LIV. XXIV
tèrcnt en étal de réunir de nouveau leurs forces à chaque instant, tandis qu'il était, au contraire, très-difficile à Temperour d'appeler une nouvelle armée d'Allemagne au i\v\h des monts. Aussi est-il h présumer quie JVmpereur entendit seulement s'obliger h ron^édier une partie de son armée, qui s'était déjà fondue considérablement , parce qu'il ne pouvait plus tenir un ensemble de forces. Le malheureux siège d'Alexandrie avait produit un grand mécontentement ; on assure particulièrement des Bohèmes qu'ils voulaient retourner dans leur pays; d'ailleurs le temps du service féodal était écoulé. Sans l'armistice, Friedrich eût également été forcé vraisemblablement à laisser beaucoup de ses compagnons regagner leurs foyers; il dut donc accepter Tarmistice, non pas avec joie, mais avec empressement, et insister d'une manière très-pressante sur le licenciement de Tannée lombarde. Mais les Lombards, tout en se félicitant de cette marche des choses, peuvent avoir couru avec d'autant plus d'empressement au camp impérial , toujours sans doute sous le prétexte de témoigner du respect à leur empereur et seigneur, mais souvent attirés par la curiosité bien pardonnable de voir rhomme puissant qui avait accumulé sur eux tant d'infortunes, et qui maintenant était réduit à un tel armistice.
Après la conclusion de la suspension d'armes, l'empereur congédia les princes et les seigi.eurs qui désiraient retourner en Allemagne; luinoéme, accompagné de son épouse et de quelqaes-uns de ses enfants , se mit en route, avec la portion de son armée qui restait en Italie, pour Pavie la ville fidèle. En même temps les Lombards commençaient leur mouvement de retraite pour se séparer à Piaceuza , où ils s'étaient réunis. Mais cette marche fit la première brèche au parti de l'armistice.. L'armée en retraite rencontra en son chemin les forces de Ci'émone qui ne faisaient que de partir. Ces Crémonais , retenus par leurs consuls , étaient franchement persuadés qu'ils atteindraient l'armée fédérée au temps convenu, et maintenant ils apprirent de leurs alliés , au milieu d-'S plaisanteries, des sarcasmes, des rires et def liuées, que tout était fini. Ils.reprirent donc, honteux et mécontents, le même chemin par lequel ils étaient tenus. Et lorsque, arrivés à Crémone, ils annoncèrent la honte que les consuls avaient jetée sur eux et sur la ville,
GUAP. m.
il s'éleva un tumulte contre ces hommes perfides. Les consuls, entre les mains desquels l'empereur et les Lombards avaient remis la décision définitive de leurs différends, se virent contraints à la fuite; leurs maisons, leurs palais furent pillés et rasés; d'autres hommes furent élus consuls à leur placcf.
CHAPITIIE ni.
INÉGOCI4TI0NS DE l'eMPEREUR AVEC LES LOMBARDS lîT AVEC LE PAPE A PAVIE. — ARRIVÉE d'une NOUVELLE ARMÉE DU
teutschland en italie. accord
apparent de heinrich le lion avec l'empereur.
De l'an 1175 à l'an 1176.
Cependant les trois plénipotentiaires choisis par rem|)ereur et par les Lombards avaient commencé leurs opérations à Pavie. Dans cette ville séjourna aussi l'empereur; peut-être les nouveaux consuls de Crémone s'y rendirent-ils aussi dans des vues d'accommodement, mais nous ne sommes pas tenus au courant de la marche des négociations par les relations de ce temps , et quand bien même elles nous auraient donné des renseignements, elles ne pourraient encore nous inspirer d'intérêt et nous faire tirer une véritable instruction. De part et d'autre on n'avait pas de vues conciliantes ; on était animé de sentiments hostiles; en conséquence, ce furent des complications, des ajournements sans fin , d'abord peut-être du côté de l'empereur seul, et plus tard aussi du côté des Lombards.
L'empereur était toujours fermement résolu à s'en tenir aux décisions de Roncaglia, et à ne pas s'en écarter d'un cheveu. Succombant sous la conscience de sa faiblesse momentanée, et seulement pour échapper à la honte d'une fuite hors de l'Italie, il s'était laissé aller à des rapports, à des négociations avec les Lombards. Comment eùt-il pu en venir à traiter sincèrement avec des révoltés, avec des hommes qu'il regardait comme des sujets, dont il se croyait le légitime seigneur et maître? Il ne pouvait guère avoir d'autre vue que d'amuser les Lombards afin de gagner du temps , pour les endormir, les diviser, attirer des partisans
fflSTOmE DU PEUPLE ALLEMAND.
et rappeler do Tentschiand de nouvelles forces^ ' avec lesquelles il serait enfiQ en état de les châtier et de les assujettir. Tout cela se conçoit d'après la manière de voir des hommes, de même que, dans Télat des choses et selon les principes de Friedriclî, tout cola peut s'excuser.
