‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 62 sur 165 · LIV. XXV, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIV. XXV, CHAP. VIII

Les débats avaient pour motif des droits et de^ contribalîons dont l'archevêque, sans doute' ^Uraùgmeoter ies revenus, parait avoir voulu chai^l" le commerce à un tel point, que les bourgeois portèrent des plaintes devant le rôî Olloi et qiie le roi jugea nécessaire de les ^tendre sous sa protection^ Ces débats ftifent apaisés par le légat pontifical ; mais cela coûta trois jours de négociations ; et une si longue dispute laissa des souvenirs d'autant plus amers, que le zèle de l'archevêque pour (Mto était déjà refroidi. D'un autre côté, la cause de ce candidat paraissait faire des progrès en Saxe, en Thuringe, et plus loin^ncore. En face do la ville de Goslar, que son père avait si vivement désiré obtenir, ne pouvant luimémfelà réduire, il construisit' une forteresse ,- Hei^llnsberg (4), au moyen de laquelle il dimi' Aua graiidenient l'importahce de la ville , et la rendit impuissance' à lui ndire , mais lui causa de grande dommages , et là tint en de continuelles' alarmés*. La place de Stade, que Philippe avait conféi'ée avec le coin té' à farchevôque Hartwich, en récompense du dévôû- Aierit à 'sa cause , et dont Hartwîch avait fini par obtenir la possession effective,' après que le comte Adolphe eut Succombé sous les armes des Danois ; cette place fut conquise par Otto et paries frères Heinrich et Guillaume, etl'archcvêquc prisonnier se vit contraint de restituer tous les fïeh de l'église de Bremen , poiisédés jadis par Heinrich le Lion , au fils a!né de ce prince, au comte palatin Heinrich, attendu ^ue la ville de Bremen avait ouvert ses portes aux Welfs.

Cette acquisition semblait avoir une plus grande importance dans la position des Danois, parce qu'un mariage se conclut entre le duc Waldemar etRichenza, sœur d'Olto, et un autre entre Guillaume, frère d'Otto, et Héiéna, sœur du roi Knnd et du duc Wafdemar (9). En outre, le landgrafHeirmann de Thuringe, qui avait été d'abord gagné à Otto comme par surprise , puis était passédu côté de son cousin Philippe, s9it à cause de la parenté , soit que l'on y payât plus cher sa fidélité, maintenant revînt à Otto, et engagea même des hostilités contre Philippe et ses adhérents ; il prit possession des biens de l'église de Mayence pour l'archevêque Sifrid, nommé par le pape , repoussa l'adversaire de c^ prélat , et cela en y trouvant lui-même son cernâtes Sofin le dfte ou n^t de Bohême se* rat*

tacha au roi Otto , et non sans motifs. Il avait été marié longtemps avec Adélaïde , sœur du markgiiaif thiedcrich de Mciiscu, et de 'celte union étaient sortis plusieurs enfaiits. Néanmoins, aveO lé consentement forcé' du clergé bohéiuien, ir avait répudié cette épousé, eï s'était uni à tine princesse hongroise. Lé markgraf Thiederich , appuyé par le duc Bernard de Saxe, prît le parti de sa sœur; ûiâis commet eh sa qualité d'adhérent du 'roi Philippe, îl n'cltténdait pas du pape l'assistance empressée qu'il désirait obtenir, il eût recours*, lion pas au saint-siégc , mais au roi Philippe. L'alliance d'Adélaïde était d'un plus grand prix à Philippe que le roi de Bohême ; il lïê pouvait risquer de là perdre pour consener Ottokari' En conséquence il prononça lâdèchéaincc de^Priràîslàv ou Ottokar comme roi de Bohême « et donna l'investiture de cet État à tin parent du roi , au jeune LadislaV ou Théobald,' qfti' W'IiVrait a l'étude et se formait aux mœurs 'de la civilisation à Magdebourg. Là sentence était facile à pronônceb, mais il fallait la faire vatoir.' Quant au roi de Bohême , pour conserver son royaiinié et sU seconde Jfemmc , il ne' lui restait plus qu'^à se rattacher au roi Otto et an psipel ' ' * '

