‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 61 sur 165 · LIV. XXV · texte numérisé non relu

LIV. XXV

consacrer et couronner réhi? Il répond: non. Il nie que ^n légat se soit arrogé le droit d'élection , et qu'il ait glissé sa faux dans une moisson étrangère , qu'il se soit attribué le rôle de juge. Il n'avait exercé que les fonctions de héraut, en annonçant qu'Otto, et non pas Philippe, était propre à occuper Tempire, parce que la majorité des princes auxquels appartenait ce droit lui avaient donné leurs voix; tandis que les adhérents de Philippe, au contraire , s'étaient permis de choisir ce duc en l'absence et sans tenir compte des autres princes : et c'était un principe de droit bien connu que l'omission d'un seul électeur légitime invalidait bien plus fortement le choix que l'opposition d'un grand nombre. Philippe avait reçu la bénédiction et le couronaement dans un lieu non consacré par l'usage, et par les mains d'un dignitaire qui n'avait pas le droit de les conférer. Otto, au contraire, avait été consacré régulièrement par le digne archevêque de Cologne. A ces raisons il en ajouta d'autres qui sont contenues dans les déclarations précédentes, et qu'il est inutile de répéter. En outre, il se livra à une correspondance active , adressa une suite de lettres à des princes teutschs en particulier, au roi Otto lui-même, ainsi qu'aux rois de France et d'Angleterre, toutes dans la même pensée , avec les mêmes raisons , pour ainsi dire les mêmes expressions, cherchant à calmer d'un côté, à fortifier de l'autre, k'un était loué, Tautre flaité, un antre encore exhorté, averti. Tont fut mis en œuvre pour diviser les adhérents de Philippe , les affaiblir , les pousser à la défection, pour animer et grossir le parti d'Otto ; parfois en vain , non pas toujours sans succès. Toutefois nulle part il n'y eut de résultat décisif.

Durant ces négociations inquiètes et difficiles, toute l'année 4202, les armes des deux rois Philippe et Otto ne se reposèrent nullement; mais nullement elles n'agirent efficacement. Les rivaux se menacèrent peut-être tour à tour, mais sans diriger leurs épées F un contre l'autre. Ainsi, dans toutes ces trames pénibles qui se croisaient, la vie manquait de celte excitation que la lutte et la victoire peuvent apporter et entretenir. Le siècle n'était pas pauvre en hommes d'étude et de pensée ; il était riche en âmes impressionnables. Les longs débats entre les pouvoirs spirituel eMemporel qui duraient déjà depuis un siècle et demi avec quelque inter-

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ruption; les croisades, qui avaient ébranlé profondément le monde chrétien , étendu les perspectives, augmenté les connaissances des pays, des peuples et des mœurs, animé les communications, provoqué toute espèce d'activité, mêlé les diverses classes de la société, accommodéL de grands contrastes et fondé d'autres principes; qui avaient enfin augmenté les joies et les souffrances; les expéditions de l'empereur Friedrich en Italie, avec leur éclat et leur gloire, avec leurs résultats et leurs, revers ; les nouveaux principes et les nouvelles vues sur le droit et la loi , qui pénétrèrent de Bologne au delà des Alpes; 1 ardeur scientifique, qui avait trouvé son foyer et son aliment à Paris ; tout cela avait fait naître dans les têtes des hommes de grands besoins intellectuels, avait poussé les cœurs à de nobles aspirations. Ces besoins , ces désirs étaient d'autant plus exigeants , d'autant plus ardents, que lej}ut était plus vague, et que l'on savait moins comment les satisfaire.

Aussi, tandis que les villes poursuivaient dans une activité silencieuse la grande œuvre de leur liberté, de leur industrie, de leur commerce, ne négligeant aucune occasion de l'avancer, à la cour de certains princes, dans quelques châteaux de chevaliers , put s'introduire une existence d'un genre plus élevé, traversée par des jouissances intellectuelles , égayée par des chants et des vers; mais la vie publique se traînait péniblement dans les régions basses, privée de consolation. Quelque mouvement était imprimé seulement par les excommunications pontificales, qui frappaient sur un point, menaçaient sur un autre; parla division dans les évêchés, par la réunion de deux sièges sous un seul prélat, par des désertions alternatives et opposées de quelques princes , par d'autres actes contre l'honneur et le droit ; mais ce n'était que l'agitation des passions qui entraînait des calamités, et ne poussait pas au progrès dans le bien. On ne manquait pas non plus de guerroyer dans le Sud et dans le Nord ; il y avait des brigandages, des victimes , des meurtres , des crimes de toute nature, et nul pouvoir public ne se montrait pour assurer le repos et la justice.

