‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 59 sur 165 · CONTINUATION DE LA LUTTE ENTRE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA LUTTE ENTRE

PHILIPPE ET OTTO. — *- DECISION DU PAPE EN FAVEUR d'OTTO.

De l'an 1200 à l'an 1301.

Quatre ans auparavant, le roi^ Bêla III de Hongrie était mort avant d'avoir été en état de remplir son serment de croisade. 11 avait laissé le royaume à son fils aine Emerich, et chargé le cadet, André, d'acqnitter son vœu , en lui léguant l'argent nécessaire pour l'exécution de l'œuvre pieuse. Mais André, jeune homme audacieux , dont Tàme était moins tournée vers le ciel qu'attachée aux grandeurs de la terre, employa l'argent à former une force militaire avec laquelle il méditait d'arracher à son frère une partie du royaume. Il s'éleva donc entre les deux frères une lutte pleine d'alternatives qui dura plusieurs années, jusqu'à ce qu'enfin André fut forcé de quitter le royaume. Il s'était dirigé vers Vienne , aûn de trouver refuge et assistance auprès du duc Léopold d'Autriche; mais il avait ainsi attiré les armes de son frère par delà les frontières de la Hongrie, sur le territoire autrichien , tandis qu'en Hongrie étaient restées des semences de nouveaux troubles et de nouvelles qu^felles. Cet état de choses parut grave au pape Innocent; il pouvait encore ajouter à la confusion du Teutschiand , si les hommes pieux qui se rendaient en Terre- Sainte continuaient à prendre la route de la Hongrie, et il pouvait de plus être très-nuisible à une nouvelle croisade, dont le pape poursuivait le projet avec ardeur, et pour lequel avaient été gagnés beaucoup d'hommes, principalement en France. H avait donc chargé l'archevêque de Mayence, pendant le séjour de ce prélat à Rome , d'arranger les affaires de Hongrie après la paciGcation du Teutschiand. Lorsqu'il n'y eut plus rien à faire dans le Teutschiand, au moins pour le moment , Kunrad se rendit en Hongrie, et là il put se féliciter d'un plus heureux résultat. 11 réconcilia facilement les frères ennemis , les amena facilement aussi à jurer qu'ils accompagneraient la nouvelle armée de croisés en Terre-Sainte, et à promettre de confier, pour le temps de leur

absence, le gouvernement de la Hongrie an duc Léopold d'Autriche. Après ce succès , le digne prêtre repassa la frontière. Mais à peine l'avait-il franchie , que les deux frères , aa mépris de leur promesse et de leur serment , retournèrent à leurs anciennes querelles , peut* être avec d'autant plus d'emportement que l'archevêque avait su aussi déterminer le duc Léopold à la croisade. Quant à l'archevêque , il ne revit plus son siège , et peut-être à sa satis* faction; il mourut à Passau.

A peine le cadavre fut-il arrivé à Mayence , dans le mois de septembre , et eut-il été enseveli avec grande pompe en présence du roi Philippe , qu'éclata sur la tombe même cette malheureuse discorde qui déchira tout l'empire, pénétrant dans tous les cercles , dans les campagnes, dans les palais, dans les chaumières. 11 s'ensuivit une double élection pour le siège archiépiscopal, le pins élevé dans l'empire. Ceux qui adhéraient au roi Philippe, ou s'en laissaient imposer par son voisinage et sa puissance, se déclarèrent pour l'évoque de Worms, Lupold de Scbœnfeld. C'était un seigneur magniûque, doué de belles facultés d'esprit et de toutes sortes d'agréments extérieurs ; mais en même temps c'était un homme dur, orgueilleux, plus propre à manier l'épée qu'à prêcher l'Évangile, impitoyable dans la guerre, inactif jusqu'à l'indolence dans la paix. Il avait secondé très-volontiers les cruautés de Heinrich VI dans la Fouille , et croyait ainsi avoir de justes droits à la faveur dont Philippe l'honorait. Mais il ne paraissait pas à tous les yeux digne du siège archiépiscopal. Quelques-uns des seigneurs du diocèse, en très-petit nombre à la vérité, quittèrent la ville de Mayence, parce que Télection n'était pas libre en présence de Philippe , et se rendirent à Bingen. Plusieurs vassaux de l'église de Mayence les accompagnèrent ; une partie des bourgeois de la ville les suivirent à Bingen. Ils élurent le prévôt de l'église de St-Pierre de Mayence , Sifrid ou Sigefrid , soit qu'ils eussent une confiance particulière en ce pieux personnage, ou dans la famille d'Eppstein , à laquelle il appartenait, soit qu'il ne se trouvât aucun autre candidat sur lequel ils pussent diriger leur choix. A la nouvelle de cette élection, Lupold marcha sur Bingen avec des troupes, afin de se saisir dé son adversaire, ainsi que de tout le parti qui s'y rattachait. Le projet ^houa. Sifrid fut en

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BISTOmt DU PEUPLE ALLEMAND.