Dans cet état de choses , Philippe résolut de tenter enfin Id sort des armes,' et, avant tout,* de châtier le landgraf de Thuringb , dont ïtf' soumission semblait prometCfe de grands* avantages. Au printemps de l'année ^1205 , il péhéitB, en Thuringe, accompagné de l'évêqueLupold, avec une armée, et s'établit à Erfurt. A ruiinonce du danger qui le menaçait, le landgraf avait aussitôt envoyé demander des secours k son neveu lé roi de Bohême. Le légat pontifical avait couru en Bohême, afin d'accélérer les secours; et le roi Ottokar ne tarda pas à* se mettre en marche avec des hordes animées dé leur ancienne férocité, avides de pillage. Eh même temps le roi Otto arriva du bas Rhin ,' son frôre Heinrich s'approcha en venant de la Saxe ; le landgraf lui-même rassembla ses .forces comme il put. Le roi Philippe , effrayé de la marche de tant d'ennemis, ruina le fefritoire ihuringien tout autour d'Erfurl, et* plus loin encore , mais par nécessité plutôt que par inclination , à ce qu'il parait, parce qu'il Voulait rendre l'établissement dans le pays impossible pour les ennemis, auxquels il désespérait de pouvoir résister. Néanmoins les emaemi^ lyarurcnl devant fefurt, et rasSéfeèréiît pdddkuit

neuf jours. A cause de la dévastation du pays ils furent contraints, pour se procurer le nécessaire , d'exercer ^ux-mémes des ravages , de saisir ce qui était encore resté, de piller, de saccager. Et bientôt celte nécessité, qui ne permit plus d'observer aucun ordre, poussa aux insultes, aux outrages, aux actes de cruauté. Les Bohèmes surtout laissèrent éclater leur ancienne fureur dans les ravages ; rien n'était respecté par eux, ni choses ni hommes, ni prêtres ni religieuses. Les rois et les princes se félicitèrent donc de voir Philippe mettre fin à cet état de choses en fuyant secrètement d*Erfurt, de crainte de tomber entre leurs mains. Il se rendit probablemiont d'abord auprès du markgraf Thiederich de Meissen, et alla presser les secours des [princes orientaux de Tempire.

Cette fuite de Philippe n'eut pourtant pas de suites favorables pour Otto. Le siège d'Ërfurt fut levé aussitôt , soit que Ton ne sût pas où Philippe s'était échappé, soit que Ton jugeât périlleuse une attaque sur les princes orientaux. Mais le légat pontifical, le cardinal Guido, exerça peut-être l'action la plus déterminante. Il désirait surtout amener à la soumission aux

ordres pontificaux et à la reconnaissance du roi Otto Tarchevêque Ludolf de Magdebourg, et il pouvait espérer que le prélat serait plus facilement courbé par la vue des armes ennemies que par ses exhortations et celles du pape. L'armée prit donc position entre Mersebourget Halle , d'où elle pouvait à la fois menacer le nord et Toricnt, sans être forcée au combat. Mais tout se perdit dans cette position; l'armée répandit au loin la terreur et la dévastation. Les habitants de Magdebourg eux-mêmes, saisis d'épouvante , jugèrent nécessaire de mettre en sûreté leurs biens, leurs femmes et leurs enfants sur l'autre rive de l'Elbe. Mais le vieux archevêque Ludolf se sentit aussi peu effrayé par les armes d'Otto qu'ébranlé par le langage et les menaces du légat, ou abattu par l'excommunication jTontiûcale. Dans une inaction de neuf semaines, l'armée devint de plus en plus indisciplinable. Alors furent commis des excès de toute nature, dont on chargea de nouveau les Bohèmes. Les scènes d'Erfurt se reproduisirent ; d'horribles outrages soulevèrent l'indignation générale; les cloîtres et les églises incendiés étaient des monuments trop éclatants d'une fureur inouïe. Il devint

