‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 47 sur 165 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

SEJOUR DE l'empereur DANS LE TEUfSCH- LAND. — SES NÉGOCIATIONS AVEC LES PpiNCES TEUTSCH8 SUR l'hÉrÉDITÉ DE LA COURONNE. — SA NOUVELLE CAM- PAGNE EN SICILE, ET SA MORT.

Deran 1195 à Tan 1197.

Fendant l'absence de rcmpereur, dans un espace de treize mois, aucun changement impor-

V& HISTOmE DU PEUPLE ALLEMAND.

tient ^e s'était opéré dans le Tentschlaûd.— Le*" duc Léopold d'Autriche , son complice dans l*attentatcommis contre le roi Richard d'Angleterre, était mort, chargé de l'anathème de TÉglise, le jour taiômc où un flis naissait à Fempercur. Léopold, dans une orgie, se blessa si grièvement à une jambe , qu'il désespéra bientôt de sa vie, et n'eut plus d'autre désir que d'être réconcilié avec Dieu par l'Église. Il obtint la révocation de Vexcommunication , mais seulement ett face de la mort, à force d© prières repentantes et de promesses. Cependant cet événement ue parut pas faire plus d'inïpression sur l'âme de Tempereur que sur celle du fils de Léopold ; de Friedrich , qui lui succéda dans son duché. Heinrich le Lion prit congé de ce inonde au moment même où l'empereur arrivait,. Des espérances du vieux héros ^ pas une sèrule n'était remplie , malgré la nouvelle alliance de parenté avec l'empereur , et quoi(}ue son flls, le jeune Beinrich, eût pour cette fois acquis la haute faveur de Tempereur. Peu de tehips après mourut aussi le comte phlatin du Rhin , Kunrad , oncle de l'empereur, beau-père d» jeune Wtelf ; et aussitôt «elui*ci prit possession do palatinat, sans empêchement et sans opposition. Le nouveau palatin continua de porter le titre de duc, afin de conserver la dignité de sa race, et aussi pour entretenir dans le souvenir des hommes ses prétentions au duché de Saxe. L'empereur ne lit aucune attention au titre dont se parait Heinrich , du laissa passer un tel acte comme inoffensif, piarce que Heinrich se faisait appeler, non pas duc de Saxe, mais duc tout simplement, ou duc de Braunschweig. Au reste, plusieurs princes avaient encore guerroyé les uns contre les autres, selon l'ancien usager mais ces luttes n'avaient aucun caraclère ; il suffisait que Fempereur parût pour rétablir partout le repos. Toutefois les événements du markgraviat de Meissen méritent une mention particulière, parce qu'ils peuvent servir encore à montrer la tendance dos efforts de l'empereur*

Le markgraf Otto, surnommé le riche , auquel Leipzig dut peut-être sa pi ospérité subséquente, et Fribourg probablement sa fondation, après la découverte des filons de minerai dans la montagne , avait été retenu prisonnier par son fils aîné Albert, qui l'accusait d'une prédilection trop grande pourThiedrich , le fils puîné. Heinrich , qui n'était encore que roi , avait

