LIV. XXIV, CHAP. U
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rivé déjà en Italie. Franchissant les montagnes à la fin du ihois précédent, il avait aussitôt di* rigé sa marche vers Suse. Les habitants de cette ville, se rappelant les événements qui s'étaient passés sous leurs murs loi's de la dernière retraite d'Italie de Friedrich, incapables de soutenir le premier choc d'une nouvelle et forte armée , sans espoir d'obtenir du secours de leurs amis éloignés, paraissent s'être enfuis en masse et avoir abandonné la ville déserte à l'empereur. Friedrich avait donc l'occasion de montrer aux Lombards , en mettant le pied sur leur territoire, avec quelles pensées il revenait; s'il avait le désir de concilier, de réunir, de gagner les esprits , ou bien s'il apportait la résolution de frapper, de châtier, de se venger, d'assujettir et de dominer. U fit mettre le feu aux maisons vides de Suse , qui avaient été , non pas cause, mais témoins de son humiliation, sept ans auparavant , et transforma la ville en un monceau de ruines. 11 se porta ensuite sur Turin, qui se soumit aussitôt (2). Puis ii marcha vers Âsti, où se trouvaient déjà , envoyés par la ligue lombarde, quelques hommes formés à la guerre et pleins d'expérience qui durent soutenir cette ville par leurs conseils , relever son courage et sa confiance en lui promettant une prompte assistance. Mais parmi les citoyens d'Asti il n'y avait pas d'àmes énergiques; la sagesse des vaillants auxiliaires perdit sa force à rapproche du danger, et à la vue de l'armée impériale s'éteignit l'espoir de l'assistance de leurs alliés.
Huit jours après l'arrivée de Fricdiich devant les murs d'Asti , la ville renonça à la ligue lombarde et se soumit à Tcmpcreur. Cet événement, qui pouvait, en une certaine mesure, adoucir l'amertume de la nouvelle de la levée du siège d'Ancône , avait une grande portée, légitimait en quelque sorte l'espoir de l'empereur que la ligue lombarde, œuvre inconsistante en ellemême, serait bientôt brisée par son pouvoir. Mais il négligea de mettre à profit l'impression produite sans doute sur les esprits de tous les Ix)mbards par la chute delkirin et la défection d'Asti. An lieu de marcher sur Pavie, qui persistait toujoui's dans sa fidélité , et de menacer ensuite l'intérieur du pays, où se4rouvttit le siège et le foyer de la ligue , entraîné par sa passion, il précipita sa nouvell^armée contre Alexandrie, ly'on conçoit facilement que le nom de cette cité nouvelle résonnât pénible-
ment à Toreille de l'empereur ; qu'elle-mênie fût comme un trait qu'il portait dans le flanc ; qu'il dût ressentir un désir ardent de Teffacer de la terre. Il est possible aussi qu'il' n'ait pas regardé la destruction d'Alexandrie comme une œuvre très-difOcile , parce que les ouvrages n'étaient pas encore achevés, et que son armée était forte, qu'elle suivait une marche triomphante. Par la conquèteetia ruine d'Alexandrie,il pouvait anéptir le symbole de la ligue lombarde; il espérait aussi déchirer le lien qui unissait ces villes avec le pape. Il oubliait que la ville n'était pas habitée par des bourgeois attachés à la vie sociale des familles précédentes, par des bourgeois en possession de richesses recueillies par héritage ou acquises par le travail , entourés d'objets propres à provoquer de chei^ souvenirs ou à éveiller le sentiment
du beau, des demeures et des tombeaux de leurs pères , des lieux de leur naissance et de leur berceau , des autels du Seigneur , dont ils redoutaient la'perte , la souillure et la violation; mais qu'elle était occupée par des hommes bannis tjui, aigris par les malheurs des temps, et portant ces malheurs en eux-mêmes , s'étaient réunis en ce lieu de périls, qui n'avait pas de passé, afin de lui donner un nom, et de se préparer à eux-jnèmes un avenir. Il oubliait encore que l'endroit où ces hommes devaient se défendre était exposé à d'énormes inondations; que la saison des pluies, que l'hiver même s'approchait; qu'enfln son armée ne pouvait être maintenue avec certitude en bonne disposition que par la victoire et le butin , et nullement par des privations et des fatigues stériles. Quoi qu'il en soit , il est certain que Friedrich parut avec son armée devant la nouvelle forteresse d'Alexandrie, à la fin du mois d'octobre. Probablement quelques troupes étaient arrivées des villes lombardes, pour soutenir la défense avec les citoyens. A l'armée de l'empereur se rendit 1(? marquis de Montfcrrat avec ses hommes, et les bourgeois de Pavie envoyèrent le convoi denij^ndé : alors s'ouvrit le siège d'Alexandrie.
