LIV. XXIV, CHAP. VIII
de Flandre , entreprit un voyage au tombeau de St Thomas de Cantorbéry. Ce pèlerinage a droit de surprendre : saint Thomas était resté fidèle an pape Alexandre et à TËglise catholique, et Philippe n'avait obtenu son siège arcbièpiscopal qu'en se rangeant à côté de Tempereur contre le pape et TEglise. S'il avait ressenti des remords de conscience, déjà il s'était réconcilié avec l'Eglise , et avait reçu largement le pardon de ses péchés. L'Eglise était remplie d'anciens saints, de ^rte qu'un homme inquiet , tourmenté , n'était pas dans la nécessité d'avoir recours aux plus nouveaux. Bien plus , Tarchevéque Thomas avait été béatifié, parce que, dans la lutte passionnée de Henriob II contre l'Eglise , il était tombé en victime pour une cause regardée comme sacrée. Il est donc difficile de croire que le roiHeinricb, quoiqu'il se fût humilié devant le pouvoir ecclésiastique , qui alors dominait les esprits par la-foi et la superstition , vit d'un œil favorable un pèlerin qui paraissait en Angleterre pour prier sur les reliques de saii\t Thomas. Auprès du roi Heinrich se trouvait en haute considération son gendre , Heinrich le Lion , que l'archevêque avait combattu avec la passion la plus emportée , dont les possessions lui avaient été abandonnées en grande partie. On pouvait donc présumer que l'archevêque Philippe , avec de telles circonstances , ne devait pas avoir ressenti un grand désir pour ce pèlerinage en Angleterre, et croire surtout que s'il avait été incapable de résister à l'impulsion de son cœur pour visiter le tombeau de saint Thomas, il aurait au moins entrepris ce pieux voyage entièrement incognito, aurait évité l'attention, afin de ne point blesser le roi et le duc , et de ne .pas tomber lui-même dans de grands embarras. Mais il ne s'abstint d'aucun éclat; la réception que lui prépara le roi Heinrich fut réellement signalée , et la correspondance dans laquelle entra le duc Heinrich le Lion avec son ancien ennemi fut si amicale , qu'il faut bien croire qu'il sMtait passe quelque chose d'étrange dans le monde. On peut à peine douter que le voyage de Philippe n'eût un auU'c but, qu'il n'eût 4ié concerté avec les deux fleinrich, et que les reliques de sainf Thomas ne servissent que de prétexte* Philippe craignit que l'empereur ne méditât le rappel de Beinrich, et ne prit une attitude hostile contre ceux qui avaient combattu et dépouillé le duc, et il jugea nécessaire
de s'entendre avec Hemnch ouvertement ou h l'aide d'artifices; ou bien il se proposa* de heurter l'empereur, et de brouiller encore plus les rapports en Allemagne , tandis que Friedrich était en train de jeter une nouvelle confusion en Italie. Au reste ce qui parait appuyer cette opinion, c'est que le roi d'Angleterre, et comme on l'assure, sur le conseil de l'archevêque Philippe , envoya une ambassade au pape Lucius à Vérone. Le but apparent de cette ambassade était de déterminer le pape à opérer une réconciliation complète de l'empereur avec Heinrich le Lion. Mais assurément l'on n'ignorait pas en Angleterre les rapports qui existaient entre le pape' et l'empereur; et sans doute Philippe en était instruit. Ainsi le fond de vérité historique dans tout cela , c'est qu'il avait été question des affaires de Heinrich le Lion auprès du pape, et qu'il y avait alliance à ce sujet entre Philippe et le pontife. Les ambassadeurs peuvent bien encore avoir reçu des instructions secrètes, dont rien n'est resté dans les annales de l'histoire.
