EN ITALIE. SON COURONNEMENT COMME
EMPEREUR PAR CELESTIN III. — ACTES EN LORRAINE y GUERRE EN SAXE , TROU- BLES ET CONFUSION EN BAVIÈRE.
De Fan 1190 à Tan 1193.
Bientôt après les fêtes de Pâques 4490, le roi Heinrich avait envoyé l'archevêque Kunrad de Mayence et le chancelier Diether en Italie , dans la Pouille , afin d'y observer la marche des choses , et sans doute d'y travailler , par tous les moyens, en faveur de sa cause. Au bout de peu de temps , Kunrad était revenu ; Diether était demeuré en Italie. Des disputes s'élevèrent-elles entre les deux envoyés, comme on l'assure, ou bien avaient-ils des missions diverses à remplir? On ne peut se prononcer là-dessus ; aucun des deux ne provoqua le mécontentement du roi. Heinrich poursuivit très* activement ses préparatifs pour mettre à exécution l'expédition d'Italie, aussitôt qu'il eut fait son accommodement avec Heinrich le Lion , et il semble que les princes d'Allemagne, peut-être à cause de cet accord , se soient montrés tout disposés en faveur de l'entreprise. Les plus importants parmi ceux qui s'engagèrent à y prendre part étaient l'archevêque Philippe de Cologne et le duc Otto de Bohème.
Cependant les hauts barons de Sicile, dont les plans avaient été déjoués par l'avènement
de tancrëde ft la coaronne, pressaient le roi Heinrich de toutç manière de hâter son arrivée, afin que tancrède n*eût pas le temps de s'affermir sur le trône par le moyen des armes, des hommes et des bienfaits , et de contracter quelque alliance avec des puissances étrangères. Heinrich était hors d'état de répondre de suite à cet appel \ toutefois il fit engager les hostilités par son lieutenant dans la Toscane, afin d'animer l'espoir parmi les mécontents, d'entretenir Tincfertitude et la crainte parmi les adhérents de Tancrède, et d'ébranler ainsi le royaume. Mais là guerre commença par de saunages dévastations , et ne put servir qu'à for- Î'ifiér les partisans de Tancrède dans leur fidéité , à pousser dans son parti beaucoup de ses anciens adversaires. Cependant le roi tieinrich reçut aussi la nouvelle de la mort de son père (4) , ce qui put bien enflammer encore son désir de saisir la couronne impériale \ et fortifier sa résolution de se transporter aussitôt que fiossibie en Italie. Mais un autre message, qui ui parvint ku thème hioihéiit 'ô& il allait se teettrt eâ rthté , l'attira d'à» aùtlné tôté. Le landgraf LoUte dé Thuritige avait reiçu la troix en même temps que Tempereur Friedrich; mais , au lieb d\e Itàvtehiér eOihkbe lui la Hongrie , il avait pris sa route , avec son frère le cohité palâtih Ôermann , par TltaUe. De ferlmduslhm il s*étàit lehibàl^qué pour tyr , oi\ il était arrivé h'eUrciiscmcnt, qttand l'enipereùV 'q\iittait à peiiié tonstàiitinople. Il avait pris part àù sîé^e de Ptolémaïs, et s'était signalé par de brillants exploits ; mais ensuite , détourné par la toaïâdie, ou des rtiécontcntemehis , il avait quitté raiinéc , et il était allé iliouHir dans l'île de Chypre. 11 n'avait pas îàis&é de postérité, ^oh frère Hermànn était àtassi engagé dans Tekpédition sainte, et il était 'h croire qtt'il y ti*ouVérait également sa fin. Lie roi htîinri'ch cilit donc lemtiiment fiiVorablc poui* acqùérit la Thiiringé h lui-même ou à sa maison, et pèïisti qu'il fellait Saisit ^occasion. Peut- ^tré ItA pâtût-il qu'tth t'ctard dans l'exécution ^e sies grands projets sur là Péninsute n'aurait point i4e cohséqtiences graVés, quand son thancelîer ftiethet, revienant d'Italie, lui eut ^eiht l'état déis cRt>ses avec des couleurs telles, ^11 ptit Ibien s'imaginer que la soumission du royaume de ISicîIé lui serait itne oeuvre fa- «ilfe. H ït donc partir en avant pour l'Italie l'atH^hteVêqùe de Cologi^ , et liti-ntéme tx^utut
HISTOIRE DU t'EtlPLÈ ÂLLEMAin).
