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comme écnyers , sommeliers , échansons , marécbaax, afin que personne ne manquât du nécessaire et de Tagréable , que toute confusion fût évitée. On ne peut nier que ces dispositions, cet exercice de telles fonctions dont se chargèrent des personnages éminents de Tempire, ne rappellent fortement le souvenir de la belle fête par laquelle jadis les princes de l'empire germanique célébrèrent moins le couronnement d'Othon premier, qu'ils ne manifestèrent leur respect pour son père, le grand Heinricb de Saxe. Mais la différence entre les deux circonstances, c'est qu'alors les ducs de Tempire donnaient une fête au jeune roi pour exprimer hautement leur reconnaissance envers son père, et les espérances qu'ils fondaient sur lui-même; le roi était l'hâte de l'empire sur le trône duquel on l'avait élevé : tandis que maintenant le vieil empereur donnait la fête aux princes de l'enjpire pour les gagner, les égayer, les arracher à tle funestes complots; les princes étaient les hôtes de Tempereur , et les dignitaires qui jouaient un rôle dans les cérémonies étaient des offieiers investis par son autorité.
On s'entretint de ces apprêts non-seulement dans le Teutschland , mais dans les pays étrangers. Il ne faut donc pas s'étonner si les curieux affluèrent de tous côtés à la fête. Q«icl prince on quel seigneur, en Allemagne, aurait pu y manquer, à moins qu'il ne fût retenu par quelque obstacle insurmontable? Ce n'était pas le respect pour l'empereur, l'amour pour la patrie et l'empire, qui poussaient tout le monde à Mayence. Beaucoup de personnes étaient attirées par la curiosité vers les scènes extraordinaires qui. allaient se déployer ; par le désir de voir et d'être vues ; par le besoin de prendre à la cour de l'empereur la place qu'elles occupaient on qu!ellcs prétendaient occuper dans l'empire. D'ailleurs chacun pouvait bien regarder comme nécessaire de se maintenir au courant des choses, des projets et des efforts poursuivis , afin de n'èlre pas dépassé ou mis de côté. Ainsi chacun jugeait convenable de paraître avec une suite militaire aussi forte qu'il était en état de la mettre sur pied, et de se montrer avec tout l'éclat qu'il pouvait répandre autour de lui. Enfin , sur l'invitation de l'empereur, des étrangers étaient venus pour jouir des fêtes, ou pour se faire une juste idée de l'état, des choses en Alle-
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magne. Les poètes et les chanteurs ont surtout célébré la gloire de ce jour ; cais à cette époque, l'amour de la poésie et du chant , venu des possessions allemandes de la Bourgogne méridionale dans rAUemagne,- s'était répandu surtout dans la SQuabe, qui sous Friedrich P<^ jouissait d'un plus profond repos et^d'une civilisation plus avancée que les autres contrées de l'Allemagne. Les ménestrels ne pouvaient guère manquer à pareille fête , et ils y trouvèrent leur compte à tous égards. Ils contemplèrent la grandeur, la richesse et la pompe ; ils goûtèrent toutes les jouissances que Ton pouvait y prendi*e, et s'en retournèrent très-contents avec de beaux présents. Ils se montrèrent reconnaissants à leur manière. Au reste ,' grande fut la foule des petites gens qui se trouvèrent à la fête sans avoir été invités, pour avoir le spectacle de la joie des autres , ou pour recueillir les miettes qui pouvaient tomber de la table du riche.
La noble affabilité de l'hôte impérial, la dignité pleine de séduction de l'impératrice Béatrix , et les grâces des jeunes fils de l'empereur, agirent sans doute puissamment sur la grande assemblée ; de bruyants vivat, de joyeuses acclamations partirent de tous les rangs. Mais la fête ne se passa pas aussi belle que Friedrich l'avait espéré ; dès la nuit du premier jour , veille du dimanche de la Pentecôte , s'éleva un terrible ouragan. Lé vent arracha les tentes, renversa plusieurs bâtiments de bois , et abattit même la chapelle qui tenait aa pavillon impérial. L'empereur s'échappa avec les siens ; mais quinze personnes trouvèrent la mort dans les décombres. Cet accident, rapproché du désastre d'Erfurt , fut considéré encore comme un mauvais présage.