ffwà danger; mais il écbaippa heureasement ^ et m rendit auprès du roi Otto^ qui Taccueillit amicalement et lui conféra les régales de Tarcbevêdié de Uayence , de même que Philippe co dota Lupoid. IMentôt^ avec l'assistance d'Otfo, soutenu par les forces nécessaires , Sifrid se trouva en état de revenir à Bingen. 11 s*em* para de cette place par la force des armes > et beaucoup d'adiiéi'eats de Lupoid tombèrent BnifQ ses mains*

Au moment même où se passait cet événe*ment, le pape Innocent paraissait se soucier jfeu des affaires du Teutschland. Depuis que le danger dont le roi Otto avait été menacé à la diètji) de Boppard s'était dissipé, le pontife avait fait à peine quelque chose qui méritât une attention sérieuse. Et dans le fait il ne pouvait plus suivre ses anciens errements : ses exhortations étaient épuisées; on aurait ri de ses menaces, s'il avait voulu les répéter encore une

ipis ; il lui fallait donc attendre une occasion ayorable. Cependant, dans l'intervalle qui se* pare la diète de Boppard de la double élection deUayence, pendant plus d'une année ^ il ap'^ parpt que la cause d'Otto, sans avoir fait de progri^ , n'avajit pas non plus reculé ; que lui« mémp, plus pauvre en ressources qu'auparavant , au milieu des hésitations de ses adhé- )*pnts, |)Q se regardait pas comme perdu, et gue dans )a guerre il se maintenait à peu près sur le mèm^ pied , perdant un prince aujour- 4'hui, G^ gagnant un autre demain; il n'y avait donc aucun motif pour l'abandonner. Innpcent fit aussi unq nouvelle et grande épreuve de ses forces et de l'efficacité do ses moyens, de sorte qu'il put bien concevoir la confiance qui) sa décision définitive ne serait r^çue ni avec dédain ni avec indifférence.

Ainsi qu'on l'a déjà rappelé, le pape avait envoyé un légat en France , pour annoncer au XQ\ Philippe- Auguste que s'il n'éloignait pas de lui sa compagne Agnès avant l'expiration d'un iQois , pour reprendre sa première et légitime ^pquse répudiée', Ingeburg, et la tenir à ses câtés, l'honorer comme reine et comme femme, tout leroyanmp serait frappé d'interdit. Mais il «[^ était resté aux menaces ; le roi ne s'en était pas soucié, les prélats ne s'y étaient pas soumis, Ip légat n'avait pas accompli ses ordres. Innocent laissa d'autant plus volontiers passer les choses, que le légat, en ménageant un armistice entre les rois de France et d'Angleterre ,

pouvait légitimer sa mission. Mais, dans Taatomne de l'année 4 409, après la mort du roi Richard, après que le roi de France eut fait des démarches auprès du pape en faveur de Philippe de Hohenstaufen , lorsque la tentative d'accommodement de ranîhevèque de Mayence eut échoué, et que la Cause du Welf Otto paraissait menacée de toute sorte de périls, alors le pontife en reprit la défense , et sut excuser ses hésitations précédentes aussi habilement que justifier son ardeur subite. Il inaugura le renouvellement ou la poursuite de son intervention par un bref rempli d'onction , adressé à tout le clergé de France. « Notre esprit est agité d'inquiétude ) notre cœur tremble de douleur. Nous craignons, dans l'affaire du mariage de notre bien^aimé fils en Jésus-Christ, Philippe, roi des Français , de nous écarter à droite ou à gauchci et de donner ainsi lieu à paraître re* chercher la faveur d'un homme plus que celle de Dieu ; et nous nous appliquons avec uti soin mêlé d'angoisses à suivre la voie droite en face du roi , car, en raison de notre grand amour et de notre bienveillance extrême pour lui, nous croirions nous blesser nous-méme en lui. » Après de longues périodes déroulées dans ce sens , suit l'ordre de prier^ d'exhorter, de presser le roi ^ afin qu'il s'éloigne du péché et retourne à la vertu, sans quoi Tintenlit sera sans retard prononcé contre lui. Et parce que Philippe alors, comme auparavant, persista dans ses sentiments , n'écoutant ni exhortations ni avertissements , se consolant facilement de tout dans son amour pour Agnès, le légat pontifical convoqua un concile à Dijon pour le 6 décembre. Dans cette assemblée il prononça l'interdit. Au commencement de la nouvella année, cette sentence fut proclamée publiquement et mise à exécution dans toute la France, en exceptant à peine quelques cantons : car les ecclésiastiques redoutaient la colère du pape, et obéissaient en tremblant. Mais l'excommunication ne suivit pas ; et d'ailleurs la menace n'en avait pas été faite contre le roi, ni contre sa seconde épouse, ni contre les provocateurs et les fauteurs du scandale , les courtisans , ni contre personne. Grégoire YII n'aurait pas agi ainsi; il aurait abattu un coupable avec ses foudres, et eût épargné le peuple. Innocent ménagea le coupable , et ne se fit pas scrupule de déchaîner des calamités épouvantables sur tout un peuple; car la vie entière de ce teinpe repo*

