‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 8 sur 165 · LIV. XXIV · texte numérisé non relu

LIV. XXIV

raineté et de raatorité pontiQcales, nulle ne frappait avec plu& d*éolat les regards que la collation de la conroane impériale, et, avec elle, de la plus haute dignité temporelle, par les mains du pape. 11 était donc impossible que le pape abandonnât l'empire, et c'eût été de sa part uft abandon s'il eût souffert que la Lom« bardie se détachât de cet empire , dont la couronne était suspendue au saint-siége, que Pou devait venir chercher auprès du souverain pontife, qui la posait sur la tête adoptée par luik Qu'aurait acquis le saint-siège en compensation de cette perte? Le pape avait grandi à cùté et en face de Tempereur ; des débats multipliés entre le sacerdoce et Tcmpire, la chaire apostolique s'était élevée toujours plus éclatante, et les humiliations, les souffrances que certains papes avaient eu h subir n'avaient pas été nuisibles h sa considération et à sa dignité; la lutte actuelle même contre l'empereur Fricdrieli, quelque redoutable qu'apparût ce prince tout d'abord , avait désormais pris une telle tournure, qu'Alexandre n*avait plus à s'inquiéter de l'issue. Nais réussirait-il mainte^ nant à contenir l'esprit de liberté qui régnait dans les villes, et cela sans l'aide d'un empereur? qui pourrait le garantir à lui et à son successeur? 11 y avait à prévoir bien des divisions ; déjà il s'en était élevé : cet esprit de liberté avait déjà osé affronter le siège apostolique dans Rome. Le pape avait- il été en état d abattre l'hérétique Arnold de Brcscia? et pouvaitron attendre que les communes , après avoir brisé le pouvoir impérial, se courberaient devant la puissance épiscopale apostolique, en général devant l'autorité ecclésia:>tiqne? Quoi qu'il en soit, il est certain qu'en pensant à l'avenir, le pape Alexandre put bien ne pas se sentir très-attaché de cœur à son alliance avec les Lombards. L'on comprendrait donc qu'il eût alors étendu la main pour retenir les hommes jadis lancés par lui ; la marche de l'histoire semble témoigner en faveur de cette opinion.

Mais, de quelque façon que ces choses se soient conduites, il n'y a pas de doute que Vemperear, arrivé à peine à Pavie , et peutêtre m^me auparavant, adressa, par les troupes qui s'en retournaient , des lettres aux princes de l'empire , pour les inviter à venir avec de Bouvcaux guerriers en Italie , à l'effet de sauver 9QI) honneur et celui de l'empire , de les

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venger sur les Lombards audacieux et rebelle^, et qu'il ne cessa 4p répéter cet appel , en prenant un langage toujours plus pressant (4). Toutefois il est incertain si les Lombards connurent ces efforts ; mais il est peu croyable qu'ils leur restassent entièrement cachés. 11 est donc tou? jours surprenant qu'ils n'aient pas rompu plus tôt les négociations. Un autre fait est plus surprenant encore* L'archevéqiio Christian de . Mayence, après la levée du siège d'Al^uJC, au mois d'octobre de l'année précédente , s'était arrêté dans l'Italie centrale, et avait repris ses manœuvres antérieures. Il avait réuni une nouvelle montre, et avait pénétré, vers le printemps de cette année, dans le canton de Rologne. Sur ce territoire il assiégea le château de Santo- Cassano, et poursuivit ses opérations même durant les négociatious de Pavie. Bologne réclama les secours do la ligue; de diverses villes, des troupes considérables répondirent à cet appel. A la vérité, elles arriyèrent trop tard ; car la garnison du château avait déjà repoussé les assiégeants et s'était fait jour sur Bologne. Christian lui-même s'était retiré avec son armée; mais les hostilités continuèrent » sans que pourtant les négociations de pavie paraissent avoir été inlcrrompues.

Par quels artifices l'empereur était-il parvenu à maintenir et à ralentir les négociations? c'est ce qu'il n'est guère possible de montrer, faute de rapports concordants. Un point sur lequel il n'y a point de doute, c'est que d'un côté il étendait toujours davantage le cercle des négociations , comme si tout devait maintenant se régler sur des bases solides , et que de l'autro il prenait de nouvelles circonstances qui surgissaient pour en faire des objets de conférence, augmentant ainsi la matière des discussions dans une telle mesure que personne ua pouvait plus en être maitre.. D'ailleurs on manque en général de dates précises pour les phases diverses parcourues par les négociations.

