‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 30 sur 165 · LIV. XXIV · texte numérisé non relu

LIV. XXIV

perenr n'avait mi'à lui accorder une hofio^ iable et sincère réconciliation. Mais le duc s'était fortement abusé dans ses espérances ; fontes ses offres furent rejetées avec dédain. Vempereur affecta de n'y voir qu'hypocrisie et trahison , et les conseillers impériaux firent une réponse ironique et insultante. Il arriva donc que l'ambassade produisit un effet absolument contraire au but proposé. A peine les princes saxons eurent-ils acquis la certitude que les dis* positions de l'empereur envers le duc étaient encore tout aussi hostiles que par le passé , ils crurent ne devoir pas hésiter à se donner carrière. Ils crurent pouvoir supposer que l'empereur poursuivrait, -et qu'il y aurait un nouveau partage de terres. Ils commencèrent donc à se concerter pour attaquer le duc , et ne pas manquer de soutenir l'empereur s'il se mettait en campagne. Le désir de prendre part au butin saisit même des hommes que le duc avait investis de fonctions publiques dans ses domaines héréditaires. Peut-être l'empereur n'avait-il pas négligé de provoquer partout la convoitise des seigneurs et des vassaux ; assurément il ne vit pas leur ardeur d'un œil mécontent, sans penser que la perfidie montrée envers son ennemi n'était pas un gage de fidélité envers lui-même ; mais il se trouva engagé dans une complication de nouveaux rapports qui ne lui permirent pas de soutenir convenablement le zèle des ennemis deHeinrichleLion.

L'évèqueLudolf de Liège avait accompagné' l'empereur Friedrich à la Terre-Sainte. L'année précédente il s'était décidé à revenir dans la patrie , mais il était mort en route. Il s'en était suivi une élection très - contestée à Liège ; deux ecclésiastiques du nom d'Albert furent choisis. L'un , archidiacre de l'église de Liège, était frère du duc Heinrich de Brabant ; l'autre, premier prieur de la même église, était frère du comte de Reitesta. Le premier avait eu la grande majorité des voix , et il parait que c'était un prêtre plein de piété et de talents; l'autre , respectable par son âge avancé , n'avait rien contre lui, sinon d'avoir été élu par un parti, après que Tarchidiacre avait déjà été élevé à la dignité épiscopale. Il semblait donc hors de doute qu'Albert de Brabant conserverait la prélature , et qu'il serait reconnu par le pape comme par Tenipereur. Mais maintenant, au commencement de février ^ 192, l'empereur tint une diète à Worms ; 1& il donna au prieur

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de l'église de Cologne, Bruno, qui av^t été élu au siégé archiépiscopal de cette église à la placé de l'archevêque Philippe, l'investiture avec tous les droits séculiers, les possessions et les hôUr neurs de l'archevêché (4). Là aussi h\i plaidée l'afFaire de la double élection de Liège. L'em« pereur rejeta les deux Albert; car un homme riche et ambitieux s'était présenté à lui, en luf offrant trois mille marcs d'argent : c'était Lothaire , prieur de l'église de Bonn , frère du comte de Horstadc (5), qui , le premier dans le conseil de l'empereur, avait rendu de grands services dans la campagne de Pouille. En coU" sidération de la somme d'argent, et en réconipcnse des services du comte , Heinrich nomma le prieur Lothaire évêque de Liège. Nul des prélats présents n'osa élever la moindre contradiction , comme si l'empereur était autorisé à de tels actes par le concordat de Wprms. L'empereur n'hésita donc pas à aller plus loin * \l fit Conduire son évêque Lothaire avec des troupes bien armées à Liège, et installer dans le palais épisçopal; il lui fit livrer tous les villages et tous les châteaux , et ordonna au clergé et au peuple de Liège de prêter obéissance à Pévéque' Lothaire. Celui-ci accomplit avec assurance tous les actes épiscopaùx , tandis que l'empereur mettait aussi sur lés sièges de Wurtzbourg et de Worms des hommes sur le dévoftment desquels il pouvait compter. * * ^

Mais Albert , le frère du duc de Brabant , se revêtit d'un habit de pèlerin, et ;e rendit & Rome pour plaider sa cause devant le pape. Célestiii III appela aussitôt réyêquè impérii^ Lothaire à venir répondre au pied du sain^r siège ; Lothaire ne bougea pas. Alors le saintpère déclara Télection d'Albert légitime , et le renvoya avec une lettre dans laquelle il or-* donnait d'abord à l'archevêque' Bruno de Cp-^ logne de consacrer l'évèque Albert; mais, dand le cas où Bruno, par crainte de' l'empereur.' n'oserait pas donner la consécration , il trans« fera la mission à rarcheyéque de Reims: Cependant Heinrich avait appris sans doute que l'archevêque de Cologne avait reconnu l'évèque Albert , et que mênie il Tavait reconi* mandé comme légitimement élu au pape Celestin. Il reçut en outre avis que le frère d'Albert, le duc de Brabant , armait contre Lutticb pour repousser l'évèque impérial. Il commença Qonc des hostilités contre Cologne; il barra !é Rhin pour cette vi{le. En même temps il éfi