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sait sur la religion , était prise en tons sens par des pratiques religieuses. L'homme était con* sacré par la religion en entrant dans le monde, il passait dans réternité {\) avec le sceau de la religion ; tous les jonrs de plaisir y trouvaient leur point de repos , tous les jours de tristesse leur consolation. La suppression de la vie publiquement religieuse était comme une destruction du sol sur lequel les hommes se tenaient; avec les fêtes religieuses disparaissait toute joie. La France ressemblait à une grande maison de deuil , où la lumière du soleil ne brillait plus. Le roi Philippe-Auguste s'effraya peutêtre d'un tel effet ; mais sa passion était trop forte, et le regard de son infortunée Agnès, alors enceinte, alluma en son àme une violente indignation contre le monde des prêtres qui produisait cette immense désolation. Dans Temportement de sa passion, il exerça des violences sur les prêtres de son royaume, qui pourtant n'étaient que les instruments et non pas les inotenrs du pontife de Rome. Bientôt il ne borna pas ses violences aux ecclésiastiques; elles s'étendirent aussi sur les vassaux laïques , sur des grands et des petits , même sur les bourgeois des villes et les hommes des dernières classes ; car tous lui paraissaient complices du pape, parce que tous gémissaient sur le malheur qui pesait sur la France , et que lui-môme paraissait y avoir attiré» Mais une telle fureur devait bientôt s'épuiser. Le roi ne trouva plus de serviteurs de sa volonté, plus d'instruments de ses caprices. Lui-même était malheureux » et la femme objet de son amour était arrivée au plus haut degré de l'infortune. Avant l'expiration de huit mois , Philippe- Auguste abandonna la lutte , au moins en apparence. Ck>mme toutes les tentatives pour gagner le pape échouèrent , il se courba devant la volonté de fer du prêtre énergique, dont la main pesait lourdement sur lui. Sa seconde épouse fut éloignée, pour aller bientôt, brisée par la douleur, descendre dans la tombe ; la première fut rappelée comme reine à la cour de Philippe. Si le roi, ne pouvant maîtriser encore son ancienne impétuosité , se tordit en tous sens , il lui fallut pourtant, pour le moment , se résigner à reconnaître tout ce que le pape exigea de lui. Hais ce qui ne put jamais être arraché par la force ^ l'inclination et la sympathie étaient bien loin de lui.

Dans ees &it3 1 comme dans la première ia«

tervention du pape au sujet du mariage ûa rcd de France, on peut douter si lui*mème, comme il rassui*e , agit simplement pdr devoir apostolique, ou si, dans sa conduite, il ne dirigea pas aussi ses regards sur les circonstances du Teutschiand, et s'il ne considéra pas sa situation relativement à la maison des Hohenstaufen. Toutefois, si l'on réfléchit à l'hésitation précédente du pape dans cette affaire, comme s'il avait oublié ses propres ordres , et que son intervention subite , sans motif particulier, eût été amenée par la circonstance même; si l'on considère l'état des choses dans le Teutschiand au moment où il agit de nouveau , cette fois encore il est difficile d'écarter cette pensée que, dans le triomphe sur le roi de France ^ il avait eu aussi une victoire remportée sur Philippe de Hohenstaufen , et qu'il avait espéré, par les malheurs de la France, ébranler les princes teutschs qui prétendaient se rattacher à Phi^ lippe. Les actes d'un tel homme se tenaient et formaient un ensemble ; rien n'était isolé. Pai^tout il ne voyait qu'un seul objet. La cause d'Otto lui tenait sans doute plus au cœur qae celle de la reine répudiée Ingeburg. Une suite d'années avaient passé sur les mauvais traitilments subis par cette princesse; elle avait trouvé des consolations dans la prière et le dévoùment ; elle ne pouvait se relever à côté de son époux que sur l'abaissement et la flé^ trissure d'une autre femme non moins Innocente, et elle pouvait difficilement attendre à côté de Philippe une vie pins supportable qu'elle ne l'avait trouvée dans la solitude du cloître; Thonneur et l'autorité du saint^iégè enfin ne paraissaient pas en péril ^ puisqu'il ne pouvait ni prévenir ni venger tous les actes de rigueur, d'injustice et de cruauté. L'issue de la querelle dans le Teutschiand, an contraird, paraissait ne pouvoir rester sans résultat pont tout le monde chrétien. Si le prince Hohenstaufen l'emportait, d'après les vues du pape, le siège apostolique était en péril ; en supposant même que le saint-siége n'eût rien à cramdre^ suivant tous les calculs humains ^ les plans d'Innocent III étaient fortement menacés : et aux yenx du pape , ses propres projets , le siège apostolique et le salut de l'Église étâietit com* pris dans nne seule et même cause. Si au coû« traire Philippe était éloigné de rempurO) d'après la situation des choses, un grand ébranleiaeiiS ne pouvait être déttranié qae par le moyta

d'Otto. Mais, de quelque manière que ces rapports puissent être jugés , les événements de France étaient bien propres à remplir le pape d'une confiance orgueilleuse, et à lui donner la conviction que devant son pouvoir, fondé sur la croyance des hommes de ce temps , nul liomme ne pourrait maintenir une opposition durable.