A Pavie parurent aussi des envoyés de Venise, dont la flotte avait opéré de concert avec l'archevêque Christian dé Mayence contre Ancône. Gênes et Pise furent déterminées à porter de nouveau leurs vieilles querelles devant l'empereur et à lui en remettre la décision. I4C roi Guillaume de Sicile fut caressé par Farchcvêquc Christian au moyen de propositions de mariiige. 11 fut même question de l'empereuv

UISTOIRE DU PEUPLE ALLEMAND

de Constantinople, comme «i* lui aussi devait prendre part à la paciflcatiou générale. Il faut négliger tout ce qui se passa dans ces débats; mais ce qui frappe les regards, c*est qu'on les dirigea avec des vues très-complexes, pour amener des embarras et une confusion qui de* vaient nécessairement retenir ia décision de la question principale dans rinditerminé, et qu'ils durent dtïnv assez de motifs pour faire abandonner à chaque instant la négociation entière. On peut mentionner un fait entre tous , nonseulement parce qu'il fut de beaucoup le plus important, mais encore parce qu'il présente quelque chose de frappant et d'équivoque dans la conduite du pape : c'est la négociation entre l'empereur et le pape Alexandre.

Dans le traité de l'empereur avec les Lombards, la liberté de l'Église romaine avait aussi été réservée. On ne pouvait donc se dispenser d'appeler l'Église aux négociations de Pavie. On peut rester dans le doute sur le sens que • l'empereur donnait à l'expression : Liberté de l'Église de Rome; mais il est bien certain qu'avec cette réserve les Lombards avaient voulu déclarer qu'ils^ ne sépareraient pas leur cause de celle de leur ami et soutien le pape Alexandre. Il est vraisemblable aussi qu'ils avaient demandé que le pape fût invité aux négociations. Quoi qu'il en soit , il est certain que Friedrich prit son parti de cette invitation, soit spontanément, soit d après le désir des Lombards. 11 envoya quelques-uns de ses fidèles avec des lettres à l'évêque Ubaido d'Oslia et h deux autres prélats (2), disant qu'il désirait s'entendre avec eux sur le rétablissement de la paix entre l'Église et l'Empire, et qu'il les invitait à venir en toute sécurité auprès de lui à Pavie. Les trois évéques informèrent aussitôt ' le pape de la proposition qui leur était faite. Alexandre hésita d'abord ; mais enfin il autorisa le voyage auprès de l'empereur, et donna aux évéques des instructions sur la conduite des affaires. Les évéques suivirent diverses routes, et furent partout accueillis aux acclamations du peuple, parce que Ton espérait que l'empereur avait pris enfin la résolution de reconnaître le véritable chef de l'Église, et de laisser ainsi tomber les bénédictions de la religion sur tous les fidèles. A Lodi, deux évéques eurent une conférence avec les recteurs de la ligue lombarde. De Piaccnza, où tous les trois s>c réunirent , ils donnèrent avis à l'empereur

de leur arrivée , et sur une nouvelle invitation amicale ils continuèrent leur marche jusqu'à Pavie. Ils trouvèrent un accueil honorable et affectueux.

Le lendemain , l'empereur les reçut publiquement, assis sur un trône, les princes autour de lui , au milieu d*un concours immense de peuple (5) . liOrsque les évéques eurent pris place en face de lui , il se découvrit, les salua de la manière la plus bienveillante en langue allemande, et les invita h présenter les propositions dont ils étaient chai-gés. Alors l'évoque Ubaido d'Ostia se leva , s'avança devant l'empt'reur, et prononça un admirable discours dont la dureté blessante formait un contraste tranchant avec son visage. calme et serein. Il accepta bien les félicitations amicales de l'empereur comme les compliments d'an prince illustre et puissant; mais il déclara qu'il ne pouvait y répondre à cause de la discorde qui régnait entre la très-sainte Église et l'Empire. 11 parla de la naissance du schisme, éuuméra les griefs de TÉglise , et peignit la ruine de l'État avec une douleur si profonde , en traits si puissants, que les assistants, incapables de réprimer leur admiration , s'écrièrent que ce n était pas un homme qui parlait, mais l'esprit de Dieu le pèrequi habitait en lui. Enfin il blâma de la manière la plus amère la dureté de cœur de l'empereur, qui seul s'opposait à l'ànité de l'Église catholique. Les compagnons de l'évéqnc Ubaido continuèrent , sinon avec la même inspiration , du moins sur le même ton , en exprimant les mêmes sentiments. L'empereur écouta les paroles des trois prêtres non-seulement sans s'irriter, mais avec calme et componction. Enfin il leva la séance et congédia l'assemblée, en déclarant que la discorde lui déchirait le cœur à lui aussi, et qu'il donnerait avec joie son assentiment à la paix.

Mais que signifie cette scène? qui pourrait nier qu'elle fie parût avoir été concertée entre les délégués de l'empereur et ceux du pape? Friedrich avait choisi lui-môme les représentants du pontife, et sans doute son choix était tombé sur des hommes qui lui étaient bien connus, sur lesquels il pouvait compter. Ce qui rend déjà cette conjecture vraisemblable , c'est que ces hommes s'étaient entendus avec lui sur leur entrée publique à Pavie. Comment est-il croyable que Friedrich eût donné audience aux envoyés du pape , non-sculoment en prc-

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