LIV. XXIV , CHAP. X
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de bonnes raisons pour cette entreprise. Tant que BardenAvik était entre des mains ennemies, il devait avoir des craintes pour Lunebourg , et ne pas se hasardera franchir TElbe, à pousser jusqu'îi Lubeck. Ce motif fut probablement décisif; mais ce qui put le fortiûer encore, c'est que Bardenwik avait été la place la plus importante, dans les possessions de Heinricb , qui fût passée au prince décoré maintenant de son titre , au duc Bernard de Saxe ; il lui tardait donc de lui arracher cette X)lacc des mains. Enfin Heinrich était-il poussé par une inimitié plus vive contre Bardenwik ? c'est ce que Ton ne saurait décider. Quoi qu'il en soit, Bardenwik était une antique cité, célèbre depuis quatre siècles pour sa foire et son commerce. Mais , après que Lubeck se fut élevée, le commerce de Bardenwik avait baissé. Les marchands étrangers du nord , de Test et de l'ouest, n'affluèrent plus sur ce dernier marché, et se portèrent vers Lubeck, favorisée par sa position maritime. Mais Lubeck était une création de tieinricli le Lion, et plus clic avait grandi en richesses, en prospérité, en magnificence, plus Heinrich avait senti redoubler son amour pour elle, plus il lui avait consacré de soins. La jalousie , l'envie, l'irritation, s'étaient donc élevées dans le cœur des bourgeois de Bardenwik , et , considérant le duc comme l'auteur de la prospérité de Lubeck, et par conséquent de la décadence de Bardenwik , il est assez présumable que Heinrich leur était devenu odieux, qu'ils virent sa chute avec joie, et qu'ils insultèrent à ses malheurs. On peut croire aussi que le duc n'avait pas d'entrailles paternelles pour les bourgeois de Bardenwik. Mais les deux premiers mobiles éclaircissent suffisamment l'expédition du duc contre la ville, et l'on n'est pas forcé d'y joindre encore l'impulsion de la colère. Si Ton ne peut contester non plus que Heinrich montra une grande rigueur dans sa conduite contre Bardenwik, qu'il fit ou toléra des choses en opposition complète avec ses procédés ordinaires envers les villes allemandes, cette conduite s'explique également par les circonstances, et ne suppose point de colère provoquée par des mésintelligences antérieures.
Les brillants résultats obtenus jusqu'ici étaient bien propres à remplir le duc d'espérances; Les vassaux ecclésiastiques et laïques étaient accourus ii lui; si Bardenwik, la ville
de son premier ennemi, do duc Beinard de Saxe, l'avait aussi accueilli par des acclamations , il aurait pu regarder son oeuvre comme accomplie; car il pouvait compter sur Lubeck ; Lcluenbourg aurait difficilement opposé de la résistance; les princes des pays slaves inclinaient vers lui; pendant l'absence de plusieurs seigneurs puissants des deux ordres , les petits vassaux seraient probablement passés de son côté , et de bonnes relations s'étaient établies entre lui et son ennemi jadis le plus invétéré , le plus redoutable, l'archevêque Philippe de Cologne. H n'y a pas de doute, Heinrich envoya des messages à Bardenwik et fit des offres aux bourgeois; mais ils rejetèrent ses propositions, ses sommations, et se préparèrent à le combattre sous le même drapeau que la garnison entretenue par le duc Bernard dans la ville. Cette résolution ne fut sans doute pas seulement une cause d'affliction pour le duc , c'était une circonstance funeste dont il n'était pas possible de calculer les suites. Il ne restait plus qu'à réduire la ville par la force des armes. Heinrich rassembla donc une armée tirée du comté de Stade, du pays des Holsates , des Stormares et des Polabes , et , soutenu par les comtes Bernard de Bazebourg , Bernard de Welpe et Helmod de Suerin, il commença l'attaque; il fallait qu'il exécutât bien vite ses résolutions. Il n'avait pas beaucoup