Au moment même où Innocent pouvait être arrivé à cette confiance et à cette conviction , survint la nouvelle de Télection contradictoire du siège archiépiscopal de Mayence. Cette élection -paraissait ouvrir une autre source d'infortunes et de troubles; la division dans l'Empire pouvait amener la discorde dans l'Église. Cette nouvelle, qui sans doute causa une émotion bien pénible à Innocent, dut le pousser à une résolution d'autant plus prompte que désormais il devait définitivement choisir Tun des deux rois et rejeter l'autre. Innocent se déclara sans détour contre Philippe, et il le fit dans un écrit où se trouvaient exposés les motifs de sa décision , avec un développement qui était maintenant à peine nécessaire.

Dans cet écrit , rédigé au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit , il établit premièrement comme incontestable le droit qu'il réclamait. « Il est connu , dit-il , que l'empire romain appartient d'abord et en dernier ressort au fiiége apostolique, parce qu'il a été transféré par lui, et à cause de lui, de la Grèce en Occident; que le saint-siége a opéré cette translation dans l'intérêt d'une meilleure défense; enfin , parce que l'empereur obtient son élévation du souverain pontife par l'imposition des mains : car c'est le successeur de saint Pierre qui le bénit , le couronne et lui confère l'empire. » Ensuite, afin de paraître sans partialité, il rattache l'élection de son pupille , le petit roi Friedrich de Sicile, à laquelle on pensait encore à peine dans leTeutschland, àTélection des ducs Philippe et Otto, et pose en principe qu'à l'égard de chacun de ces trois élus il faut considérer trois choses : ce qui est admissible, convenable, salutaire. Appliquant d'abord cette règle à Friedrich, il prétend que tout parle pour lui; il a été librement élu ; les princes lui ont spontanément et unanimement prêté serment de fidélité ; on ne peut admettre de doute sur ce point. 11 paraîtrait inconvenant que le pupille du siège apostolique fût exilé de Tempire justement par ce siège qui devait le protéger dans son droit*

Une telle exclusion ne pourrait être non plus salutaire; car il était à craindre que l'enfant repoussé , une fois devenu homme , ne montrât plus au saint-siège le respect qu'il lui devait, qu'il ne le combattit au contraire par tous les moyens, et ne lui arrachât le royaume de Sicile. Mais à CCS considérations pouvaient en être opposées d'autres plus graves encore. Le serment était illicite, l'élection irréfléchie; car les princes avaient choisi une personne inhabile , un enfant de deux ans à peine , qui n'avait pas encore reçu le saint baptême. L'on ne peut s'arrêter à l'objection que le serment était licite selon l'opinion de ceux qui le prêtaient; car,. encore bien qu'ils élussent un enfant pour empereur, leurs vues étaient non pas qu'il régnât aussitôt, mais seulement quand il serait parvenu à l'ûge voulu par la loi. Mais comment pouvaient-ils prononcer sur l'habileté? il était possible qu'ils eussent élu un fou , indigne de la moindre fonction. Supposons qu'ils eussent présumé qu'il dût régner seulement quand il serait devenu capable de gouverner l'empire, et que jusque-là le père dût veiller aux intérêts publics ; il était survenu un événement qui annulait la validité d'un tel serment , la mort du père. Comme l'empire ne peut être administré par un lieutenant, que l'on ne peut élever un empereur éventuel en expectative, que l'Église ne peut et ne doit se passer d'un empereur , il parait licite de veiller sur l'Empire au moyen d'un autre. Mais il ne convient pas non plus que Friedrich règne. Comment celui qui a besoin d'une direction pourrait-il conduire les autres? comment protéger le peuple chrétien, s'il est lui-môme placé sous une protection étrangère? Il n'importe pas qu'il ait été refnis à notre appui ; il nous a été confié non pour que nous lui fissions acquérir l'empire , mais afin que nous défendissions pour lui le royaume de Sicile ; enfin il n'est pas salutaire qu'il obtienne l'empire. Par là le royaume de Sicile serait réuni à l'Empire , et cette réunion seule jetterait le trouble dans l'Église : car , sans mentionner d'autres dangers , Friedrich , une fois revêtu de la dignité impériale, refuserait le serment de fidélité et de service à l'Église pour le royaume de Sicile, comme avait fait son pèi'e. On objecte que s'il apprend que l'Empire lui a été enlevé par l'Église, il pourra se livrer contre elle à des offenses , à des attaques. Mais une telle supposition ne peut être nn argu-

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ment solide ; car il no pourra jamais dire avec vérité que la dignité impériale loi a été soustraite par l'Église, puisque c'est son oncle Philippe qui a saisi non-seulement lempire , mais son héritage paternel , et qui ourdit encore des trames pour s'emparer des possessions maternelles , pour la défense desquelles rËgUsc romaine n*épargne ni efforts ni dépenses.