fait rendre la liberté au malheureux père. Cependant Otto était mort bientôt après , et Albert l'orgueilleux s'était saisi du markgraviat.- Comme il n'avait pas déposé sa haine contre son frère Thiedrich, comte de Weissenfels , ils en vinrent bientôt aux mains , et, durant la ëàmpagne de l'empereur en Italie , le comte Thiedrich se trouva serré de si près, que, pour échapper à une ruine complète , il se résigna à épouser Jutta , fille du landgraf Hermanu de Thtiringe , malgré sa laideur repoussante. Ensuite le landgraf prit les armes, d'abord pour son gendre, et bientôt, à ce qu'il paraît, pour son propre avantage. Il défit le markgraf Albert dans un sanglant combat si complètement , que cejui-ci ne put s'échapper vers Leipzig que sous un déguisement, avec deux ou tiçois copipa^ gnons. Sa détresse était d'aptant plus grande que des feudataires de Femperêur préparaient une attaque contre lui. Ainsi traqué de tous côtés., il franchit les Alpes, qi courut trouver l'empereur pour tenter. de gagner sa faveur. Mais il rencontra un accueil si peu amical^ que, renonçant entièrement à l'espoir avec leifùcl il était venu, il conçut même de^ inquiétudes pour sa vie, et crut devoir chercher son salat dans la fuite. Lorsqu'il se fut convaincu ensuite quel'dmpereur le suivrait bientôt dans 16 Teutschland, alors; fidèle à son orgueil , il prit la résolution de tenter une résistance désespérée contre le souverain lui-même, de ruiner toutes les places fortes de son pays, afin de pouvoir concentrer toute la défense dans les trois villes de Leipzig, Lambourg et Meissen. Mais c'étaient là de vains projets ; quelques jours avant le retour de l'empereur, il mourut empoisonnera ce que l'on crut, et son épouse le suivit de prés dans la tombe. Cette mort vint fort à propos pour l'empereur (\ ). Qui eût pu en effet résister désormais à ses troupes? Il prit donc trèsfacilement possession du markgraviat de Meissen. Au lieu d'y établir un nouveau markgraf, il conserva le pays pour lui, et le fit administrer par des serviteurs dévoués. Ces rapports ne changèrent qu'à sa mort (2).

Il y avait une autre acquisition que Fempereur avait bien plus à cœur , et dont il parait s'être longtemps occupé : l'hérédité de la couronne de l'empire germanique dans sa maison. Cette pensée se présente si naturellement, et pèse d'un si grand poids , que l'on serait conduit nécessairement à la supposer dans l'empe-

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ronr^^iaod bien mâflieelieiie lui sérail attriboéepar ancnoe Iradilion. Daos lefait^ il n'y a pas de doate que tons- ies rote teutsehs, sans exception 4 ont entretenu le même désir ; et poDi^ le satisfaire , ils ont fait tout ce qui était possibléi IkiOAttous travaillé pour assurer la eooronne à leurs fils 00 à leurs parents. Et dans cette vme, la seule raisonnable, ils seraient stM doute- parvenus à leur but^ suivant les eombînaisons humaines^ aussi bien que les Mis 'de France^ si leurs races ne s'étaient éteintes am bout de quelques générations. Pour l'ambition^ TéiéTatioU' des vues et la vaste étendue des projets, la maison de Hohenstaufeu nele:oéd&it à adeune autre famille roy^o. €onfondoe, un siècle h peine auparavant, parmi les princes, «placée pentr^tre au-dessous,' dans ee eourt espace de temps elle s'était élevée à une èautcur d'où «lie dominait et répandait son édat sor tous «les autres^ Comment aurait^ elle renoncé à ce qui avait été poursuivi par les mis (précédents? Dans la pouseière: qui ^'éleva d^s rninesH'de Milan et de Crème, Friedrich P^ avait perdu de vue le sentier qu'il s'était proposé de snivreen oas^ de siMHcès, et il fut donc difficile ds reËonnattre le but définitif qu'il vou« lait fttteindrew Après que la Lombardie se fut détachée de lui par la forée des ormes ^ il avait essayé de faire passer 9 au moyen d'un mariage, le roy aune héréditaire* de Sicile dans sa maison, pour ai>andonBer Tempire teutsch; ou plutôt^ ainsi qu'on Ta. déjà remarqué plus haut, il n'avait en vue qne de jeter les fondements d'un nouvel édifice qui devait s'élever et s'étendre à la fois Bor toute l'Jtalie et sur le Teutschland* L'on ne peut donc pas s'étonner que Hein rich VI ait poursuivi la pensée de s' assurer l'hérédité de la couronne ^-seulement ce que des rois ses prédécesseurs, même après de grands exploits, dans tojutréoial d'une gloire reconnue, dans le eentimênt du respect général , n'avaient espéré ou attendu que dans le cours des temps , et d'habitudes longuement et successivement contractées , Heinrich' pensait l'obtenir tout d'un coup par des traités et des engagements authentiques. C'est là ce qui caractérisa ses efforts, et une telle conception résultait d'une extrèoie infatualion personnelle, de la perversité de son esprit.