nécessaire de licencier de pareilles troupes, qni d'ailleurs se laissaient battre où elles trouvaient de la résistance (6), et de les ramener d'où elles étaient^enues. Avant ce licenciement, le duc Primislav de Bohême ( car le titre royal que Philippe avait conféré était rejeté) reçut des mains d'Otto, à la fête de St-Barlholomée, dans le dôme de Mersebourg , après avoir prêté serment de fidélité , une couronne royale , et des mains du légat pontifical la consécration comme roi de Bohème. Ensuite chacun regagna ses foyers, ou cacha son mécontentqment derrière de petites fortifications. 11 paraîtrait que les Bohèmes commirent encore de grands excès dans le pays du markgraf de Meissen.

Malgré tous les efforts du pape et de son légat pour faire tourner ces événements contre Philippe, ils ne restèrent pas sans une influence favorable pour sa cause. Otto, qui tenait au pape un langage assuré , comme s'il eût déjà triomphé, se vit tomber de bien haut, Tannée suivante ^1204; et Innocent, sans avoir partagé la confiance de son protégé, se sentit pourtant cruellement trompé dans les espérances qu'il avait conçues. Philippe s'était livré à une activité inaccoutumée, et les princes qui s'étaient déclarés pour lui, rougissant du danger auquel ils l'avaient laissé exposé, crurent ne pas devoir rester inférieurs en zèle aux partisans d'Otto. Certains d'entre eux , comme l'archevêque Ludolf de Magdebourg, irrité des rigueurs du légat pontifical, pouvaient bien désirer montrer au saint-père que ses menaces ne paralysaient pas les mouvements, que ses foudres ne tuaient pas; mais, avant que ces princes eussent achevé leurs préparatifs, Philippe, dès le printemps^ courut en Saxe avec ses propres troupes. Dans l'automne de l'année précédente, Ottg avait encore fait une attaque sur Goslar. Sa tentative échoua aussi celte fois; mais il laissa dans la forteresse de Herlingsberg une garnison qui resserra pendant tout l'iûver les bourgeois doiGosiar, et leur fit endurer de cruels tourments. Philippe désirait donc se porter brusquement sur ce château, l'enlever, le détruire , avant que les secours ne pussent arriver, et, par cette conquête, délivrer et sauver Goslar. Mais ce projet échoua également; car Otto s'approcha avec ses «frères , et Philippe crut dangereux de hasarder un combat dans un monaent où les secours des princes nç pouvaient

uv. XXV , CHAp. vni.

se faire longtemps attendre. Il opéra donc sa retraite. Mais , dès le commencement du mois de juillet, il revint en Thuringe avec une puissante armée de Bavarois , de Souabes , d'Autrichiens , d'habitants des bords du Rhin , de Franconiens , de Sorbes et de Saxons. L'archevêque de Magdebourg seul avait mis sur pied 30,000 fantassins, levés sans doute parmi les citoyens de ses villes ; le markgraf Thiederich de Meissen amena 4 ,500 hommes à cheval et plusieurs milliers de fantassins; dans la Thuringe môme, les comtes Gunther et ETeinrich de Schwarzbourg, ainsi que le comte Lambert de Gleichen , se rangèrent du côté du roi , et les bourgeois d'Erfurt lui fournirent des secours. Avec ces forces il pénétra dans les domaines du landgraf Hermann , saccageant, détruisant, et investit la forte ville de Weissensée, qui était considérée comme la véritable capitale de ces possessions. Mais Weissensée oppo^ une résistance opiniâtre ; Philippe campa six ou huit semaines devant les murs sans la soumettre. Sur ces entrefaites, le landgraf, réduit aux abois , abandonné du roi Otto, qui probablement manquait de ressources nécessaires, appela à son secours le roi Primislav de Bohème , sans se rappeler les dévastations exercées sur ses terres par les Bohèmes. Primislav accourut de l'extrémité septentrionale de la Bohème sur l'Orla. Informé de sa marche, Philippe leva le siège de Weissensée, et s'avança à sa rencontre. Mais Primislav , averti par ses éclaireurs de la situation des choses en Thuringe, et de la force de l'armée avec laquelle Philippe était parvenu jusque dans son voisinage, abandonna toute pensée de guerre et de bataille , et crut ne pouvoir trouver de salut que dans une retraite précipitée. Pour tromper l'ennemi , il alluma de nombreux feux dans la nuit , décampa si brusquement, qu'il abandonna tous les bagages et les munitions qui auraient pu causer quelque embarras , et au moyen d'une marche forcée gagna une grande*avancc. Le lendemain, Philippe, informé du départ du roi de Bohème, détacha aussitôt le palatin Otto dé Wittelsbach avec 400 cavaliers pour le poursuivre ; mais le palatin poussa jusqu'en Boehmerwald sans trouver un ennemi.