Ainsi était traitée la question relative au roi Friedrich. lia même règle s'appliquait également à Philippe. Innocent met en face les arguments qui militent pour et contre Philippe ; mais tout se trouve dans le précédent récit ; le pape ne produit rien de nouveau. Pour Philippe y dit-il , on peut exposer qu'il n'est pas licite de combattre son élection , attendu qu'il a été choisi par le plus grand nombre des princes et les plus éminents ; qu'il serait inconvenant aussi de le rejeter, car , son père et son frère ayant persécuté l'Eglise, son rejet paraîtrait une vengeance. Son rejet n'était pas non plus salutaire : Philippe était un si puissant seigneur» que le repousser ne serait rien moins qu'opposer le bras à un fleuve. Mais ces raisons seraient combattues par d'autres d'une plus grande importance. Philippe avait été élu encore sous le poids de l'excommunication lancée contre lui par le pape Gélestin , et qui n'avait pas été révoquée par Tévèque de Sutri. Il était le provocateur des iniquités de Markwald, que le pape Innocent avait frappé à coups redoublés des anathèmes de l'Eglise, ainsi qae ses fauteuils. En outre , Philippe était parjure ; car il avait prêté serment de fidélité à son neveu , et néanmoins prétendait à l'empire. En admettant même que ce serment en luimême fût illicite, néanmoins Philippe n'aurait pas dû le rompre spontanément; son devoir alors était de s'adresser au siège apostolique. Ainsi il était bien permis de résister au prince maudit et sacrilège. Et cela était convenable aussi; car si, comme précédemment, le fils avait succédé au père, maintenant le père venait an pouvoir après ce frère , et l'empire, qui doit être conféré librement, paraîtrait héréditaire. Enfin il était salutaire que le pape s'y opposât; car Philippe était un persécuteur, et descendait d'une race de persécuteurs. Si donc le pape n'opposait pas de résistance à ce prince, il armerait un furieux contre lui-même, et lui mettrait dans la main une épée qui serait suspendue sur sa propre tête. Comme toos les rois

de sa famille, Philippe avait déjà persécuté l'Église , et par Markwald il persistait dans la persécution. Si de telles choses étaient arrivées lorsque la moisson future était encore en germe , qu'en serait-il donc s'il obtenait l'empire?

11 en était tout autrement d'Otto. On pouvait bien dire qu'il avait réuni peu de voix; que sa reconnaissance paraîtrait venir de la haine du siège apostolique contre Philippe ; que son parti déclinait, était faible. Mais de ceux auxquels l'élection de l'empereur appartenait avant tout, il s'en trouvait autant, et plus peut-être, de son côté que de celui de son adversaire. En de telles circonstances, la capacité et la dignité de la personne élue devaient être prises en considération autant que le nombre des voix; dans les électeurs , il fallait tenir compte de l'utilité, de la résolution, autant que du nombre des voix. Mais Otto était par là plus valablement appelé à gouverner l'empire que Philippe; car le Seigneur châtie les péchés des pères jusqu'aux troisièmes et quatrièmes membres, sur les iils qui le haïssent, c'est-à-dire qui continuent les péchés des pères : et Philippe continuait les péchés de ses pères. « Par ces motifs, ainsi conclut le pape, nous ne croyons pas devoir insister pour que l'enfant obtienne aussitôt l'empire; mais nous rejetons absolument la personne de Philippe (2), et nous ne souffrirons pas qu'il se saisisse de l'empire. Au reste , notre légat doit agir auprès des princes, afin qu'ils se réunissent sur une personne capable , ou qu'ils se soumettent à notre jugement et à notre décision ; faute par eux d'adopter l'un ou l'autre de ces partis, nous nous voyons obligé de nous déclarer publiquement pour Otto , de le reconnaître comme roi , et de l'inviter à venir recevoir la couronne impériale. »

