes dignités ecclésiastiques et séculières. Le chef de cotte maison était le palatin Otto l'ancien , dont l'audace et l'abni^gation , la fidélité et le dévoùliiept à l'empereur ont déjà été si souvent men-

tionnés. Mais plus réeeiowent il n'a guère été question de lui ; il n'avait pas assisté aux d^ox dernières campapes de l'empereur en Italie. Avait-il si fortement souffert par ses efforts , ses fatigues et ses privations; ses ressources étaient-elles si complètement épuisées par les expéditions d'Italie, que l'empereur ait de Inimème jugé nécessaire de lui accorder du repos pour se refaire? ou bien ces entreprises lui étaient-elles devenues odieuses au point qu'il ait cherché à s'y soustraire? c'est ce que l'on ne peut décider; aucune conjecture ne peut s'appuyer sur une seule relation. Cependant Otto était un seigneur prudent; il n'est donc pas invraisemblable que lui aussi ait reconnu ce qu'il y avait de stérile et de funeste dans les plans et les efforts de l'empereur, et qu'il ne se soit plus soucié d'y prendre part. Sa conscience aussi put être blessée de la lutte impie de l'empereur contre l'Église , dont il avait vu d'effroyables épisodes en Italie , dont l'archevêché de Salzbourg lui présentait des scènes atroces dans sa patrie. Le destin de son fr^re larche* vèque Kunrad, qui avait abandonné le premier le siège ecclésiastique de rAllemagne , et avait fui devant les violences d'un empereur qui essayait de déchirer l'Église du Christ par une force sacrilège ; ce destin , non-seulement dès le commencement, mais avec les progrès du temps , alors qqe les conséquences des violences impériales devenaient visibles à tous, ne pouvait être resté sans influence sur son Àme. Il est certain que, depuis une suite d'années, à peine se rencontre une trace de rapports d'amitié entre l'empereur et le comte palatin. Otto ne s'était pas non plus rattaché à Heinrich le Lion; on le trouve plutôt en correspondanco avec le vieux duc Welf , oncle de Heinrich ; mais il n'avait point paru aux diètes tenues par Friedrich dans l'affaire du duc Heinrich , ni à Worms , ni à Gelnhausen , quoique son frère Kunrad, après être devenu évèque do Salzbourg , se fût réconcilié a\:^c l'empereur. De quelque sentiment que Friedrich fût animé, il ne pouvait négliger la maison de Wittelsbaeh , et il devait tenir compte du palatin Ollo , soit qu'il voulût le récompenser de ses services antérieurs , le gagner pour des services futurs soit que, cédant seulement à la nécessité des choses , il se résignât à honorer la position dans laquelle se trouvaient Otto et ^a maison de Wittelsbaeh.

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La diète de Haiisbonne fut on ver te le 26 de juin; il y eut peut-être à traiter diverses affaires d'iotérët public. Des plaintes furent portées contre le duc Heinrich, et accueillies avec -empressement. Il doit même avoir été accusé par Tempereur d'avoir depuis longtemps aspiré à l'empire, et de s'être attaqué à sa vie (6). L'évéque Adelbert do Freisingen présenta des griefs sur dos violences que le duc , comme on Ta raconté dans leur temps, s'était permises , vingt-trois ans auparavant, contre la ville épiscopale de Voeringcn , au préjudice de révéque, pour élever le village de Munchen. Alors Friedrich s'était porté pour médiateur; maintenant il renversa ce qu'il avait réglé jadis. Munchea dut redescendre au rang de village , Voeringen être relevé. Mais ce qui témoigne en faveur de la sage prévoyance du duc, c'est que, par la marche du temps, Miinehèn est monté, monté de plus en plus, est devenu une grande cité, une ville royale , tandis que Voeringen est resté ce qu'il était dans le passé. Vers la clôture de la diète , l'on prononça sur le sort du duché; Heinrich en fut dépossédé. Ce qui s'en était détaché peu à peu dans le cours du temps fut, à ce qu'il parait, reconnu comme en étant légalement séparé. Pent-ètre attribua-t-on aux évéques des avantages comme en Saxe. L'héritage du duc Welf, que l'empereur s'était assuré d'une manière si heureuse , semble aussi avoir reçu de l'accroissement. Les riches seigneurs comtes d'Andech obtinrent quelque chose ; en sorte que plus tard , quand le titre ducal fut devenu commun , eux-mêmes se firent appeler ducs de Meran. Ce n'était plus qu'un vain nom pour lequel sa trouvait à peine un poteau où l'attacher avec sécurité. Ce qui resta enfin de terres et de sujets fut conféré au comte palatin Otto de Wittelsbach , avec le duché de Bavière ; et Otto accepta ladignité ducale, jpent-êtrc avec le sentiment qu'elle ne serait soutenue par perâ)nne mieux que par lui, peut-être aussi dans l'or* gueilleuse pensée que, si Heinrich devait perdre cette dignité , il ne pouvait nullement lui convenir de se placer sous un autre. Maintenant il y avait pourtant encore en Bavière quelques comtes et quelques hommes libres qui se refusèrent à prêter serment de fidélité comme vassaux au nouveau duc, soit qu'ils ne vissent qu'injustice et passions emportées dans les procé- . dés envers Heinrich , centre lequel en réalité per-