à offrir aux princes et aux vassaux qui s'étaient rangés de son parti ; il put donc se voir dans la nécessité de leur abandonner le pillage de la ville, dans le cas où elle serait conquise. Et elle fut emportée d'assaut, la malheureuse cité ; après une attaque de deux jours, après des efforts inouïs, le mur fut enlevé du côté de la rivière d'ilmenau, où il était le moins attaquable. Mais , en apercevant l'ennemi dans la ville , les bourgeois no perdirent pas courage, quoique peut-être ils n'eussent plus aucun espoir. Soit que les menaces lancées par l'indignation les effrayassent , soit qu'ils jugeassent honteux de déposer les armes qu'ils avaient prises pour la défense de leurs biens , de leur vie , de leur liberté et de leiir honneur , ils soutinrent un combat désespéré de rue en rue, de maison en maison. Par là ils exaspérèrent leurs ennemis jusqu'à la fureur : le massacre fut grand; la ville fut livrée aux flammes, et d'horribles cruautés furent e.\ercées. Enfin la victoire demeura aux troupes
régulières ^t agaerrics de Heinrich le Lion. Les hommes de Bardenwik en état de porter les armes étaient tombés, ou n'avaient échappé à la mort que par hasard ; les êtres sans défense se remirent à la pitié du vainqueur. La ville ÛU pillée et réduite en cendres ; les églises seules restèrent intactes. Des habitants survivants, beaucoup de marchands et d'artisans aisés se transportèrent à Lubeck, d'autres à Luncbourg; les plus pauvres se reconstruisirent des abris sur les ruines. Mais le temps de Bardenwik était passé; les circonstances qui avaient fait la grandeur de cette ville étaient changées. Elle s'abaissait avant sa destruction; comment aurait-elle pu se relever après une telle calastrophe (5)?
La conquête de Barden\^ik avait sans doute coûté fort cher au duc Heinrich , et avait beaucoup affaibli ses troupes. Néanmoins, dans la première quinzaine de novembre , il franchit l'Elbe et se dirigea vers Lubeck. Aussitôt que les bourgeois de cette ville reçurent avis de son approche , ils lui envoyèrent des députés, non pas sans doute qu'ils redoutassent le destin de Bardenwik, mais parce qu'ils avaient conservé un souvenir de gratitude à leur ancien souverain bien-aimé , et lui firent déclarer qu'ils étaient prêts à lui ouvrir les portes et à le recevoir comme prince et seigneur ; mais que le comte Adolphe de Dasscl ainsi que la mère et l'épouse du comte Adolphe de Holslein avaient cherché un abri auprès d'eux ; ils priaient donc le duc Heinrich de respecter les droits de Thospilalité , et d'accorder une libre retraite à ces protégés avec leur suite et leurs efCets. Le duc accéda généreusement mais imprudemment à la demande; ensuile il fit son entrée amicale et solennelle dans sa Lubeck bien-aimée. Enfin Laueubourg tomba aussi en son pouvoir. Apvits un siège d'un mois , cette place fut livrée par la garnison sous la condition d'une libre retraite. Sigeberg , que les ennemis occupaient dans la Saxe septentrionale, était Tunique forteresse qui ne fût pas rangée à son parti. II la fit assiéger par Walter de Baldcnsil, que soutenaient des Holsates de Stormar; mais les Boisâtes se mutinèrent contre Malter par des motifs inconnus. H fut assailli, saisi prisonnier, jeté dans la forteresse, et ceux qui étaient chargés de prendre la place entreprirent maintenant de la défendre (4). Cet événement dut être d'autant plus sensible au duc , qu'il était
hors d'état de châtier de suite la trahison , e{ que l'hiver, en empêchant ou embarrassrtîit toutes les opérations militaires, fonrnksiiit au comte de Dassel , à la garnison de Sîgebt rç et à tous les partisans du comte Adolphe t.V Ilolstein, ainsi qu'à ses advei-saires , mille Ci*casions de s'entendre, et de semer la division ile trouble parmi ceux qui avaient eIIlb^a^^* résolument la cause de Heinrich.