A la vérité, Heinrich Yi pouvait bien s -imaginer que pour aucun rei précédent les circonstances n'avaient été aussi favorables que les I

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eonjonetnres actuelles l'étaient pour lui. Dans le TeutscUand il n!y avait plus de maison princière qui put se poser en face de la sienne* Le vieux Lion Welf ^ le dernier ennemi redoutable de sa famille,: reposait dans. la tombe; sa puissance était bri^éej dispersée. Qui donc, parmi les princes teutschs, aurait désormais la témérité de jeter un, i:egard ambitieux sur le trdne royal occupé par les Hohenstaufen^ Lui^ même , l'empereur Heinrich , avait donné an monde une grande preuve de la supériorité de sa puissance. Avec ses propres forces et ses seules ressources , en une seule campagne il avait ponquis un beau et riche royaume. II faut , pour rendre hommage à la vérité , rpcon^ naître que cette, conquête était due à la surprise» ^ la tetireur répandue par d'effroyables cru^u* tés, à d'infâmes artifices, pluU^t qu'^ de grands et glorieux ^ploits^ mais, l'on comprend aussi que Eïeinrich se présenta comme un homme dans lequel le monde» qui a coutume de disbribuer les louanges et le blâme d'après le r^ult^t , devait reconnaître et. honorer un Uéros heureux, un guerrier redoutable fait pour élever sa domination au-dessus des, autres puis-i sauces. D'ailleurs , <x)mme un grand usurier, il croyait à la toute-puissance de l'argent'; et comme il en .était abondamment pourvu ,. tout obstacle qui pouvait surgir lui paraissait iacite à surmonter. .

Il n'est donc pas incompréhensible qu'il se soit imaginé pouvoir opérer de si grands changements avec des paroles, des serments et des écrits^ Il ne pouvait ignorer le peu de valeur dont jouissent les paroles , les serments et les écrits dans les relations publiques , surtout quand il s'agit de domination et de puissance ; il n'avait qu'à plonger ses regards dans sa propre vie et dans l'histoire de sa maison. Lesprinces teutschs, ecclésiastiques ou séculiers, ne pouvaient vouloir loyalem^t et sincèrement l'hérédité delà couronne de l'empire germanique; c^était un malheur pour le Teutschland, et peutêtre le plus grand. Par l'hérédité de la couronne, le Teutschland devait devenir un seul Etat, et aurait pu se d^agcr de la malheureuse annexe de l'Italie, se tenir calme dans sa forte puissance contre les ennemis extérieurs ; sans l'hérédité de la couronne,.il était difficile de se détacher de l'Italie, et impossible de conserver la paix intérieure, et d'acquérir l'unité de forces contre les étrangers.

Mais les rapports qoi s'étaient formés s'y opposèrent. Les princes séculiers , tous les vassaux même avaient acquis déjà Thérédité de leurs fiefs, charges et dignités, sinon par actes authentiques, au moins de fait et en toute réalité; tandis que le trône , héréditaire dans aucune maison , était arrivé en la possession de ceux qui l'avaient occupé , rarement par une élection sincère et réelle , parfois au jnoyen de la force ou de manœuvres habiles , et le plus souvent grâce à des concessions faites aux princes, ou du moins à quelqaes-uns d'entre eux. Qui pouvait prévoir ce qui arriverait, si désormais le ti'ône passait, comme une propriété, du père au fils? Dans les relations politiques , celui qui possède la force a coutume d'en user ; la maison des Hohenstaufen avait une grande supériorité de puissance , et ne jouissait nullement de la conûance publique.