Cette fuite du roi de Bohème eut de graves conséquences. Philippe rentra en Thuringe, où il poursuivit son œuvre de destruction. Le markgraf Hermann, délaissé par son roi , aban-

donné par-ses amis, désolé du spectacle de ruine et de dévastation qu'il avait sous les yeux , ne vit d'autre issue , d'autre salut que dans là pitié de Philippe. Quelques princes interposèrent leur médiation. Ensuite il parut à Ichtershausen devant le roi, se jeta à ses pieds, élevant vers lui des mains suppliantes. Philippe laissa longtemps le malheureux prince à genoux, et prononça des paroles sévères sur sa perfidie et sa folle audace. Néanmoins , sur les instances des princes qui assistaient, il le releva enfin, et-, d'après l'usage du temps, lui donna le baiser de réconciliation. Le landgraf remit son fils et d'autres Thuringiens comme otages de sa foi. Ce fut là le commencement de la défection à l'égard du roi Otto.

Dès lors Philippe ne crut plus avoir besoin des forces avec lesquelles tant de princes l'avaient assisté ; il congédia ses auxiliaires. Avec ses propres troupes il marcha vers Goslar, en partie pour délivrer cette ville , en paitie pour menacer son rival jusque dans les domaines héréditaires de sa maison. Otto voulut au moins défendre ces contrées ; il appela donc ses frères , et convoqua non-seulement ses feudataires , mais encore les bourgeois de Braunschwei^, qui s'étaient déjà montrés de vaillants guerriers. Ils se portèrent du côté de Goslar; mais en chemin le frère aine d'Otto , Heinrich , palatin du Rhin , quitta le roi , se tourna du côté de Philippe et le reconnut pour son roi et son seigneur. Le palatin Heinrich parait s'être tenu dès le commencement sur la réserve à l'égard de son frère. H était le fils atné de Heinrich le Lion ; il pouvait se glorifier d'exploits militaires pour la cause de Dieu comme pour des intérêts terrestres , et dans son pays et au loin , sur terre et sur mer. H pouvait être ' blessé d'être réduit à se tenir devant le trône d'un frère puiné, que Ton avait choisi, alors qu'il était encore un jeune homme insignifiant, pour le parer de la couronne royale, parce qu'il appartenait à la noble maison des Welfs; et il pouvait bien se dire qu'on ne l'aurait pas oublié lui-mème^s'il n'avait pas. été dans la Terre-Sainte comme soldat du Christ. Son mécontentement fut peut-être augmenté par suite du partage de l'héritage paternel , qui avait eu lieu l'année précédente à Paderborn ; car le plus mauvais lot lui était échu. Des domaines patrimoniaux, il n'avait eu que Celle avec le comté nouvellement acquis et incertain de Stade. Guillaume, au

HISTOIRE DU PE;UPLE ALIEHAND.

çqptr^iri;., J(i pins jpuQQ fr,ère, avajteu pçur sa fSLVi ^ufijebourg^ ^pçiennç, résidence dos ducs de^Saxç; et leroi.OUo avait mis la main sur la hejfç et li4èle Brauoschweig , la ville des graf)4s souvenirs, et sur la forteresse de Lichteqherg. .