en Thuringe. Mais là il manqua son bat. Soit qu'il y trouvât les seigneurs et les vassaux trop désunis, soit qu'il courût des bruits sur le retour d'Hermann avec les restes mortels de sou frère, soit enfin que lui-même revint à de meilleurs sentiments, il abandonna la Thuringe, et précipita sa marche vers l'Italie. Dans le mois de novembre il entra en Lombardie.
Là il ne trouva plus le pape Clément Ilf ; trois ans auparavant, le pontife s'était entente avec les Romains , et avait repris sa résidenct dans la ville éternelle. Mais il vit que tous te rapports étaient en confusion , presque toates les villes en lutte les unes contre les autres. Comme il se présenta pacifiquement , sans faire aucune menace, partout il trouva un accueii amical : cal' chaque ville chercha à le gag)ier contré celles avec lesquelles elle était en guerre ouverte où en inimitié secrète. Il parvint ausa à faire clés atcomtoodements sur ce point, à gagner des esprits sur uii autre. Il put donc ainsi, libre dans ses mouvéïhients , favorisé même , encourage dans sa marche, ali commencement cle l'année suivante, lîdÔ, descendre plus loin en Italie, grossissant son armée par les forces à'é- Véques ilaiieiis. H rioiivàil bien ne bas crsànàe dé grandes difficultés dé là part du pàpé aa sujet de la couronbô impériale , quoique sa relations avec le saint-siége ne Àisseht pas restées sâhs altération, bepiiis que l'enipcreur Friedrich avait fait le sennenl d'ube croisade, une réconciliation complète s'était opérée entre lui et le souverain l[)ontife; Heinrich avait inaintenu ce ^ue sort père avait établi. lj& troubles de l'Église de Trêves furent calmt^j chaque parti avait abandonné l'hoiiime qu'il avait destiné au siège archiépiscopal, et uû Ik^siôme candidat y avait été élevé d'uh commun accord. D'autres questions litigieri^es avaient été non pas oubliées , mais ajournées.
Ai)rès la mort de l'enipéreur , le jetthc ro\ avait cherché , par une ambassade spéciale , à tranquilliser lé pape sût" Ses intentions, et lui avait pix)mis solenncHertkent de défenxlre Tfeglîse et tous ses droits. Mais la mort du roi Guillaume de Sicile avait porté tine i-ude atteinte à cette paix ; Tiiivestitùre dû royaYinie donnée au roi Tànci-ède ne pouvait être tbnsîdérée par le mi Heinrich que comme ithe hostilité ouverte du pape conti^ lui. Tottte icorrespondance avait donc cessé, <et Cléhient vit sans dOiite l'futiviié du toi tmmt éelte d'u& etihe^
Lt¥. XîlV,
mi. Heinrich ne devait ^as s'attendre à rencontrer une grande résistance de la part des Romains , parce que la discorde avait de nouveau éclaté entre le pape et les Romains. Les habitants de la ville éternelle n^avaient reçu le pape dans la ville que condltionnellcment. îls Ju) avaient accorde dans les alTaires temporelles un pouvoir qui présentait une Torte contradiction avec leurs prétentions au temps d'Arnold de Brescia ; mais, d'un autre côté , ils avaient fait certaines stiphlatiohs qui devaient rétablir l'équilibre. Le pape aVait consenti à ce que Tuscolo, contre laquelle ils étaient animés d^une haine implacable , d'autant jplus profonde et envenimée qu'elle était nburrie depuis plus longtemps , leur fût abandonnée pour être rasée. Sans doute Clémetlt avait espéré détourner peu à peu les Romains de cette pensée de ctcstrUctiony et à cause dé cela il n avait pas rempli sa jpromcsse. Les Romains avaient donc conçrt contre le satnt-pôré nû Vif mécontehtcmenl qui paraissait crottlé de jour ëtijour. Ainsi le roi Heinrich pouvait espérer que les Romains se déclareraient poiii: lui contre le pape, tlais qii'arriverait-il , si lé saint-père , pour éviter le couronnement et se soustraire à toute collision, jprénait la fuite, et cherchait protection auprès de son vassal le roi Tancrède? Dans ce cas, tion-seulement la courotme impériale échapperait au roi Heinrich , mais Tancrède 9 ayant le pane à seé côtés , pourrait acquérir une nouvelle force, contre laquelle Heinrich ne jugeait pas sa puissance stitTisante. Il est donc à présumer que le roi ne s'approcha pas de la ville de Rome sans inquiétude.