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sonne n'avait porté une scnle pfainte , 8i te n'est l'évêque de Freisingen , sur sa conduite à Vûe« ringen,vingt-trois ans auparavant, et l'empereur lui-même en termes généraux; soit qu'ils se sentissent aussi peu enclins à se ranger sons Otto qu'Otto lui-même aurait été peu disposé à se placer au-dessous de Tun d'eux. Hais le nouveau duc, soutenu par trois frères vaillants et ca* pables , l'archevêque Kunrad de Salzbourg , la comte palatin Friedrich le Barbu , et Otto le jeune , sut faire têlc à toutes les tentatives , et donner une valeur à la dignité qui lui avait été conférée et qu'il avait acceptée.

Cependant approchait le jour où les princes devaient avoir achevé leurs préparatife de campagne contre le duc, ainsi que cela avait été arrêté à Gel nhausen.

Les princes n'avaient pas oublié la convocation : ils attendirent sous les armes le jour fixé et l'empereur. Friedrich, courant de Batisbonne en Thuringe, se trouva au rendez-vous. Dans les derniers jours du mois de juillet il pénétra en Saxe à la tète des troupes des princes, et personne ne se présenta pour faire obstacle à sa marche. Une partie des forces du duc se trouvait encore devant Sigeberg, et lui-même dans les pays au delà de l'Elbe. Qui aurait-il pu envoyer contre ses adver^ires? les grand» vassaux de Saxe s'étaient détachés de lui, et il uq pouvait compter sur les petits. Son vai^seaii, battu par les vagues, paraissait près de s'en? gloutir; comment aurait-il pu espérer que qoelqu'un hasardât d'y attacher sa chaloupe? pan^ le fait, Heinrich parait avoir été résolu h m point engager d'action en rase campagne, ma|§ & défendre jusqu'à la dernière extrémité se^ villes fortes et ses châteaux , particulièremei^l B^aunschweig et Lunebourg, Bardenwich ^ Haldesleben et Blalienbourg, Lubeck , £stb(&-r nebourg et Stade ; à protéger les pays slaves o4 il était souveraiiî , et atttendre ainsi du tempf que les passions exhalassent lepr feu , que H division pénétrât parmi ses ennemis^ que Iç hasard amenât un changement, que la fortune se séparât de l'iniquité et passât de sop c6té. Mais l'empereur ne parait pas avoir été dispos^ à vouloir amener une brusque décision en frappant des coups rapides. Instruit par les vicissir tudes de la fortune, il regarda sans doute |a prudence comme nécessaire ; n^ar |ç dtic p'^ta^t pas encore abattu. |1 put bieq aussi |airp d'aiir tres réflexions ; plus il e^ifteai^ d^s prific^ qui

étaient avec lui , pins aassi il devait s'appliquer à bien faire. Quelques retards dans les résultats ne pouvaient d'ailleurs entraîner pour lui aucune perte; plus les passions des princes auraient besoin de lui, plus il sciait assuré d'eux. Maintenant le duc ne pouvait plus échapper; les grands nerfs éïaicnt coupés , les petits devaient se rompre d'cnx-mémcs. Et pourquoi laisserait-]] de suite échapper de sa main le destin du doc? En réalité une humiliation profonde de ce prince devait présenter plus d'avantages que son anéantissement. La maison des Hohenstauren gagnerait -elle plus d'éclat, de majesté , suivant Topinion des hommes, si elle s'élevait seule sur le tombeau des Wcifs , que si la maison des Welfs, sombre, pauvre, ruinée, restait en face d'elle pour rappeler au monde la grandeur et la puissance du premier empereur Waiblingen ?