Cette déclaration fut probablement rédigée dans les premiers jours de l'année ^20^ ; car deux brefs auxquels on s'efforce de la rattacher sont signés du 5 janvier de la même année. Le premier est adressé aux archevêques de Cologne, de Salzbourg, de Brcmen, de Trêves , et aux suffragants ainsi qu'aux princes séculiers dans ces diocèses; enfin au chapitre et aux suffragants de l'église de Mayence , ainsi qu'aux princes séculiers dans cet archevêché. L'autre est adressé en masse aux princes spirituels et temporels du Teutschland* Dans au-

cun de ces écrits i\ n*cst fait mention de la déclaration sur laquelle nous venons de nous étendre; ils sont en général du même style; ils contiennent les mémos raisons, les mêmes exhortations. On y voit seulement cette addition : que le pape a résolu d'envoyer dans le Tentschland le cardinal Guido , évèque de Pûlestrine , comme légat du siège apostolique, et avec lui maître Philippe , son notaire ; qu'il â aussi chargé le cardinal Octave, évoque d'Ostià, qui se trouve en France comme légat du siège apostolique , aussitôt que les affaires de ce pays le permettront* de se transporter également dans le Teutschtand ; que les propositions des évêques teutschs seraient écoutées |tar les deilx évoques, ou par l'un d'eux seulement , et que ces derniers leur feraient connaître ses volontés, ainsi qu'aux princes temporels. Les ecclésiastiques du parti d'Otto reçoivent donc Tordre de se trouver là où les légats les appellent; tous les pi*inces, ecclésiastiques et séculiers , sont sommés de bien àceueillir et de bien traiter les légats , de recevoir avec humilité Iciirs avertissements , et de suivre fidèlement leurs conseils. Il est donc pfésnmable que le légat Giiidoetson compagnon lUattre Philippe furent expédiés aussitôt avec les trois écrits pour le Tentschland, et qu'ils étaient chargés de remettre les deux brefs à ci?ux auxquels ils étaient adressés , de prendre î*espôce de thèse principale pour base de leurs négociations, et de la produire comme attestation des pouvoirs à eux confiés , dans le cas où Ton mettrait en doute que le pape leur eût donné les instructions qu'ils s'efforceraient d'exécuter.

Mais maintenant tout est obscur. Nous ne savons rien de Tarrivée du légat dans le Teutschland ; rien de ses tentatives isolées auprès des princes , ou de la convocation d'une assemblée. H n'y a aucune trace de l'influence du légat sur les affaires du Tentschland, à moins que sa seule apparition n'ait excité Otto et ses adhérents à une nouvelle activité. Du moins Otto conduisit, à ce qu'il parait, dans le printemps de celte année , une armée au delà du Rhin , remonta le Mein , et poussa jus-

3u'à Wurlzbourg. Malgré celle entreprise, l'état es choses put paraître au légat si confus et si désespéré, qu'il regarda comme entièrement vaine la tentative d'amener un accommodement. 11 informa donc peut-être le pape qu'il

n'y avait plus rien à faire avoc des exhortations

à la concorde; rien à espérer non plus du simple rejet de Philippe et du jeune Friedrich ^ attendu que l'on se réunirait aussi peu pour l'élection d'Otto que pour cdle de tout autre prince ; que si sa mission obtenait quelque ré^ sultat , alors le souverain pontife ferait mieux de se prononcer nettement pour Otto. Car, avant que deux mois se fussent écoulés depuis le départ de Rome du légat, le pape lança deux nouveaux brefs , dans lesquels , mettant un terme à l'incertitude , il reconnaissait le Welf Otto comme roi légitime des Teutschs.

Le premier, adressé au roi Otto, commence par ce déroulement de périodes de rhétorique auxquelles Innocent se montre en général trèsdisposé. A l'aide d'interprétations forcées soi les deux grandes lumières que le Seigneur a placées au ciel pour régler le jour et la nuit , et sur l'image de Grégoire YII, il arrive à montrer la nécessité d'un empereur pour la protection de l'Église, et enfin à conclure que lui-même ne peut s'abstenir plus longtemps de prononcer dans le débat. Ensuite Otto est rappelé aux pieux sentiments du plus digne de ses ancêtres , l'empereur Lothaire , de son père et de son aïeul, et des rois d'Angleterre, dont il descend également. Puis sont exprimées les espérances que le pape fonde sur lui. Enfin il ajoute : « Ce qui est arrivé par nous de favorable à ta cause , ce qui arrive encore et ce qui arrivera dans l'avenir, conserve-le fidèlement dans ta pensée , afin de ne point paraître oublieux ou ingrat, de poursuivre énergiquement l'honneur et l'exaltation du siège apostolique , et de reconnaître pleinement la bienveillance de ce pouvoir, qui, lorsque tes forces étaient entièrement épuisées, ne s'est pas refroidi dans son amour pour toi, ne t'a pas délaissé dans le malheur, mais au contraire t'a soutenu , élevé , jusqu'à ce qu'il pût te conduire au but de tes désirs. Attendu que, de l'avis de nos frères, nous voulons tellement honorer ton altesse , que nul prince temporel ne puisse jamais être élevé plus haut, en vertu du pouvoir qui nous a été confié en saint Pierre par le Dieu tout-puissant, nous t'adoptons comme roi, et nous ordonnons que les honneurs royaux te soient rendus, que l'obéis* sance te soit prêtée. Nous voulons aussi , aussitôt qu'auront été remplis envers toi tous les devoirs exigés par la loi et la coutume) ia-

