‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 64 sur 165 · IIV. XXV, CHAP. IX · texte numérisé non relu

IIV. XXV, CHAP. IX

la plus vive inquiétude. Otto et Bruno résolurent donc de diriger contre Philippe un coup de main hardi qui , s*il eût réussi , paraissait devoir opérer un changement complet dans les choses. Avec 400 hommes à cheval et 2,000 fantassins , composant prohahlement toutes leurs forces , ils sortirent de la ville pour surprendre Philippe. Mais celui-ci avait été informé de tout le plan par le duc de Limbourg , contre lequel Otto avait d'autant moins de défiance, que le propre fils du duc , le comte Walram, voulut faire partie de l'expédition. Philippe, par un mouvement bien concerté , recula donc du côté de Wassenbourg, vers un endroit marécageux ; Otto le suivit avec les sieus. Mais tout à coup il fut assailli de tous les points à la fois ; ses guerriers effrayés prirent la fuite, mais il n'y avait pas de moyen de salut. Quiconque échappait à Tennemi s'enfonçait dans le marais ; pour éviter le marais, on tombait entre les mains de l'ennemi. Les captifs, dépouillés de leurs chevaux , de leurs armes et de leurs vêlements, furent renvoyés outrageusement vers la ville. Le roi, l'archevêque et le comte Wâlram parvinrent, avec quelques compagnons, à gagner Wassenbourg; mais la place fut investie aussitôt , et il n'y avait pas à penser à se défendre. En conséquence Otto , suivi de Walram et de deux hommes fidèles , quitta silencieusement le château dans la nuit , échappa heureusement aux ennemis, et revint à Cologne dans le plus pitoyable état. Le malheureux Bruno était resté dans Wassenbourg ; il fut pris, mené devant Philippe, enchaîné, promené en triomphe , et enfin envoyé prisonnier à Hohen- Ems ou à Wurlzbourg (3).

Dès ce moment Cologne fut perdue pour Otto. La fuite et la honte avaient anéanti ses dernières forces , et les troupes des bourgeois de Cologne étaient entre les mains d'un traître. Les ecclésiastiques étaient sans doute irrités contre Otto, parce que, pour se sauver luimême, il avait abandonné Bruno à son sort, et les bourgeois furent d'autant plus facilement détachés par le duc de Limbourg et les autres nobles, qu'ils regardaient leur trahison comme impossible. On trouve qu'après Tévénemeot de Wassenbourg, par l'entremise du maréchal Heinrich de Kalden , une conférence eut lieu entre Philippe et Otto dans le voisinage de Cologne , mais que l'on ignore ce qui. avait été traité entre les deux rois. Cependant ,

d'après l'état actuel des choses , il est présa^ mable qu'il put être question d'un^commodement au sujet -de la couronne. La pensée d'une renonciation à l'empire ne vint certainement pas dans l'àme d'Otto, et Philippe ne pouvait accepter aucune autre condition. 11 est donc vraisemblable qu'Otto , voyant qu'une nouvelle tentative de défei^dre Cologne ne pouvait amener que des désastres sur la noble ville, fit à son rival l'offre de quitter aussitôt Cologne , et de ne pas empêcher les bourgeois de se soumettre, si Philippe lui donnait sa parole de prince d'épargner la ville , et de ne point la châtier pour l'affection, la fidélité qu'elle avait montrée au roi W^elf, et les sacrifices qu'elle lui avait faits ; eUI n'est pas moins vraisemblable que Philippe donna cette parole. Philippe se retira de Cologne , prit position sur une montagne près de Remangen, et y éleva un fort qui fut nommé Landskrone (4). En même temps Otto évacua la ville de Cologne. Mais les bourgeois envoyèrent une députation au roi Philippe pour offrir leur soumission et implorer leur pardon de la résistance qu'ils lui avaient opposée par obéissance envers l'Église. Le duc de Brabant se chargea de la médiation. A Boppard , les députés obtinrent audience du roi, et furent accueillis gracieusement. Ensuite Philippe envoya l'évêque de Spire, son chancelier, à Cologne, afin qu'il y reçût en son nom le serment de fidélité. Ainsi la noble cité de Cologne échappa à la ruine dont elle était menacée, à cause de sa loyauté et de l'estime publique qui lui était assurée , sans perte et sans confiscation. Philippe lui-même regagna ses possessions patrimoniales , et permit aux princes qui l'avaient accompagné de retourner dans leur pays.