HïSTOffiE DU PEUPLE ALLEMAND.

mit en marcfae avec des troupes vers Tévéché de Luttich pour châtier les adhérents d'Albert, et protéger son évèqae contre le duc Heinrich de Brabant. Ce but fut atteint, mais il y eut peu de profit pour la cause de Lothaire. Albert revint de Rome avec la confirmation pontificale et les bulles. L'archevêque Bruno , par crainte de l'empereur, ayant prétexté une maladie pour se dispenser de donner la consécration , Albert se sendlt à Reims , et l'archevêque de cette ville ne fit aucune difficulté de lui donner la consécration au mois de septembre de cette année , sous la seule réserve des droits de Tarchevéque de Cologne. Ce fait exalta la colère de l'empereur au plus haut degré. 11 savait bien que son évéque Lothaire ne s'appuyait sur rien que sur sa propre volonté et ses armes à lui Heinrich. Il avait des craintes pour son autorité impériale , et ne redoutait pas moins les troubles qui allaient éclater, si la querelle continuait. Dans cet embarras , il embrassa la pensée aussi simple qu'atroce de se défaire de l'évêque Albert par un meurtre , s'imaginant follement qu'il parviendrait à maintenir Tévèque Lothaire, si Albert ne lui disputait plus le siège épiscopal. 11 envoya donc, comme on l'a cru généralement, quelques hommes liges à Reims pour accomplir le crime. Ces sires chevaliers prétextèrent qu'ils étaient persécutés par l'empereur, qui les avait dépouillés de leur patrimoine. Us s'insinuèrent donc dans la confiance de l'évéque peu soupçonneux, qui les accueillit dans sa maison, les reçut à sa table. Us l'attirèrent hors de la ville , sous prétexte d'une promenade à cheval , et, quand ils se virent seuls avec lui , ils tirèrent leurs épées et le massacrèrent. C'était au mois de novembre. Quand ils eurent accompli leur crime, ils s'enfuirent bien vite vers le ïeutschland, et revinrent à la cour de l'empereur. A la vue du cheval de révêque immolé, que les assassins avaient ramené en témoignage de leur acte , l'empereur Heinrich se réjouit de l'exécution , et il manifesta aux meurtriers toute sa satisfaction par des remerctments et des récompenses.

Mais la joie ne fut pas de longue durée. L'assassinat de révoque Albert fit une grande sensation dans tous les pays, et souleva partout l'épouvante et l'horreur. L'on commença à mépriser une cour où des meurtriers étaient en faveur, où ils trouvaient au moins protection. Dans les pays au delà du Rhin se forma

une grande ligue dirigée contre Tempereor^ A la tète de laquelle se placèrent le duc Beinrioli. de Brabant et l'archevêque Bruno de Gologoe. Beaucoup de princes allemands paraissaient prêts à s'y joindre; l'archevêque de Mayenœ est nommé, ainsi que le duc de Saxe, Beinrioli le Lion» mais seulement par un écrivain étnin* ger. Cette disposition ne put rester longtemps cachée à l'empereur, et il était impossible Âe la considérer avec indifférence. Qui pouvail prédire où elle conduirait? Et ce n'était ps seulement cette affaire qui préoccupait Heinrich : en Saxe, une lutte confuse s'était élen^ entre le duc Heinrich le, Lion et sesenneans\ la Bavière était déchirée par des actes de violence et des guerres privées ; un autre événement, l'arrestation du roi Richard d'Angleterre, attira fortement son attention; le royaume de Sicile était un objet de tourment ; l'Église enfin ne pouvait rester inactive, et serait sortie de son immobilité si la faible main du vieux pontife n'avait pas tremblé de lancer Tanathème. L'empereur pouvait considérer tout cela. Il jugea donc nécessaire de changer d'allure, afin de ruiner au moins la ligue des princes lorrains, et d'amortir le mécontenl^ ment général. Après de longues négociatioos, il parvint à déterminer le duc de Brabant et ses parents à une entrevue à Cobientz. Là il fit beaucoup de protestations, de concessions et «de promesses. Il éloigna aussi les meurtriers de sa cour, les bannit même de l'empire germanique, et abandonna entièrement son évéque Lothaire. Il remit le choix d'un nouvel évéqoe à la disposition du duc, qui dirigea les voix sur Simon, fils du duc Heinrich de Limbouig, uni au duc de Brabant par une étroite parenté. L'empereur donna l'investiture nécessaire aa jeune Simon; et si par cet accord peu sincère Je repos ne fut pas rétabli dans l'Eglise de Lattich , du moins Heinrich échappa à la guerre dont il était menacé.

Tandis que ces événements réclamaient les soins de l'empereur Heinrich dans le Teutschland occidental , à ce point que , l'œil tourné vers la Fouille, il ne pouvait s'engager en d'autres entreprises militaires, Heinrich le Lion avait à soutenir la lutte la plus cruelle et la plus compliquée contre beaucoup de princes saxons. Au printemps de l'année 4 492, le comte Adolphe de Holstein revint de la Terre-Sainte; informé de la présence de Heinrich le Lion en

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