CHAPITRE VI
CONTINUATION DE LA LUTTE ENTRE PHI- LIPPE ET OTTO. PREMIÈRE INTERVENtion du pape innocent dans ce debat.
— situation des deux partis a l'Égard du pape.
De Tan U99 à Tan 1200.
Le pape Innocent gardait toujours le même silence. Aux anciens motifs de réserve était venu s'en ajouter un nouveau. L'impératrice Costanza , veuve de Heinrich VI , après la nnort de son époux , avait fait couronner comme roi son fils Friedrich, lorsqull fut arrivé en Sicile. Mais bientôt, considérant les maux sans nombre qui pesaient sur le pays, et redoutant les pas* sioDS atroces que la conduite cruelle de Heinrich avait soulevées de toutes parts » elle s'était adressée au nouveau pape , sollicitant de lui l'investiture du royaume pour son fils mineur. Voyant Costanza reconnaître que le royaume de Sicile appartenait de droit et de fait à TÉglise romaine. Innocent était cassez disposé à conférer riovestitore ; mais il demanda que divers privilèges ecclésiastiques , conférés jadis par ses prédécesseurs Adrien IV et Clément III aux rois Guillaume P' et Guillaume 11 , fussent abandonnés. La négociation traîna donc en longueur. Costanza avait cédé , l'acte était rédigé, quand Timpératrice veuve mourut, un an et deux mois après son époux , le 27 novembre de Tannée 4498. Avant sa mort, elle avait confié son fils à la garde de quelques ecclésiastiques ; mais pour la tutelle supérieure elle avait choisi le suzerain du royaume, le pape Innocent : car eue avait bien prévu que dans TaOreuse dissolution de l'État son fils Friedrich périrait inévitablement, s'il n'était sauvé par la puissance du sî^e apostolique et l'autorité d'un tel pontife. Innocent se montra digne d'une semblable confiance; il se chargea de la tutelle , appliqua son intelligence et son énergie aux affaires de Sicile, et fit ce qu'il put pour montrer au monde que le
jeune orphelin royal , à la place de la mère qu'il avait perdue, avait retrouvé dans la sainte Église une autre mère qui saurait l'élever et le protéger même au milieu des circonstances les plus difficiles. Le problème n'était pas facile à résoudre. A la nouvelle de la mort de rimpératrice, le duc et sénéchal Markv^ald, chassé de toutes les possessions dont Heinrich VI avait récompensé , honoré ses services, reparut sur la scène, espérant maintenant trouver un théâtre favorable pour satisfaire ses furieux désirs de vengeance et de domination. 11 se montra dans la Fouille (4), soutenant qu*il avait été appelé par le testament de l'empereur au gouvernement du royaume et à la tutelle du jeune roi. En peu de semaines il eut réuni autour de lui des forces tellement imposantes, qu'il semblait en état de faire valoir ses prétentions, et que la terreur se répandait au loin parmi les Italiens , qui se rappelaient sa férocité impitoyable : car tous les Teutschs qui avaient reçu de Heinrich VI des fiefs dans ces contrées se rangèrent autour de lui avec leurs hommes , et tous ceux qui jadis avaient combattu sous lui , mais qui s^étaient dispersés çà et là, fondant maintenant des espérances sur le nouveau tour que prenaient les choses, accoururent à son appel. Mais Innocent fit face partout au terrible ennemi. Avec un zèle admirable il eut recours à toutes les armes, et déjoua tous les complots de Markwald , ne s'épargnant ni peine ni dépense. A l'épée il opposa ï'épée , à la ruse la prudence, à la fourberie la fermeté , à la bassesse le mépris, et une formidable excommunication assurait un double résultat aux moyens par lui employés. Mais si les efforts du pape suffisaient à troubler, à contrarier les manœuvres de Markwald , ils ne pouvaient dépouiller cet homme de son audace inouïe. Markwald passa en Sicile, s'unit avec les Sarrasins de cette île, qui redoutaient la domination du pape, et ne trouva parmi les grands barons de l'Ile qu'égoïsme , perfidie ,. trahison ; dans les classes inférieures, que lâcheté , indolence et teiteur. 11 lui devint donc possible, au moyen d'audacieux coups de main et d*une conduite impitoyable , sinon de se faire maître de l'île, au moins d'y ébranler tout pouvoir, toute force publique, et d'amener un état contre lequel échoueraient longtemps même les armes avec lesquelles le pape était forcé de combattre. On comprend qu'en de telles conjonctures
BISTOniB MJ VEm£ AIUMAND.