I^ roi Otto, en quittant Cologne , se rendit dans ^es États héréditaires à Braunschweig. Là il retrouva les anciens sentiments pour lut et pour sa maison , que la noble ville avait si souvent montrés. Les Brannschweigers n'étaient pas non plus restés inactifs pendant son absence '; conduits par Guncelin, écuyer du roi Otto , ils avaient conquis Goslar , qui avait été attaqué par Heinrich le Lion et par Otto luimême toujours vainement. Mais Goslar avait été longtemps resserré , harcelé par les Braunschweigers, et les habitants devaient être fatigués , épuisés. La garnison était faible ; le commandant , comte Hermann de Hartesbourg>

ne pouvait résister avec de telles ressources. 11 9b retira àpnc avant Tassant, et abandonna la ville aux assaillants^ Là le pillage offrit un si riche batin , qne durant huit jours des voitures sans nombre furent employées à le transporter. Les conquérants nourrissaient un si profond ressentiment contre la ville prise, que plusieurs ' insistèrent pour la brûler ou la détruire; d^autres cependant rejetèrent cet acte odieux de vengeance , ainsi que le pillage de réglisc de St-Mathias. 0&. devait, pensèrent-ils, laisser la décision au roi Otto. Et quand Otto arriva en fugitif à Braunschweig , il loua cette conduite , et rendit aux bourgeois de Goslar bien des objets qui -leur avaient été enlevés. Maié il reconnut bientôt que, dans les circonstances présentes, Tioslar ne pouvait améliorer sa position relativement à Philippe et k Tenipiro ; qu'en supposant même que dans ses possessions 'béréditaires il trouvât un terrain solide duquel il lui fût possible de poursuivi'e la guerre, les moyens lui manquaient pour tenter cette continuation des hostilités, il résolut ddnc de se rendre en Angleterre , afin de tenter auprès de son onde s'il no pourrait pas se procurer des ressources. Il mit à exécution celte résolution, après avoir pris'des mesures durant tout Fhiver pour se préparer aux éventualités diverses , et avoir réglé tout ce que pouvait l'être. Il partit donc au printemps de Tannée 4207. Le roi Jean d'Angleterre miti tous ses soins à recevoir dignement son neveu le roi des Teutschs , empereur des Romains , à lui donner les fêtes les plus brillantes durant son séjour en Angleterre ; et les barons du pays, de leur côlé, ne négligèrent rien de ce qui pouvait rehausser ces fêtes et ajouter, k l'éclat. Mais il n'y avait dans ces efforts de vanité aucun succès pour les besoins réels du roi Otto. Le trésor du roi Jean n'était pas riche ; ce prince ^vait tout dissipé, ^asjjillé ; et comme ce qu'il possédait était arraché par des moyens odieux pour d'autres i)uts, les in* utiles dépenses faites pour le roi Otto furent avec raison blÀmées sévèrement. Ce dernier ne put donc obtenir de son oncle qu'une misérable somme pour Tintérèt de sa cause dans le Teutschland ; 5,000 rnarc^, voilà tout ce qu'il emporta.

Tandis qu'Otto, d'abord à Braunschweig , h cause du triomphe et de la fidélité de ses sujets, puis en Angleterre au milieu des pompes et des fêtes, oubliait pent-êtie fi'éqaemm^nt