D'ailleurs, dans l'état actuel des choses, la perspective de l'empire n'était pas fermée môme au plus petit prince. Dans ces temps , la valeur et l'audace de l'individu exerçaient une immense influence ; ce n'était pas chose inouïe que des petits s'élevassent bien haut, tandis que les grands tombaient à terre. Dans aucun cas, un prince, si faible qu'il fût , ne pouvait rester indifTérent à cette pensée , qu'il y avait des moments où les plus puissants étaient réduits à solliciter sa bienveillance; et cette reconnaissance de sa dignité et de sa situation devait avoir un grand prix pour lui qui mettait facilement en oubli les dépenses que la mort d'un roi et l'élévation d'un nouveau pouvaient lui causer. Quant aux princes ecclésiastiques, assurément ils n'étaient pas mieux disposés que les princes temporels en faveur de l'hérédité. Parvenus eux-mêmes à leurs dignités par élection , ils avaient toujours exercé sur l'occupation du trône une influence très-grande, parfois décisive ; et l'Église s'était fortifiée ; eux-mêmes étaient devenus puissants. Ils avaient en à souffrir des rigueurs ou des indignités de certains rois; auprès d'autres ils avaient joui d'une grande faveur. Ils ne pouvaient pas non plus prévoir où l'on en viendrait, si le roi, assuré du trône pour son fils, avait moins besoin d'eux. Mais s'ils se laissaient gagner, comme individus , comme des hommes sans postérité, par des dons et des promesses, à favoriser l'empereur; en leur qualité de membres de l'Église, ils ne pouvaient sans

danger se séparer de son chef. Et il y avait des obstacles insurmontables qui ne permettaient pas au pape de reconnaître l'hérédité de la couronne des Teutschs , au moins dans la maison des Hohenstaufen. 11 était arrêté , pour ainsi dire en principe , que le roi des Teutschs seul pouvait et devait être mis à la tête de l'empire romain ; mais il n'était pas moins fermement établi que le roi des Teutschs n'était en possession de cet empire qu'au moyen du couronnement accompli par la main du pape. Aux yeux du roi des Teutschs et de ce peuple , la signification de l'acte du couronnement n'était peut-être pas bien claire , et l'on pouvait bien l'expliquer de telle sorte qu'elle parût ou un devoir ou un droit. Mais ce qui n'était contestable pour personne , c'est que jusqu'alors les rois des Teutschs avaient considéré comme une chose très-importante de recevoir la conronne impériale ; c'est que plusieurs , négligeant ou ajournant toute autre affaire , avaient franchi les Alpes et précipité leur marche vers Rome , autant que possible , poor atteindre ce but , et que constamment ils n'avaient été parés de la couronne des eùipcreurs par la main des papes qu'au moyen d'accommodements , et souvent au prix de grandes concessions. Depuis longtemps aussi l'on avait acquis dans le Teutschiand les preuves les plus claires que, quelle que fût la signification attribuée dans ce pays au couronnement à Rome, cet acte était considéré comme la transmission de l'empire sur le roi ios Teutschs, comme l'investiture de l'empire donnée à ce monarque ; que par conséquent on ne reconnaissait à Rome d'autre souverain temporel que celui qu'avait élevé le pape. 3îai5 qui avait le droit de conférer pouvait bien aussi réï^lamer celui de retirer. Et comme le roi des Teutschs seul devait obtenir, de là peutêtre cette conséquence que nul ne pouvait être roi des Teutschs auquel l'empire serait refusé ou arraché par le pape. De telles vues , qui pouvaient être fausses, mais qui semblaient résulter de la marche des choses, seraient-elles maintenues , pourrait-on les poser en principe , si cette marche était une fois interrompue; si, sans avis demandé au pape, sans la participation ou l'agrément du souverain pontife, en vertu d'un droit héréditaire, le fils succédait au père comme roi des Teutschs , avec la prélention à l'empire ? Ou

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