‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 19 sur 165 · LIV. XXIV · texte numérisé non relu

LIV. XXIV

pressions ) elle devait subsister, et ils pourraient la renouveler aussi souvent qu'ils le jugeraient convenable. Les villes obtinrent le droit de se fortifier comme elles Fentendraient , et même de construire hors de Tenceinte de leurs murailles des forteresses sur leur terri* toire. Elles conservèrent toutes les régales dont elles avaient joui , et recouvrèrent ce qiii ieiir avait été enlevé pour être attribué à d'autres pendant la lutte. Le choix de leurs consuls leur fut laissé; l'administration de toutes leurs affaires leur fut assurée; leurs droits et leurs coutumes restèrent sans altération. De leur côté, les Lombards reconnurent Tempereur comme lent seigneur et inàitre; tout bourgeois de ^15 à la ans dut iiii prêter serment de fidélité. Si Fenlpefénl' Vébait cii Italie, les Lombards devaient mettre les chehiiiis et les ponts eh bon état; ib devaient aussi offrir les fournitures d^1sagé antérieurement, odvnr les marchés nécessaires pour T^rmée impériale, sous la condition toutefois que nulle ville ne serait chargée plus que dé justice. Lé bourgeois élu consul devait être reçu par l'évéque là où le prélat exerçait le pouvoir du comte, et, dans les autres villes, par Tempereur. Enfin, dans les procès importants, la décision en dernier ressort fut réservée à Tempereur; néanmoins Tappel ne devait pas être porté dans le Teutschiand, mais^ dans le cas oîi Tcmpereur ne se trouverait pas en Italie , aux fondés de pouvoir qu'il instituerait dans chaque ville ou dans chaque évêché. Tel fut le traité. Quelque pou de garantie qu'il offrît, parce qu'il pouvait être porté atteinte à toutes ses dispositions, aussitôt que cela viendrait à la pensée de reniporeur, grande fut Ja joijB des Lombards sur sa conclusion; car le danger le plus prochain avait disparu, si l'on ne pensait pas à ce que Tavenir pouvait apporter, bans le Teutschiand, la paix répandit aussi la joie« mais peut-être dans une plus faible mesure qu'en Italie. Les princes et les seigneurs, fatigués depuis longtemps des malheureuses expéditions au delà des Alpes , voyaient enfin arriver un temps de repos et de réparation pour leurs forces, et le saluèrent par des acclamations; les villes conçurent sans doute Tespérance qu'elles arriveraient aussi un jour au but atteint par les municipalités d'Italie. Dans tous les cas, ce fut un grand fait que ùon-seulement la force /éodale reculât devant là puissance de îa liberté ihuniclpale, mais

CIlAP. Vit. ôt

encore qu'elle fût réduite à reconnaître publiquement , officiellement cette puissance. Quoi que la marche du temps dût amener avec elleg Un tel fait devait avoir des suites, des conséquences bienfaisantes que per^nne n'était en état de calculer h l'avance. On pourrait peutêtre aller plus loin , et soutenir que tout le monde chrétien prît part à la joie de U paix de Coiistârtce. Si la guerre avait rècon*ttiehcé contre les villes en Lombardici il y aurait eu à craindre le renouvellement dee cruautés qui avaient soulevé le dégoûl et l'horreur du monde; à peine paraissait-il possible que Cette guerre se poursuivit sans que l'Église y fût entraînée, et qlic la discorde se ranimât entré le pape et Tenipereur. Mais Priedrich « efl se rappelant ses anciens projets, ne diU pa$ se résoudre à la signature de la paix sans une profonde amertiime. Arrivé une fois à reconnaître ^b'il né lui restait plus qii^â céder à la nécessité , à renoiicer h ses plans àinbitieiix , k eritref dans une voie rioiivelle, il fil probablement tous ses efforts pour arranger les choses avec des formes aussi attrayantes que possible, afin qiie ceux qui lui avaient résisté avec tant d'opiniâtreté, attirés désormais de son côté| Idi prêtassent âppUi et assistance: car rilatie, avec tous ses charmes, ne disparaissait pas un- instant à ses yeux; elle devait appartenir sinon 4 lui, du moins à ses descendants, il y avait possibilité de faire passer d'abord le royaume dos Deux-Siciles dans sa maison ; mais si son filé, le jeune roi des Téutschs, Heinrich , devenait rcS des Dêux-Siciles , qu'ensuite il fut reconnu roi et seigneur en Lombardie , et qu'enfin, par la couronne impériale, il devînt suzerain de Rome, tandis que ritalie centrale, les possessions de la marquise Mathildc, lui appartenaient comme en patrimoine, qui oserait braver ce prince chargé de tant de couronner? qui pourrait lui disputer la domination sur l^Italie et sur l'Allemagne, qu'il lui plût de Texercer du haut dû château de ses pères, ou de la'villeétcrnelle? Mais, pour amener à fin de si vastes plans par les voies pacifiques, il était nécessaire avant tout de montrer au monde son trône entouré de tout l'éclat, de toute la pompe que le temps pouvait offrir, et de se poser au ûiilieu du peuple teutsch et du peuple lombard, non plus en farouche guerrier ou ambitieux conquérant, en juge impitoyable altéré de vengeance, mais ehprincé calme, magnâhiiûê, ami de la paix,