les revers qui l'avaient frappé, Philippe n'eut pas trop à se féliciter de' son trionipbe. II parcourut le Teotsichiand tnéridîonal , et tint* sur le Mein et sur le Danube des diètes qili étaient bien propres à élever ses espérânceiâ et à réjouit son cœur. Dans ses domaines héréditaires il eut occasion aussi d'être satisfait; il dut être flatté surtout d'une invitation des habitants de Cologne qui le pressèrent de visiter leur ville', et de la réception qui lui fut faite :car, lôrsqti'lî s'y rendit aux fêtes de Pâques, si le cierge, qui n'oubliait pas son archevêque dans les fers, vint à sa rencontre avec une joie affectée, le peuple le reçut avec des acclamations et des cris de joie qui témoignaient de sa gratitude: Il resta huit jours dans ce centre d'actî\1té. En récompense des sacrifices faits par la ville, Otlo lui avait accordé antérieurement de.3 privilèges hnporlants pour son commerce avec l'Angleterre. Philippe n'était pas cri état de les assurer ou de lès augmenter; Cependant i1'*mérita bien de Cologne en affermissant la pah , en fixant avec précision les droits de douane, et déterminanjb lecouri^ deslnonnaies (5). Mais, au milieu de tous ees avantages; ses rapports avec le pàpc lui pesaient lourdement. Lc^ premiers pas pour un accord paraissaient avoir été faits des deux côtés; mais Toiï ne s'était pas rap* proche davantage. Le pape voyait toujours dans le duc de Souabe un noble Itomme fnappé de Tanatlièmc de TÊglise, et le saint-père continuait à nommer Otto le roi illustre, Tcrapereur élu. Tant que le pape restait dans ces termes , Philippe ne pouvait acquérir une situation affermie , et aucun de ceux qui tenaient pour lui, ecclésiastiques ou laïques, ne se rangeait sous sa bannière avec Tàme libre et traiHiuillo. Il n'osa pas une seule fois tenter de mettre fin à la guerre publique danshe Teutschland par la conquête des domaines des Welfs; car il devait craindre les refus des princes teutschs comme la colère du pape. Si une telle tentative eût réussi, il n'en eût pas été plus avancé : Otto restait an dehors avec «a cduronne et le- droit que le pape lui avait reconnu ; les hostilités auraient confinué, et néanmoins la discorde ne se serait "nullement élevée entre l'empire et le sacerdoce ; les Jifférends se seraient accommodés' comme par le passé; mais les hostilités venaient d\inc confusion, d'un désordre,*anxquelsil y arvait à peine un remède» , •

UV. XXÏ,

Ptiilippe ne méconnaissait. pas la difficulté. Prot)ablemeDt aa printemps de rannée'42079 vers le temps même où Otto allait en 4ngle« terre , Philippe fit partii- pour Rome une ambassade très-brillante : elle se composait du patriarche Wolfger d'Aquilée et du burgraf Geboard de Magdebourg, accompagnés de feu*" dataires du roi; ils s'adjoignirent encore quelques hommes d'expérience à Crémona. Ils étaient chargés de décider le pape à reconnaître le duc Philippe comme roi". Sans doute les ambassadèurç donnèrent sur les sentiments de ce prince les plus fortes assurances , et firent les ptns t)eiles promesses relativement à ses rapports futurs avec le siège apostolique. De plus Piiilippe doit avoir offert Tune de ses filles pour épouse du neveu du pape, ie fils de son frère Richard; et cette offre dut flatter si vivement le pontife, qu'il ne fit plus mention des domaines de Toscane, du duché de Spolète et de la Marche d'Ancôna, que des papes antérieurs avaient réclamés comme appartenant à TEglise, et dont lui-même avait pris possession , parce qu'on lui avait donné Tespoir que tous ces pays seraient attribués comme dot à la fille de Tem-*

Îiercur* Bans tons les cas il est ciTtain que ^ambassade ne fut pas désagréable au pape, qu'elle entretint avec lui dos relations ami** cales, et qu'il la fit rester assex longtemps dans le voisinage du siège apostolique. Mais lorsqu'il la congédia, après le milieu de Tannée, il en envoya une à son tour, dont le patriarche d'Aquilée devait annoncer Tarrivée , et pour la sûreté de laquelle il était chargé de veiller. Cette ambassade pontificale ne Tut pas moins brillante que n'avait été celle de l'empereur. On y voyait le cardinaUévèquc Ugolino d'Ostia et le cardinal-prètre Léo delà Sainte-Croix de Jérusalem. Tous deux étaient munis de pouvoirs étendus. Philippe les reçut joyeusement à Spire , et pourvut avec une grande générosité à tous leurs besoins. 9