Peut-être l'empereur Friedrich ne pénétra pas le plan entier de l'archevêque; mais ce qui ne lui échappa point , c'est que le prélat méditait et tramait quelque chose contre lui. Il voulut donc, à ce qu'il parait, tenter le prêtre turbulent, et lui montrer qu'il était en état de lui opposer, dans les villes teutsches, des ennemis capables de lui donner à réfléchir , ainsi qu'il avait su trouver des adversaires au pape dans les Lombards. Philippe avait arrêté quelques marchands d'Augsbourg qui s'étaient permis certaines offenses contre lui (4) , et il avait mis leurs marchandises sous le séquestre, afin d'avoir un gage pour l'amende. Aussitêt les marchands s'adressèrent au soi Heinrich , qui était resté dans le Teutschland. Heinrich, agissant sans doute diaprés les instructions de son père, ordonna à l'archevêque de restituer les marchandises. Philippe refusa , en déclarant que préalablement l'amende devait être payée. A une seconde injonction fut apportée la même réponse. En adressant la troisième sommation, le jeune roi se permit de menacer de la disgrâce royale. Le prêtre provoqué répliqua que personne ne pouvait servir deux maîtres , et que deux princes ne pouvaient régner à la fois. Cette parole mécontenta le roi. Il manda par trois fois l'archevêque devant une diète. A la. troisième citation , Philippe parut à Mayence.
Il était escorté d*an si grand nombre de nobles engagés par promesse à défendre sa cause, qu'il était sans inquiétude. Mais il se trompait; les nobles^ sur la fidélité desquels il avait compté, se laissèrent gagner par le jeune roi et lui prêtèrent serment de combattre Tarchevèqne. Philippe se vit donc abandonné et trahi au milieu de ses fidèles et par eux-mêmes. Réduit à cette extrémité, il fil ce que l'on exigeait de lui ; il jura que dans son voyage d'Angleterre il n'était entré dans aucune ligue hostile avec Heinrich le Lion contre yompereiir et Fempirè; car, dans ces temps ^ l'on prêtait tant de serments sur des objets divers, qu'il y a autant h s'étonner sur ceux qui demandaient les serments que sur ceux qui les prononçaient. Philippe s'engagea de plus à une amenile de 500 marcs , et probablement restitua les mar- ' chandises aux marchands d'Angsbourg, quoiqu'on ne trouve aucune indication sur ce poin^. Dés ce moment sa haine contre l'empereur n'eut plus de frein ; il travailla contre lui partout et comme il put , embrassa le parti du pape et de l'Église j et la premiè re chose qu'il entreprit de retour à Cologne , ce fut de fortifier celle ville.
Peu de temps après ces événements expira le terme fixé à l'exil de Heinrich le Lion par la sentence d'Erfurt. Le duc revint donc dans sa patrie dans l'automne de 1 1 85 , et prit sa résidence à Braunschweig. H ne retrouva pas ce qu'il avait laissé; son patrimoine même avait été violemment usurpé pour la plus grande paitie. S'il promenait ses reganis autour de lui pour compter ceux qui se dressaient en ennemis en face de lui et s'étaient distribué ses biens et ses dignités, son cc^ur devait se gonfier et se serrer tour à tour. Qui donc avait joui longtemps de ses acquisitions et de la faveur de l'empereur? Otto de Mittclsbach , qui avait pris à là place de Heinrich le litre de duc de Bavière, était mort depuis deux ans; et à grand'peine, au milieu d'agitations et de luttes continuelles, le duché put être sauvé, au profit de son fils mineur Louis, contre l'esprit insurrecteur des comtes et les prétentions des ecclésiastiques. Bernard d'Anhalt, qui se parait du nom de duc de Saxe , était sans considération ^ sans dignité; on puissance, en honneur, il n'avait rien que Heinrich put lui envh3r. Le père dd duc Bernard , l'arcbevêque^ Siegfrid de Bremen , était mort ; le nouvel ai'cbevêquc
