‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 18 sur 165 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

ÉTAT DE LA. SAXE ET DB TOUT l'eMPIRE APRÎÎS l'ÉLOIGNEMENT DE HEINRICH LE LION. — PAIX DE CONSTANCE. — ME- DIOCRE CONSIDÉRATION DE l'eMPEREUR DANS l'eUPIRB. — DIETE J)E NAYEMCE.

De Tan 1182 à l'an 1184.

Ainsi les deux héros dexîe siècle, Friedrich Barberousse et le duc Heinrich le Lion, se voyaient jetés bien loin de leurs rêves de grandeur et de puissance. 11 faut bien avouer que tous deux avaient été réduits à l'exil. Heinrich s'était vu contraint d'abandon nerlses États héré« ditaires, le pays qui avait été l'objet de ses soins et de ses affections les plus chères, pour aller chercher un abri dans une contrée lointaine, fuyant devant l'empereur , qui avait adjugé à . d'autres son patrimoine en présence de vassaux jadis obligés à le servir. D'un autre côté, les affections de Friedrich étaient ailleurs que dans le Tcutschland; ses désirs, ses eflbrts avaient tendu vers l'Italie, où il prétendait exercer un pouvoir sans contrôle. Dans cette préoccupation il avait sinon abandonné, du moins négligé l'Allemagne, son pays ; il était devenu étranger dans la patrie sans prendre racine en Italie ; enfin il avait été jeté hors de cette belle péninsule tant convoitée, dî^ns une contrée pour laquelle il, n'avait jamais senti battre son ca'ur. Heinrich fut renversé par les passions de l'empereur parce qu'il s'était refusé à servir ces passions , au risque d'en être , dans tous les cas , victime plus tard. Il fut abattu, enveloppé dans des filets que la ruse avait tendus , et dont la trahi-

80D serra la trame; mais il avait gardé sa dignité, qui ne fléchit pas même lorsqu'il fut tombé au pouvoir de ses ennemis , même lorsqu'il fut à terre. Friedrich, égaré,'embarrassé dans ses propresplans^avaitsuccombédansune lutte odieuse et stérile contre TKgiise, dans une guerre injuste, cruelle, atroce, contre les villes de la Lombardie ; et il ne s'était dérobé h la ruine qu'en n'hésitant pasàdcsceudreaux. derniers degrés de Thumiliation. La chute de lleinrich eut de grandes suites. Deux duch& allemands furent morcelés ; les parties en furent distribuées en des mains étrangères. L'ancienne souche des Welfs courut le danger ou de disparaître du sol de la patrie, ou de se diviser peu à peu <i s'épuiser en des branches insigniûantes. Mais personne ne pouvait calculer à l'avance la première de ces conséquences dans son importance, et même, aux yeux de la prévoyance humaine, elle pouvait entraîner du profit autant que de la perte. La seconde se présentait déjfi menaçante ; les choses pouvaient subsister ainsi. Le noble duc était encore debout , au niveau des plus grands, sinon en puissance, au moins en dignité; en considération il les surpassait tous. Les vieilles racines pouvaient pousser des rejetons vigon-. reux. La chute de Friedrich, au contraire, fut immense ; l'Italie était perdue pour le Tcutschland. La perte en elle-même n'aurait pas été une grande infortune; Funion entre le Teutschiand etritalie, comme on l'a souvent remarqué, était cx)ntre Dieu et contre nature , et le profit que le Teutschiand tira peut-être de cotte union était au moins d'une natore équivoque; il aurait fallu que la séparation fût complète de nom comme de fait. Si ic nom d'empire romain avait disparu entièrcmentpour le Teutschiand, lonoin d'empire allemand aurait apparu dans sa pureté et son éclat. Mais le nom d'empire romain demeura lorsque ritalie était perdue; il ne servit plus qu'à rappeler d'anciens temps, à y reporter les désirs , même à des époques bien postérieures; et l'empire allemand fut dissous, épuisé par les malheureux efforts de Friedrich, de telle sorte que dans la suite on put parler d'un empire unique seulement comme d'un souvenir et d'un objet de regret. Là , l'anéantissement de ses projeta fut attaché à celui de rempire, non pas seulement de nom , mais dans une* triste réalité. La vie du peuple teutsch put encore se montrer vigoureuse , énergique et belle dans les membres ; mais le corps man-