Mais ce qui est moins compréhensible , c'est la conduite des Lombards. Il est à peu près impossible qu'ils aient eu confiance dans Tempereur; on ne peut admettre non plus qu'ils n'aient pas bientôt remarqué la lenteur préméditée des négociations. Personne ne peut douter non plus qu'ils n'eussent été en mesure d'a- Béantir l'empereur, s'ils avaient réuni toutes leurs forces (levant Pavie, et qu'ils eussent voulu attaquer. cette ville avec tous les moyens de Fart militaire. Et ils ne tournèrent pas teurs armes contre Pavie; ils ïie. firent pas une seule fois de tentative sérieuse pour triompher complètement de l'empereur. Ce qu'ils désiraient de 1 empereur, ils le déclarèrent d'ailleurs sans réserve : c'était le contraire de ce que lui-même poursuivait de ses efforts ; c'était la révocation des décisions de Roncaglia, et le rétablissement de l'état des choses tel qu'il avait été sous les Heinricb. Ainsi ils voulaient bien reconnaître la suzeraineté de l'empereur, mais sans consentir, par cette reconnaissance, à rien perdre de leur existence indépendante, à être soumis au service et aux impôts , à l'exception toutefois des contributions nécessaires pour l'entretien de la cour et de l'armée, dans le cas où l'empereur Friedrich se montrerait dans ses États d'Italie, ils continuèrent à maintenir ces demandes sur l'objet du traité, quoiqu'il dût leur paraître chaque jour plus clair qu'ils n'obtiendraient rien par celte voie.
CeHe étrange conduite pourrait pourtant s'expliquer par les motifs suivants : d'abord les villes lombardes ne croyaient pas qu'il leur fii-t possible de subsister juxtaposées eu communes libres et indépendantes, sous un chef supérieur commun. La pensée d'une telle existence communale put bien ne pas leur avoir paru étrange ni trop élevée; Venise leur offrait un grand exemple à côté d'elles. Mais le souvenir de leurs anciennes divisions, de leurs anciennes lattes, n'était pas détruit par la conclusion de leur ligue; les rivalités, les jalousies n'étaient pas éteintes; nulle des villes alliées n'avait renoncé à ses projets antérieurs. La ligue n'of- Jrait aux villes plus faibles, quand avait dis-
pam l'ennemi commun qui avait provoqué l'union , aucune sécurité contre la prépondérance et l'orgueil des cités plus puissantes. De là ce sentiment de la nécessité d'un roi dont la suzeraineté fut reconnue de tous ; qui, s'il no devait pas offrir une prot<;clion constante, pouvait au n)oins de temps en temps couvrir de son sceptre l'opprimé et rétablir l'ordre , inspirer au faible de l'espoir, et contenir le puissant par la crainte. Mais, si l'on ^vait reconnu le besoin d'un chef suprême, sinon partout, du moins dans beaucoup de villes, aloi's on pouvait difiicilement penser à un autre prince qu'au roi des Teutschs. Personne ne disputait au roi des Teutschs le droit à l'empire; pour 4ui plaidait un passé de quatre siècles ; en lui seul se concentrait l'ensemble des rapports actuels. L'on ne pouvait plus s'attacher à l'idée d'un seul peuple italien, comprenant tous les habitants de la belle Péninsule, depuis le sommet des, Alpes jusqu'au détroit de Sicile , et même par delà cette . Ile. Les prétentions de l'empereur grec, la puissance des Normands (Jans la partie méridionale du pays, la position élevée du siège apostolique, les divers intérêts des villes sur les côtes de la mer, des habitants deç plaines et des habitants des montagnes, ne laissaient pas subsister cette pensée. Eùt-clle même acquis de la consistance çà et là, se fùt-ellemème répandue partout, personne n'auruit été en état do proposer un lieu où fonder le foyer du peuple italien , où dresser le trône d'un royaume'd'Italie. On aurait donc élé réduit à recourir à rempereur, au roi des Teutschs. Et maintenant, en supposant que I on eût triomphé pleinement de l'empereur Friedrich, qu'aurait-on gagné à une nouveÙe fuite de ce prince hoi'S de l'Italie? qn'aurait-on môme obtenu par sa ruine? Rien qu'une victoire stérile. Tant que les décisions de Roncaglia avaient une valeur légale, on revenait toujours à Tancicnne situation ; Friedrich pouvait venir une sixième fois en Italie, ou son successeur s'y transporter, et tout était encore remis en question. Un accommodement résultant d'un traité était seul de nature à cimnger les choses. Enlln il serait possible que le pape Alexandre lui-même eût déjà travaillé à détourner les Lombards des partis extrêmes. Alexandre combattait l'empejcur Friedrich , mais il n'était pas l'ennemi de rempirc] De toutes les marques de la souvç'»