Hartwig , jadis secrétaire de Heinrich et appt* I: par lui au siège de Bremen , s'était montré ingrat et factieux ; et il en était encore à attendu le prix que Ton donnerait à son mérite et à sf ' services. Thiedrich , markgraf de Meissea, n'était plus. Louis, landgraf de Thiiringp. vivait encore; mais, engagé dans un labyrinllK de disputes avec l'archevêque de Mayence , L ne trouvait pas non plus un instant de Tepj< dans sa propre maison. Le comte Adolphe d^' Holstein fut attaqué par l'archevêque llart^ug au sujet de Dikmarsen, et ne jouit que Tort peu de son indépendance. Waldemar , roi de Danemark , qui s'était aussi réuni aux ennemis de Heinrich, n'était plus parmi les vivants; et le nouveau roi, Kannt, gendre de Heinrich, vivait avec le duc Bernard en guerre ouverte , arctl'empereur en état d'hostilité à peine dégnisée. Les princes slaves avaient peut-être déjà reconnu qu'ils ne se trouvaient pas en meilleure situation que sous la domination de Heinrich le Lion. Enfin l'ennemi le plus acharné du duc, l'archevêque Philippe de Cologne, était^dcvenu son ami parce qu'il s'était fait l'ennemi de l'empereur. Connaissant pleinement ces rapports et d'autres de même nature , Heinrich le Lion , réinstallé dans son château de Braunschweig, put les contempler à son aise. Il ]>arut s'appliquer à la conservation , à l'administration de ce qui lui avait été laissé , sans laisser percer le moindre souci sur ce qui se passait autour de lui. Personne ne le provoqua, personne ne fut inquiété par lui. Ij'on comprend facilement qu'il n'ait pas été persécuté. Chacun devait s'avouer que si le vieux héros , saisissant les armes aa milieu de conjojrictnres menaçantes ^ réclamait ce (jni lui avait autre luis, appartenu , il causerail du moins un grand ébranlement , et que le irêlc édifice que l'on avait non pas construit , mais posi' sur les débris de sa puissance, tomberait à la première secousse. Chacun était donc inquiet, et Heinrich fut laissé dans une tranquillité parfaite. Mais il est difficile de s'expliquer comme lui-môme s'abstint de toute agression. Est-ce que son àme était toujours remplie de mépris pour les manoeuvres du monde? Etait-il indifférent, fartgué, épuisé? ou bien était-il arrivé à embrasser cet axiome de la sagesse antique , que la moitié peut valoir mieux que le tout? Crut-il être entré dans ce port assuré , et craignit-il de se relancer en pleine mer? ou bien eufiu voulut-il attendre
l0 dél*oalemeht d^atltres plans, et prendre son temps? On trouve que l'empereur lui adressa coup sur coup des lettres remplies d'expressions amicales et consolantes, dans lesquelles il Tencouragcatt à Tespérance, et sans doute lui faisait entrevoir la possibilité de remonter à son ancienne élévation ; mais , eu supposant môme que ce renseignement ait quelque fondement, on ne peut guère admettre que le duc se soit, Jaissé déterminer dans sa conduite par les lellres de Tempcreur. En effet, on ajoute que Tempereur ne prenait pas ses propres paroles au sérieux, parce que, dans tout^ce qui avait clé entrepris contre lui par le pape , par Tarclie* véquc de Cologne, par le roi de Danemark, elc, il avait toujours soupçonné l'impulsion du duc Ilcinricli. Mais Tcmpcrdur fut coupable d'hypocrisie dans son langage amical envers nciu«rich ; assurément celui-ci , de son côté, ne l'écoula qu'avec défiance. On trouve encore que (les évéques, parmi lesquels figurait Tarchevéque Philippe de Cologne, avaient formé une ligue ou plutôt une conjuration contre Tempereur (5). Il n'est pas certain que le duc ail été informé de celte conspiration, mais on n'en peut guère douter. Peut-être la connaissance qu'il en avait le détermina-t-ellc à altendrc patiem* ment la marche des choses. Dans tous les cas > ces dispositions hostiles du paix; et môme celles des personnages les plus éminenls du clergé allemand contre l'empereur ne pouvaient lui ôtre inconnues. Les symptômes et les révélations ne manquaient pas. Peu de temps après le re-> tour de Heinrich de TAnglcterre, le jeune roi Ilcinrich se rendit en Italie pour célébrer son mariage. A ces fêtes le roi invita de la manière la plus gracieuse et la plus pressante Tarchevôque de Cologne , sans doute afin de regagner dans cette occasion ce prêtre rancunier, et l'attirer de son côté. Il descendit jusqu'aux prières instantes , et promit que désormaisll ne serait plus question de querelle. Philippe céda et accepta rinVitation. Il se mit réellement en route avec une suite nombreuse. Mais bientôt Kunradde M'itteisbach, archevêque de Mayence, lui expédia un courrier pour l'avertir « de ne pas se rendre en Italie^ à la cour de TempercHr, par-ce qu'il ne reviendrait jamais à Cologne. » On ne sait snr quel motif était fondé cet effrayant avis, mais il est certain qu'il suffit pour faire changer de résolution ft l'arcbevdqtie l^illpp^, Il prétexta ooo
CHAl^. Vlil.
maladie , se fit* excuser, et regagna Cologne.