Il est certain qu'à Feutrée de l'empereur en Saxe, vinrent aussitôt an-devant de lui des vassaux qui, jusqu'alors, épiant la marche des choses, n'avaient pas osé abjurer le nom du duc, offrant de se soumettre et de livrer les châteaux -qu'ils devaient défendre. Ensuite, le quinze d'août, l'empereur tint une diète dans l'ancien palatinat de Werle, dont il a été si souvent fait mention dans les temps des empereurs saxons. Conformément à la décision de cette assemblée , il fut déclaré que tous les partisans du duc Heiuriçh qui n'auraient pas rompu avec ce seigneur pour se soumettie à l'empereur, avant \g W novembre, fête de S t- Martin, perdraient à jamais leurs possessions pour eux et leurs enfants (7). Tous ceux qui,' hors des forteresses du duc , se montreraient les armes à la main pour soutenir sa cause, paraissent avoir été déclarés brigands, etnv;nacés des peines affectées au brigandage, pour le cas où ils seraient faits prisonniers. Ênûn l'empereur ordonna de construire ou de rétablir deux forteresses pour observer ou contenir l'ennemi t Rischofsheim sur roopelbcrg, près d'Halberstadt, et Hartzbourg, près de Goslar, qui, au temps de Heinrich IV, avait été si odieuse aux Saxons. Maintenant Friedrich crut devoir attendre l'effet de ces mesures, et laisser les choses à leur développement, les princes à leurs passions. En effet il évacua ces cantons, et se rendit immédiatement à Altenbourgj pour donner en ce lieu an nouveau duc Otto de Bavière l'investiture solennelle du duché, et pour

traiter aussi et terminer là et en d*aufres lienx d'autres affaiies. Cependant les princes s'étaient probablement rapprochés davantage de Braunscinveig; ils avaient répandu la ruine et la dévastation ; mais on ne trouve pas qii^îls aient arcompli rien de grand, qu'ils aient môme entrepris quelque chose d'important. Peatrêtre, de concert avec l'empcniur , employèront-iîs surtout leur activité et leur adresse à travailler les vassaux et les seigneurs de Saxe qui , jusqu'alors, parfidélité ou par faiblesse, étaient restés dans l'irrésolution, aOn de les disposer à éviter l'effet des menaces impériales et à embrasser h propos le parti qui désormais était le plus fort et par conséquent le plus sûr. Dans ce cas leurs efforts ne seraient pas restés sans résultat; car, lorsque l'empereur revint et prit sa résidence à Goslar, sans doute pour diriger et accélérer les constructions qu'il avait ordon^ nées, seigneurs et vassaux accourarent de tons les points, abjurèrent leur fidélité envoies le due Heinrich , se soumirent spontanément, et offrirent à Friedrich leurs forteresses et leurs châteaux. En conséquence, l'hiver approchant, les princes purent aussi regagner leurs États avec leurs troupes; car ils devaient être assurés, ainsi que l'empereur , que le triomphe arrivevait de lui-même, que dans la Saxe septentrionale et orientale apparaîtraient les mêmes phénomènes qui s'étaient montrés dans le sud et l'ouest. Leurs talents avaient déjà été mis à répreuve et suivaient la nature des choses : les hommes qui avaient abandonné leur suzerain se firent prédicateurs de défection. Bientôt on vit que leur action ne s'était pas seulement fait sentir dans les pays slaves, mais qu'ils avaient su la porter aussi au delà des frontières de l'empire germanique.

Comment Heinrich le Lion considérà-t-il ces événements? il est assez difficile de le préciser. Sans doute il fut ébranlé fortement par la défection do tîint d'hommes qu'il avait comblés d'honneurs, sur la fidélité desquels il avait compté, et qui lui avaient été attachés au jour de sa prospérité et de sa grandeur. Celle défection put ne lui paraître qu'une coupable ingratitude, une honteuse trahison. Si son àme fut assez forte pour rester calme devant toutes^es trames dont il n'avait point vu les fils, néanmoins il doit avoir pressenti son destin et l'issoe de la lutte dans laqueHe il était engagé. Peutêtre y avait-il en lui assez d'énergie pour main-

