‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 70 sur 165 · LIV. XXV, CHAP. X · texte numérisé non relu

LIV. XXV, CHAP. X

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de gens de la campagne cherchèrent dans les Tilles abri et protection; non-seulement des serfs , mais encore des membres de familles de vassaux, qui, chassés de leurs possessions, désespéraient d y rentrer bientôt ou jamais. A cause du manque de sécurité générale, les villes se virent obligées d'augmenter les fortifications qui les couvraient, d'en construire de nouvelles , en raison du nombre de ces réfugiés , d'étendre le cercle des murailles , et de reculer leurs possessions hors de leur enceinte. Elles ne forent pas moins forcées de s'occuper de l'armement de leurs habitants pour la défense contre les violences du dehors , de veiller au bon ordre dans l'intérieur. L'exemple que leur avaient donné de loin les cités italiennes s'était maintenant rapproché d'elles dans Cologne et Brannschweig , et agissait fortement sur des hommes qui marchaient à la liberté avec une ardeur juvénile. Les princes et les seigneurs laissèrent arriver ce qu'ils ne pouvaient empêcher; quelques-uns même, ecclésiastiques et séculiers , secondèrent assez volontiers ces mouvements, l'un parce qu'il applaudissait à tous les progrès, l'autre parce qu'il aimait les jouissances plus délicates et sentait de plus nobles besoins; peut-être aussi la nécessité les poussa-t-elle à des concessions, parce qu'ils ne pouvaient se passer des impôts et des droits de douane. Tous enfin avaient pu être conduits à des réflexions sur la fidélité que les bourgeois de Cologne et de Braunschweig avaient montrée à Otto, et les sacrifices qu'ils avaient faits pour lui.

Mais le roi Otto ne méconnaissait pas l'état du Teutschland, et, dans le moment où il fut reconnu souverain unique, il était résolu à remédier autant que possible aux maux qui l'afflîgeaient. A la diète même de Francfort , il en fut questjon, et l'on arrêta quelque chose. Tous les princes présents promirent comme lui, avec serment, de maintenir la paix dans l'empire , et de s'abstenir de toutes guerres particulières. Us promirent aussi de poursuivre les brigands, de ne lever aucun impôt illégal. Sans doute ces engagementg^tendaient h la protection du commerce et des relations entre les villes; mais comme les maux qui déchiraient l'empire parurent probablement trop nom-, brêux pour que l'on pût les traiter en détail , l'on comprit tout dans une décision générale. Tous les droits que Karl le Grand avait intro-

duits devaient être observés et mamtenns (7); ce qui signifiait que chaque prince aurait à régler sa conduite selon le devoir et la conscience, ainsi qu'il était responsable devant Dieu et devant l'empire : car Karl le Grand, quelque pea que l'on connût de lui, apparaissait comme l'empereur dont les fondations, les institutions et l'administration avaient fait l'unité, la puissance et la gloire de l'empire ; on voulait sans doute , en rappelant son nom , réveiller aussi le sentiment des obligations les plus sacrées. Mais il est rare que de pieuses résolutions subsistent longtemps devant les orages des passions , et les désordres de la vie écartent souvent des sentiers par lesquels l'homme avait espéré parvenir à un but élevé-

Aussitôt après que l'assemblée de Francfort se fut séparée , se produisirent quelques incidents qui devaient nourrir ou exciter les passions. Le duc Louis de Bavière s'était chaîné de l'exécution de la condamnation prononcée , et il ne tarda pas à se mettre à l'œuvre. Il ne pouvait non plus perdre de temps, s'il voulait échapper au soupçon de cacher son cousin le malheureux palatin , et conserver à sa maison les possessions de Wittelsbach; car on était disposé à présumer que le roi Otto n'avait nullement oublié le duché de Bavière, ancien héritage desWelfe, et qu'il ne voyait pas d'un œil favorable la maison de Wittelsbach. L'entreprise n*avait pas à surmonter de grands obstacles. La vieille forteresse de Wittelsbach , dont la famille à laquelle appartenait Otto avait pris son nom , fut détruite entièrement ; le château d'Andechs, dont la famille du markgraf Heinrich tirait son nom , fut pris , non sans résistance , et rasé. Et tandis que le duc Louis se saisissait des possessions du condamné, le palatin Otto accomplit lui-même son malheureux destin. Le terrible maréchal Heinrich de Kalden , jadis provocateur ou instrument des cruautés de Heinrich YI, découvrit qu'il résidait dans une ferme des moines d'Ebra,. sur le Danube , aux environs de Batisbonne. Aussitôt il y courut avec une troupe armée; se" saisit du malheureux sans défense, le tua sans pitié, et fit jeter Ja tête coupée dans le Danube. Le markgraf Heinrich d'Andechs échappa à la poursuite; il s'était rendu dans l'Istrie, où il se tenait caché. Mais, lorsqu'il eut reçu la nouvelle de sa condamnation et de la mort du palatin, il partit pour la Terre-Sainte, afin d'y'com-

