‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 54 sur 165 · COMMENCEMENT DE LA LUTTE ENTRE EUX · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE LA LUTTE ENTRE EUX

De l'an 1198 à Fan 1199.

On peut tenir pour certain que le pape Innocent avait été informé avec exactitude de tous les événements du Teutschland aussi rapidement que le permettaient les distances. Mais il composa son attitude comme s'il ne se souciait guèr du Teutschland. On ne trouve dans les relations aucune trace qu'il ait cherché en aucune manière à influer directement ou indirectement sur la marche des choses; et même renvoi deFévêque deSutri dans le Teutschland pour relever le duc Philippe de TexcommunicatioD, dans le cas où le prélat n'aurait amené que certaines réclamations qui ne paraissent pas s'être écartées de la justice et de l'équité, cet envoi pouvait bien s'interpréter comme si le souverain pontife avait voulu ne pas même opposer un obstacle à ce prince par l'interdit de l'Eglise. D'un antre cété, il continua de montrer dans les affaires spirituelles le même zèle dont il avait fait preuve dès son avènement au saint-siége : il poursuivit Fœuvre qu'il avait entreprise pour relever et accroître Ja puissance et l'autorité de la chaire apostolique, pour lui rendre toutes les possessions, tous les droits et les pouvoirs qui avaient appartenu à l'Eglise romaine, ou lui acquérir la jouissance de ceux qu'elle avait réclamés. En même temps il embrassa de ses regards pénétrants l'état des églises de tous les pays chrétiens, et leurs affaires furent traitées avec un grand zèle. Le vieux Célestin , prédécesseur du pape actuel, par crainte ou par faiblesse, s'était abstenu d'examiner maintes causes qui appartenaient à sa jnridic|ion, et en avait ajourné d'antres qui avaient été portées devant le saint-siége. Par l'effet de la négligence , il y avait eu interruption , accumulation de besogne et désordre. Innocent se montra de plus en plus résolu à faire cesser l'encombrement, à déblayer, à tout rechercher, à reprendre, à décider, et de la $orte à i^êtablir

msTonuB DU pecple alleuand.

l'ordre , et par Fordre à augmenter, à fortifier la puissance du siège apostolique ; au contraire, il parut ne pas s'occuper de la grande affaire qui agitait tout le Teutschland. Mais pourquoi aurait-il cru nécessaire de se hâter? Â voir comme les relations s'arrangeaient en Teutsch • land, ou plutét se décomposaient, il pouvait attendre en toute assurance que l'on s'adressât à lui de tous les points , et que l'on déposât entre ses mains pins de pouvoir qu'il ne serait en état d'en saisir lui-même.

Cependant y il n'y a point de doute , on fut tout d'abord résolu fermement à refuser la couronne impériale au prince Hohenstaufea Philippe , et non moins décidé à ne jamais le reconnaître comme roi des Teutschs. A Rome courut le bruit que le pape avait dit que Philippe lui arracherait la tiare, ou que lui-même abattrait la couronne royale de la tête de ce prince. En supposant que ces paroles ne soient pas sorties de la bouche du pape , le propos put se former d'après le son de la voix, l'attitude et les gestes du pontife, toutes les fois qu'il était question de Philippe. Le pape cherchait aussi à nourrir la haine qui vivait dans tous les Romains , dans tous les Italiens , contre la maison des Hohenstaufen ; car, lorsque fut revenu à Rome l'archevêque de Salerne, ainsi que les comtes et les seigneurs que Heinrich VI avait traînés de la Fouille dans le Teutschland, et que Philippe avait mis en liberté sur la demande du pape , présentée par l'évêque de Sutri, Innocent exposa ces infortunés privés de leurs yeux devant tout le peuple romain, et ce spectacle lamentable fit une impression profonde et souleva une horreur générale. Mais le pape commençait déjà à se frayer la voie dans laquelle il se proposait de marcher quand le temps d'agir serait venu. 11 se mit à faire des préparatifs pour se mettre en état d'opérer des résultats selon les circonstances ; mais il affecta de régler tous ses mouvements d'après le sentiment du devoir qui lui était imposé comme au chef de l'Eglise, au successeur de l'ApAtre ; et l'on ne peut contester que son activité ou ses temps de repos ne se laissassent interpréter par ce profond sentiment du devoir, s'il n'avait rien su de l'état des choses dans le Teutschland. Mais comme le trône de l'empire germanique était vacant , ce qu'il n'igorait pas ; que Philippe , l'odieux Hohenstaufen , aspirait à ce trône , qu'il paraissait gagner de plus en plas

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les princes teufschs , et ne trouver de résistance déclarée qa'anprès de quelqnes-uns sealemeot , l'on ne peut se défendre de penser qu'un bomme si pénétrant, si habile et si ardent, crut savoir par d'babiles combinaisons mettre tout ce qu'il fit et entreprit en accord avec ses plans contre Philippe; que le sentiment de ses devoirs de pontife fut sans doute échauffé de temps en temps par ses projets contre Philippe et la maison de Hohenstaufen. 11 suffit de citer un seul fait.