Cependant le roi Heinrich VI était descendu i: l'Allemagne méridionale, où il s'était tcnn d^ puis le départ de son père. Poussé par ses propri^ inquiétudes, appelé aussi par les princes saxon*, obsédé surtout par le duc Bei*nard , il accourut en Saxe, et appela les princes de Tempire a Goslar pour une campagne contre le duc Heinrich. Sans doute il peignit le crime de ce prince avec les plus vives couleurs; sans doim il l'accusa de parjure , et tâcha de soulever dans les princes les alarmes que devait leur inspiivv un si terrible ennemi , et des espérances d* acquisitions nouvelles s'ils l'abattaient bien vite. Mais il ne paraît pas que ses paroles aient trou^ é d'écho , soit que les princes eussent en génénJ assez de leurs propres affaires, soit qu'ils tinssent pour juste l'entreprise de Heinrich, soit qu'ils n'eussent aucune confiance en ce roi , on bica enfin qu'ils ne se laissassent point imposer ]>ar le nom royal. On trouve seulement rarchevéqiie de Mayence, l'évoque de Hildesheim et le duc Bernard, nommés comme s'étant trouvés avec d'autres princes et barons (5); mais ces princes, eïi si petit nombre, ne paraissent pas avoir amené avec eux des forces de quelque importance ; car, au monionl même où Heinrich le Lioû assiégeait Lauen bourg, le roi se mit en marche avec ces prisiccs et leurs troupes vers Braimsch- >veig, mais sans prétendre assiéger cette viJfô ou la prendre d'assaut; il espérait senlemen lia surprciidiopar la rapidité de sa marche, et iVnle\cr par un coup de main. Peut-être ne savaitil pas que le fils de Iloinrich le IJon se trouvait à Braunscinveig , ou méprisait-il sa jeunesse, quoiqu'il fût jeune lui-même, et s'imaginait-il que les bourgeois de Braunschweig n'oseraient pas affronter les chevaliers et les seigneurs. Mais , lorsqu'il s'approcha de la vilfe avec Farehevéquc de Cologne, afin de mettre le feu aux iaubourgs, qui n'étalent protégés ni par des remjarts ni par des fossés, et d'augmenter ainsi la terreur, il vit arrivera sa rencontre des arquebusiers et des lanciers qui paraissaient
résolus à ne pas abandonner la moindre hutte sans un combat sanglant. A cet aspect, le roi se retira bien vite, et se vengea de son affront en dévastant cruellement le pays tout à Tentour, La plus grande l'esponsabilité de cet acte odieux retomba sur Tarchevéque, dont la culpabilité fut au moins exagérée. Après ce bel exploit, Ileinrich conduisit son armée à travers l'évôché de nildesheim, promena Pincendie sur le Hanovre, et tenta d'enlever Limbare, chAteau de Kunrad de Rothen; mais là encore il fut repoussé honteusement (6). 11 ne lui restait plus qu'à congédier son armée-, et à retourner à Goslar, d'où il était venu ; la saison de Thiver couvrait son embarras. De Goslar il partit pour l'Allemagne méridionale , menaçant d'accomplir au printemps quelque chose de grand et de terrible pour le châtiment du parjure et Ihonneur de l'empire.