qua d'une tête pour gouverner les membres ; il manqua d'une âme pour remplir tontes les parties d'un sentiment unique, les pénétrer d'une seule volonté. Les membi-cs allaicot vivre d'une vie séparée , et ne pouvaient plus former un tout. De nobles hommes dans la suito s'agiteraient encore et lutteraient pour rele^or ce qui avait été renversé, ranimer ce qui avait été immolé; mais de la destruction ne petit sortir qu'une vie nouvelle, et jamais rancieoor? n'est réveillée. Un grand cl terrible témoignage est porté contre les efforts et les actes de Friedrich par les événements arrivés après la ruine de lleinrich le Lion , et par la situation où se trouva le peuple allemand.

Après avoir rapporté le départ de lleinrich le Lion avec son épouse et ses enfants pour l'Ânglelerre , l'abbé Arnold de Lubeck se met aussitôt à décrire l'état de la Saxe de la manière suivante : « Dan^ ces jours il n'y avait pas de roi en Israël , chacun faisait ce qui paraissait juste à ses yeux;; car le duc Heinrich avait seul exercé la puissance, dans le pays , et maintenu la paix la plus profonde. Il avait si bien mené, dirigé, non-seulemeot les contrées voisines , mais les pays barbares, que chacun vivait sans crainte dans le i*epos, et que le pays , à raison de sa sécurité , jouissait d'une surabondance de biens. Après le bannissement de lleinrich , chacun gouverna à sa place d'une manière tyrannique; tous exercèrent des violences, et. en subirent à leur tour. Le duc Bernard, qui paraissait avoir obtenu l'autorité supérieure, laissa voir une triste indolence. Jadis, dans son comté, il était le plus actif et le plus belliqueux parmi ses frères; une fois élevé ù la dignité ducale , il no se conduisit plus en vrai prince, se montra énervé comme un iutrus, et, sous le prétexte d'amour do la paix, s'endormit dans une Idcbe indiffércnco. 11 ne fut donc pas considéré par l'empereur comme l'avait été son prédécesseur, ni par les princes ou les principaux du pays. ■> D§ns ces expressions , l'abbé Arnold peut avoir été injuste envers le duc Bernard , car il fait peser sur lui la responsabilité de ce qui était en grande partie la faute des circonstances; mais ce qu'il dit en général de l'état des choses en Saxe, il sait le prouver en citant des faits. Le duc Bernard fit une tentative pour conférer aux comtes du pays leurs honneurs et leurs dignités , et en recevoir le serment de service et