Innocent avait envoyé Tévèque de Sutri dans le Teutschiand avec la mission de révoquer cooditionnellement l'anathème de TÉglise qui pesait sur le duc Philippe. L'évèqne avait révoqué Fanathème , mais avait porté une atteinte grave à ses instructions , à ce que soutenait Innocent. Néanmoins le pontife ne rappela pas Tévéque; le légat resta encore plus d'une année dans le Teutschiand , se souciant si peu du manquement aux ordres du pape, qu'à la première faute il en ajouta une seconde. Il assista au couronnement du roi Philippe à Biayence , et releva cette solennité comme plénipotentiaire du pape, y joua même un rôle comme assistant de Tarchevéque de Tarentaise. Et maintenant seulement» quand Philippe congédia enfin l'évèque qui revint à Rome, la colère du pape éclata contre le prélat faible et débonnaire. 11 blâma la révocation de l'anathème, quoiqu'il en eût recueilli le prix; il blâma aussi la participation de l'évèque au couronnement, le déposa de ses fonctions et le relégua pour la vie dans un cloître sur une lie.

Cette conduite présentait an moins un aspect équivoque. Le long silence du pape avait abusé Philippe et les princes teutschs, même Tarchevèque Adolphe et le jeune Otto. Les évoques teutschs furent épargnés^ et se seraient facilement excusés quand bien même ils eussent joué un rôle actif au couronnement de Philippe. L'évèque de Sutri , au contraire, reconnaissant trop tard son erreur, fut sacrifié, et, en le repoussant. Innocent se réserva de faire usage à Tavenir de l'excommunication contre Philippe.

Lorsqu'il se trouvait entre les mains de l'empereur, le roi Richard d'Angleterre n'avait obtenu aucune assistance du pape Célestin, malgré les instances pressantes de sa mère pour que le saint-père employât toutes les forces de l'Église, et il n'avait recouvré sa délivrance I

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qu'à l'aide de grosses sommes partagées entre l'empereur et le duc Léopold d'Autriche. En jouissance de sa liberté , il n'oublia jamais cette extorsion , ni les mauvais traitements auxquels il avait été exposé, lui soldat du Christ, et pourtant il ne parait pas avoir beaucoup médité sa vengeance. Il avait coutume de ne pas se retourner pour regarder ce qui était une fois derrière lui ; mais, après que Philippe Hohenstaufen eut été reconnu comme roi par la plus grande partie des princes teutschs, et que le Welf Otto , son neveu , eut été invité par d'autres princes à venir se faire élire dans le Teutschiand au mois de mai de cette année , alors Richard envoya l'évèque de Lisieux et le prieur Garner à Rome , porteurs d'une requête au saint-père tendant à ce qu'il pût poursuivre par tous les moyens qui seraient en son pouvoir, sur les héritiers de l'empereur Heinrich et du duc Léopold , la restitution de la rançon que ces deux princes lui avaient violemment arrachée. Comme héritiers, il signala le duc Philippe de Souabe, et Léopold, second fils du duc d'Autriche, qui s'était saisi de sa personne, dont le père Friedrich avait trouvé la mort en Terre-Sainte. Innocent accueillit cette prière avec la plus grande bienveillance. 11 protesta de la sympathie la plus sincère pour le roi , reconnut que la réclamation était juste et honorable; il promit aussi de faire tout ce que l'équité demandait, autant que son devoir de souverain pontife le permettrait^ se plaignant seulement de ce que scn devoir ne permeU tait pas tout ce que l'équité réclamait. Il loi annonça qu'il avait déjà écrit au duc Léopold, mais qu'il ne pouvait encore adresser de lettre au duc Philippe, car la prudence conseillait d'agir autrement envers ce dernier qu'à l'égard du prince autrichien; il avait en effet appris que certains changements s'étaient opérés dans la situation de Philippe : expressions qui faisaient allusion sans doute à l'élection du prince Oohenstaufen comme roi des Teutschs. Au duc Léopold d'Autriche il avait écrit : « que chaque chrétien savait quels outrages son père avait fait endurer au glorieux roi d'Angleterre à son retour de la croisade; que ces outrages seraient une honte pour l'Ëglise romaine tant que satisfaction n'aurait pas été donnée an roi; que lui , Léopold , avait juré solennellement à son père mourant de restitue]; au roi l'argent qui lui avait été arraché , mais qne cela n'était pas

HISTOmE BU PEUPUS ALLEMAND.