. Enfin il se peut que Ile^nrich ait été mécontent dp riuaction d'Otto pendant les derniers évén^mqQts.de Thuringe^et qu'il fût arrivé à ^ convaincre que ce frère ne serait jamais en éta( de conquérir la couronne impériale et ,de \^, qonseniCj;. Sans dqute Philippe (ut informé 4u mécontentement de Ueinrich ; il le fit mcn^af er.dq^la perte du palatinaf du ^hin , ^ans le cas où 7! resterait attaché à la causq de son frère, et lui fit offrir de noi]^veUps investiture^ ^';|l JL'at);in4?nnajt. Il parait, g,ue. Philippe et f^ei^ricb furent bientôt d'accord. Sur la route ^e, j^raunschwf^g ù^GosLagc ^ Heinriçh pi:it sa rér §9lutjioafjO\i.pit liexécutiQn ses engagements pnxprs, Philippe. Il adressa ^à son fr^re une réplmatipn que c^lui-ci n'était pas capable de îiftisôi|re. .11, ^e jrecqnnut pour son serviteur, îittacbé,à luip^ les liens, du sfing autant que j^jf^.h spiTnent de .fidélité qu'il, lui avait prêté ; j^is ildçnçian^At^^^i^ipQ indemnité ^e ses ,ayan- Çf^4 op ci)fn)nç récompense de ses services, la yjUé.ij^ i^raijiischweig et Iç château de Lichtenl}ei;g;.,e^ résumé, presque tpute la portion héré- ^ti^f/e 4vi| f Pî* Otto, surpris d'une telle demande f^n, d/3 ^tejles (^njq|[)f|tures , ,Ie pria.de ne pas Ifi^sltei^ pour le,morQpnt,, çlie prendre patience juçqu'àicegu'il fût parvenu à. U possession as- ^uréç de l'empire. Afais Heinricîi mena ses troupes aans^e camp de Philippe, et reçut, en

i'épompepse de sa trahison , l'avpucrie de Gosar (7j, dédaignant les larmes que sa conduite ,^r(^cbait.au^ amis de ^ maison VVelf. Après ^el^a., il ne restait plus, au roi Otto qu'à retour-

stipulé, que Ton ménagerait po^sesâiqps héréditaires des Welfs.

^, Cette défection d'un frèire fit sans doute une ^pression d'antant plus profonde, que l'on essaya d'y «donner diverses interprétations ; ]peut-étre n'y eut-il maintenant personne qui firi^t encore aii triomphe B'Otto. Il n'est donc pas étonnan^que le roi dq Bohème, qui» l'anpée. précédent^, avait reçu d'Otto la couronne foy^Je /et la bénédiction du légat pontifical, repassât maintenant du côté de Philippe, en-

core mojD^ que Phjlippe raccD^Ul^ avep joie^ Le Bphéiuien a,yait encore sur le coeur la fuite de Tburinge, et.ic jeune Tbéobald à Mfigdebourg lui donnait des inquiétudes, dax)s le cas où Philippe triompherait^ Philippe, de son c6té, avait les yqux dirigés sur le Rhin , et désirait ne pas laisser si^r ses derrières un, férpce eunemi. Le duc Louis de, Bavière ménagpa la réconciliation ] elle fut fortifiée par un accord de mariage entre Wenz^l,, fils de Primislav, et la fille de Pliilippe, Kunigunde, qui tous deux étaient eneore enfants.