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tenir extérienrement une attitude digne et fièrc; mais son cœur doit avoir été agité par Ja douleur, la colère , le mépris et les seûtimeuts les plus amers. Maintenant Tinfortune le frappe coup sur coup. Son beau-père , le roi Henri d Angleterre, s'était efforcé de pousser le roi do France et le comte de Flandre à une guerre contre l'empereur, pour donner une nouvelle direction à la marche des choses en Allemagne ; mais les manœuvres opposées du comte Henri deTroyes, le vieil ami de rempereor, la mort du roi Louis VH, et les revers qui fondirent tout 1t coup sur le duc Heinrich, anéantirent bientôt toutes les espérances de ligue européenne en faveur du duc de Saxe. Casimir, prince de Poméranie, dévoué jusqu'alors au duc, mourut subitement, et son frère Bugislav, autre prince des Poméraniens, se laissa aussitôt gagner par l'empereur, dont il embrassa Ja cause avec ardeur. Le fidèle ami de Heînrîch le Lion, le prince des Abodrites, Pribislav , trouva une fin malheureuse dans \u\ tournoi à Lunebourg, par lequel, pour entretenir l'ardeur des siens , il crut nécessaire d'inaugurer la nouvelle année A\S\. X cette époque, le malheureux princ&crut £Kissi avoir entre les mains la preuve que le. comte Bernard de Razebourg était entré dans une conjuration pour l'attirer à Razebourg et l'immoler avec son épouse. Il reprocha ce complot au comte. Bernard était peut-être aussi peu en état de repousser l'accusation que Heinrich de la démontrer; en conséquence le duc le fit arrèler avec son fils Volrad, et se mit' ensuite en marche avec une armée pour se saisir de Razebourg. Mais les gens du comte refusèrent de lui remettre là place. Heinrich entreprit le siège, et les bourgeois de Lubeck fournirent des vaisseaux, des armes et des approvisionnements pour soutenir \cs opérations de leur duc bien-aimé. Le comte Bernard était témoin forcé de l'entreprise; afin de prévenir la ruine de la place, dans laquelle se trouvaient son épouse et ses enfants, il fit un accommodement avec le duc. Il lui remit la place, et reçut en échange la liberté et la permission de se rendre avec son épouse, ses enfants et ses biens transportables, à Gadoburch. Bientôt s'éleva dans Tàme défiante du duc un nouveau soupçon contre le comte , si cruellement blessé. H se porta donc sur Gadoburch. Le comte s'enfuit auprès du nouveau duc Bernard de Saxe, et Gadoburch

fut saccagé, ruiné par Heinrich le Lion. C'est ainsi que, par une sorte de fatalité , le malheureux duc était poussé de plus en plus à des actes de violence , et qu'il se rendait chaque jour plus odieux en voulant inspirer plus^ de crainte. Les esprits éclairés dans ses États et en dehors devaient de plus en plus reconnaître que dans cette situation les nouveaux ouvrages qu'il fit ajouter aux fortifications de Razebourg, Sigeberg et Pioen , ne lui assureraient aucun avantage durable.

Cependant le comte Bernard de la Lippe, auquel le duc avait confié la défense de la ville d'Haldesleben , avait mis à profit la trôve régnant dans ces cantons , pour faire des expéditions militaires sur les territoires de Tarcbevôque de Magdebourg. Dans ces entreprises, les • caisses publiques furent saisies , des contributions levées , souvent même des ravages furent exercés. L'arcbevôqiie Wichmann appela l'assistance des princes des alentours contre cet ennemi, et , soutenu par quelques-uns d'entre eux, il parut, au commencement du mois de février, devant la ville. Mais ce siège rencontra de grandes difficultés ; Haldesleben était situé dans un marais sans consistance qui rendait impossible remploi des machines de siège (8). Pour plus de sûreté encore, le comte Bernard tira parti des deux rivières d'Ohra et de Bibra, qui se réunissaient en ce lieu, pour transformer le marais en un lac, et Haldesleben en une ile. Mais, au lieu de le sauver, cette entreprise décida sa perte : car il fit natlre à rarchevèquo la pensée de construire une digue, et de pousser *daus la ville Teau ainsi amoncelée. C'était une œuvre vaste et hardie, mais elle fut achevée avant l'expiration de quatre mois. Aussitôt l'eau pénétra dans la ville, et monta h une telle hauteur, que soldats et bourgeois ne purent sauver leur vie qu'en montant sur les étages des maisons : dans cette détresse^ ils offrirent de se rendre. Par humanité on par un autre motif, Tarchevèque accorda aux guer- , riers et aux habitants la liberté de se retirer en emportant leurs effets. Ensuite la digue fut percée; les eaux s'écoulèrent, la ville fut évacuée , et enfin détruite de fond en comble.