Les relations sont pauvres et laissent partout des lacunes. Néanmoins il en ressort clairement que l'état des choses en Allemagne an«> nonçait un effroyable désordre , les divisions les plus profondes :* partout on s'agitait , on ourdissait des trames; et il n'y avait ni plan ni but auquel on ne rattachât Heinrich le Lion. Partout on se tenait prêt pour les éventualités, parce que partout l'on redoutait oit Ton appelait de ses vœux une explosion. Mais on se trompa dans ces craintes ou ces espérances. L'on ose à peine conjecturer que le pape retint l'excommunication prête h fondre sur l'empereur, parce qu'il attendait en Aile*magne des événements qui forçassent Friedrich à s'éloigner de ritalie , et qu'en Allemagne 11 n'y eut pas d'explosion , parce qile l'on croyait devoir attendre l'excommunicatiotl du papequd l'on tenait pour inévitable. Dans ces hésitations il s'écoula tant de temps , que l'empereur parvint h régler ou embrouiller les choses en Lombardie & un point qui lui permit de quitter l'Italie sans crainte» et d'en laisser l'administra'* tion à son fils Heinrich. Cependant, en fraU-^ chissant les Alpes , il eut la précaution d'en fer* mer les passages de telle sorte, que nulle communication ne pût s'établir par là entre le pape et les Allemands , et que par conséquent il leur fiH impossible de songer à agir de concerti Friedrich et son llls, au contraire, qui n'avaient qu'un but, pouvaient agir dans une mémo, pensée, l'un en Allemagne, Paulre en Italie.
Heinrich , assuré du côté des Lombards , soutenu par les Romains, emporté par la conflancd de la jeunesse, violent, dur et cruel par inclination ou par passion , se montra fougueux et impitoyable. Pendant une année entière , il brava, outragea 'impunément le saint-père , et prit toujours une attitude menaçante envers lui. Le pape, séparé des Allemands, repoussé par les Romains, abandonné par les Lombards, en union très-faible avec les autres peuples, n'osa pas lancer l'anathème qu'il préparait depuis longtemps; et lorsqu'enfin , poussé à bout, il voulut essayer, au milieu de telles conjonctures, d'employer le pouvoir de l'Église , les Yéronais retinrent son bras , et le supplièrent de ne point attirer sur dix , amis et serviteurs de l'empereur, la colère de ce monarque , qui les précipiterait dans un abtme de maux. Le pape cédA à ceito faiblesse. Il quitta Vérone pettl-étr«
mSTOIRE DU PEUPLE ALLEMAND.
s^ns ressentiment, mais non sans douleur, et se rendit à Ferrarc, fermement résolu à exécuter en ce lieu racle teiTible auquel Tautorhsait et l'obligeait le pouvoir pontifical , suivant la croyance de ces temps. Mais avant qu'il pût agir, il fut rappelé dc'ce monde , qu'il ne quitta probablement pas sans regret. H mourut à Ferrare , le 9 octobre I ^ 87 (0) .