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battre pour lo Christ , jjuqn'à ce q«B ses ennemis eussent modlGé leurs sentiments. Son espérance se.réalisa, mais bien tard. On ne sait ce qui arriva pour la démonstration de son innocence; mais , quinze ans après sa condamnation, «lie: fut reconnue par l'empereur Friedrich, II, .de 6orte qu'il put se montrer et agir comme markgraf d'Istrie , et, cinq années pins tard, il parut dans^ une assemblée de princes à Straubingv à cété des ducs Louis de Bavière et Léopold d'Autriche. Bien antérieurement, dès Tannée 4244, le frère du. markgraf, Tévéque de Bamberg, fut déclaré innocent de tout point, et réinstallé. dans wnévèebé. •

Le pape Innocent, quelque horrible que put ^tre l'assas^at du duc de Souabe , trouva que la condamnation téméraire et injuste de Vé^éque était digne de Texécration ; car, en ffipposant même qu'il eût été coupable , Ton «'aurait dû prononcer un jugement qu'après ^neepQiqnéte préalable ^légalement poursuivie, fin, .conséquence il conûa ces recherches h ses l^gat^dansle TeutschlandiL'évéque comparut cjevai)^ eux 9 non sans d^tnger ; mais il ne. se présenta ni. ^ccu^te^r ni témoin. Là-dessus les . piçrsécute.urs de l'évéque s'écrièrent que la, c^usç appartenait imipédiatement au siège apostolique; Innocent reçqt l'appel. L!évéque alla donc it Bon^e. Au même temps s'y trouvaient J^eaucpup ^e princes teutschs , et parmi eux ceujc-14 même qui en avaient appelé le plus haut au saint'Si^e ; et pourtant il ne parut encore ni accusateur ni témoin. Le pape ne prononça point de sentence; il chargea l'archevêque de Hayence, 1!évèque de Wurtzbourg et l'abbé de Piilda , d'annuler d'abord toutes les procédures illégale^ poursuivies contre l'évéque ou l'église de Jiaipberg., puis d'accorder un délai de trois moiS|. durant lequel quiconque aurait à produire des accusations ou des preuves contre l'évéque pourrait , être entendu , et enfin , selon ce qui ^prait été démontré , de condamner l'évéque ou de le déclarer innocent, et d'imposer silence à ses calomniateurs. Les actes de cç.tribuiial. sont inconnus, mais il est certain que l'évéque fut déclaré innocent; et, conforpiément à cette décision, l'an 4244, lorsqu'lpnocent et Otto étaient dans des rapports mutuels tout différents, par une assemblée nombreuse de princes et de seigneurs à Bamberg ,. à la tètp desquels était l'archevêque de Mayence , il fut réintégré dims son évéché.

. Et . maintenant comment ne pas s^fficaj^r en considérant cette issue deirafbiie.d^deDX frères, et «e rappelant le sort eruel.du camle palatin. Otto de Witteisbacb? Qui oserait aoateni^ quBf s'il n'avait pas été saisie où si i'on avait observé envers lui les formes de Ujuslke, son innocence eût été moins reconnue que eelle du markgraf Heinrich d'Ândechs.et de l'évéque de Bamberg ? Il n'y. a point de doute , le palalia Otto est devenu la victime de passions.. furieuses, et le maréchal Heinrich de Kalden fut un digneexécnteurd'une telle justice.r . .

Cependant le roi Otto était passé de Brane^ fort à Mayence , puis avait gagné le. duché de Souabe. Là il trouva les choses dans i un itat désespéré. Presque tous les barons 4^ iea vassaux, dit un écrivain du temps,, se faisaioit voleurs de grands chemins... Otto , se donna beaucoup de peine pour arrêter les ecKieôs. Afin d'exciter de la crain,te , il tint fréquemment sa coqr de justice,, et montra contre Içs princes., comtes et barons qui désiraient lut rendre leurs devoirs 9 son mépris et son indignation par des paroles et par des actes.! Les fleis que Philippe avait eus de princes ecclésiastiquies, il les réclama , et ne tint nul compte de Topposition fk ces princes. Pour assurer la justice aux hommes des classes inférieures,; il réprima les extorsions des hauts dignitaires de l'Église* Les Hohenstaufen , gracieux et pleins dfentratnement, avaient conféré des fiefs à ceux qcu les sollicitaient les premiers; pour loi, il vûulut être convaincu du mérite des solliciteurs. Il cherchait aussi à faire, passer l^s fieb. vacants , autant que possible , entre |e$ mains des Saxons et des Anglais , ecclésiastiques et séculiers , qui étaient dans sa suite. Aux ^tes de Noél , le roi se trouvait à Augsbourg , où il passa la plus grande partie du mois de janvier de l'année suivante, 4209. Là parurent à sa cour beaucoup de princes et de vassaux, sans doute pour lui présenter leurs hommages. Mais il ne devait pas se trouver à son aise dans cQtte. société; peut-être avait-il à dessein auprès de lui le maréchal Hcinric\i de Kalden avec quelqpeç troupes , et il donna à ce vieillard , qui était toujours prêt à un service de rigueur, l'ordre de saisir les maKaiteurs parmi les assistants, et de les traîner devant les tribunaux. Quand cet ordre se répandit, la plupart des feudataires s'éloignèrent dans la nuit. I^n coipte de Grafesbach fut anêté et traîné devant le roi , et on

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lai déchira ontragoa^ment snr le corps le yètement dont il était couvert (8).