A peine cet exploit était accompli, que l'empereur reparut en Saxe, cette ibis à la tèlc d'une force imposante composée de Bavarois et de Souabes. En mèmj temps entrèrent les princes , auxquels il avait indiqué l'ouverture

de la noDvdIe campagne pour la fête de la Saint- Jean; mais sa conduite prouve qu'il savait bian que maintenant le fruit était mûr, et que la moisson approchait. Il laissa en arrière le nouvel évèque Thiéderich d'Halberstadtpour Je siège de Blankembourg, rarchevèqne Philippe de Cologne en observation devant Braunsche* weig , le nouveau duo Bernard et le markgraf Otto de Brandebourg, son frère, avec d'autres princes,àBardenwik,^paurmenaccrLunebourg; lui-même, accompagné de rarchcvùqne de Magdebourg, de l'évèque de Banibcrg, des abbés de Fulda, Corvei, Hersfeld, et du markgraf Otto de Meissen , avec leurs troupes , s'avança vers l'Ell}e.

Au moment où l'empereur pénétrait en Saxe , le duc Heinrich se trouvait à Lubeck pour veiller et travailler à l'augmentation des ouvrages qui protégeaient sa ville de prédilection. Après Tachèvement de ces travaux, il se rendit à Razebourg, sans doute pour inspecter aussi -l'exécution de ses dispositions. A son . départ, du côté de l'Elbe, il fut escorté jusqu'à une certaine distance de la ville par la troupe qui formait la garnison; mais à peine cette troupe avaitdépassé l'enceinte, que les partisans du comte Bernard expulsé fermèrent les portes, jetèrent hors de la ville les amis peu nombreux du duc qui se trouvaient dans l'intérieur, et s'emparèrent de la place. A cette nouvelle, Heinrich revint sur ses pas ; mais il fut repoussé par les adhérents de Bernard , comme un ennemi, avec des paroles insultantes. Aussitôt il expédia des courriers à Sigeberg et à Ploen pour donner l'ordre aux commandants de ces places , Lippold et Markrad , d'accourir avec des Holsteinois, afin de reprendre Razebourg. Mais, avant que cet ordre pût s'exécuter, il apprit que l'empereur était sur l'Elbe. Il rendnça donc à^'son projet, et se porta sur Erthembourg. Ses fidèles guerriers qui l'avaient suivi ou qu'il trouva à Erthembourg le pressèrent de rester en ce lieu et d'attendre 1 attaque de l'empereur. Le malheureux duc, cédant à ces instances , demeura. Bientôt s'approcha Tempereur. -Aussitôt les vaillants héros qui avaient promis de défendre Erthembourg s'échappèrent pour se soumettre à romperour et implorer leur grâce. Le duc, abandonné de tous , sans appui , sans conseil, mit le feu à la ville, peut-être de sa propre main. Ensuite seul, ou accompagné de quelques hommes

seulem.ent tirés de la classe du peuple, il su jeta dans un esquif, et descendit TElbe jusqu'à Stade. De sa chétive barque il contempla Tiocendie d'Ertbembourg avec le rire amer d'une àme ulcérée par la fidélité de ses leudes.

I/épouse du duc se trouvait à Lunebonrg. L'empereur ne se rendit pas devant cette ville , non qu'il crût devoir épargner la noble dame à cause de ses hautes vertus et de sa qualité de fille du roi d'Angleterre; non qu'il respectât la déclaration (k la princesse que Luneboui^ était son domaine; mais parce que les manœuvres pratiquées si souvent avec succès n'avaient pas réussi à Lunelx)urg; parce qu'il devait s'attendre à une vigoureuse résistance, et enfin parce que cette place n'était pas à craindre, en raison de la position de l'armée à Bardonwik. Il franchit l'Elbe, et parut devant Lubeck , la noble ville , qui avait commencé à fleurir en liberté sous la protection de Heinrich. Au môme temps arrivèrent des armées de Holsteinois et de Slaves pour grossir les forces de l'empereur. Le vaste plan , bien combiné, se développa d'une manière plus im|K)sante encore. Waldemar, roi de i)anemark, arriva avec une flotte nombreuse devant l'embouchure de la Trave, en sorte que la ville fut bloquée par mer et par terre. L'accord secret qui pouvait avoir été fait entre l'iemperenr et le roi de Danemark ne resta plus longtemps caché; Waldemar parut dans le camp impérial en grande pompe , et Friedrich lui fit une réception solennelle. L'empereur parut a^oir oublié la suzeraineté de l'empire germanique sur le Danemark , et Waldemar ne plus songer aux événements de la Saône. Et afin que la nouvelle amitié eût une plus longue durée", on célébra dans le camp les fiançailles du fils de l'empereur, le duc de-Souabe, avec la fille de Waldemar, qui* était encore au berceau , et la cérémonie fut consacrée par les servants des évêques présents. Une telle union demandait un concert dans les actes.