hmoeeil ait ébœrvé en silence lés affaires dtf Teotseblaaé; «Cette réeerre devait lui «être d'as* taM'pliis à charge^ qo'îl. a¥aift ? la feme ceo* Tietîo», eiinoft saas motif, qae le.rDi Pbilipfie était d'aœofdaveolfarkwald : il cédait à l'em** ^eides^kcODsiaaees. tJn noaTel iiieideat lui ^oona'peta*tast.it féilécbir. Ain Aïoie d'avril de dstlt année » ie roi Riebard d^Angleterre, appât etveféged^Otlo^ trouva la mort devant^ le cbè-* leau de. GhohiB^Cbabrol y en GayeiHie. Ce cof»p it «11» grandeiflâf ressioa sar les partis daa» le Teoiscblaiid* L'iaquiétiide agita l-iin ^ Tespolr 96 saisit ide l'autre* Le frère el soceesseï» 4e Richard, leanypronil d'être poiu sonAeveu coiqtf avait été Riohard ; il fit assarer aa pape *i pat une amba^ade spéciale , qn -il risquerait çeaproprea États pour mener la cause d*Otto à ineheareBse fin» Mais Jean était bien ditféreni daeon Irère; il n'ayait de eosmanavee lui que renpoctement >des passions, ;sa«s la noUesse 4« courage; c'était an "homme dépourvu 4e toute 8eDsâ>ilité , sans ventu, et sur la 'parole duquel il ne iallait pas oompler. Après laaort de ^ott onele, Otio «éerivit au papa avec, une eeniaaoe apparente : ««Par l'assistance de ]>ieii et de votre. gsAce f je me trouve dans des .cir«ooBstaneea avtfnts^seS', et jamabma cause a'a été en meitlear^ état que maintenant w » Mais ilagissaitainsi pour 'montrerian papefu'il n'avait pas affaire avecnn homme pusillanime ) peat>étre ausâ pour' ne pas trahir la moindre défiance * aux yeus de ses adhérents, qui poursnient bien avoir connaissance do oes lignes ; et enQn aussi, en vue des éventualités de sa lettrev £t pourtant il ressort de cet écrit même qu'il n'étail pas rempli d'espoir y car il ajouta : « Dietf m'est tànoin que depuis la mort de mon tmcle y le roi Richard , vous êtes ma seule consolation et mon uoique appui ; mais j'ai la fermer assurance, que y tant que' vous serez dis^ posé -en ma laveur,, ma cause prospérera , et qu'avec Faide de Dien elle sera mepée & une bonne' fin , conforme à* tous mes vosar. » Maie si le fils de Heinrich le Lion restait inébra»** lableyceux' qu'il regardait et qu'il devait regfloder comme ses amis comniençaient à fléchir, et à calculer les chances. L'archevêque Adolphe de Cologne .lui-même, le provocateur des troubles, se mit à pencher alternativement d'un o6té onde l'autre, Il se montra ai tiède ou si'dontoUi qu!il' donna lieu à de maavaîs fropee^snr sqs. intentions» • Lorsque OttO( lui
' parut être privé de tonte assistanee terrestre et bamaifliBf alons lai vint taidivament; la pnï* dente réflexîonrqneseul il naponvait tenir ^lôte à tous'les^ pnAees.^^'il nepojAvaitjeul décider du sort de l'empire romain , en tdépit des yo< lontés unanimes de ces mêmes princes ; et, en jetant les yeux sur le parti opposé , il lui de* vint évident qu'Otto n'acquerrait jamais l'empire, à moins que Bien, qui donne les raynomes delà terre à quiet quand il lui.platt, ne le. favorisât par des miracles (2).