Cependant dans le Teulscliland aussi les plans étaient, ici en confusion, Incomplètement ruinés; et si personne ne renonçait à ce qu'il avait tramé, aux fils qu'il avait noués, personne non plus n'osait faire le premier pas. Cette incertitude ou cotlc irrésolution scr>Tiit l'empereur à souhait. Apres son retour d'Italie, il convoqua une diète qui devait être tenue à Getnhausen , et peut-être choisit-il ce lieu pour rappeler sinon *!c duc Ileinrich le Lion , du moins l'archevêque Philippe de Cologne à certains souvenirs. Mais, avant l'ouverture de l'assemblée, il invita l'archevêque Philippe à une entrevue particulière; car il présumait, non sans motifs, qu'erg raison de la fermeture des Alpes, le pape avait nommé ce prélat son légat en Allemagne , en l'investissant de grands pouvoirs. Il désirait donc ou ramener l'archevêque à son parti , ou du moins arriver à connaître ce qu'il avait à craindre de lui. Le rusé prélat sut éluder les questions de l'empereur. Quant à sa fidélité et à son dévoûment , il invoqua les jours qui n'étaient plus ; relativement au présent et à l'avenir, il eut recours aux généralités. Par le passé , l'empereur savait combien il avait été accoutumé à s'attacher à la justice et à la vérité. Mais il déclara nettement h l'empereur qu'entre lui et le pape il ne pouvait se porter médiateur, si avant tout Tempercur ne renonçait à la succession des évêques décédés. L'empereur, fortifié dans ses soupçons, répondit avec aigreur : « Ces j)arcellcs de notre droit que nous avons recueillies, nous ne souffrirons pas qu'elles nous soient arrachées; contentezvous du privilège d'élever ces évêques. Sachezle bien , quand ces choses étaient réglées d'après la volonté de l'empereur, on rencontrait de plus dignes prêtres qu'il ne s'en trouve maintenant que vous décidez le choix. Les empereurs plaçaient des hommes de mérite ; les choix se font d'après des faveurs de toute espèce. » Enfin il défendit à l'archevêque de paraître à la diète de Gelnhansen. « Comme il vous plaira , » répondit le prêtre , <;t il partit.
Ces brusques procédés de l'emperénr intimidèrent les évêques qui s'étaient concertes avec l'archevêque Philippe. Celui-ci inrornia sans doute ses collègues de son entretien a\ ec l'empereur. Peut-être en vinrent-ils à craindre que l'empereur ne fut au courant de toutes leurs trames. Ils jugèrent donc le moment d'autant moins favorable pour tenter quelque chose, et se trouvèrent aussi moins cmpressts de paraître à Geinhausen devant l'empereur. Cette disposition desivêqu'es n'échappa point à Friedrich , et il sut en tirer parti. 11 leur parla de ses actes relatifs au pape avec une apparente franchise , avec une humilité chrétienne , comme un fils obéissant de l'Église ; prolesta de son innocence et de sa douleur. Passant les circonstances les plus importantes du débat , il cita diverses réclamations du pape contre lesquelles s'élevaient les anciens usages. Ainsi le pape demandait que nul laïque ne put lever la dlmc , parce que Dieu n'avait accordé ce tribut qu'aux prêtres et aux lévites ; et pourtant l'on savait que la dime avait été donnée perpétuellement en fief par l'Église à des hommes puissants, afin qu'ils se fissent défenseurs de l'Église , qui n'était pas en état de protéger elle-même son bien. Ainsi le pape exigeait que personne ne s'arrogeât le patronat des églises , et ne prétendît Texercer ni sur les biens ni sur les personnes, quoique les églises eussent été fondées parles empereurs et les princes. Ensnite il rappela cette parole du Sauveur : qu'il faut rendre 6 Dieu ce qui est i\ Dieu , et à César ce qui est à César; et il posa celte question aux chefs de l'Église : Pensaient-ils comme lui ou non? qu'avait-il à craindre d'eux, à espérer de leur fidélité? A cette demande ne pouvait être faite d'autre réponse que celle de Tarchevêque de May en ce : « La chose est grave , et il ne nous appartient pas de décider de si grandes difficultés. Nous devons obéissance en toutes choses au pape , notre saint-père , qui est audessus de tout ; nous sommes aussi obligés de vous assister pour le maintien de tous vos droits , vous que Dieu a élevé 5 la dignité de prince et d'empereur de l'empire romain, auquel nous avons prêté serment d'obéissance , de qui nous tenons nos possessions temporelles. En conséquence, si vous le permettez, nous, évêques, écrirons simultanément au pape pour l'engager à se montrer pacifique envers vous , et à vous rendre la justice que vous avez droit