‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 25 sur 165 · LIV. XXÏV, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIV. XXÏV, CHAP. IX

Tentreprise, et que lui et leâ Allemands n'ensseut eu besoin d'aucune'assistance d'itn autre peuple. Déjà avant les fôtes de Noël il avait envoyé dans Tempire deux comtes aux princes qui avaient pris la croix, pour leur annoncer qu'il se mettrait irrévocablement en mouvement le 2S^d'avril, à la fête de St-Georges , en partant de Ratisbonne , ville qui avait été fixée comme le lieu de réunion des croisés, et en même temps pour indiquer aux autres princes une diète solennelle dans la même place , où l'empereur tiendrait conseil avec eux sur les affaires de Tempire. Cette invitation avait mis toute TAlten^agne en grande agitation longtemps même avant les fêtes de Pâques. Le zèle ardent de ceux qui avaient pris la croix remuait tout ; les routes se couvraient des* soldats du Christ et de ceux qui les accompagnaient (5). Mais les pèlerins ne suivirent partons le même chemin, quoiqu'ils eussent tous le même but devant les yeux. Comme ils n'étaient soumis à aucun ordre , ils prenaient la route qui leur paraissait la plus courte ou la plus commode. Beaucoup se rendirent sur le Rhin et dans les ports du Nord, montèrent des bâtiments bien équipés qui les transportaient sur les côtes de Lusîtanie, d'où ils parviendraient à la Terre-Sainte (4). Mais la plupart, après quelques entreprises aventureuses en Espagne et en Afrique, revinrent, il ce qu'il paraît, sans avjoir vu la Terre-Sainte. D'autres préférèrent franchir les Alpes et traverser l'Italie , afin de s'y embarquer, soit pour la Grèce , soit pour la côte de Syrie. De ceux-ci très-peu atteignirent le but de leur entreprise ; car la plupart , selon les désirs de Fricdricb, furent repousses par le roi de Sicile , parce qu'une telle dispersion des soldats du Christ ce pouvait amener que j trouble et désordre , et parce que de petites troupes isolées ne pouvaient effectuer aucune opération et paraissaient devoir aller -au-devant d'une peite inévitable. D'autres encore sortirent de rAlIcmagne septentrionale, ou peutêtre prirent par la Bohême, et, réunis aux pèlerins bohémiens, se dirigèrent aussitôt vers la Hongrie, sans se soucier de Ratisbonne. Mais Tcmpereur et la plus grande partie des pèlerins allemands, qui entreprirent l'expédition sous leurs princes laïques ou séculiers, se réunirent dans le carême à Ratisbonne. L'armée véritable qui s'y trouva rassemblée est évaluée h 30,000 hommes , dont la moitié de cavaliers

bien équipés. Dans une assemblée des princes , Tempercur remit le gouvernement de l'empire à son fils le roi lïeinrich ; puis il se mit en mouvement. 11 descendit le Danube avec son fils le duc Friedrich de Souabe , le duc Berlold de Meran , le markgraf Hermann de Baden , les évoques de Wurtzbourg, Munster, Passau, Osnabruck et Meisscn , pendant que l'armée prenait sa route par terre. A Vienne on entreprit de purger l'armée , parce que quantité de canaille s'y était glissée ou rattachée : car la masse grossissait toujours ; beaucoup de personnes avaient pris les devants , beaucoup accouraient ; il en venait aussi par les chemins de traverse. On fit de môme à Presbourg. Là Friedrich réunit encore une fois , le jour de la Pentecôte ,. les princes qui , sans avoir entrepris la croisade, avaient accompagné leur vieil empereur, pour lui faire honneur, -jusqu'aux frontières de l'empire germanique ; il leur recommanda Fempire et sa famille. En avant de Gran , Bêla lui fit une réception brillante et solennelle. Pendant le séjour de l'empereur et de l'armée croisée à Gran , le duc Friedrich de Souabe fut fiancé à une fille de Bêla. Cette union donna lieu à diverses fêtes , et les croisés se livrèrent naïvement encore une fois , et pour la dernière , à lagaité et à la joie, oubliant tout ce qu'ils laissaient derrière eux^ sans soupçon du triste sort qui les attendait. Ensuite le vieil empereur, avec la vigueur d'un jeune homme et la circonspection d'un guerrier riche d'expérience , conduisit 1-armée plus loin , à travers des obstacles , des fatigues et des périls de toute nature , luttant sans cesse contre la nature, les privations, la faim, les défiances , les fourberies et les trahisons des hommes, contre des ennemis déclarés et des ennemis secrets , contre des chrétiens et des païens, jusqu'à Constantinople, jusqu'en Asie, toujours semblable à lui-même, jusqu'à ce que, triomphant et couvert de gloire , le 40 du mois de juin de l'année suivante, H90, il fut soustrait à de nouvelles vicissitudes par une mort subite dans les eaux du Kalykadnlis ou du Seloph. Ce qu'il fut comme prince et comme chef dans cette campagne, rabattement, le désespoir de l'armée après sa mort en donne le plus éclatant témoignage, comme aussi la ruine entière de toute la sainte entreprise, et la déplorable fin de presque tous ceux qui étaient partis avec le vieil empereur.

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