: Le roi Philipi)^ était surtout préoccupé de l'idéi^ de ramener, à lui l!archevèque Adolphe de Calogne , non pas qu'il ^spéràt par ^ ce prélat, accroître, ses forces^. n^ilitairesj, mais parce qup, dé^iecqmmenicement, Adolphe avait été l'unie ^u parti >velf en Allemagne,. et parce que, s'il le gagnait, il pourrait se relever d'un reproche. quQ. lu ji, a\;ai{,$o^veift lanoé \e pape, ^t , sç, faire cou ronoer , régulièremept. , Ce d^ir fut au^si satisfait* Âin^ijqp'on l'a plns^eurs (pis i unique ^ Adolphe ayait depuis longtemps .reconnu qu'il..3'é^it attacbét^u pâfti illégitime; des vastes espérances dont il .^'était rèmpU la pensée en entreprenant |de donner ua roi au Teutsçhiand, nulle ne s'était réaliséje^ en dépit de tOM3, les efforts du pape ; et les perspeçtivi^s s^'assombrissaient, de plus en plus : l'aident d'Angleterre, sur lequel il avait pompté, depuis longtemps avait cessé d^. venir;. Otto luimême Qe pouvj^t tout au piqs li^ donner que de vagues promesses, fondées sur iin .avenir incertain; et néanmoins le pauvre prince s'était emporté jusqu'à une querelle opiniâtre avec lui. Ai^ssi, depuis longtemps, Adolphe épiait les circonstances, hésitait, et avait donné pi\\ monde de l'incertitude sur ses intentions. Le pape Innocent. avait essayé, à force d'élpge^, de l'affermir dans sa fidélité à Ôtto; il lui avait fait entrevoir quelle, honte pour lui devant le monde s'il abandonnait la cause d'un roi qu'il avait élevé, courojfné et béni; il lui avait même montré dans l'éloignement l'cxpommunicatign de l'Eglise. Mais l'argent et le pouvoir avaient, auprès des ecclésiastiques comme des laïques, une plus haute valeur que des louanges venant même de la bouche du saint>pèrc : il ne pouvait plus èti*e question de honte aux yeux du mondç, lorsque laïques, et ecclésiastiques changeaient de service comme d'habits, et î'exconmmnication avait perdu sa

Lïv. XXV, CHAP. ix:

Inrce A^aisjqiv'oii ravtit vue. sans effet unir sible sur les prêtres* et sur les hommes du siècle. .Adolphe était d^aillaurs un esprit fort, qui pe pouvait cédera de .telles considératious ; Vimpressioo «produite par les événements de Xburiogie et de Saxe était assez profoade , et s'étendait lassez, loin pour déterminer sa décision. Le comte Guillaume de Juliers , qui lui-même était passé d'Otto à Philippe, homme artiûcieux jet immoral , offrit , moyennant de Targeat et des bonueiirs,. de servir d'entremetteujr, avec d'autant plus d'assurance que, auivant sa conviction, de l'argent et des places devaient .(acileinjent amener tous les princes du parti, d'QUKx à la défection. Philippe ne fut aïkare nipoursatislaire cet homme et se l'atta-; cher , jQi ][K)ur attirer et éblouir l'archevêque ainsi que les autres, adhérents de son adver- SAMfe. Xi'arche){éque ne résista pas; et le duifde Brabani Juirméme, dont l'ancienne ardeur était refroidie depuis longtemps , qui ne voyait plu^ mon .d'heureux dan|s le mariage de saûlle avec Otto., ne put contenir sa. eonnoiitise à la pensée des seigneuries, que, suivant lea assu? i^qçiesL du comte Guillaume, le roi Pliilippe avilit À sa disposition, et qu'il étfitt prêt. à distribijLer, ^ ae$ .adhérents. De concert avec Ip comte Guillaume, agissaient l'archevêque, de TrèVj^, qui,*<là$ l'année, précédent^, par crainte.et par faiblesse, était passé. du côté de Philippe, sans pourtant y être fermement attaché, #t pour cela cherchant un appui;, l'évêque de .Constance, qui n'avait jamais chancelé dans sa fidélité à la maison de Hohenstaufen, et l'évêquede Spire, pour lequel ne se monr trait aucune autre issue» Une conférence eut ]|ieû avec l'archevêque Adolphe à Andernaçh, et là tou^ devait être arrêté. Au nom de Philippe et d'après ^s instructions , fut assurée à l'archevêque la restitution de tous les biens et de toutes les possessions qui pouvaient avoir été arrachés à l'église de Cologne. La belle villa royale de Salefeld,^ que l'empereur Fried-^ riçh l" avait réunie aux domaines de l'empire au moyen d'un échange avec l'archevêque Philippe de Cologne, fut promise à Adolphe en ré-r compense du nouveau serment de fidélité qu'il allait prêter, et des services qu'il se. déclarait prêt à rendre. £n outre il reçut 9,000 marcs ^'argent, somme avec laquelle il devait ache-r ter et.se chargea, en effet d'acheter le duc de Brabant et les autres princes de Lorraine.