Lubeck ne fléclût pourtant-pas. Les citoyens , reconnaissants de la vie heureuse qu'ils avaient menée jusqu'alors, chérissaient le duc Heinrich, fondateur de leur liberté, et leurs entreprises hardies dans l'industrie et le commerce maritime leur avaietlt donné de l'adresse, de la résolution et de la constance. Mais il se trouvait aussi des seigneurs puissants à Lubeck ,

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des priocei et des vassaux auxquels dut être f confiée )a direction do toutes les affaires de la guerre. Peut-être ces seigneurs étaient fermes dans leur fidélité au duc; mais comment oser s'abandonner à la confiance, après tout ce f qui était arrivé ? On nomme le comte' Simon de i Teekembourgy qui à Osnabruck avait combattu i contre Heinrich , et n'avait embrassé sa cause que dans la captivité; puis les comtes Bernard d'Oldembourg et Bernard de Welfse. Le gouverneur du Holstcin , Markrad , était aussi à Lubecfc , sans que l'on sache pourquoi il avait quitté Pioen. Les vassaux qui se trouvaient dans la ville étaient des Ilolsteinois, vaillants et habiles guerriers ; mais ces hommes se voyaient en face de compatriotes , peut-être de parents , d'amis, d'^anciens compagnons d'armes; il devait leur être pénible de défendre contre eux la cause de Heinrich le Lion , qui déjà semblait perdue; quant aux intérêts des habitants de Lubeck, iisno s'en souciaient guère. Unecbose étrange aussi, c'est que, dès te commencement du siège , les bourgeois de Lubeck envoyèrent une dépotation à l'empereur pour traiter avec lui. Comme la ville ne pouvait être encore serrée de très-près, on peut présumer qu'ils n'arrivèrent pas d'eux-mêmes à cette pensée , et que le conseil put bien leur avoir été *donné par les seigneiu*s présents : leurs demandes, leurs offres semblent appuyer cette conjecture; car à côté de sentiments honorables et loyaux on voit aussi l'idée d'une capitulation traitée sans défaveur. Sur la demande des habitants, et probablement accompagné par quelquesuns d'entre eux , l'évêque Heinrich de Lubeck se rendit au camp impérial, et adressa en leur nom les paroles suivantes à l'empereur : « Seigneur, nous sommes vos fidèles serviteurs, prêts à servir votre majesté impériale. Qu'avons-nous donc fait pour que nous soyons resserrés si étroitement par vous? Nous avons jusqu'ici occupé cette ville par la faveur de notre ' seigneur le duc; nous l'avons bâtie, pour r honneur de Dieu et l'affermissement de la chrétienté, sur un lieu d'épouvanté et d'horreur. Nous ne remettrons pas la ville entre vos mains; nous défendrons sa liberté avec toutes les ressources de nos talents et de notre énergie; mais nous implorons de vous une chose : accordez-nous une trêve, et, pendant sa durée, souffrez que nous allions trouver le duc notre seigneur, pour lui de-

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ma))dér ce qu'il faut faire et quelle assiitanee doit être prêtée à nous et à notre ville dans les circonstances présentes. S'il nous promet des secours , il est juste que nous lui conservions la ville; sinon, nous ferons ce que vous désirez. Si vous repoussez notre prière , sachez que nous sommes décidés à mourir honora* blement pour la défense de notre ville plutêt que de vivre, honteusement comme des traîtres. » A ces paroles des citoyens , le bon évoque ajouta en son propre nom quelques exhortations pour adoucir l'empereur à l'égard de son cousin le duc Heinrich.

Il n'est pas invraisemblable que l'empereur ait été informé |>ar avance de l'envoi de la députation, de la nature de ses prières; peutêtre, ayant gardé au fond de l'àme le souvenir des villes d'Italie, reconnut-il tout à. coup clairement qu'il avait affaire non pas à des vassaux, mais à des bourgeois. Toutefois, non-seulementil écouta l'évêque Heinrich avec patience, mais fl lui fit une réponse bienveillante , amicale ,' flatteuse même. A la vérité , il traita ru« dément les orgueilleuses [^rétentions des bourgeois, qui u'étaient pas venus spontanément I lui remettre la ville qui avait été conférée, par une faveur spéciale , en fief à son neveu , et qui, maintenant que les princes de l'empire avaient prononcé une condamnation contre ce neveu, avait fait retour à lui l'empereur, était redevenue sa propre ville ; mais il accorda aux habitants l'objet de Icui^s prières, d'autant plus volontiers que par cette concession il ne risquait pas de perdre, et ne pouvait que gagner. Oes députés de la ville se rendirent donc avec un sauf-conduit h Stade auprès du due Heinrich. Sans doute l'empereur et ses amis ne manquèrent pas de mettre à profit l'intervalle de temps pour agir sur la ville. H s'engagea des correspondances amicales; Friedrich luimême envoya son médecin dans la ville, en le tïhargeant d'adoucir par ses spécifiques les souffrances de l'évêque, tourmenté par la fièvre. Pendant ce temps, que se passait-il entre le duc Heinrich et les députés de Lubeck ? on ne iD sait. Hienrich né put secourir les Lnbeckois; il avait perdu sa foi à la fortune. Son âme ne pouvait supporter la pensée de vouer à la ruine la jeune cité qu'il avait embellie, l'objet de ses soins et de son amour « qui maintenant encore lui conservait sa fidélité , alors que presque tous ses vassaux Ta