Mais les choses se passèrent autreincilt qu'on n*avait pensé. Avant l'arrivée du roi , vers la Un du mois de mài^ , le pat)e Clément lit mourut à Rome, au milieu des inquiétudes sur le dàtigef qiii le menaçait, trois jours après sa inort , lé cardinal Hyacinthe , vieillard de près de quatre-vingts ans, fut élu l^ape; et peut-être fit-on ce choix parce qu'au milieu de circonstances si gravés on voulait entourer l'évéque apostolique du surcroît de i'espect attaché â la vieillesse ; parce que l'on voulait , pour le cas où quelque sacrifice serait arraché au pape au préjudice de l'Église, se ménagera l'avahce Tine excuse dans l'âgé avancé dd souverain pontife, et qu'alors on désirait avoir là per-' sj^tive d'une prompte réparation de sa hute*
te pa^é nouvellement élu se Honima Gé«
bâÀP. ti. 99
lestin ttl. Â ce moment ai*riva Heinrich VI avec son armée devant Rome. Cette circonstance détermina le pape à ne pas recevoir la consécration comine évoque apostolique; \l voulut avoir un J)rétexte de refuser au roi de le parer dé la couronne d'empereur , et l'obliger ainsi h faire des concessions qu'il ne faudrait plus attendre après le couronnemcht. Ce retard engagea le roi, à ce qu'il paraît, à occuper les châteaux des environs do Rome, il prit possession aussi de Tuscolo ; les habitants çux-mémc^ l'avaient appelé pour obtenir protection donti^î les Violences des Romains. Aussitôt tes Romains deriiândôrent qiie lé roi leur remit tusço|o., disant que de leur côté ils décidcraiedt îepaoe à recevoir la consécration et h lui poser sur la télé la couronne irnpériale. Le retard était sans doute très-pénible poUr Heihrich; sou riv^l Tancrôdé paraissait gagner diaque jour en tmtorité et en puissance. Pendant qttq se passaient h Rofrié lés événements qiie Vba vipnt dé raconter , il maria son fils Roger , qd'il ^vajt nommé dlié de la Poùille, aVec Irène, fille dp l'enîperéur grec Isaac , et tè fil cburonner en même tenips coriimc sôii successcdr. Ce mariage, ce cbufortUémcht, et d'autres ciitofstanccs ^ili s'y tatlacliaîërit, lii'ent sans dputc liné forte impression sur les imes. lieinrlch crut donc devoir en feriir aussi vite que possîbfc aVec Rome, aûri de pértélrer dans le pays de soii ennemi. Il promit àhx Roinains ce qu'ils demandaient, au mépris de là confiance que les habitants dé Tuscolo lili avaietit montrée, sans songer aiix nombreux services qu'ils avaieilt rendus aux enipercui^s ses prédécesseurs contre les Romains. A peine les Romains eurcntpiis reçu la promesse du roi , qu'ils envoyèrent des députés au pape , et i-ejprésentèreul au sain.ll)ôié lés infortunés qu'il attirerait sur' llorae et les alentours, si l^ârijléë flu roi se teîlaîl là plus lobgtemp^, Irritée de ce retard, exerçailt c|es hostilités fcontre la Ville cl contre le pays. Le pape se décida à plDihetti-é qu'aux fêtes de Pàqiics toutes prochaliles il recevrait là consécration, et le lehdcttiaiil il dohherail la couronne au roi Ilcinilch. Alors le roi et le pape furent bien vite d*accord. Le roi ordonna incontinent à sa ^al-nison de Tuscolo d'évacuer cette ville cl de là livrer aux Romains, fet si împé* tueuse était la fureur des Romains, qu'à peine Tuscolo évacuée, ils s'y précipitèrent le jour {lu vendredi saint, tatassacrèrent lés habitants ou