Les instructions dont ils étaient chargés ressortent de leurs négociations avec Philippe et des concessions qu'ils obtinrent ou qu'ils firent. Les négociations durèrent longtemps; elles se suivirent en divers lieux de l'empire, parce qu'il se rencontra des difficultés, et qu'elles durent être interrompues : car telle ou tclh) exigence des légats paraissait très-dure au roi , et il ne s'y rendait qu'avec répugnance , après de vifs débats. Parfois aussi il se laissait aller à reprendre

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ce qu'il avait donné, et cherchait à ressaisir ce qu'il avait Idché ; mais le plus important resta , inachevé. . '

D'abord Philippe fut relevé de l'anathème de rÉgllse par les légats du siège tipostolique< Mais, poOr obtenir cette faveur, il lu'i faWnt préalablement jurer publiquement qii'il pfôte'-^ rait désormains obéissance à tous les ordrbs du seigneur le pape, sur toutes les choséi pour lesquelles il avait été' frappé de l'excommirùication ; secondement, il dot aussi prendre Pen-* gagement de mettre en liberté rairhevèqnc Bruno de Cologne , qui était encore dans 6ès fers, et de le livrer ^lux légats pontificaux , afin qu'il put les accompagner à Rome; Phiiif)pe parait avoir accepté assez facilement la première roodition , soit qu'il Itti en effet résolu' à une obéissance absolue , 'sôit que le serment,* dans sa généralité , admettant des contradic^ tiens et des doutes , lui parût peu enlbarrassaut ; mais la seconde condition kit fit faille de sérieuses^ réflexions. En effets par la délivrance de Bruno, i! abandonnait l'honme dont la con^quête lui avait coûté de si grands frais, auqtvel il avait fait de gratides promesses, et auquel aussi il devait ses derniers siïccès dédsift, lfai''i ehcvêque Adolphe de Cologne. Néanmoins il- y consentit , et lu nouvelle de sa condescendance causa unu si grande joie au pape, qu'il nb put s'empêcher d'offrir au duc de Souabe, dans une lettre spéciale, ses félicitations, ses remerct*ments, ses bénédictions, pour la soumission qu'il venait de montrer, et en même temps d'exprimer ses vœux pour Phonkieur de^'ce prince, autant que cela s'accordait avec la volonté de Dieu. Mais les félicitations, les remerciments et les bénédictions du pape ne tran^ quillisèrent pas Philippe; peut-être personne n'approuvait, sa conduite. D'Adolphe , an c on*tiwe, cl des amis de ce prélat, il put bien endurer de vifs reproches ; car il fil ressaisir l'ar* chevêque Bruno, et ordonna de le conduire prisonnier dans le château fort de RotheQl>ourgw Cependant une menace d'excommunication dela part d Innocent suffit pour amener la rétrac*' talion de cet acte de colère et de repentir, et pour procurer et assurer enfin la lib^té à l'arehevêque Bruno (6). Toutefois Philippe n'oublia pas son nmlheureux ami l'archevêque Adolphe; il ne cessa de travailler pour lui, afin de rendre au moins le sort de ce prélat- sup* I portable autant que p06sD)|e, s'il était inpliit-

sant à lai conserver Tarchevèché de Cologne.

Philippe dut encore se résoudre à retirer rinvestiture des régales de rarchcvèché de Mayence, qui avait été donnée à l'évoque Lupold de Worms , et à contraindre celui-ci à déposer entre les mains des légats pontificaux les droits spirituels attacliés au siège archiépiscopal. Et quoique l'on n'exigeât pas encore qu'il fit remonter l'archevêque Sifrid sans délai sur le siège de Mayence, il lui fallut pourtant accorder qu'un vicaire de ce prélat administrât en son nom les affaires spiritdelles, et que les affaires temporelles de l'archevêché fassent confiées à la direction d'un homme dont le choix restât dépendant des légats pontificaux. Conformément à cet accord, l'évêque Lupold passa les Alpes, afin d'apprendre, au pied du siège apostolique, la décision de son sort. Mais, tout préoccupé de ses actes hostiles envers le souverain pontife, il parait qu'en route il perdit le courage de paraître devant le saintpère. Il se dirigea vers Rome ; mais à Siena il se laissa engager en des manoeuvres qui furent considérées, par le pape comme des preuves de sa perversité et de ses dispositions hostiles. Enfin Philippe se décida à congédier une armée qu'il avait déjà rassemblée pour la reprise de la guerre ; car les légats pontificaux avaient aussi la mission, et sans doute c'était la plus importante , de ménager une paix entre lui et Otto; et cette partie de la négociation paraissait avoir le moins de chances de succès , puisque Philippe se trouvait à la tète de forces supérieures.