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de fidélité. Quelques petits comtes de Razebourg, de Daneberg, Luchow et Zuerio^ se rendirent à son invitation, et reçurent l'investiture. Mais le comte de Holstein ne parut point à l'appel du nouveau duc; ûer de Tassistancc qu'il était autorisé à attendre de Tarchevêque Philippe de Cologne , du duc d'Rngcrn et de Westpbaiie, dont il avait épousé la nièce, il suivit sa propre voie. Il poursuivit tous les adhérents d^ Ileiurich le Lion, et les chassa en exil ; il se saisit, les armes à la main , du comté de Ditmarsen , que Tarchevéque Uartwich, disposant de ce domaine comme d'un patrimoine de sa maison , avait rattaché jadis à l'Église de Rremeh, puis avait abandonné au duc Ileinrich, et que maintenant Tarchcvéque Siegfrid de Bremen cherchait à obtenir pour son frère Bernard ; et il agit en général comme s'il n'y avait aucun duc de Saxe , aucun souverain de l'empire^ Le duc Bernard ne put même ampner les bourgeois de Lubcck à envoyer par TElbe leurs marchandises dans sa nouvelle place de Lauenbelg qu'il avait fait construire avec les ruines ^'Ertbembourg, et à se soumettre ainsi à sa douane. Ses rapports avec les seigneurs de Saxe et avec les bourgeois de Lubeck s'aigrirent, devinrent môme hostiles; pou' à peu il se montra dur, exigeant, oppressif même, envers ceux qui lui avaient refusé le serment de service et de fulélité comme à leur seigneur. Ce lut bientôt une confusion , uu cliaos, une suite d'actes contradictoires , de violences , de luttes privées, de guerres, dans lesquelles le duc ne gagna rien , mais où se. lancèrent aussi les princes slaves Horicin, fils et successeur de Pribislav, gendre de Heinrich le Lion; Niklot, fils de l'infortuné Weitislav, réclamant ^son héritage patente! ; Germar, prince des Ruglens, et Bugislav, prince de Pqméranie; et auxquelles prit part cnlhi Kanut Yi , roi de Danemark, également gendre de Heinrich le Lion , et fils de Waldemar, qui était mort bientôt après son retour de Lu&eck. Cette lutte confuse, déréglée, se prolongea deux années, et se termina enfin par la reconnaissance forcée de la suzeraineté danoise de la part des princes slaves nommés ci-dessus ; de sorte que non-seulement rile de Rugen et la Poméranie furent perdues pour l'empire germanique, mais que le pays des Abotrites et li; Mecklembourg lui furent également arrachés.

Après le renversement du duc Ueiuriçh,

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tt

I l'empereur Friedrich s'était transporté dans l'Allemagne méridionale, et séjourna tantôt sur le Rhin , tantôt en Franconie , tantôt sur le Danube, il parait que dans ces contrées il réta* biit un meilleur ordre, pçr sa présence plus que par des mesures particulièies ; mais de là il contempla d'un œil tranquille le chaos dans lequel était plongée la Saxe. Les plus faibles ne

. s'abstinrent pas d'avoir recours à lui , et il ne manqua pas non plus de les protéger par des reniflements et des proclamations; mais ses ordres ne furent pa< suivis , rarement on écouta ses recommandations. Comme jadis il n'avait pu prévenir les fondations , les établissements du duc tieinrich, ainsi maintenant il ne put entraver les princes saxons dans leurs désordres et leur œuvre de destruction ; il dut se bornei: au rôle de médiateur. Il somma le nouveau roi de Danemark de venir lui prêter le serment do fidélité comme vassal de l'empire germanique ; mais Kanut ne comprit pas pourquoi il devait rendre hommage, comme à son suzerain , à un prince dont la puissance ne lui paraissait pas très-redoutable. Friedrich n'abandonna pas sa prétvMition , mais il ne la fit pas valoir ; et mémd lorsque Kanut , après avoir fait reconnaître sa suzeraineté aux princes slaves , osa s'intituler roi des Danois et des Slaves , l'empereur sup* porta encore cette insolence, et parait même n'avoir pas élevé une seule protestation con« traire (4). Cependant, au milieu de ces tiraillements, il n'avait pas oublié les fiançailles de son fils et de la fille de AValdemar, célébrées devant Lubeck. Il envoya une ambassade solennelle sur l'Eider, et fit demander à Kanut sa sœur» Agée maintenant de 8 ou 9 ans, avec la riche dot que Waldemar avait promise. Sa demande ne fut pas agréable au roi ; il déclara qu'il ne consentirait jamais à cette uhion , s'il ne s'y voyait pas obligé par le serment de son père. Il remit donc sa sœur aux ambassadeurs , mais avec un modeste trousseau ; et de la somme que Waldemai* avait destinée à la jeune fiancée , il ne paya qu'une mince partie. Friedrich garda l'argent et l'enfant , quoique la faible somme qu'il avait reçue no put guère Taider dans ses besoins , et que la petite ptincesse ne lui apportât pas davantage.