Mais de pareils coups ne pouvaient imposer silence aux passions. Le lendemain, se passa une scène qui nous fait entrer plus profondément dans l'état de l'empire que la fête éclatante avec toutes ses pompes. L'empereur se rendit à l'église, et se plaça sur son siège, ayant à sa droite l'archevêque de Mayence , à sa gauche l'archevêque de Cologne , tout autour les autres princes de l'empire, ecclésiastiques et séculiers. Alors se présenta l'abbé de Fulda, qui demanda audience. L'empereur lui ayant accordé la parole , il éleva l'ancienne prétention des abbés de Fulda. « L'église. de Fulda, ditil , a reçu des empereurs précédents le privilège
HlSTOnUÏ DÏJ PPPfcE ALLEMAND.
Que « toptes les fois gn'il y aurait ud^ idiète générale à l^ayence , Je seigneur archevêque de cette ville siégerait h la droite de Tempereur , i'abbé de Fulda siégerait à la gauche. Je prie donc l'empereur dp ne pas accprder aujourd'hui à Tarchcvéque de Cologne |a place qui ne peut lui appartenir. » Alors Tempereur, confiant dans le ddvoùment du prélat si hautement favorisé, demanda à rarchevôque Philippe de vouloir bien ne pas troubler sa joie , et ne pas refuser & l'abbé le siège qu'il réclamait. Aussitôt Philippe s'élança de sa place en s*écriant ; <i Comme vous voudrez, seigneur empereur; rab))é peut s'asseoir j pour moi, je m'en retourne ix mon hôtel, » Cependant le frère de l'empereur , le comte palatin du Rhin', Kunrad ^'était aussi levé : ^< Je suis homipe de Tarcheyèane de Cplope , dit-il ; avec votre pprmîs;sipn , seigneur empereur , il est juste que je le f^uiye. ^ Ain$i fit le comte ()e Nassau ; ainsi firent le duc da Brabaut et beaucpup d'autres. Jjù I^ndgraf de Tburipge, homme de Tabbé de Fulda I apostrophant ironiquement le comte de Nassaij , dit ; « Aujourd'hui , vous ave;E bien gagné votre fief. :— Oui , répondit le comte d'un ton ipenaçaqt, oui, je l'ai bien gagné, et je Iq paverai par d'aqtres services, s'ils sont récla- Tfflé^. » Ainsi grondait l'orage dans l'église, ^pi|s les yeujç de l'empereur , prêt à éclater et 4 éteqdrp ses ravages. Saisi do cette pensée , le jpune roi Heinrich se jeta an cou de l'archevêque Qe Cologne, et, le caressant et le flattant tour h tour , il le supplia de ne pas changer la fête eu ^puil; en même temps l'enipereur le pria de rester. « Ce que j'ai dit, déclara Friedrich , je l'ai dit dan^ la simplicité de mon cœur. » Sur ij)ioi Philippe répliqua : « Je n'aurais jamais pensé que vous pussiez me faire un tel affront pi^ présence des princes. J'ai vieilli à votre service; mes cheveux blancs témoignent que j'ai çpmbatii) pour vous au péri) de ma vie ; bien plus , je me suis exposé pour vous à de grandes agitations de conscience ; je n'ai jamais épargné, pour l'honneur de l'empire, ni mes biens ni ma
Personne. Vous avez vu mon dévoAment en ombardie; vous avez reconnu ma fidélité devant Alexandrie ; et ce que j'ai fait en Saxe , vous le savez aussi. Je n'ai jamais laissé personne ^'exposer avant moi au danger, et maintenant vous voulez me préférer cet abbé! Vraiment je soupçonne que vous-même l'avez ppnssé à eette réclamation ; s'il n'avait pas su
que vous aviez l'intention de m'humilier , jan^ais il n'aurait osé lever le pied centre moi. » Alors l'empereur se leva , tout préoccupé de la pensive que l'archevêque était venu à Mayence arec 4,064 hommes armés : « Nous protestons de notre innocence , et si l'on se défie de notre parole , nous n'hésitons pas à la confirmer par serment. » A ces mots, il étendit la mai(i pour la poser sur des reliques. A ce moment enfin , l'orgueilleux prêtre déclara que la paix)le de l'empereur avait autant de valeur qu'un serment. Mais cotte déclaration de l'archevêque u'aurait pas calmé l'assemblée (6), agitée de ressentiments et de soupçons, si Friedrich n'avait prié l'abbé de Fulda de ne pas insister sur la justice de sa réclamation, de laisser la préséance à l'archevêque, et si l'abbé n'avait cédé à nne 'telle prière.