moom àrrhré { en cMBéqueiuMr , 11 rèxhortait dâosItSeigDêni^^ et 1« imposait pour la rémisiiM dt*s6s pébbéft, pour son propre salut et pooTiOeliil de Vàme de -son père , de restituer Mins retard l'argfint au- roi Riobard , et 4e lui faire»*]» tatisfaetions ooBvenabies. En même leiiips il lui^faifait sarveîr iqu'H avait donné élisiiOll^à l'ansbevèquei de Salzbourg) en cas dsntodssiléi, de- le oontitiinditeià l'accomplisseui&Qt de^tteréelafflationpaf rexcommuniealloii> contre sa perionne, et Tinterdit sur ^es domaiiea» » Tel était le bref à Léopoldi En liiégae temps Innocent chargea l'archevêque de MagddMufg, ^i a? ait,' non pas certes à Tinsu dtt iptipev&vo^'rt 1^ plus activement rélectien dn Philippe è Erfiirt oa^btershausen^ ou plutèi:41 kri enjoignit' rigoofdnseDient' d^m^ uester. sév^ment tendue àe Souabe-eedeie pfafasepivfvmientf ata qu'il restituât an mi Riebard' VÉrgent que Veiipet*e«r Heinridi VI t?ait enlevé à «e 'monarque; L'archevêque dénie faire<saVDiv'«a<dtte^que'}epape ne laisselMiit< >pas tette vaffairo eni suspen» ^- mais qu'il medraii-à «afentiod' eoMna le duc même et contre IwÉtatB du dnc^c» qui étadt juste et ce qu^^iigeailiBOii «devoir apostolique. Qui pour- Mlt'>niéeottnaUr0que:«ett«idémaréhe du pape d«Ds(.00i moment ^)>non««eQlement contenait Itna ibtte ipmiw dé 'See sentiments envers VUlippe .; -mais aussi que sa (conduite^ était Uenicalculéa pour jeter immédiatement Mn- O0rtitnd•Y^la'^vte9'û^spif^^ la léserte parmi 4eg fanbans du* duo de Sonabe^ et offrir pour Vavenlr' ce^lalaB motifs à remploi du pâorain pantitcal^Ani oreilles da duc d'Anlvieh#^ (fA si'étAit' déclaré pour Philippe , on' fit grander les foudres de' l'Eglise^ qui furent reftriMff entne les laakis de l'archevêque de Salzbourgs qai avait également voté en faveur de MiKppei Dësortequ'on' piège était jeté sotis las pas dés deux princes temporel et spirituel , at qoe A lear» pas n'étaient pas ^chaînés , du moinft Finqoiétude ijparalysail leurs mouvementé. 'Au roi nouvellement ^lu , Philippe de ■dheastaufsn , le pape n'écrivit pas , soit qu'il H^eeorààt pas que ee prince fût' déclaré relevé de- l^^soommunieation*, soit qu'il craignit de ipronaiicttp prématurément ou d'indiquer ce rejet de Philippe hors de l'Eglise; mais il donna l'ordre à rarehevêque de Magdebourg) qui tvak figuré en Sëae parmi les partisans de Philippe, de lui déclarer & quin le pape était

décidé. Et 'ees< résolutions^ Phtlfi^pe etrafcbe^ vêqae de Magdebourg pouTaient lés apprendre en Autriche et à Salzbourg. Peut«>>être ce fut en partie par l'effet de ces épitres du pape qu'aa couronnement de Philippe à Mayence aucun évêque teutsch n'osa jouer un rêle actif , aucun paraître revêtu de ses ornements pontificaux. Le roi Pbî}ippe**Auguste de France était un AuxiHaire aussi zélé qu'important de la causé des Hofaenstaufen. Par sa vie don^stique, il avait donné un scandale au monde t six an» auparavant, il avait épousé une princesse danoise, IngebUrg, fille de Waidemar I*", sœur de Knud VI , qui n'était pas moins distinguée par la pureté de ses* mœurs, sa modestiei^ et toutes les qualités d^un noble «œùr, que par sa jeunesse et sa beauté. Après la nuit des noeëb , il avait repou^ la jeune femme qu'il avait recherchée avec les appareaeeside la passion , quMl avait couronnée en grande pompe , et l'avait de plus en pins éloignée de lui avec tous les symptémes d'unerépugnànce réelle on affeetée. La cause de cette conduite- ind^e d'un prince , grossière jusqu'à rinbumanitè , n'est connue de personne (4) ;tnais les sympa*> thies de tous les honnêtes gens se tournèrent vers rinfortnnée qui , enlevée de sa patrie , arrachée à ses parents , transportée dans 'un pays étranger, sur le trône duquel «lie était destinée à briller, en communication de pensées avec quelques personflbs à peine, ne pouvant se faire comprendre que de quelques serviteurs, devait passer les plus beaux jocir^ de sa vie dans la solitude et les larmes. Néatàmoins le roi persista dans sa conduite , et alla plus loin dans la voie du péché. Devant une assemblée d'évêques présidée par son onde rarchevéqne de Reuns , Ton prétendit prouver, à Taide de fhusses déclarations et de faux témoins, que Philippe était trop prodie parent d'ingebuiig pour qu'il pût , en sûreté de conscience , rester avec elle en rapports matrimoniaux , et , sur ces preuves mensongères , l'assemblée rompit le mariage contracté entre Philippe et Ingeburg. La princesse fut transportée dans un cloître ; mais , dans l'excès de sa douleur sur ce traitement outrageant et sur l'iniquité des prêtres éhontés, elle informa son firère de tout œ qui s'était passé , et s'adressa en même temps au pape. Son frère, le roi Knud, trop ftdble pour se venger par l'épéé , eut recours aussi bu ' pape; beaucoup d'évêques, d'abbés et d'autres

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