En général Friedrich se montra maintenant tout autre qu'il n'avait été jusqu'alors. L'on comprendrait facilement de sa part le calme ^ même une certaine immobilité, après de si vio-

lentes tempêtes ; car sa passion s'était déchargée dans les ooirps terribles frappés sur le duc Heinrich. Mais Friedrich montra beaucoup plus de douceur et d'humanité que par le passé. Est-ce que l'âge exerçait son action sur lui ? on bien se sentait-il assoupi par le sort qu'il avait subi jusqu'ici ? Du moins ses vues paraissent être restées les mêmes. H ne pouvait oublier ritalie; et quant au teutschland, il n'y gagna maintenant pas un cœur, quehjue bien qu'il pût fiiire çà et là , quelque louable action qu'il put accomplir. L'Italie devait présenter une belle et noble souveraineté , sinon à lui , à cause de son âge avancé, du moins à sa maison ; mais le but ne pouvait être atteint avec les moyens employés jusque-là; il av.ait désormais reconnu que sa ligne de conduite devait être changée. Toutes ses démarches tendirent donc à regagner la conûance des Lombards, à détruire la ligue dans son essence, à exciter les villes les unes contre les autres. Alors le temps devait offrir des occasions dont on saurait tirer parti.

Cependant la trêve conclue à Venise entre l'empereur et les Lombards pour six années allait bientôt expirer; et plus Friedrich approchait de ce N^rme, plus grandissait à ses yeux l'importance de la Lombardie , bien propre à réveiller en lui d'anciens souvenirs, ou à provoquer de nouveaux plans pour la soumission du pa.ys. Ainsi qu'on l*a souvent remarqué, la ligue était sortie de la nécessité où se trouvaient tous les Lombards, ou des catastrophes dont ils s'étaient vus menacés. Devant ces périls les passions des anciens jours s'étaient amorties, et tous les souvenirs hostiles s'é- ' talent éteints dans la pensée du salut et du triomphe. Mais aussitôt que le danger parut être passé, avant même la conclusion de la paix de Venise \ les liens s'étaient relàcliés ; et quand le traité fut scellé , après l'éloigncment de l'empereur de l'Italie, il parait que l'union tomba deplusen plus dans l'oubli. Chaque ville avait continué ou repris sa vie sur l'ancien pied d'égoïsme local; mais les prétentions s-élaient fréquemment croisées; il y avait eu des chocs et des collisions; les plaintes et les, récriminations n'avaient pas manqué. Les bravades d'un côté avaient provoqué des rancunes de l'antre; et si parfois on songeait encore h la ligue, celle pensée ne venait que de la crainte qu'apios l'oxpiratiou des six années rempcrcur iTc

IllSTOlUE DU PEUPLE ALLEMA.ND.

reprit son œuvre contre tous , et que Ton n'eût besoin d'une assistance mutuelle. Au miliea de telles circonstances, les amis et les émissai res secrets de l'empereur trouvèrent sans doute de fréquentes occasions d'agir en sa faveur, de mener des intrigues pour diviser, inquiéter, attiser. Peut-être le pape Alexandre trayaillat-il dans la même pensée , sinon pour l'empereur, au moins pour le siège pontifical et pour lui-même ; mais il ne nous a été transmis rien de précis. Alexandre faisait l'usage le plus édifiant du pouvoir qu'il avait regagné, pour rétablir Tordre et la discipline dans FÉglise, améliorer la situation du siège apostolique sur tons les points où il avait pu être endommagé par les orages du temps. Mais nous u^avons pas de renseignements sur ses correspondances avec lei Lombards. Nous n'en savons pas plus sur les rapports de l'empereur et des Lombards. Il paraîtrait que Friedrich avait évité d'entrer en relations directes avec eux ; qu'il aurait cherché au contraire à montrer qu'il était animé de tout autres sentiments que par le pas^.