HISTOIRE BU PEUPLE ALLEUÂMD
les mutilèrent , commirent sur eux d'horribles cruautés, et se mirent à Tœuyre de l'entière destruction. Ces atrocités ne changèrent rien aux conventions arrêtées entre le pape et le roi. Beinrich avait livré Tuscolo , et le vieux pontife n'osa peut-être pas affronter les Romains, exaltés dans leur rage par les scènes de ruine et de carnage. Célestin reçut la consécration à la fête de Pâques, et, le lendemain 45 avril , au Vatican, dans Téglise de Saint-Pierre, il posa la couronne d'abord sur la tête de Ueinrich , puis sur celle de Gostanza, au milieu de la pompe et des cérémonies ordinaires , ou qui avaient été reconnues convenables. Heinrich n'entra pas dans la ville de Rome proprement dite , comme roi ou comme empereur ; il vint seulement dans la partie située sur la rive droite du Tibre , soit que cela eût été convenu avec les Romains, soit que ceux-ci, ayant satisfait leur vengeance sur Tuscolo, eussent fermé les portes de la ville et bravé sa puissance. 11 est bon , en outre , de remarquer que les relations sur ces événements ne s'accordent nullement, et que l'on vient de raconter ce qui parait le plus vraisemblable. On trouve encore ici plusieurs observations : le roi remit la ville de Tuscolo au pape ; ce fut le pape qui la livra aux Romains, et la destruction n'eut lieu qu'après le couronnement; le pape consentit au couronnement , non pas seulement sur la demande des Romains, mais particulièrement sur les instances du jeune Heinrich , fils de Heinrich le Lion , que le roi doit avoir déterminé, par de grandes promesses, à plaider ainsi sa cause; enfin le pape avait accompli le couronnement à une condition , c'est que le roi rétablirait le duc Heinrich dans tous ses honneurs et toutes ses dignités, et cette condition fut acceptée par le roi. Mais ce ne sont guère là que des propos, en partie à peine croyables , en partie contraires à la vraisemblance, et en général assez peu fondés. D'un autre cêté, il parait qu'il ne fut pas question du royaume de Sicile entre le roi et le pape ; tous deux savaient bien que les armes allaient décider.
Peu de jours après son couronnement, Tempereur, sourd aux exhortations du pape, se mit en mouvement vers la Pouille. Il entra dans ce pays en portant la dévastation autour de lui , soumettant , abattant , brûlant , châtiant. Il répandit ainsi un tel effroi , que vassaux et villes s'humilièrent devant lui jusqu'à Capoue ,
jusqu'à Saleme et par delà. II fut reconnix comme roi, et reçut le serment de fidélitjé. Naples seule tint ferme, et ne partagea pas la. terreur générale. En peu de temps Heinrich se trouva devant cette ville pour la soumettre par la force des armes et la châtier. Mais Naples fut le terme de sa prospérité ; il rencontra une rude résistance, et dut entreprendre un siège qui se prolongea deux mois sans amener la conquête de la ville. Cependant le soleil était s son plus haut point ; les chaleurs de rétc , \ nature du pays , l'intempérance dans la jouissance des produits de ces riches contrées, ei^eodrèrent dans l'armée impériale des maladks qui bientôt prirent le caractère de la peste» et n'épargnèrent ni les chefs ni les soldats.