Ce résultat de sa première expédition militaire dut mortifier profondément le Jeune roi. Quelque temps avant l'entreprise, dans le mois d'août, il avait tenu une diète à Wurzbourg; là il avait accommodé un scandaleux débat entre le markgraf Otto de Meissen et le fds de celui-ci, débat dans lequel s'étaient mêlés plusieurs princes; mais, à ce que l'on assure, il y proposa une expédition en Halle, afin d'y aller recevoir la couronne impériale. Il avait été convenu que cette expédition aurait lieu après l'expiration d'une année. Maintenant la guerrecuntre ileinrich le Lion paraissait prendre une tournure telle, qu'il devenait incertain si le voyage au delà des Alpes pourrait s'exécuter. Mais, dans le cours de cet hiver, arrivèrent d'Italie des nouvelles qui causèrent assurément beaucoup d'inquiétude au roi, et qui n'auraient pas été reçues avec indifférence par le vieil empereur, alors môme qu'il était le plus détaché des choses terrestres. Le 46 novembre, Guillaume II, roi de Sicile, surnommé le Bon, mourut à l'âge de 56 ans, sans laisser d'enfants, pleuré de ses sujets, qui avaient pour lui l'amour le plus respectueux. Ainsi était survenu promptement le cas sur lequel Tempcreur Friedrich avait compté lorsqu'il négociait le mariage de son fils avec Costanza de Sicile. D'après le contrat de mariage, cette Costanza, épouse de Ileinrich VI, devait prendre possession du trône de Sicile; et en effet elle avait été reconnue d'avance héritière de son neveu dans tout le royaume, en deçà comme
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au delà du détroit , par les seigneurs et les vasn saux. Il y eut aussi des hommes éminentS| prêtres et laïques, qui se crurent obligés à SQ rattacher à cette succession; mais, pour la plupart , cette pensée était une cause d'infortune et de désolation. La souveraineté de Gos-» tanza paraissait être celle de son époux, et cel époux était un Allemand, un Hohenstaufen* De tous les peuples chrétiens, les Allemands étaient les plus détestés en Italie, et de toutes les maisons princières , celle des Ilohcnstaufen était la plus odieuse. On avait donc hon'eur d'une domination allemande, du pouvoir des- Hohenstaufen , et Ton rejetait le règlement qu^ l'empereur Friedrich avait arraché au bon roi Guillaume à l'aide de négociateurs perfides et rusés , ou qu'il en avait obtenu à force déliât-^ tericF. En outre on croyait pouvoir se passer de celte puissance, et môme se défendre contre elle. De l'ancienne race normande, il restait encore un prince qui paraissait digne de U couronne: c'était ïancrède, comte de Lecce, petit-fils du roi Roger, dont il a déjà été fait mention , horçme de sentiments élevés, doué de riches facultés, d'une grande prudence, et en môme temps ami des sciences et des beaux-arts. Le seul défaut qui put lui être reproché , c'était sa naissance illégitime; pourtant sa mère étai( une noble dame, et beaucoup de gens croyaient que son père , le duc Roger de Fouille , avait contracté avec elle un mariage secret. Mais, en raison des circonstances , on passait facilement sur ce vice.. ïancrède fut appelé à Païenne^ salué comme roi, et, au mois de janvier de l'année suivante, 4^00, fut paré solennelle-? ment de la couronne de Sicile. La joie fut grande et générale dans l'Ile ; et si , dans la Pouille et les autres provinces en deçà du dé-? troit, se montra çà et-là quelque hésitation, même quelque opposition, la reconnaissance du nouveau roi se fit pourtant rapidement dans ces provinces, quand le pape, suzerain da royaume , travailla de tous ses moyens contre le prince Hohenstaufen, et conféra môme avec empressement l'investiture au roi ïancrède (7). Ces événements durent agiter fortement le roi Ileinrich. Ce n'était pas la princesse Costanza qu'il avait recherchée, c'était le royaume de Sicile; si la couronne était perdue, l'épouse n'offrait qu'une 'triste consolation. Une campagne en Italie pour expulser le roi ïancrède;^ qui , aux yeux de Hciuricb , était un usui'pit»