Parmi les princes teutschs, nul n'avait montré plus de fidélité et de dévoûment pour la cause et la personne de l'empereur qne l'archevêque Christian de Mayence; aussi nul n'avait été investi d'une plus grande confiance. Mais en même temps personne, sans en excepter même l'empereur, n'avait assumé une haine aussi profonde de tous les Italiens que l'archevêque Christian. Après la trêve de Venise, quand l'archevêché de Mayence lui eut été confirmé i)ar le pape , il était demeuré en Italie , sans doute avec l'agrément de l'empereur , et s'était rattaché au saint-père. Il était allé avec lui à Rome; il avait porté les armes pour sa cause 5 et combattu tous ceux qui avaient refusé au souverain pontife soun\ission et obéissance. Alors, dans l'année 4 179, il fut pris dans une rencontre par le marqwis de i^rontferrat , qui le retint deux ans dans une étroite captivité. Cet événement est d'autant plus surprenant, que le marquis appartenait au petit nombre de vassaux en Italie qui avaient combattu ol)slinément pour l'empereur. Ce qui est plus étrange encore, c'est que Friedrich ne parait pas avoir pris le moindre souci de son ancien et fidèle ami. Il n'aurait eu probablement qu'un mot à dire pour lui procurer la liberté ; et ce mot, il ne le prononça point. Au partage des domaines de Heinrich le Lion , où Tarchevêquc Philippe

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de Cologne ) qui , à a vérité, avait combattn Te duc avec une haine furieuse, reçut une si riclie récompense, il ne fut jamais question de l'archevèqne Christian. £h quoi I Christian se serait-il attaché trop étroitement au pape , et aurait-il excité par là la jalousie de Tcmpereur ? Mais pourquoi le saint-père le laissa-t-il se consumer en prison ? Ou bien Christian fut-il sacriGé parce qu'il fallait montrer aux Lombards que leurs ennemis étaient aussi désormais ceux de l'empereur? Dans tous les cas, il est certain que Tarchevèque Christian ne recouvra la liberté qu'après la mort du pape Alexandre (2^ et qu'il n'en jouit pas longtemps. Il ne revit plus sa patrie ni l'empereur , et peut-être ses désirs ne se tournaient ni vers son pays ni vers son souverain. Il ressaisit encore les armes , et combattit les ennemis du nouveau pape avec son ancienne ardeur , jusqu'à ce qu'enûn , fatigué , (fpwiséy il rendit l'àme en 4483. Le pape Alexandre était mort le 43 août de l'année 4 1 84 . A sa place fut élu l'évéque Ubaido d'Ostia, dont il a été si souvent question. Le nouveau pontife prit le nom de Lucius lil. C'était un homme qui, par la piété, le dévoùment à r£gl|s6, le savoir et les bonnes mœurs, n'était nullement inférieur au grand pontife son prédécesseur 9 mais qui restait bien au-dessous de lui pour la résolution , la fermeté , la force de caractère. 11 aurait difficilement soutenu la terrible lutte contre l'empereur Friedrich , et assurément il n'y aurait pas conquis la gloire dont Alexandre se couronna aux yeux du monde et de la postérité. Lucius connaissait bien la mesure de .ses forces ; aussi toutes ses pensées étaient dirigées sur le maintien de la paix , dans laquelle il pouvait se montrer digne de tous les respects. Aussitôt après son élection, de très- vifs débats s'engagèrent entre lui et les Romains inconstants , et sa cause fut soutenue , comme on Ta déjà remarqué , par rarchevèque Christian. H ne put donc prendre une fois sa résidence à Rome, et il lui fallut séjourner à Velletri. En cas de renouvellement de la guerre avec l'empereur ,' les Lombards n^avaient guère à attendre un appui énergique du pape et de FÉglise ; ils devaient donc d'autant plus désirer d'éviter la reprise des hostilités.