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yitët ta magnifi^enûe royale et recevoir la couraone de Tempirc nnoaid , et, sous l'assistance de DJeU) avec les mains de notre boniilité, nous te la ))oserons sur la tôto. Nous exhortons donc ton altesse royale dans le Seigneur à placer ton espoir en celui qui, rejetant Saiii , choisit David pour roi , et (i te montrer digne fils, de sotie (Jo'il puisse être dit de toi : «J'ai tronvé un homtoe selon mon cœur. »

Dans la seconde pièce, adressée aux princes réunis du Teutschland , Innocent dit : qu'il avait longtemps espéré qu'eux-mêmes mettraient fin au mal de la discorde ; qu'il leur avait écrit, les avait exhortés, avertis, que rien n'avait fait ; on ne s'était conformé à ses prescriptions ni en paroles ni en actes. Les efforts de l'archevêque de Mayence avaient été stériles ; enfin il avait envoyé un légat avec de pleins pouvoirs ; tout cela vainement. En conséquence il avait enfin reconnu comme roi son très-cher fils en Jésus-Christ, Otto, et ordonné que les honneurs royaux lui fussent rendus; il l'appellerait, ainsi qu'il convenait , à la cou-^ ronne de l'empire , pour la lui poser solennellement. (» Ainsi, concluait la lettre , nous vous avertissons dans le Seigneur, et vous enjoignons, pour la rémission de vos péchés, de vous conduire envers lui avec respect et humilité comme envers votre roi , et de lui prêter l'obéissance royale. Si vous vous efforcez de suivre sagement et respectueusement nos salutaires exhortations et nos avis, qui partent d'un cœur pur, de la bonne foi et d'un dévoûment sincère^ nous servirons de nos efforts, avec ce roi et en sa faveur , l'honneur et l'élévation de l'empire; de même que lui aussi , nous l'espérons, travaillera, de concert avec nous et pour nous, à servir les intérêts , l'honneur et l'exaltation de l'Eglise ; de sorte que de nos jours la royauté et le sacerdoce prennent l'accroissement désiré an moyen d'un mutuel appui.

Ceux qui se rendent à nos exhortations, à nos conseils, à nos ordres, peuvent compter sur notre intervention auprès du nouveau roi pour leurs honneurs , leurs dignités et leurs possessions. Nous travaillerons avec une sollicitude paternelle même en faveur de Philippe, pourvu qu'il accorde à l'Eglise une pleine satisfaction , et nous servirons avec ardeur les intérêts de son honneur et de sa fortune. >

En même temps le pape Innocent adressa encore quantité de lettres partieulières h des

CHÀF. TH.

princes teutschs ^ à des ecclésiasiiques ) à des laïques, qu'il pouvait espérer avec vraisemblance gagner & Otto ^ faire passer à son parti, ou y attacher fortement. 11 chercha aussi à agir dans ce sens sur les rois de France et d'Angleterre , de même que sur le clergé de ces deux pays. Toutes ces lettres non-seulement témoignent du zèle du pape pour son protégé, mais trahissent aussi une certaine inquiétude qui s'était emparée de l'âme du saint-père. En effet, lorsqu'après des hésitations si longues, le pape s'était enfin prononcé en face du monde chrétien en termes clairs et précis, il devait s'appliquer surtout à maintenir sa décision et à la faire valoir. Son sort et celui de son siège semblaient être attachés à l'issue du grand débat ; au moins personne ne pouvait prévoir quelles conséquences frapperaient l'avenir, si sa parole était méprisée, si elle était tournée en dérision devant le monde et la postérité. Pour échapper à ce danger ou l'amoindrir, il employa tous les moyens ; il essaya d'émouvoir, de convaincre, de gagner quiconque pouvait servir son but, s'efforçant au moins de faire que celui qui n'était pas avec lui ne fût pas non plus contre lui. On ne peut guère citer les lettres isolément; elles ne renferment pas de raisons nouvelles, et ne donnent pas non plus de nouvelles explications. Mais on ne peut remarquer sans admiration avec quelle habileté Innocent savait trouver dans chaque prince le point par lequel il pouvait être pris plus facilement, avec quel art il lui présentait les avantages qui résulteraient pour lui d'une adoption résolue du parti d'Otto. Et s'il n'atteignit point partout le but qu'il poursuivait, si sa parole ne produisit point la forte impression sur laquelle sans doute il comptait, il exerça pourtant çà et là une influence momentanée ^ calmant l'un , fortifiant l'autre ; ébranlant ici^ jetant là le désordre ; en sorte que l'équilibre parut se rétablir entre les forces imposantes da prince Waiblingen et le faible pouvoir du Welf. Pendant que toutes ces lettres étaient remises à leur adresse, le légat Guido, évêque de Palcstrine, avait une conférence à Troyes avec le cardinal Octavien , légat du pape en France. De là maître Philippe et l'acolyte OEgidius furent envoyés , avec des extraits des lettres, à Otto, pour s'entendre préalablement avec lui sur ce que le pape voulait faire assurer au saint-sîége et à rÉglise« Ces dépatés eurent

