LIV. XXIV, CHAP. VJII
de réclamer de lui. » Cette proposition plat à Tempereur, qui permit d'écrire la lettre. Mais, en la recevant , le saiiît-père , qui avait cru diriger l'affaire des évoques, fut saisi d'un transport d'indignation dans lequel il résolut, en dépit de la défection ojj de la pusillanimité des prélats, de prononcer l'excommunication contre l'empereur. Mais on a \u comment il fut arrêté par les Véronais, puis enlevé par la mort à tous ces débats.
Ainsi ces choses restèrent où elles en étaient. Les dispositions ne devinrent pas meilleures ; les passions ne furent pas calmées. L'empereur et ses ennemis ne changèrent rien à leurs manœuvres ; mais il n'y eut rien de décisif ni dans les paroles ni dans les actes. Chacun se modéra, s'observa , attendant l'occasion d'agir. Il ne manqua pas de querelles , et même d'hostilités particulières ; mais Tempereur se garda bien d'y intervenir parles armes. Il proposa sa médiation paciGque, mais ne menaça pas : car il connaissait bien le temps , et devait craindre que l'Italie ne fût perdue, si l'Allemagne s'ébranlait. Une fois , probablement au printemps de l'année '1487, il Qt un puissant armement, et prit ses dispositions militaires comme pour aller au secours du roi de France contre le roi d'Angleterre. Mais rarchevèquo de Cologne s'imagina que ces préparatifs se faisaient contre lui et contre la ville de Cologne; il* prit donc des mesures à son tour, fortifia Cologne de plus en plus , et osa lui-même interdire à l'empereur et à son armée le passage par le territoire de l'archevêché , que Friedrich avait demandé. L'empereur se contenta de se plaindre hautement de cette insulte, et borna sa vengeance à l'interception du passage du Uhin poar la ville de Cologne ; mais il ne jugea pas à propos d^exécuter ce que l'archevêque avait redouté (7).
Beaucoup d'esprits ne sauront comprendre l'inaction de Heinrich le Lion , gui ne put être entraîné à aucune autre intervention par des événements qui le touchaient de près, qui devaient éveiller en lui de grands souvenirs. Le comte Adolphe de Holstcin éleva un château à rombouchure de la Trave , pour arracher un péage aux bourgeois de Lubeck. Comme les bourgeois se refusèrent au payement du droit , ils furent gênés, tourmentés de toute façon par le comte dans la jouissance de leurs biens et la pratique de leur commerce. Mais Heinrich le
Lion parut avoir entièrement oublié ses ressentiments contre le comie et son amour pour Lubeck. L'empereur essaya de ramener la paix et la concorde par sa médiation. Il accorda au comté plus d'argent, et à Lubeck une extension de liberté. L'archevêque Hartwig de Bremen , autrefois ami dévoué de Heinrich dans la prospérité , et son lâche ennemi'dans Tinfortune, avait arraché au comte Adolphe le comté de Ditmarsen, comme on l'a déjà remarqué; mais il fut incapable de réduire à l'obéissance celte race d'hommes amis de la liberté , et dut souffrir que les Ditmarsiens se séparassent de l'empire germanique pour se rattacher à l'évêque Waldemar de Schleswig, tandis que lui-même, pour payer les services de ses amis contre les rebelles , se réduisait à la pauvreté. Heinrich le Lion ne parut pas remarquer cela , et l'empereur Friedrich ne prit aucun souci de ce préjudice porté à l'empire. Enfin Friedrich en vint à de nouvelles collisions avec le roi Kanut de Danemark. L'empereur demanda que le roi achevât de payer la dot de sa sœur , qui était destinée pour épouse au second fils de Friedrich. Kanut ne paya rien. Irrité, l'empereur lui renvoya sa sœur ; et le landgraf Louis de ïhuringe, neveu de l'empereur, répudia la mère du roi , veuve de Waldemar , avec laquelle il avait contracté un second mariage après son divorce avec sa première épouse. Kanut, gendre de Heinrich le Lion, vengea cette double offense par une invasion dans le pays des Wagriens, des Holsales, des Stormares et des Polabcs , le fit dévaster p^ ses sujets slaves jusqu'à TElbe, et déclara hautement qu'il lui appartenait. Heinrich le Lion resta tranquille à Braunschweig , et l'empereur laissa tout faire comme si rien ne le concernait.
Quelque étranges que puissent paraître ce» faits , il ne faudrait pourtant pas en conclure avec certitude que Heinrich était mort au monde , que Friedrich était tombé dans Tindifférence, que les évêqucs allemands étaient frappes de découragement , non ; chacun se sentait plutôt enlacé dans des filets qui enveloppaient tout le monde , et qui chaque jour se resserraient davantage ; et avec ce sentiment personne n'osait rompre la première maille , parce que personne n'en connaissait la force , ' et ne pouvait voir jusqu'où les autres s'étendraient. Mais ce qu'on ne peut méconnaître,
mSTOlRE DU PEUPLE ALLEMAND.
c'est qn'il était impossible qu'une telle situation eût de la durée , et que de grands événements étaient proches , redoutés par les uns, désirés par les autres. Mais bien loin de tous ces rapports se produisit un fait inimensc qui ébranla tout le monde chrétien, et qui, sans détourner de l'Allemagne et de l'Italie les orages qui grondaient sur ces deux pays, donna pourtant aux chosi!s une nouvelle direction, et fournit au vieux empereur Friedrich une voie honorable pour échapper à une vie d'agitation et de trouble.