Tout avait été ainsi poussé à l'avantage du pape, qui avait sujet d'être content de ses légats. A Texceplion de la révocation de l'anathème ecclésiastique, pas la moindre chose n'avait été accordée à Philippe. On reste donc dans l'incertitude sur le but spécial que s'était proposé Innocent dans ses négociations avec Philippe. En définitive, il voulait sans doute ramener la paix dans l'empire , rétablir l'union entre l'empire et le saint-siège , et , comme cela se comprend de soi.-même , la rétablir suivant les idées qu'il se formait des rapports du pouvoir temporel avec la puissance spiiituellc. Mais quels étaient ses projets relativement aux deux rois rivaux ? Se détachait-il du faible Otto, et ses efforts tendaient-ils à pou§^er l'énergique Philippe à Terapire? ou bien , toujours attaché à son ancien protégé , voulait-il égarer le roi Philippe , et , lui enlevant peu à peu ses par-

tisans, le circonvenir, l'envelopper et le réduire entièrement en son pouvoir ? C'est là un problèmewqu'il est difficile de résoudre. Mais on peut à peine se défendre de la pensée qu'alors même que ses légats entretenaient Philippe dans l'espoir ^u trône, Innocent persista dans la résolution de l'éloigner de l'empire, et de maintenir Otto comme roi. Non-seulement celte hypothèse est conforme au caractère du pape, qni , l'œil toujours fixé sur son but, choisissait ses moyens suivant les circonstances , et les changeait d'après les nécessités ou «même les convenances ; elle parait môme confirmée par l'ensemble de la négociation. Une objection qui n'est pas la moindre, c'est que le pape fit mention du duc Philippe comme du roi ou de l'empereur futur. Ce qui a été cité jusqu'ici làdessus concernait seulement des droits du siège apostolique ou de l'Église, qu'Innocent aurait essayé de faire valoir sans doute contre tonte espèce de puissance. Philippe est toujours nommé et traité 'par le pape et par le légat seulement comme duc de Souabe; à Otto, aa contraire, durant toute la négociation avec Philippe, Innocent s'adresse toujours comme à l'illustre roi et au futur empereur des Romains; il continue à le conseiller comme parle passé, à lui donner des assurances, à lui faire des promesses , suivant les anciens orrenrents. Jamais dans les négociations avec Philippe il n'est question de la situation relative de l'Eglise et de l'Empire, et l'on ne trouve même pas la moindre allusion aux choses que le pape avait tant à cœur, et qu'Otto avait si solennellement jurées. Et en effet pour quel motif le pape aurait-il rejeté Otto? Uniquement parce que, en conséquence de perfidies et de trahisons , il était devenu le plus faible. Puisque les moyens lui manquaient pour acheter des princes avides, ce roi pouvait bien avoir commis des fautes , laissé passer des occasions, par négligence, irrésolution, indolence; mais il n'était coupable d'aucun de ces délits qui auraient pu fournir au pape un prétexte pour le laisser tomber. Aussi le principal objet de la missioa des légats , un traité de paix entre Philippe et Otto, était embarrassé de tant de difficultés, qu'Innocent dut à peine espérer leur solution.

Après beaucoup d'efforts des cardinaux ,

Philippe se rendit avec eux à Nordhausen , où

il avait aussi convoqué quelques princes. Otto^

^ de retour d'Angleterre, se trouvait à la forte-

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