Mais à peine quelques jours s'étaient écoulés, que survinrent des pluies si violentes, que le pays tout à l'entour fut inondé par le débordement des rivières, et que l'armée impériale se trouva sous l'eau , ou ne put se protéger contre les flots qu'avec de grands efforts. Friedrich demeura inébranlable dans sa posi-
tîon. Au fléau de la pluie succéda un IrèsfWfe hitarv'beaercéfip^at^ vivres ' ^n nls dbfif te fufeht perdHs,* et, dans lotis les cas, k»scai^vôls durent Hte très-dîfBtîiles'i de lu des màladiè§ liàriTil' lesMioinmes*, cl répfeooïic sur îes chevaux, flien des hommes vaillàiUs pcfdirchl coura'gt», otquiltèrcntlCêanip iinpùrial. NêanAioins Tempeixîitr tife' fléchit pttâ=; il poursuivit le siège petidmil louiridVêr, él déplôyri touieUmbilcTé -pofeible péûi* tWeWet* à lui sort entreprise. La fé*n"slanc(# dcfs iassiÉgcs' rté ftit"'p?is moins opimètré j Ils 'faisaient de <?oifitinuc4ies sorties, lui Irrite devenait de plus en plus achanî^ ;■ toutes les hoiTeursqui s'étaient passées duvant Crème et 'de^'anr Mlan ' furi'ot* renouvelées. Les pVisôttrtierS étaient ordinairertient coupés en iliorcêàux; pénduà ou^ horriblement nmtilésr: . ;<ti'iîVî1lfe>i de le^s atitîciTés ; se produisit wnc îteènëqueTon peut rappeler, parce qu'elle est rt arquée (F rrft caraclère' particulier , et ifn'elté a été interpi^éléci à' ht gloire de rempereur. Trots prisoMl^iers furent amenés devant liri ; Frie^lrWi' ordonna qu'on lertr arrachât les yeux; deux subirent ce supplice. Au troisième; qui était le plus jeune, Tempereur demanda ponrqhol il s'îHait révolté contre i'orapifre. Le pi'teOttuifer Tépomlit : ^ Je n'ai point pris les armes contit? toi , ô empereur, ni eontiîe rempire^ jTai seulemenl obéi aux .ordres de mon sCigileurcfti! se trouve dam la ville, et je Pài servi avec ûdé+ilé. S'il avait plu h mou seigneur de eombatlrc avec t(û contre ses con« cltoreûs, je l'aurais servi avee la mémo fulélilé; et V dusses-tu me faire nrracher les yeux , je le servirai encore conïme je pourrai. » tïne telle lldélilé, qtïi n'élûit pas éloignée d'un senliment ser^ife, dlunc aveugle obéissance et d'une dép€!ildancc volontaire , plut à rempereur : il laissa les yeux au jeune homme , lui donna la libcrté,*et lui permit de ramener en ^iile les deux malheureux qui étaient aveuglés [Z).
Qnatre mois s'élaient écoulés dans ces actes d'hostilité sauvage et destructive. Dans ce temp^ il ne s'était rien passé du côlé des villes confédérées de lu Lombardie; toutefois il est moralement impossible qu'elles ne se soient point inquiétées du sort d'Alexandrie , ou qu'elles aient contemplé avec indifléreuce la lutte soutenue autour des murs de celte ville. - On se sent plutôt incline à présumer qu'elles agirent de concert avec les habilants d'Alexandrio; que, toujours allehlivcs i\ rélat des
choses, elles tinrent continuellement à leur disposition des ^afmes et dès convoie; afin de edurir^à leu^aide au premier cri de délfeswse. Les villes u^avaient ni srolddts ni vassaux ; leurs ressort reeseofisistaient dans leur propre forteresse', leurs forces dans la vigneur destrasdc leurs citoTcus. EHes ne cherchaient donc pas les dangers par témérrté , mais épargnaient les hommes, évitaient les occasions périlleuses, ménageaient I argent et le sang, jusqu'au momT»ni où un plus long retlird aurait été trahison envers- la cause de la liberté. Vraisemblablement elles étaient convenues a^ec les habitants d'Alexandrie que ccux-«ci retiendraient et occifiHîrnîent rempereur aussi iougtemps que possible^ aiin que sou armée fût affaiblie, découragée par Jes rrgïïeurs de la saison, 'les privations et les fatigues, et qu'elles-mêmes; arussilùt qu'il serait nécessaire, rafarchement rapidement contre lui avec des troupes fraîches. La suite des événements appuie cette conjecture. ■ • '; « . .
Au comuiencement du mois de mars Wlli^ Alexandrie envoya des dépotés aux villes alliées, et les somma de commencer fa guerre eonti*c rempereur; uon pas^ ù ce qu'il imrait, qu'elle fût elle-méine épuisée, mais parce qu'elle regardait l'armée impériale conmie lelk'meiit fatiguée, démoralisée, qu'une bataille rangée paraissait devoir être livrée contre elle en rase campagne èans grand péril. Les villes résoluiH?nt de marcher- aussitôt. Dès le milieu dii même mois, lefe premières troupes, bien armées, bien équipées, exercées, parurent à Piacenza, ville qui avait été désrgnée pour la réunion générale; et, en pou de temps, il s'était rassemblé (le six nombreux bataillons, fournis par ijiiinzp ^ill('s, qu'ils n'hésitèrent pas à se mollre auNsilôl en marche pour Alexandrie. Durant (rite marche^ des hostilités furent excnéos contre le territoire de Pavie, ce qui sans doute ralentit les mou\ements. Le dimanclîo dos Hameaux, 10 a\ril, l'armée établit un camp dans le voisinage deTortona, à en\iron deux milles allemands d'Alexandrie.
Cette apjHoche de l'armée ennemie jeta l'einpereur dans un grand embarras. A ce moment il avait mené presque à son achèvement un grand ouvrage dont il attendait, non sans raison, la conquête d'Alexandrie. Lue mine souterraine a\i^it été conduite avec un si profond silence et une telle habileté jusque dans