Cependant la dernière année de la trêve avait commencé. Plus la fin approchait , plus la division des esprits éclatait çà et là.^ Chaque ville parait n'avoir eu de prévoyance que pour elle-

CBAP. VII.

même. Là où s'étalent opérées antérieurement des réconciliations, on pouvait envisager avec une sorte de cal me et d'indifférence les jours qui allaient venir; là où l'on croyait pouvoir résister , on prit des dispositions pour la défense et pour l'attaque; mais dans les lieux où avait été ressentie la colère de l'empereur, où l'on devait la redouter encore , régnaient les angoisses et l'inquiétude. Venise ne se reconnaissait plus pour membre de la ligue ; l'orgueilleuse ville no s'en détacha peut-être jamais expressément; mais, depuis qu'elle avait vu l'empereur dans Tenceinte de ses murailles, elle ne se souciait guère de SCS anciens alliés, et, à partir de la conclusion de la trêve, elle, ne figure plus dans la confédération. Bologne y resta encore, mais seulement de nom : préoccupée surtout de son salut, elle cherchait avant tout à couvrir ses derrières pour les éventualités possibles. Tortona, qui deux fois avait subi une ruine complète , et Alexandrie , qui craigiyiit d'être l'objet de la haine la plus ardente de Friedrich , se rapprochèrent de l'empereur , afin de trouver dans leur soumission aux volontés impériales la protection dont n'avait pu les couvrir la ligue lombarde , et qu'elles ne pouvaient guère se flatter d'obtenir maintenant que les confédérés étaient tous désunis. L'empereur accueilit les deux villes avec empressement. Il leur accorda des libertés plus grandes qu'elles n'avaient jamais pu en espérer, et leur promit son appui contre tous leurs ennemis. Seulement il fallut qu'Alexandrie renonçât à son nom détesté, et que les bourgeois reçussent la ville des mains de l'empereur. Us ne se firent aucun scrupule d'accepter ces deux clauses. De même que maintenant , après la mort du pape Alexandre , la cité glorieuse , pour se réconcilier avec son ennemi impérial ,' s'obligeait à prendre le nom de Ccsarée; un jour aussi, après la mort de l'empereur, elle reviendrait à son appellation pfimitive, et se parerait de nouveau du nom du grand pontife. En sortant un instant de leurs murailles pour y être ramenés parles délégués impériaux chargés aussi de les en remettre en possession, les citoyens crurent se livrer à une sorte de distraction plutôt que subir une condition onéreuse , et n'attachèrent pas à celte cérémonie symbolique la grande importance qu'elle avait peut-être aux yeux de l'empereur (3).

Après ces événements , l'empereur put biea

HISTOIRE DO t^ËtÎPLË ALLEMAND.

croire qae peu à peu Miles tes villes voudraient faire leur paix avec lui ; et en effet , sMi avait marché de nouveau en Italie avec des troupes , il est vraisemblable qu'il aurait poursuivi la lutte avec pitfs do succès que par le passé. Mais il n*a(fopta pas une telle pensée; il n'était pas fatigué <fe la guerre, mais il manquait des forcée nécessaires pour la soutenir; il était impossible d'en prévoir Tissue avec assurance , et il pouvait 68 faire que les combats ramenassent à Tuuion ce que la guerre avoit séparé. Litalie s'était ranimée ; la force dos villes sortait de Tesprit dont elles étaient pénétrées ; et de leur activité, de leurs efforts même, elles tiraient une nouvelle vie, un aliment) une énergie sans cesse renaissante. Le Tcutschland était épuisée, dans Tanarchie; la puissance du vasselago, avec laquelle Friedrich poursuivait ses guerres, reposait sur la propriété et le service; luimême, l'empereur, et une grande partie des princes allemands ne pouvaient être sans inquiétude sur le retour de Heiùrich le Lion , l'homme puissant, profondément ulcéré et cruellement maltraité. Gomment n'aurait-on pas frémi à l'idée de la guerre ? Mais une négociation suivie séparément avec diverses villes ne promettait pas un prompt résultat, en supposant qu'il dût être heureux. L'une ou l'autre de ces cités se montrait obstinée, rebelle à toutes les avances ; chaque ville isolém'ent deibandait ce qui en dcHnitive devait les satisfaire toutes à la fois'. Friednch prit donc la résolution de ne plus négocier, de ne pas traiter avec des villes à part , mais avec la ligue , tant qu'elle subsisterait de nom , et d*arriver ainsi brusquement à une fin quelconque.