Personne n'a compté le nombre d'hommes emportés par cette contagion. L'archevégae Philippe de Cologne y succomba , ainsi que le duc Otto de Bohême et beaucoup d'autres chefs éminents. L'empereur lui-même fut attaqué. U échappa à la mort, mais ses forces furent épuisées ; il reconnut qu'il lui serait impossible de réorganiser son armée et de recouvrer luimême la santé en Italie. U leva donc le siège, et opéra sa retraite , très-faible encore , vra/semblablement au commencement du mois de septembre. Toutes ses conquêtes étaient petdues; cependant il laissa dans quelques forteresses de grosses garnisons capables d'entretenir l'incertitude et la division dans le pays , ou de lui servir de point d'appui et de lui en faciliter l'entrée s'il y revenait bientôt.
Ce n'était point assez de cette douleur amèrc sur l'échec complet éprouvé dans une entreprise par laquelle il avait espéré acquérb* un beau royaume ; l'empereur rapporta dans son pays une blessure plus cruelle. Entre lui et le jeune Heinrich , fils de Heinrich le Lion j s'était manifestée une grande froideur dorant ic siège de Naples (2) ; peut-être faut-il en cbercher la cause première dans la défiance que le prince saxon devait avoir contractée dès l'enfance envers l'empereur. Cette défiance avait pu recevoir bien des aliments pendant le cours de l'expédition \ car le jeune Heinrich croyait avoir fait de grands sacrifices, et pourtant il ne grandissait pas dans la faveur de l'empereur; bien plus, des promesses qui lui avaient été faites lorsqu'il s'employa auprès du pape relativement au couronnement, pas une seule n'avait été tenue. Maintenant il apprit
LIV, XXIV
que son frère Lothaire , resté comme otage à Augsbourg, était mort. Celte nouvelle, apportée brusquement , parait avoir soulevé de grands soupçons dans son esprit. En môme temps il voyait avec effroi les ravages de la peste dans le camp impérial , et la disparition de tant de princes et seigneurs et d'une masse énorme de soldats. Enfin il est possible que la maladie de l'empereur , qui lui fit craindre ou espérer sa mort, ne restât pas sans influence sur son àme. Au milieu de telles circonstances , le cœur rempli de tristes pressentiments , l'esprit embarrassé par les soupçons et les pensées les plus confuses, se voyant au milieu de scènes de tristesse et de désolation, Heinrich prit la résolution de quitter sans congé l'armée de l'empereur, et de retourner dans sa patrie. Il mit spn projet à exécution. On ne peut déterminer s'il s'enfuit dans la ville assiégée pour s'embarquer et gagner la côte de France, ou s'il s'échappa d'une autre manière ; dans tous les cas , il se déroba à toutes les poursuites , à tous les espions , et rejoignit son père en bonne santé. A peine est-il besoin de faire observer que l'empereur fut violemment irrité de celte fuite du jeune Welf. Il n'avait rien à craindre des manœuvres et des artifices du fugitif ; mais ce fait réveilla dans son cœur toute la vieille haine contre le duc Heinrich, et enfanta de nouvelles pensées de vengeance contre la famille saxonne des Welis : car la faute commise par le fils était à ses yeux l'oeuvre du père , et l'autorisait à reprendre la persécution à laquelle il n'avait jamais renoncé sincèrement , que son intérêt seul l'avait déterminé à suspendre. Il put bien aussi s'imaginer que le duc , dont il n'avait plus maintenant un seul fils entre les mains , ne manquerait pas de mettre à profit ses revers en Italie.