teur , fut jugée nécessaire. Plus cette expédition serait exécutée rapidement , pins elle paraissait promettre do grands avantages. La guerre avoc ïleinrich le Lion devait donc être pénible , irritante pour le roi ; il n'y avait plus à penser au triomphe sur un vieil ennemi détesté, et il ne restait plus qu'à s'accommoder avec lui. Mais comment amener un arrangement? Le duc Heinrich avait supporté de grandes infortunes; les années pesaient lourdement sur sa tétc; mais la vieillesse est moins flexible que la jeunesse , et un prince ne supporte pas facilement la pensée de repousser la vengeance d'injustices souffertes, quand l'occasion l'y appelle, ni la pensée de laisser à ses descendants moins qu'il n'a lui-môme possédé. Cependant^ au printemps de cette année, se produisit à l'avantage du roi Heinrich un accident qui était bien propre à affaiblir de nouveau dans le duc la confiance à la fortune , dont Tannée précédente lui avait amené une sorte de retour. Il sjagit du revers de Sigeberg, qui avait donné matière à réflexion à beaucoup de Holsales et de Stormares attirés sous les drapeaux de Heinrich. Le comte Adolphe deDassel avait mis à profit dans l'hiver cette incertitude, cette hésitation , et il était parvenu à détacher les esprits de Heinrich. Le duc passa l'hiver à Lubeck , et pendant que cette saison s'écoulait Adolphe se mit à exercer des hostilités contre le commerce de Lubeck; et comme il y avait du butin à gagner , il trouva bientôt de nombreux partisans pour ces sortes d'aventures. Enfin , au commencement du mois de mai, le duc résolut de frapper sur les pillards; il détacha les comtes Bernard de Razeboiirg, Helmold de Suerin et l'écuyer Jordan , à ce qu'il parait, pour nettoyer les chemins et disperser les maraudeurs. Soit que , trompé par de faux renseignements sur le nombre des ennemis , Heinrich ait confié à ces chefs de trop faibles troupes, soit que les officiers, par imprévoyance ou par témérité , soient tombés dans une embuscade, il est certain qu'à peu de distance de Lubeck ils furent surpris et entièrement défaits. Bernard échappa par la fuite; Holmold et Jordan restèrent prisonniers. Ce destin fut partagé par beaucoup d'autres; un grand nombre de soldats se noya dans la Trave.
On ne nous dit pas quelles conséquences entraîna ce revers; il est à présumer qu'à la suite de cet événement le Holstein ne fut pourtant
pas entièrement perdu pour Heinrich, mais qu'il fut très-incertain. Lorsque l'archevêque Kunrad de Mayence, qui, en sa qualité de >Vittelsbach , devait être pour le roi contre le duc , et Philippe de Cologne, qui pouvait être en intelligence secrète avec Heinrich le Lion, mais que le roi, à une diète de Nurnberg , à la Pentecôte, avait transformé d'ennemi eu ami aci moyen de grandes faveurs, par des concessions de droits de douane et de monnaie ; lorsque ces deux archevêques entreprirent la médiation entie le roi et le duc, celui-ci ne se montra pas moins disposé à un accommodement que Heinrich de Uohenstaufen. U fut convenu que le roi tiendrait une diète à Fulda , que le duc y paraîtrait pour opérer publiquement sa récooeiliation avec le roi ; car, après toutes les épreuves qoe Heinrich le Lion avait subies , il n'est pas vraisemblable qu'il se fût rendu avant la conclusion de la paix à la cour du roi pour y suivre des négociations. Le souvenir de Lunebovirg , de Quçdlinbourg et d'Erfurt, devait l'effrayer. On ne peut pas bien préciser ce qui fut arrêté entre ces deux princes avant la diète de Folda , et ce qui fut confirmé dans cette assemblée. A peine quelques écrivains mentionnent ces choses, et ils ne s'accordent pas; Ton n'a pas conservé un acte du traité, soit que l'on ne se souciât pas de consigner rien par écrit, afin de ne provoquer aucune hostilité au milieu de la défiance générale , soit que les actes aient été perdus. Cependant, si l'on considère l'état des choses et la situation respective des deux princes , on ne peut s'cmpôcher d'avouer que le duc Heinrich , malgré les échecs de Sigeberg • et de Lubeck, avait à tous égards l'avantage de son côté; il pouvait soutenir la guerre longtemps encore sur les deux rives de l'Elbe. Le roi, au contraire , était rongé d'inquiétudes au sujet du royaume de Sicile ; il pensait ne pas pouvoir différer l'expédition vers ces contrées lointaines , et pourtant n'osait pas quitter l'empire germanique tant que le duc y était les armes à la main. Quel prince aurait hasardé, au milieu de telles circonstances, délaisser ses possessions dans l'empire pour accompagner le roi en Italie, à Rome, à Naples, à Palerme? il est donc à présumer que les indications des écrivains sur un accord fait entre le roi et le duc doivent s'interpréter en faveur de Heinrich le Lion. Voici donc ce que l'on peut adopter : au duc Heinrich fut assurée la possession