HISTOIRE BU PEUPLE ALLEMAND

vaient abandonné. Il accorda donc aux bourgeois Tautorisalion de se soumettre à*J'eniperenr ; mais il leur donna peut-ôtre le conseil de ne se rendre qu'à la condition que Tcmpcreur leur conûrmerail tous les droits et les privilèges que le duc leur avait conférés. H est certain an'aussitôt après le retour de leurs députés, les bourgeois de Lubeck proposèrent ces conditions à l'empereur , sous la forme de prières, comme il convenait à la dignité impériale. Et Friedrich , qui regardait le séjour dans ces contrées éloicnécs comme une chose gra^e, et désirait la prompte conclusion de la grande affaire, accorda tout ce que Ileinrich avait jarlis donné. Ainsi Lubeck devint une ville impériale qui ne reconnut au-dessus d'elle que l'empire. Friedrich y fit une entrée solennelle^ fut reçu sinon avec une joie bien vive, du moins avec une grande pompe, et se montra bienveillant, gracieux, magnanime et reconnaissant envers les ecclésiastiques et les laïques. Non-seulement il rendit au (!omte Adolphe de Holstein son pays, mais il lui donna aussi, en manière de ûef, la moitié du produit des droits de douane , des moulitis et des monnaies dans Lubeck ,^our le dédommager et le récompenser. Au comte Bernard de Razebourg furent restituées également ses possessions; Waldemar, au contraire, regagna le Danemark, grandement trompé dans son attente, n'ayant gagné que son alliance de famille avec remp<?reur. Que devinrent les princes et les seigneurs qui étaient restés dans Lubeck comme s'ils devaient défendre la ville? les relations se taisent sur ce point. Ils ne se montrèrent ni sous les armes ni dans les conseils, et ils ne paraissent pas davantage parmi les favorisés.

De Lubeck, l'empereur revint sur l'Elbe avec son armée, et repassa ce ilcuve. Le duc Heinrich l'attendait ù Stade ; mais Friedrich nxî jugea pas à propos de tenter le sort des armes contre le duc; il résolut de poursuivre la même route où il s'était engagé, et d'attaquer son ennemi avec des armes toutes morales, du coté où lui-même pouvait èlro le plus difficilement blessé. En conséiiuencc il se dirigea sur Lunebourg, et planta son camp devant cette ville, où se trouvaient l'épouse et les enfants du duc ; preuve raanilosle que la première fois il n'avait pas continué sa route par respect pour la princesse, mais parce qu'il avait craint une vive résistance: et il reeounut