Au milieu de telles circonstances. Innocent ne crut pas devoir se prononcer d'une manière positive; il lui sembla qu'il valait miens montrer qu'il n'oubliait pas le Teutschland , et qui! ne restait pas indifférente la marche des choses. Le 49 du mois de mai, il adressa en consèfsenee une lettre: à l^cbe^êqueide Goiogaeet à beancoop d'antres princes des dette ordres, qui lui «fment .«Mmieé l'éiectioii et le emwomf nement d'Otto, oo ideslfaels il espétaat «a moins «qu^ik ne se (rangeraient pas dii>pa0ti de Philippe; Il remercie les princes de VamiMBUrfe et<deto lettre par laqlmller île t'eut ieioBBiéde l'élection •«() du courennement de son; bieft^aimë file en lésus-Christ, l'oet^rié et ceninK^fee son autorité ^apostoliq» ee qui evaitété lait, et d'appeler k roi éfatà neœvoir la ceerenee impériale. Il avait accaetlK ettimté-afeo mttance les députés j pour l^hoenenfde Vi pire et paroonsidéralion pour enset iprar Cite; aussi étaît-âl disposé à^ lEsire stoeèrement , aei tant qu'il^le pouvait^ avec l'aide de Dievvtontoe qui serait sosceptiMe' de profiter à rhennenr et aux intérêts d'Otto ; car il esptoiit qnfen bon prince catholiqu<ô , il persisterait dass le ns* pect que ses aneétres aivaient toujonfs montré à l'Eglise romaine, et qu'il apphfitefait loue ses soins à la servir. De ces expressions , aiee quelque précaution qi^'eUes eussent- été. dmir sies, ressortait déjà que le choix #Otle -était agréable* ... :
Maistses sentiments se manifestent d'une manière bien plus évidente dansu» aoti*o bref qu'A adressa saoisdéuteen même tempe à tous les princesduTeutscliland, ecdésiasliîfnesouieéen* Uers, quoique dane finteneieii apparmlede les'détouraeride I'esprtt'depsurti,<et de les ef horter au calme < et : à l'unbn-j La- discorde^ disait le pape , qui s'étaitélevée siâr l'empire, ie pénétrait d' une idonlenr profonde : earil ne se preposatt neitemcnt: de tPahaiMor ^ eomniB le
UV. XXV,
pfétaDdtteAt qadques calosmiateiirs, mais de le* relavcTé AI avait sotuveut réfléchi^ il a^ailmèaie fréquemment délUiéré a^ec^ses frères (3) et d*atttrès kumes iatellig^ts sut les moyens de par- ?eiûr à nn accommodement de la querelle* On liii avait proposé d'examiner attenti^remeat les sentiments des électeurs et les mérites des élus, pour donner ensuite sa* décision apostolique. Oa (disait de Tun qu'il avait été élu. par le plus grand nosabire, et qu'il avait en sa possession les in$igo.es.impériaqx v mais on oppo^it , d'un autre côté , qu'il n'avait été couronné ni par la personne ni; dans le lieu imposés par la loif qu'il s'étaitarrogé l'autorité sans prendre l'avis du si^ apostolique; qu'il avait été élu roi, courbé encore souple poids de l'anathème de l'Église,-^ qu'à un tel candidat, d'après lés principes des Pères, aucune obéissance n'était due, fialgré le serment de fidélité; qu'il était d'aiUeunsxontraire ù la liberté de l'empire de prétendre à T^aulorité suprême en vertu du droit héréditaire; qœsi le frère maintenantsuccédait au frèfe , comme on avait vu précédemment le fils sBccéderau .père, e'enétait fait de la liberté des princes , attendu que le candidat dont il s'agissait paraîtrait prendre en main les rênes do gouvernement, non point en: vertu 4u choix des électeurs , mais d'ajûrès la loi de succession; enfini, que Ton avait rt^ppelë contre la famille da candidat l'oppressipp des églises et des prinees ; ce qne lui, souverain poptife, voulait )>ien passer .^ous silence, pour éviter toute.àpparenee de rancune et de persécution^ En faveur du candidat opposé, on avait dit qu'il avait été couronné par la personne compétente et dan» le lieu convenable; mais il avait été répondu qu'un moindre nombre de princes suivait son parti. Mais lui , le pape , pour l'honneur des, princes teutschs , n'avait pas voulu entrer dans ces propositions et ces raisons; il les exhortait plutôt paternellement , avec la parcrie apostolique , à toujoocs avoir Dieu de* vant 1^ fewL, k nes'occwper que de l'honneur de l'empire, afin que sa dignité ne fàt pas anéantie et sa liberté perdue^ et pour ne pas détruire par l'entretien de la discorde la sou* veraunté impériale qu'il leur appartenait de conserver; qi^e, s'ils agissaient autrement, lui le pape y en raison des grands périls attachés au retard , donnerait l'adhésion apostolique à celui ^., selon ses observations, serait soutenu par |m «MiHetxs sentiments et les plus grands mé-