.Tout réussit^ n^^nipascomplétaineBt^ mm pourtant au delà 4e l'attente. Après la fête do Saint-Martin ^ Philippe eut une entrevue à Co* blentz avec l'archevêque Adolphe d^ Cologne et le duc.Heinrich de Brabant. Les princes re* Qurent'do lui les fiefs , et lui prêtèrent serment de fidélité. Plusieurs autres princes qui étaient présents reçurent l'investiture de leurs bon** neurs et de leurs possessions, et prêtèrent serment de fidélité. Comme les grâces et les marques de faveur semblaient pleuvoir ,- les grandes protestations ne manquèrent sans d^te pas non plus. Ensuite le roi indiqua une diète qui devait être tenue à Aix-la-Chapelle, à la fête de l Epiphanie, au commencement »de l'annéesuivante, >I205. A cette diète, où Uarchevêque Adolphe avait promis de bénk et de cou* ronner le roi Philippe, comm^ Otto, avait été béni et couronné par lui précédemment d^Q^la même lieu , le roi se rendit avec une imposante escorte guerrière. L'archevêque vint en grande pompe; beaucoup de :princes. . s'y Couvèrent aussi, quelque ceux de Lorraine n'y fessent pastoufij Dans l'assemblée, Phili|>pp,. d'e^^rèe le .conseil des siens., déposa )e titre royal et la couronne,, afin que les princes f eussent une pleine libei;té.pour.nne2i^ouvelle élection.; mais en même temps \\ les pria de sa mei^treruna* nimes dans le choix; car il savait bien que Jes princes qui étaieot. venus à Aix-la-ChapeUe avaient pour but de le^feconnaitro conune.roL En effet il fut élu par tous les assistants, pui; béni et:COUfonné avec sou épouse ,par rarch%vêque de Cologne,. suivant l'usage régulière Sii( jours après, il remit à l'arehevêque. Adolphe les actes authentiques surJes honnaurs, les biens et les droits qui lui avaient été promb (8),

CHAPlTiiE IX;

DÉTRESSE d'oTTO, --HAÇILES JENT^TTIVES DE MÉDIATION DE LA PART DU PAPE. — EMBARRAS CROISSANT DES DEUX PARTIS,

De ran 1205 à l'an 1208.

Dans le temps où Philippe poursuivait et opérait de si grands changements, Otto.sç trouvait, en 3aice dtfus ses domain^ patrinu^ I niaux, vivant, h ce qu'il parait, au jour le jour»

dans rindolence & laquelle il était enclin, ; comme si rien ne s'était passé, et que rien ne fût à craindre. Mais , à la nouvelle de la réconciliation de ^son adversaire avec l'archevêque Adolphe à Goblentz, il tressaillit, et, traversant rapidement la Westphalie, se porta sur Cologne. L'archevêque n'était pas dans la ville, il s'occupait de ses préparatifs de départ pour aller couronner le roi Philippe à Aix-la-Chapelle ; mais les bourgeois de Cologne , violemment irrités de la trahison de leur archevêque, accueillirent le roi Otto au bruit des acclamations, en partie parce qu'ils regardaient le serment comme sacré , et qu'ils avaient coutume de ne pas se jouer de la foi et de l'honneur , en partie aussi pour laisser éclater leur colère contre l'archevêque. Otto trouva aussi l'archevêque Sifrid de Mayence à Cologne, ainsi que l'évêque de Cambrai , tous deux pénétrés de douleur et de honte de la désertion d'Adolphe.