Kunrad de Ravensbourg , seigneur magnifique, dépourvu d'une science profonde , mais doué d'une intelligence à laquelle la culture avait donné de la vivacité , qui savait joindre à

la dignité sacerdotale et à des principes sévères, des habitodcs de luxe et des mœars élégantes^ avait été nommé chancelier de rcmpirc par Beinrich VI. Dans le temps où il suivait Femperèur à sa dernière expédition d'Italie pour accomplir son serment de croisade, il fut élu évêqiie de Hildesheim. De retour de la Terre- Sainte, après la mort de Hcinrich, il fut élu également évoque à Wurtzbonrg; et Kunrad ne se fît pas scrupule d'accepter ce riche évéché, auquel était joint un duché en Franconie, sans pourtant renoncer à Hildesheim. Philippe de Hohenstaufen, dont il embrassa le parti, lui confirma la dignité de chancelier de Tempire^* à caîisc de cela, peut-être aussi dans le sentiment de son devoir pontiûcal, Innocent ïll se déclara contre lui , et Olto poussa le saint-père k frapper Thomme qui occupait deux sièges. Aanocent employa les moyens que les lois de i'Êglisc lui mettaient entre les mains; Kunrad courût lé danger de perdre les deux évèchés. Réduit à cette nécessité, il se rendit à Kome, renonça aux deux sièges, et se soumit humblement aux décisions du saint-père. Innocent lut facilement apaisé , parce que Kunrad , à ce qti'il parait , lui donna Fassurance de se ranger en fidèle serviteur du c6té du roi Otto. Il retint à Wurtzbourg, ne se déclara pas ouverteinëût 'pour Otto, mais se montra tiède à l'égard de Phifippe, et se mit à exercer une rigueur inaccoutumée contre les brigands et tous tes p'érturbateui's de la paix publique. Dans ce rôle, il fut soutenu par un noble citoyen de IrViirtAourg, Ekkehard , auquel il accorda une grande 'confiance, et qui s'en montra digne par An grand zèle. Cela mécontenta sans doute flèux ' seigneurs de Ravensbôurg , Heinrich et fiodo, parents deTévèque Kunrad,* neveux de Beinrich de Kalden, màréclial de Philippe, j)arè'é qu'ils se voyaient menacés ou réprimés flans leurs violences et leurs déprédations, lis t'uôreril lé noble Ekkehard ; après ce meurtre, lis s'cùifuirént deSVurizbourg. Pour venger la mort dé son ami, Tévèque fit raser un édifice fortifié que les meurtriers possédaient dans la ville', et détruisit tout ce qui leur appartenait. Àlbt's lés deux. frères s'introduisirent dans la Vittc , suivis de leurs complices , attaquèrent révoque sur le chemin de l'église, le tuèrent et le mutilôrcnl; puis ils s'enfuirent. A ce moineât'lc roi Philippe arrivait à Wurlzbourg. aussitôt tout le clergé sortit au-devant de lui ,

HISTOmE Dïî PEDPIE ALLEMAND.

suivi d'une foule de peuple, lui mit sous les yeux la main coupée et les vêtements ensanglantée du pasteur égorgé, et, au milieu des pleurs et des plaintes, réclama la punition des coupables. Philippe versa des larmes à la vue du spectacle horrible qui lui était présenté; mais il ne céda pas à la demande , soit parce que l'évèque Kunrad s'était montré disposé à incliner du célè de son adversaire, soit par crainte de l'oncle des assassins , le maréchal lieinricb de Kalden. Et peut-être le crime serait resté impuni, si les tourments de leur propre conscience n'avaient poussé les deux frères k Home pour confesser leur forfait, et se soumettre aux dures expiations imposées par TEglisè. Plus tard, la vengeance du monde les atteignit enfin après ^e nouveaux forfaits, non pas comme des hommes tombant sous la main^de la loi^ mais comme des vaincus abattus par une força supérieure (3). » '

Au milieu de circonstances de cette nature, chaque homme devait sentir peu ^ peu que la marche des choses ne pouvait menor à aucun but désirable , mais que l'épée déciderait entre les rivaux. Les deux rois, plus que tous autres-, devaient reconnaître cette nécessité ; et, toutefois, Philippe encore plus qu'OI,to, car il avait des motifs de craindre que- le sol sur lequel il se tenait ne fût miné peu à peu par les exhortations, les avertissements et les menaces du pape , et par les artifices des prêtres. L'audacieuse déclaration de ses adhérents an pape parait être tombée dans l'oubli, et nulle paît un acte ne suivit les paroles. De plus en plus s'évanouissait l'espoir de voir augmenter le nombre de ses partisans , sans une victoire ; les choses ne se présentaient plus comme dans la première irritation qui suivit l'audacieuse intervention du pape. Au contraire, Otfo, comme le plus faible, devait attendre paisiblement les résultats; pour lui travaillaient beaucoup d'hommes dont le pape était l'âme. A la vérité, l'accord ne régnait nullement non plus parmi Ses adhérents ; mais son adversaire? ne pouvait tirer aucun avantage de cette division. Le duc de Brabant et le comte de Gueldres s'engagèrent Tun contre l'autre dans une guerre funeste; niais Olto et l'archevêque Adolphe de Cologne ménagèrent un accommodement. A peine la réconciliation était opérée^ entre les médiateurs éclata un^quei'clle à laquelle les citoyens de Cologne prirent une paît très-vive.

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