CBAP. VI;
rites; car, dans ce temps , Fempire avait besoin d'un roi vertueox et vaillant, et l'Église ne pouvait et ne voulait pas se passer plus tongr temps d'un défenseur juste et attentif. Une le^ir faisait cette déclaration à l'avance quepour restreindre leur liberté, leur dignité et leur pouvoir, mais .afin d'enlever les aliments à la discorde, à la lutte; car, s'ils élisaient un Toi qu'il ne pourrait ensuite couronner empereur , il en résulterait de nouveaux égaremeois qui deviendraient bien plus grands que les.anciens* Et, pour leur faire comprendre plus clairement son opinion et ses conseils, il. leur en voyait son fils bicnraimé , son acolyte, qui possédaitsa confiance entière et celle- de. sqs; frères^ et au^ quel ils pourraient eux-mêmes s'en remettre
avec une pleine sécurité, .!
Mais , ajvaat que ce légat et ces lettres pussent arriver dans le Tcutschland, Philippe et »les princes qui se rattachaient à lui avaient^adressé au souverain pontife «des- lettres éeritea seu» lemoot quelques jours .plus tard que celles d'innœent. lis ne, comparaissaient pas devant le saint-père, comme l-avaient fait le roi Otto et les siens, sollieiiant l'approbation. aposto* liqoe de l'élection et Tinvitatioa à. recevoir la cotironne impériale; maïs ils se présentaient, conformément à Fattitude des Hobenstaofen 4 l'égard du siège apostolique, dans leur indét pendasceet le sentimentale leur, sopériorité, réclamant, comme un droit , et n'implorao^ pas comme une. faveur ce qa'ils voulaient oIh tenir du pape.CaT) maintenant que.le roi Richard était mort, et que les adhérents d'Otto dans le Teutschland paraissaient abandonner sa cause comme perdue,. se croyant isûrs. du triomphe, ils pensaient sans doute pouvoir* se considérer et agir en vainqueurs*. Toutefois Philippe, comme les princes, employait les formfss du langage poli et composé auquel om était accoutumé en parlant aux papes. Philippe déclare au saint^père qu'H a reçu avec bieii^ veiUanceson léga^, Tévêquede Sutri^ ainsi que son compagnon, et il s'excuse de ne pas les avoir congédiés plus têt ; qu'il n'a pas agi ainsi parce qu'il aurait désiré informer, par ces ent voyé$,.le saint-père du résultat de ses affaires, et lui exprimer ce qui serait avantageux à l'Église et à l'Empire. Maintenant il n'avait plus de réserve à observer, car, par la bonté de Dieu, son honneur avait grandi , pris les proportions convenables, et ce qni jusqij^alors lui avaitfaft
opposition était maintenant abattu et en son pouvoir. 11 priait donc le pape et réclamait de lui d'accorder pleine confiance aux paroles des deux hommes revenus du Tcutschiand. Philippe crut ne pas devoir aller plus loin. L'épitre des princes était rédigée de même, dans un style froid, aigre même, presque menaçant, lis avaient , disaient-ils , la forme croyance que la bonté apostolique écouterait volontiers et accomplirait ce qu'ils proposaient et demandaient en équité. Aussi pensaient-ils devoir annoncer à lui, le pape, que, réunis en grand nombre, ils avaient élu légalement et solennellement leur illustre seigneur Philippe pour empereur de Fempire romain. Quelques princes s'étant opposés à réquité, ils n'avaient pas été rassemblés jusqu'ici pour délibérer sur les affaires de l'empire; mab maintenant ils venaient^ de concert avec leur seigneur le roi Philippe, de tenir une diète solennelle à