ELECTION ET COURONNEMENT DE DEUX
mSTOIRÈ DÛ PtJJftk ÀLtËlWAND.
ROIS ^ PHIUFPB LE WAIBLINGEN ET OTTO IV LE WELF,
De )'ân Ud7 à Tan 1198.
Pendant que les événements ci-dessus racontés^se passaient à Rome ou s'accomplissaient plus loin par l'action du nouveau pape; tandis qu'Innocent III jetait chaque jour ses regards plus loin, négociait avec l'impératrice veuve, Gostanza, pour ramener la Sicile sous la suzeraineté du siège apostolique , ou travaillait en Toscane pour arriver enfin à la possession de l'héritage de la grande marquise Mathilde; tandis qu'enveloppant aussi le Teutschland par sa pensée, il cherchait à se faire rendre compte de tons les complots qui se tramaient dans ce pays afin de conserver partout les intérêts de l'Église, le Teutschland était aussi en de grandes agitations. Quand le duc Philippe revint d'Italie, il lui sembla, d'après ses propres expressions, que la patrie était comme une mer battue et soulevée par tous les vents ; et il dut s*effrayer à cet aspect. A qui appai*teuait-il d'opposer une digue à ces vagues mugissantes, sinon à ce jeune prince? Il fit ce qu'il put. Il écrivit aussitôt à tous les princes de l'empire alors dans le Teutschland , afin qu'ils se rattachassent au fils de son frère l'empereur Beinrich, qu'il savaientdéjà élu pourroi, auquel ils avaient prêté serment de fidélité ; déclarant que lui-même était prêt à se charger de la tutelle du jeune roi , à laquelle il avait des droits naturels et légitimes, jusqu'à ce que Friedrich fût parvenu à l'âge où il pourrait gouverner vigoureusement l'empire. En même temps il les invitait à se rendre auprès de lui à Haguenau , aux fêtes de Noël , pour délibérer sur les affaires publiques.
Mais à cet appel répondirent seulement les fonctionnaires et les feudataires de ses domaines; à;peine vit -on en outre quelques princes et barons. Une grande partie de ceux qui se dispensèrent de venir étaient sans excuses; d'autres auraient pu en donner de diverses natures. Quelques-uns déclarèrent que l'élection du petit Friedrich ne pouvait être prise en considération; qu'elle n'avait pas été libre; qu'on s'y était déterminé seulement pour ne pas attirer la colère de son père; que l'on avait bien prêté un serment de fidé-
lité , mais que ce serment était sans force , parce qu'alors le petit Friedrich n'avait pas encore été baptisé. D'ailleurs un enfant n'était pas propre à gouverner Tempire , et il ne convenait ni aux princes ni à l'empire romain de rester sans souverain et sans empereur. Il parait que l'assemblée de Haguenau adhéra aussi à ces raisons. Philippe put donc se convaincre qu'il lui serait impossible de maintenir la cause de son neveu, et il sut se résoudre d'autant plus facilement à travailler pour luii)ièroe. En effet il put bien croire que, si oa laissait de côté le petit Friedrich, personne plus que lui n'était autorisé, obligé à solliciter l'empire. Frère du dernier empereur, fils de l'avant-dernier, il était de la race que l'on appelait royale , et put bien être salué par des flatteurs et de fidèles serviteurs comme souverain héréditaire (4). Il était en possession de tous les ornements, de tous les symboles impériaux (2) qui autrefois étaient rarement livrés , et qui plutôt avaient déterminé l'élection en faveur de celui entre les mains duquel ils se trouvaient. D'ailleurs nul prince de l'empire ne pouvait se glorifier d'une aussi grande richesse en terres et en objets, ni d'une puissance aussi considérable que celle dont il jouissait. Enfin il ne pouvait se dissimuler que, s'il ne réclamait pas le trône et ne protégeait pas de cette élévation ses terres et ses possessions , il descendrait facilement au rang des derniers vassaux de l'empire : car, dans ces temps où spolier c'était gagner , c'était acquérir , il ne manquait jamais d'âmes pleines de convoitise, ni de mains prêtes à s'étendre et à saisir. Contre la maison des Uohenstaufcn s'étaient élevées de grandes passions nobles ou condamnables , et bien des regards avides étaient dirigés sur les vastes possessions de cette maison. Il fut donc résolu que Philippe et ses adhérents essayeraient désormais leur influence sur les princes dans un autre sens, afin que dans une nouvelle assemblée une décision pût être prise.
Cependant deux autres assemblées furent tenues, l'une préparée par un prince invoquant son droit, l'antre déterminée peut-être par les instigations de Philippe; et ces deux réunions amenèrent des décisions si importantes, que plusieurs autres qui peuvent avoir été prises avant ou après celles-ci perdent, pour ainsi dire, toute signification. L'archevêque Adolphe de
Cologiie, qiii oroytlt àtoir gagné Tarcheréque Jean de Trêves ^ soutenait qu'à eux deux appartenait la direction de Télection noyale, sans doute parce que Kunrad de Wittelsbach, arebevèque de Slayence, se trouvait encore dans la Terre-Saiikte. Il se concerta donc à Andemach avec l*arcbevèque de Trêves , avec le duc Bernard de Saxe, avec d'autres évêques, comtes et seigneurs influents (3). Lui-même était comme la tête, comme Tàme de rassemblée. Issu d'une grande famille de Westphalie, il se distinguait encore par une intelligence rapide ^ une rare souplesse , de sorte qu'il était soupçonné de subtilité et même de ruse. Quant à l'ambition et à l'avidité, il était comme tous les autres. Nul autre siège épiscopal dans le Teutscbland n'égalait le sien pour la puissance et les richesses. Cette prépondérance avait été acquise par le prédécesseur d'Adolphe dans rarchevêché, par Phi<- Ijppe, à l'époque de la chute de Heinrich le Lion» comme on Fa déjà raconté : car Philippe avait toujours été disposé à prêter son assistance à l'empërèur Friedrich dans la lutte contre Heinrich. Malgré les faveurs dont il le combla en cette occasion ^ l'empereur n'avait pas acquis la bienveillance et le dévoùment de Philippe. Le prélat avait au contraire conçu une haine profonde contre l'empereur, parce qu'il en était venu à croire que Friedrich se proposait, après le triomphe définitif, de lui arracher ce qu'il lui avait accordé avant la victoire. Il s'était donc refusé à prêter le serment de fidélité au fils de Heinrich VI , au petit Friedrich. Ce fut seulement plus tard , quand il vit que le pape Célestin ne tentait rien , que nul prince teutsch ne bougeait, ni ecclésiastique ni séculier , qu'il se décida enfin à prononcer le seroient. Mais le nouveau pape Innocent III paraissait disposé à faire valoir ce que Célestin avait négligé ;*le moment semblait arrivé d'arracher enfin le trône aux Hohenstaufen. L'archevêque Adolphe dirigea l'assemblée d' Andemach dans ce sens. Il fut décidé que le duc fierthold de Zseringen , dont les dispositions hostiles ne pouvaient être un objet de doute pour personne, serait élevé au trône des Teutschs. Pour l'exécution de cette résolution , l'on fixa une nouvelle réunion à laquelle devaient être invités Berthold lui-même et tous les princes de l'empire. L'on devait se rassembler à Cologne dans la dernière semaine de février , afin que U sesôon pût être ouverte le 4*' de mars.