prêt à couvrir la faiblesse d'une protection bienveillante , ^touré de la véritable majesté. La disposition des esprits en Allemagne sur la paix de Constance paraissait favoriser une telle attitude, et une belle occasion s'offrit d'elle-même à Tempereur pour préparer une fête nationale , comme il pouvait y en avoir dans ce temps , où Ton n'avait sous les yeux que princes , seigneui*s et vassaux. Ses deux fils aines, le roi Heinrich et le duc Friedrich, étaient parvenus à un âge où ils pouvaient être déclarés majeurs, ou du moins en état de porter les armes (4). Et assurément, au milieu des circonstances présentes, il était habile et opportun de faire de cette cérémonie de Tarmement, selon l'usage des ancêtres, une grande et pompeuse solennité. Une fois que Friedrich g^e serait moutré au monde dans tout l'éclat de sa majesté an milieu des princes allemands, il semblait qu'une visite amicale dans Tltalie réconciliée devait être d'autant mieux accueillie. A peine de telles pensées pouvaient-elles s'être élevées dans l'âme de Tempereur, un malheureux événement sembla menacer de si près sa maison , qu'un hasard seul pouvait empêcher le renversement de ses plans avant qu'ils fussent parvenus à leur maturité. Après la mort de l'archevêque Christian de Mayence, dont il a été question plus haut, l'archevêque Kunrad de Salzbourg, de la maison de Wittelsbach, avait obtenu de nouveau le siège de Mayencê, auquel il avait renoncé à Venise au profit de Christian , par amour pour la paix. Entre cet archevêque Kunrad et le landgraf Louis de Thuringe s'étaient élevés des débats dont l'origine et le motif sont inconnus. Pour accommoder ce différend, Friedrich amena les deux princes à convenir d'une entrevue qui devait avoir lieu à Erfurt, à la fête de Saint-Jacques. En même temps l'empereur envoya -à Erfurt son fils, le jeune roi Heinrich , pour favoriser la réconciliation. Il parait que le roi Heinrich et les deux adversaires arrivèrent avec des escortes nombreuses. L'entrevue eut lieu dans la maison du prieur, contre l'église de Notre- Dame , grand édifice à deux étages, et dans la partie supérieure. Tout à coup les poutres cédèrent sous le poids de la foule, et toute l'assemblée fut précipitée avec les débris ; le second plancher, ne pouvant résister au choc, suivit le premier; de sorte que l'assemblée roula jusqu'à terre, enfonça même les voûtes, et des-

cendit dans les celliers et les caves. Plusieurs personnes périrent , et parmi elles six comtes ; beaucoup furent blessées. Le roi Heinrich et l'archevêque Kunrad s'étaient tenus dans une embrasure de fenêtre, de sorte qu'ils se trouvèrent témoins du désastre dans lequel ils furent complètement épargnés. Us furent sauvés avec des échelles. Le landgraf Louis avait été précipité avec les autres, sans pourtant recevoir une égratignure. Cet événement fit une profonde impression sur le public , qui le considéra comme un mauvais présage.

Le souvenir de ce désastre n'était pas encore effacé, que l'empereur annonça une grande diète qui devait être tenue , à la Pentecôte de Tannée suivante, '1484, à Mayence, ville sur laquelle il avait appuyé lourdement sa main , et qui , à cause de cela même , avait été choisie en signe de paix et de réconciliation. Il fu les plus grands préparatifs pour cette diète. La ville de Mayence ne paraissait ni assez grande ni assez commode pour une telle fête ; sûr la rive droite du Rhin , en face de Mayence , Friedrich fit donc élever une nouvelle ville en bois seulement, mais façonné, orné avec un tel art, que l'œil pouvait facilement être trompé sur la légère et gracieuse construction. Dans cette ville impériale, création instantanée de la paix , les princes et les seigneurs ecclésiastiques ei séculiers devaient avoir leur résidence, tandis que le vieux Mayence serait probablement consacré à loger les gens de classe inférieure , la suite des serviteurs , les bagages. Au milieu de la ville nouvelle s'éleva un palais impérial vaste et magnifique, construit également en bois , et à côté une grande église (5); aux extrémités furent dressées des tentes pour le petit peuple; et, comme le jour de la fête approchait, on amena une telle quantité de vivres de toute espèce , et aussi de fourrages pour les chevaux , qu'il semblait que, pour les hommes et les bêtes de somme, en si grandes masses qu'on les entassât , la disette n'était pas à craindre. Tout ce que les beaux cantons des deux rives du Rhin pouvaient fournir de meilleur , produits délicieux ou grossiers descendirent ce fleuve , furent réunis , conservés , tout prêts à être employés à l'usage convenable. Pour maintenir l'ordre dans une si grande réunion , les rois , les ducs et markgrafs , sans doute sur le désir de l'empereur, se chargèrent do la suiTeillanco

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