Nurnberg (4), afin de prêter à leur seigneur, sous la direction de Dieu, une assistance telle, que personne n'osât repousser son autorité, ni dans Temph'e, ni dans les domaines qui avaient été en la possession de son frère. Ils priaient donc instamment le pape de ne pas lever la main pour porter atteinte aux droits de l'Empire , comme ils n'endureraient pas que le droit de l'Église fût amoindri ou violé par personne. Le pape pouvait accorder son adhésion et sa bienveillance dans une grande mesure à leur excellent seigneur, et daigner favoriser son honneur et ses intérêts de telle sorte que l'injustice ne l'emportât pas sur l'équité, et qu'au contraire l'erreur et le mensonge fussent soumis à la vérité. Ils priaient spécialement le pape de témoigner sa bienveillance apostolique à leur ami bien-aimé, au fidèle serviteur de leur maître le roi Philippe , à Markwald , marquis d'Ancône , duc de Ravenne, lieutenant pour le royaume de Sicile , sénéchal de la cour impériale, et, selon qu'ils l'espéraient dans leur confiance en Sa Sainteté, de n'accorder aucun secours aux adversaires de leur seigneur, attendu que sous peu de temps ils se rendraient à Rome avec toutes leurs forces , sous la conduite de Dieu , afin d'obtenir le couronnement impérial avec toute la solennité voulue pour
leur seigneur.
Les envoyés chargés de cette correspondance durent se rencontrer en route; probablement l'envoyé pontifical chargé du bref pour le
Teutschland le fit porter dans ce pays , et revint à Rome, accompagnant les messagers tentschs; car on ne trouve pas qu'il soit fait mention de l'arrivée d'OEgidius dans le Teutschland ; et quoique Ton ne voie pas non plus qu'un bref du pape ait donné lieu à une négociation , ait produit même quelque impression , un peu plus tard pourtant Innocent se réfère à ce bref. An contraire, les lettres de Philippe et de ses adhérents doivent avoir blessé profondément le pape: car cette froideur, cette indifférence et ce dédain qu'ilsmanifestaient, étaient nécessairement intolérables pour un homme comme Innocent, enflammé de son zèle et dominé par son orgueil. Cependant une circonstance particulière apaisa un peu sa colère avant qu'elle n'éclatât. Dans le temps même où les lettres parveDaient au pape, l'archevêque de Mayence, Kanrad, revenant de la Terre-Sainte, arrivait à Rome. Cet homme , dévoué avec la même ûiélité aa saint-siége triomphant ou dans la détresse, toujours ferme au milieu de toutes les vicissitudes des choses , riche en grands souvenirs, respectable par son âge, et très-influent sans donte dans tout l'empire à cause de son siège archiépiscopal , le premier du Teutschland à cause de sa noble origine et de ses alliances de famille; cet homme jouissait d'une haute considération auprès du pape. Innocent avait longtemps ressenti douloureusement l'absence de ce prélat du Teutschland au milieu de circonstances si difficiles. Avant de faire partir son bref à Otto et aux princes de l'empire , il avait écrit à l'archevêque Kunrad , en Terre-Sainte, incontestablement pour l'engager à revenir en Europe, dans sa patrie, afin qu'il put jouir de ses conseils et de son assistance. Il n'avait nullement prétendu le sommer de revenir, mais son désir était assez clairement exprimé. « Quand la barque de saint Pierre était ballottée par les flots, que les vents et les vagues s'élevaient contre elle; quand les rois et les princes de la terre s'étaient dressés contre lui et le christianisme , tu es resté ferme, attaché , cramponné au màt , prêt à la mort et à la captivité , ne craignant ni les menaces de l'empereur, ni les pièges , ni le bannissement. Maintenant les flots se sont ababsés , le vent est favorable, la mer est calmée, Pierre vogue sans crainte sur les vagues de la mer; qui pourrait te séparer de l'amour du siège apostolique ? Ohl certes, ni la persécution, ni l'ép^, ni lafaim^ ni