De Cologne partit une impulsion qui pouvait bien empêcher ou retarder le couronnement à Aix-la-Chapelle. Les bourgeois de la ville adressèrent à Tarchevéque de Cologne la prière instante de ne pas anéantir un acte accompli par lui-même , et de se rappelé^ à la pensée que sur sa propre demande le pape avait confirmé le roi Otto , et décidé que nul autre ne recevrait la couronne impériale. Mais Adolphe, ébloui par l'or de Philippe , ne s'arrêta pas au passé, et ne prit nul souci de l'avenir. Les évêques de Mayence et de Cambrai protestèrent par écrit contre la conduite d'Adolphe , et le menacèrent de l'excommunication. Mais sans doute Adolphe avait depuis longtemps prévu ce que ces prélats lui montraient dans le lointain ; par conséquent ils ne le déterminèrent nullement à revenir sur ses pas. Le roi Otto lui-même quitta Cologne eUremonta le Rhin , pour couper à son rival le chemin d'Aix-la- Chapelle; mais bientôt il revint malade à Cologne, où il était encore souffrant au moment où Philippe recevait à Aix-la-Chapelle la couronne impériale des mains d'Adolphe. Toutefois là colère des bourgeois de Cologne imposa au roi Philippe, qui n'osa pas tourner aussitôt ses armes contre cette ville, et se retira sur le haut Rhin , accompagné de l'archevêque Adolphe. Préparé à une fête pompeuse plutôt qu'armé pour la lulte , il put regarder comme dangereux d'attaquer une ville bien fortifiée ,

défendue par des hommes belliqnenx, et de s'exposer à la chance d'imprimer la tache d'une défaite sur une couronne nouvellement acquise. Néanmoins il ne resta au roi Otto, an clergé et aux bourgeois de Cologne, qu'à déposer aux- pieds du saint-père l'expression de leur douleur, et à implorer son assistance. L'évêque de Cambrai courut lui-même à Rome.

Sans doute le pape avait été informé exactement de l'état des choses , et toutes les manœuvres secrètes lui avaient été révélées, sinon en détail , du moins dans leur ensemble. Les événements ne purent donc être entièrement inattendus pour lui; il ne dut être surpris peut-être que par leur rapidité. Il n'avait pourtant d'autres armes que celles dont il avait fait usage jusque-là , et elles avaient été reconnues inffficaces, à peu près inutiles. Il dut par conséquent méditer sérieusement avant de se demander s'il lui fallait encore y recourir. Mais il était engagé trop profondément pour se retirer et laisser les Teutschs régler à leor guise leurs affaires intérieures. Souvent sans doute il se dit qu'avec Otto jamais il n'atteindrait le but poursuivi ; mais il devait à la dignité apostolique de ne pas abandonner ce prince avant qu'il ne se fût abandonné luimême , ou qu'il ne fût délaissé par tous les Teutschs. Il reprit donc encore une fois ses anciennes armes , et usa de la parole , de la plume et des ambassades comme par le passé , quoique plusieurs de ses lettres à cette époqne attestassent un manque d'ardeur et de con-. fiance dans le résultat. Il y est aussi plus sobre de paroles , parce qu'il n'avait plus foi dans les paroles, soit pour persuader, soit pour convaincre. Voici ce qu'il écrivit au roi Otto : « Notre digne frère l'évêque de Cambrai est arrivé auprès de nous , et il a été reçu avec bienveillance. A son retour, il te fera part de notre résolution, et t'informera de l'état de l'empire. En attendant , ne te laisse pas envelopper par la ruse ; tu peux être assuré de ma bienveillance, que tu as reconnue être une colonne inébranlable. 'Le même évèqne nous ayant vanté ta prudence, ta valeur et ta constance , nous te donnons d'autant plus sérieasenient cette exhortation : ne te laisse abattre par aucun revers, égarer par aucun murmure; travaille avec prudence à ton élévation , que nous poursuivons aussi avec zèle , afin qae tu

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