yne scène de cette pâture, qui, on ne piént le nier , n'était pas propre à répandre beaucoup d'éclat sur Tautori té impériale, qui pintêt rappellerait le^ temps de Heinrich iV, une telle scène bannit sans doute la gatté de l'assemblée, et assombrit les idées de fête. L'empereur fit poser là couronne sur son front et sur celui de l'impératrice , et marcha ensuite en la tenant & son côté dans r^tte panire : mais son àme devait être remplie d'indignation contre ses hôtes, du moins contre beaucoup d'entre eux ; aussi mit-il bientôt fin à la fête. Dès le lendemain, il accomplit la cérémonie qui avait été le prétexte ou l'occasion de la diète. Après quelques passes d'armes auxquelles lui-même prit part, où ses deux fils atnés déployèrent leur habileté , il leur ceignit l'épée sous les yeux de la brillante as- . semblée , et proclama leur prise d'armes. C'est par là que se termina la fête. A l'instant peutêtre ou le lendemain, les princes , les seigneurs et tout le peuple qui s'était réuni regagnèrent leurs foyers , beaucoup sans doute avec d'autres sentiments que ceux qu'ils avaient apportés; nul peut-être ne s'en retourna satisfait de ce qu'il avait vu. Un témoignage assez significatif de la disposition des esprits , c'est que le landgraf de Thuringe , qui n'avait pu contenir sa colère en voyant le débat do l'archevêque et do l'abbé, jugea nécessaire de suivre le premier à Cologne pour adoucir le prêtre vindicatif et regagner sa faveur , et il parait qu'il n'atteignit pas facilement son but.
L'empereur Friedrich était maintenant seul errant au milieu de ses constructions féeriques
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et en partie écroulées de Mayence , pensant AUX premiers temps de son empire, se rappelant Tautorité dont il jouissait alors sur les princes, et le pouvoir qu'il pouvait exercer sur les ecclésiastiques comme sur les laïques. Si alors il jetait ses regards autour de lui et qu'il considérât sa situation présente , les rapports dans lesquels il se trouvait maintenant , après avoir porté la couronne une génération d'hommes, il pouvait bien ne pas goûter une pleine satisfaction d'esprit; il est impossible qu'il ait reporté un œil serein sur la route déjà parcourue ; et s'il était assez maître do lui-même pour se rendre compte de sa vie, il dut s'avouer que par sa faute l'empire germanique était tombé en dissolution , ou que du moins par s^ négligence il ne pouvait être préservé de la'dissoiution , et que difflcilcment à la couronne de cet empire seraient rendues la force et l'autorité. Il devait d'autant plus lui* tarder d'abandonner cet empire où un prêtre que lui-même avait fait grand pouvait le braver, Tinsulter à la face des princes, sans. encourir de punition, mais en augmentant ses honneurs. Et, en réalité, qu'était-il donc dans un tel empire, sinon le serviteur des princes qui avaient été et devaient être ses serviteurs? Que pouvait-il espérer encore atteindre ?
Il partit bien vite. Dès le mois d'août il franchit les Alpes et descendit dans le pays jusqu'alors témoin et victime de ses exploits , de ses rigueur, mais qui maintenant, rappelé aux joies de la vie et à la prospérité, promettait un séjour délicieux , où il pourrait se rafraîchir le corps et l'esprit consumés par les fatigues et les passions. Et comme il pensait, à l'abri de la paix , se montrer désormais souverain doux et clément , il n'emmena pas de troupes disposées au combat , mais une suite gra\^e et imposante, comme cela paraissait nécessaire à la dignité impériale.