A cette cause de chagrin s'en joignit bientôt une autre qui ne parait pas avoir agi moins pro< fondement sur lui. Les habitants de Salerne avaient mis beaucoup d'empressement à se déclarer pour l'empereur ; pour manifester leur dévoûment, ou par prévision des éventualités, ils avaient prié l'impératrice Costanza de se fixer dans leurs murailles , où elle trouverait une résidence assurée, salnbre et agréable. L'empereur et son épouse s'étaient rendus à cette prière, parce que le camp était un séjour pénible pour la princesse, et qu'il n'y avait pas à se fier aux villes soumises. Mais , quand la guerre et les maladies eurent afEaibli l'armée
CHAP. XI
impériale , qu^ Tempereur se vit contraint à une retraite précipitée , il lui fut impossible de détacher des troupes assez nombreuses poov escorter son épouse. Vraisemblablement il fit des dispositions pour qu'elle se rendit par mer à Gènes , afha de se réunir à lui dans la haute Italie ; mais, soit que les Salernitains eussent ea des vues perfides dès le commencement , soit qu'ils crussent avoir dans l'impératrice un excellent gage pour obtenir le pardon et regagner la bienveillance de Tancrède , ils s'opposèrent au départ de la princesse, se saisirent de sa personne et la remirent aux mains de Tancrède. Tancrède la reçut et la traita comme la priacesse la plus élevée en dignité du monde chrétien , comme la sœur de son père. Mais l'empereur Heinrich fut consterné de cet événement, car il dut craindre avec son épouse d'avoir perdu ainsi le royaume de Sicile. Il était possible , il n'était pas même invraisemblable que Costanza , ayant une fois été revêtue des plus grands honneurs de ce monde , se voyant maintenant au milieu de son peuple , subissant les influences du pays natal , exposée aux séduetions de son neveu le noble et beau Tancrède , aux suggestions du pape et du clergé, se détachât du jeune époux dont elle n'avait pas l'amour , afin de conserver la domination à la souche normande, à sa propre famille, par laquelle le royaume de Sicile avait été fondé ; et quand bien même, soutenue par le sentiment de la fidélité , par le respect pour le sacrement de mariage , ou par une passion plus ou moins noble, elle pourrait résistera cette épreuve, l'empereur, qui considérait le roi Tancrède comme un usurpateur, ne devait-il pas naturellement, nécessairement même , penser que ce prince conservait en son pouvoir Costanza, la véritable propriétaire du trône usurpé, afin d'avoir en elle une garantie de plus de la fidélité des Siciliens ? Dans son embarras, il s'adressa au pape, sans doute aussitôt après avoir reçu la nouvelle de la trahison des Salernitains , nouvelle qui ne lui par-> vint qu'après son arrivée en Allemagne. Il pria le saint-père de déterminer son ennemi à mettre son épouse en liberté , et Célestin accepta cette mission. Quelque funestes pour, lui que dussent lui paraître le mariage de Heinrich VI avec Costanza et la réunion de la couronne de Sicile avec celles des Teutschs , des Lombards , et avec la couronne impériale , il avait un sentiment trop élevé de la justice pour tolérer un
HISTOIRE DB PÇUP|,ï; ^LWfllAND.
acte 4e Ia natare de celai par lequel Tifnpératric^ avait été livrée an roiTancrède. Le cœur de Tancrtde repoussait également de telles trahisons: il ne fit donc aucune difficulté de rendre la Kberlé à Timpératrice. De même qu*ît l'ayait traitée avec honneur, il la fit transporter honorablement à rembouchure du t^bre sans rien réclamer d'elle ; il la pria seulement de passer par Rome, et de se présenter au saint-père, car le pape se chargerait sans doute de négocier la paix avec elle. Célestin avait espéré avec Tancrède que^ dans la situation des choses, ij parviendrait, par le moyen de rîTppèratrice, à effectuer entre son noble cousin et spn nobl^ époux une paix qui mettrait ffn aux périls de TEglise , et satisferait tous les partis. Mais Costanza trompa les espérances de Tancrède et dn P^pe ; e'I^ ^^ita Rome , gagna tiien vite 9poleto ^ puis les Alpes ; cniin elle riéjoighit saine et saqve son époux (5). Heinrich né" tint aucun compte à Tancfôde de sa générosité ; sa conduite ultérieure envers la famille de tancrède témoignerait plutôt que cette noblesse avait eqcoré irrité sa colère et envenimé sa haine.