une entrevue le 8 juin avec le roi à Neass. Otto accorda tout ce que l'on exigeait de lui ; et ces satisfactions résultaient du serment qu'il avait prêté. Tel est le serment : « Moi, Otto , par la grâce de Dieu roi des Romains, et à jamais auguste , je promets , j'assure et je jure , à toi monseigneur le pape Innocent , et à tes successeurs, que je protégerai et maintiendrai de bonne foi toutes les possessions , les honneurs et les droits de rÉglise romaine, selon mon pouvoir. Mais les possessions que TËglise romaine a recouvrées, je les lui laisserai librement et paisiblement, et je Tappuierai de bonne foi pour leur conserv^ation. Pour la reprise de celles qu'elle n'a pas encore , je l'assisterai, et je serai, selon mon pouvoir, un Gdèle défenseur des biens regagnés , comme je restituerai sans retard ceux qui me viendront entre les mains. A ces derniers appartint tout le pays de Radicofani à Ceperano , Texarcbat de Ravchne, la Pentapolc, la Marche, le duché de Spolëte , les domaines de la comtesse Mathilde, le comté dcBertinoroct les cantons adjacents, qui sont énoncés dans beaucoup d'actes des empereurs depuis le temps de Louis. Tous ces pays , j'emploierai mon pouvoir à les faire restituer à l'Église avec toute la juridiction et tous les fiefs, de manière qu'elle en ait la tranquille possession; toutefois il faut que, sur l'ordre du pape, la remise nécessaire m'en soit faite , si je suis appelé par le siège apostolique à cause du couronnement ou des embarras de l'Église. Je veux aussi être un auxiliaire de l'Église romaine pour la conservation et la défense du royaume de Sicile. En outre , je veux montrer ù toi, monseigneur le pape, et à tes successeurs, toute Tobéissance et tout le respect que les empereurs pieux et catholiques ont été accoutumés à témoigner au siège apostolique. Je ne veux pas moins me tenir à tes conseils et à tes décisions dans tout ce qui doit être obtenu par traité au peuple romain , comme dans l'affaire de la ligue toscane et lombarde. J'obéirai aussi à tes conseils et à tes ordres au sujet de la paix et de l'accord avec Philippe, roi des Français ; et, si pour ma cause l'Église romaine avait à soutenir une lutte, je t'aiderais de mes contributions, de mes subsides, autant que la nécessité le commanderait. Tout ce qui est ici exprimé, je le confirmerai par serment et par écrit , quand je recevrai la couronne impériale. »

Cependant l'évèque de Palestrine s'était rendu à Liège. Là il reçut avis de la disposition entière d'Otto à promettre et à jurer ce que le pape avait désiré, et en même temps l'invitation de marcher en avant. A Aix-la- Chapelle, il fut reçu par Otto , et vers la fin du mois il entra avec lui dans Cologne (3) : là vinrent aussi quelques princes, sur l'appel du légat. Toutefois il parait que le nombre n'en fut pas grand. Quelques-uns s'excusèrent dans la suite sur ce que l'invitation ne leur serait point parvenue; d'autres se seraient refusés à paraître; quelques-uns avaient fermé devant les messagers, tantôt les villes , tantôt les habitations; les députés de quelques princes avaient été arrêtés sur la route de Cologne. Le légat crut devoir mettre d'autant moins de relard à l'exécution de sa mission ; car il devait craindre que, même parmi les pr'.nces qui étaient rassemblés à Cologne , certains d entre eux encore ne devinssent hésitants, s'ils avaient le temps de la réflexion. Il trouva dans quelques-uns une haine si grande contre TË^lise romaine, qu'ils déclaraient sans détour être disposés à élire un troisième candidat pour roi, plutôt qu'à reconnaître un souA'crain qui leur serait imposé par le pape. Il remit donc les brefs pontificaux en originaux à Otto et aux autres , déclara le prince Welf, au nom du pape, roi des Romains, et mit sous l'anathème de l'Église tous ceux qui oseraient s'opposer à lui. Ces mêmes procédés se reproduisirent dans une seconde assemblée; mais, à une troisième qui devait avoir heu à Bingen , les princes jusqu'alors retardataires furent appelés sous la menace de l'excommunication et de la déposition. Les députés pontificaux cherchèrent encore à prêter assistance au roi Otto par d'autres moyens. A Macstricht, ils eurent une conférence avec beaucoup de princes et de seigneurs; là, par leur entremise, furent renouvelées les fiançailles entre le roi Otto et la fille du duc de Brabant. Le duc en ressentit une si grande joie, que non-seulement il reconnut Otto pour son fils, mais encore qu'il convoqua toutes les forces de son pays, jusqu'à la landsturm , pour servir la cause de son cher fils ; plusieurs princes quittèrent aussitôt le parti de Philippe, et passèrent du côté d'Otto.

Ce dernier événement surtout enivra les députés pontificaux ; ils crurent qu'Otto réunirait

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