Une telle conduite pouvait être en elle-même très-louable, et venir du désir de rétablir Tordre et d'exécuter la justice ; mais elle était dangereuse pour un nouveau roi appartenant en même teinps à une famille contre laquelle depuis longtemps les Sonabes s'étaient montrés de constants ennemis. Les classes inférieures , les serfs , les bourgeois et les paysans , selon notre manière de parler , les moines et les membres du bas clergé , se réjouissaient de ces attaques. Ils n'étaient pas accoutumés à entendre le mot de justice qu'Otto avait à la bouche dans tous ses actes ; ils le considérèrent donc comme le défenseur de l'équité , et embrassèrent l'espérance que , par son gouvernement énergique , les dévastateurs seraient abattus, les oppresseurs écrasés. Mais Otto ne gagna pas les cœurs des princes et des seigneurs ; tous ceux qui savaient manier l'épée ^ et qui se croyaient en droit de s'en servir, se détournèrent de lui ; ils cherchèrent par tous les moyens à le resserrer, à gêner ses mouvements , à miner le sol sous ses pas. Ce n'était pas- la justice- qu'il poursuivait, disaient-ils, mais les satisfactions de l'orgueil ; c'était un hypocrite dont le cœur renfermait des sentiments tout autres qu'il h' en avait sur les lèvres ; ses vieux ressentiments contre la maison de Hohenstaufen n'étaient pas adoucis , et l'anéantissement des adhérents de cette famille était son but , qu'il avait trahi trop tôt. Ces calomnies, ces insinuations et ces craintes agirent bien au delà des limites dans lesquelles Otto s'était renfermé jusqu'alors : car les maisons princières et beaucoup d'anciennes familles de vassaux se rattachaient les unes aux autres, par des liens de parenté , par delà les cantons du Teutschland, et la maison des Hohenstaufen avait eu ses partisans dans toutes les ' contrées de la Germanie jusqu'au dernier moment. Si une fois la hache était levée , qui pouvait être assuré qu'elle ne frapperait pas sur les jets pleins de sève , après avoir coupé le bois sec? Sans doute ^ en raison du. besoin de soulagement, d'ordre et de repos, qui était général, Otto' aurait pu faire beaucoup , si, usant de toute l'énergie de sa jeunesse, sans rechute de paresse et d'indolence, il avait consacré toute son aolivité à la patrie, sans s'occuper d'autres

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venances ^e la vie , {>oussé par les vues et les opinions de son temps, OKo np pi\t choisir cette voie. Dès le commencement de l'année il fut question d'un voyage d'Italie,^ à Rome, pour recevoir la couro^ine impériale ; car la pensée unissait toujours cette couronne à celle de la Germanie. Plus le pouvoir du roi des Teutschs sur Rome et l'Italie se perdait , plus on parlait de Rome ; à peine si l'on disait encore le roi des Teutschs^ L'homme qui avait été élu ou reconnu par les princes, teutschs était appelé le roi des Romains , et il était couronné en cette qualité au-dessus du tombeau de Karl le Grand à Aix-la-Chapelle ; le roi lui-même , le pape , les princes , Ic^ écrivains , tous emploient cette locution. Le roi courpnné était même appela déjà l'empereur, parce qu'il était considéré comme éelvéà cette dignité suprême. L'en^pire, qui n'était iàs lors qu'un brillant fantôme sans forme et sans réalité, paraissait absorber ie royaume des Teutschs , l'État gern^anique j qui aurait pu être si grjjmd , si /ort et si puissant. Mais cx)mme le roi élu paraissait ne pouvoir se passer du couronnement à Aix-la-Cjiapçlle, de même, pour le roi couronné, il semblait Indispensable que le pape lui posât sur le front le diadème impérial ; il n'anivait à la pleine possession de ^a dignité que par l'accomplissement de cette dernière cérémonie. L'on conçoit donc très-bien que. le Welf Otto, iiis. de Heinrich le Lion, ait jugé nécessaire avant tout, comme successeur des Hohenstaufen sur le trône des Teutschs, de saisir la couronne impériale, tout en prévoyant peut-être que la dignité, au lieu d'accroître son pouvoir, ne ferait que le diminuer.

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