Cepeijdant Teinpereur était arrivé en Allen^agn^ à la fln de l%nnée 4 494 . Tandis que son cœur était dévoré pj^r les passions , mille projets occupaient son esprit. Assurément son désir étajt d'écr^iser entièreipent le duc HeinfipH le Lion ; mais Taffront qu'il avait subi dans la Fouille pesait trop lourdement sur lui, il convoitait trop ardemment le royaume de Sicile pour ne pas redouter une guerre dans le Teutscl^land septentrional. De nouveaux rapports s'étaient formés ; il s'en établissait de houve$iux encore qui auraient pu nécessiter un séjour dans leTentschland méridional, silapensée de la captivité de son épouse et de son odieux ennemi Tancrède ne l'avait pas toujours emporté dans la Péninsule. Déjà dans la Fouille il avait reçu la nouvelle de la mort de son frère Friedrich , qui , après la mort de son père , avait poursuivi l'a croisade , et avait fini par succomber après de glorieux exploits. Far cette mort, le duché de Souabe était devenu vacant. En franchissant lès Alpes pour rentrer dans le Teutschland, Heinrich avait appris aussi la fin du ducWelf. Ce vieux prince, par habitude ou par paresse, était resté dans les résolutions de son ressentiment contre Heinrich le Lion ; il ne lui avait pas rendu ses bonnes grâces, ne lui reporta. pas un souvenir
c|e bienveillance , et ne i)t rien pouf loi, trîiités faits avec l'empereur Friedrich si taient dope, et l'empereur Heinrich recnoillît tout ce que le vieux duc avait d'hommes et de terres. Ainsi les grandes sipns de la maison Welf, dans le Teutschland méridional comme eit Italie, furent per<3oes pour la branche survivante de l'ancien tronc* Par sou indigne vie, par ses faiblesses pour les Waiblingen , par l'injuste abandon de ses don)aines perdus pour les descendants de son ft'ôre , le duc Welf a laissé un si mauvais souvenir, que i^ul n'a plus porté le nom de Wel^ quoique la souctie continuât d'être désignée par cette appellation. L'acquisition des biens à» Welfs n'apporta pas non plus des bénédictions sur les Hohenstaufen. Four le moment, ces biens donnèrent un grand accroissement de richesses à l'empereur; et Heinrich sut Fapprécler; son premier soin fqt de s'en rendre maître. Il resta donc d'abord dans ces domaines , et personBe ne lui fit opposition. Mais bientôt, afin d'affermir plus sûrement le riche héritage dans sa maison , il attribua à son frère Kunrad le doché de Souabe et la succession du duc Welf, pour les joindre à ce que ce prince avait déjà reçu de Fempereur Friedrich leur père. Maintenant il se crut d'autant plus assuré de tont le Teutschland méridional^ que le jeunedoc de Bavière , fils d'Otto, paraissait devoir se rattacher surtout et nécessairement à lui et aux Hobenstaufen.
Le vieux duc Heinrich le Lion ne voyait pas d'un œil indifférent que les dernières possessions, les ûek et les biens patrimoniaux de sa maison dans le Teutschland méridional, passassent à la famille ennemie des Waiblingen; et pourtant il se résignait. Feut-ètre espérait-il que l'empereur, même quand il lui arrachait ses domaines patrimoniaux , reviendrait pourtant à quelque sympathie pour lui , le légitime héritier. Il envoya donc à Fempercur ane ambassade composée de pieux ecclésiastiques, pour s'entendre avec lui. Il lui fit représenter que son fils , en quittant la Fouille , n'avait songé à rien moins qu'à une offense envers la majesté impériale ; que dans tous les cas luimême était innocent de ce fait ; qu'il était prêt à prouver de toute manière sa fidélité ; qu'il était disposé à entreprendre avec lui une campagne pour l'assujettissement de la Fouille , ùvl pour rétirer l'impératrice de l'Italie^ que l'em-