Los recteurs et les présidents de la ligue s^élaient rassemblés^ Piaeenzn, sans doute pour essayer si l'on ne pourrait arriver h une résolution commune, pour le cas où, après l'expiration de la trêve, l'empereur passerait de nouveau les Alpes avec une armée. Friedrich 'reçut probablement avis de celte réunion , et ne put rester dans le doute sur ce but. Il dut prévoir que les confédérés , s'ils se trouvaient une fois ensemble, pourraient bien se rappeler leurs souffrances passées, le résultat de leur union, et qu'alors, excités par d'ardents orateurs, ils se lanceraient bien uu delà de Tobjet de la conférence. Il envoya donc une ambassade composée de quatre hommes habiles et fidèles à Piaccnza , afin de négocier avec les recteurs

et les phefs de la ligue une pait générale et définitive. Les Lombards n'auraient peut-être pas osé faire le premier pas ; mais Lempereur venait au-devant d'eux, ils saisirent voloiiiiei^ la main qui leur était offerte. Certaines difUcultes embarrassèrent probablement encore la négociation , parce qu'il y avait beaucoup de choses h régler; mais il parait que les obstncles étaient plus dans les formes que dans 1rs choses. Eu conséquence, comme des deux côtés on voulait réellement la paix, on en vint à une heureuse conclusion. Aussitôt que l'empereur fut informé de ce résultat, il se rendit à Constance, où il tint une grande diète. Là parurent les députés qui avaient été à Piacensia , avec un grand nombre de représentants des villes lombardes, au moins de la plupart, sinon de toutes; et maintenant, le 25 du mois de juin WHS , la paix fut définitivement et solennei/ement conclue entre l'empereur et les cités lombardes , avec cette réserve que les villes qui n'avaient pas envoyé de représentants à Constance ne seraient pas pour cela exclues de la paix , si elles se montraient disposées à y accéder dans l'espace de deux mois.

La paix, dans ses dispositions particulières, fut sans importance pour l'empire germanique et le peuple teutsch; quoiqu'elle dût être définitive, elle n'était sortie que des rapports actuels, satisfaisant seulement les besoins momentanés des deux parties, et offrant encore pouf l'avenir, h l'une comme à l'autre, des prétextes pour rejeter, en cas de changement dan5 les circonstances, ce qui màmtenant était adopté avec empressement. Il suffira de faire les remarques suivantes : d'abord l'empereur et son fils, le roi des Romains, Heinrich VI, préalablement aux dispositions de l'accord, tinrent le langage de hauts et puissants sôiwerains , et pouilant prononcèrent dans des termes extraordinairement affectueux le pardon complet et absolu de toutes -les offenses dont les Lombards s'étaient rendus coupables envers eux et contre l'empire ; ils ouvrirent aux Lombards les trésors de leur clémence; ils reçurent dans la plénitude do leur grâce non -seulement les hommes, mais encore la ligue elle-même et ses fauteurs^ et crurent pouvoir les compter parmi leurs bien-aimés et fidèles sujets. On accorda aux Lombards plus qu'ils n'avaient jamais demandé. Leur ligue était rccontiue , ainsi qu'il ressort de ces et-

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