bientôt qu'il ne s'était pas trompé. A peine Heinrich eut-il appris le danger de Lunebourg. de sa femme et de ses enfants, qu'il oublia toute pensée de lutte et de lésistance pour sauver au moins les êtres sur l'amour et h fidélité desquels il pouvait compter dans la bonne et la mauvaise fortune. 11 donna aussilûî l'ordre de mettre en liberté les neveux de IVmpereur , le landgraf Louis de Thuringe et son frère ïlermann , qui étaient encore en son pouvoir, et adressa h, l'empereur la prière qu'il lui fut permis de paraître, sous un sauf-conduit , en la présence impériale. C'était lu sans doute ce que Friedrich avait voulu, ce qu'il avait attendu. Il donna volontiers la permission demandée , et Heinrich se mit en roule. Mais quitter la place de Stade c'était la rendre; car l'archevêque Siegfrid de Brcmen , qui avait épié cet instant, accourut aussit<)t pour s'emparer de la .ville qui lui avait clé concédée, et Tarchevèque Philippe de Cologne amena les troupes qui pouvaient èire nécessaires à la prise de la place, ce qui Fautorisa ensuite à réclamer COO marcs d'argent de récompense. Comme le duc s'approcliait du camp de l'empereur, beaucoup de vassaux quittèrent ce camp pour voir rabaissement du duc, par curiosité bien plus que par commisération. Ils le saluèrent pourtant avec convenance, et Heinrich rendit le salut. « Jadis, dit-il, je donnais des sauf-conduits dans ce pays, an lieu d'en recevoir. >» Ce fiît la seule expression où perçât la douleur à travers la résignation avec laquelle il supporta son infortune. A son, arrivée dans le camp, Fempereur lui fit dire: « que ce n'était pas ici, mais à une diète à Quedlinbourg que sa raua' (levait être décidée par les princes de Fenif ire selon les règles do la ju^^tice. » Après cotte déclaration , l'empereur laissa éclater ses passions ; car désormais il était indiffôrent à la possession de Lunebourg, et Heinrich se vil contraint à suivre rarméc sans avoir vu le visnïK* de rempereur. Sur la route de Quedliiîbomg, ou après l'arrivée dans cette ville , il parait <M:n déjà des querelles éclatèrent entre Ileinricli et Bernard, qui tous deux s'intitulaient ducs de Saxe. Les relations de ce temps nous laissent dans une complète incertitude sur l'origine et la marche de ces actes; mais, d'après la situation des choses et la nalure du cœur humain, l'on ne peut guère se défendre de supposer que

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si les scènes qui curent lieu n'avaient pas été préparées à dessein , le provocateur dut être le duc Bernard. Quoi qu'il en soit , ces scènes furent exploitées avec tant d'adresse, qu'elles purent fournir un prétexte à rcmpercur pour ne pas faire plaider raiïaire de iJeinrich à QuedJinbourg, et la remettre au contraire à une nouvelle diète à Erfurt. Heinrich suivit rempcrcur et l'armée sous la garde de l'arclicvùque Wichmann de Magdebourg (0), désormais bien résolu , pour ne pas être promené plus longtemps eu spectacle à toutes les populations, de laisser décider sur lui tout ce que l'on voudrait , sans remuer. Vei-s le milieu de novembre^ il entra à Erl'urt. La dicte annoncée fut en effet tenue dans cette ville ; mais rien n'est parvenu jusqu'à nous sur ses actes. 11 paraîtrait que l'on aurait évité à dessein d'éclairer la postérité sur des faits aussi graves. Voici en résumé tout ce qui nous a été transmis à ce sujet. Le duc Heinrich remit sa cause sans réserve à la décision de l'empereur. Quand, dans l'assemblée des princes, il parut devant le trône de l'empereur, suivant l'usage du temps , il mit un genou cq terre ; l'empereur le releva et lui donna un baiser, suivant le même usage . On laissa au duc les- biens héréditaires de sa maison en Saxe , qui d'ailleurs ne lui avaient pas encore été arrachés , comme une possession libre ; il lui fallut renoncer à tout le reste. En outre, il dut promettre, sons la foi du serment , de s'éloigner de l'empire, et -de n'y pas rentrer de l'exil, dans l'espace de trois années , sans l'invitation derempereur. Enfin l'empcreuc aussi doit avoir juré aux princes assemblés, soit avant la comparution de Heinrich à la diète, soit après la décision, de ne jamais vouloir rétablir le duc Heinrich dans ses dignités et ses honneurs sans leur agrément , sous peine de perdre le trône. Et pourquoi les princes n'auraient-ils pas exigé ce serment? pourquoi Friedrich n'aurait il pas dii le prêter? La passion ressent toujours des angoisses dans la possession du bien injustement acquis; elle est sans cesse inquiète pour l'avenir. Dans tous les cas, la condescendance de l'empereur ne tendait pas plus au but que l'exigence des princes.

D'Erfurt le duc Heinrich se rendit à Lunebourg, auprès de son épouse et de ses enfants. II se reposa et prit toutes sortes de dispositions.

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Dans Télé de Tannée suivante, 4482, il se mit en route avec les siens, et une suite de nobles hommes qui à Braunschweig et Lunebourg lui étaient demeurés fidèles. Il se transporta d'abord en Normandie auprès de son beaupère, le roi Henri d'Angleterre. Là il trouva une protection honorable au pied d'un trône du haut duquel ses descendants devaient donner pendant cinq siècles encore des rois à un empire qui, en puissance, en richesses et en éclat, surpasse tous les royaumes de la terre dont l'histoire fasse mention dans l'antiquité et dans les temps modernes.

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