‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 71 sur 165 · CHAPITRE XÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XÎ

SEJOUR D*0TTO IV EN ITALIE • — SON COU- RONNEMENT PAR LE PAPE. — PUIS SES DÉBATS AVEC LE SOUVERAIN PONTIFE QUI LE CONDAMNE. — DEFECTION DE LA PLUPART DES PRINCES TEUTSCHS.

De ran 1200 à Tan 1212.

Tandis que le roi Otto se trouvait en Souabe, parurent devant lui des députés des villes d'Italie, qui lui offrirent leurs bannières | des.

intérêts accessoires ; mais, retenu par les con- | clefs d'or et d'autres présents, et déposèrent à

pieds leur hommage. Lui-même , quittant j le comprendre ; car à nous deux est remise snrsboarg, parcourut encore assez longtemps tout la direction de ce siècle; nos sentiments ,

nos opinions sont les mêmes. Vraisemblablement, comme dit le prophète, le soleil et la lune resteront dans leur ordre; ce qui est inégal s'aplanira , ce qui est tortueux deviendra simple. Nous avons les deux épéês dont les^ apôtres disaient au Seigneur : Voici deuxépées, et dont le Seigneur disait aux apôtres : Cela suftit. L'autorité pontificale et la puissance royale , qui sont signifiées par ces deux épées, sont complètement suffisantes pour remplir leur devoir, si une partie est vigoureusement soutenue par l'autre. » Après de telles expressions et d'autres analogues , qui paraissent prouver que le pape n'avait pas une haute idée de la capacité intellectuelle d'Otto, mais qui , avec toute l'onction et la douceur dont il les enveloppe, font assez clairement connaître ses véritables vues , il ajoute , pour être garanti dans tous les cas : « Maintenant, qi^ne paix réelle et une ferme union s'établissent et sub* sistent entre l'Eglise et l'Empire; mais, afin d'éloigner pour l'avenir toute matière aux divisions et auy soupçons , je dois réclamer actuellement quelque chose de mon très-cher fils, qu'il m'accordera sans difficulté, parce que cela est raisonnable et salutaire -.j'espère que plus tard de plus grandes concessions seront faites ; car a3surément je ne chercherai jamais à obtenir ce qu'il ne conviendrait pas au roi d'accorder, attendu que j'ai un zèle ardent pour son honneur, et que mes efforts tendent k son avantage. Pour arriver à ce but, et pour exécuter, autant qu'il plaira à Dieu , ce que le roi a demandé, j'envoie dans le Teutschland deux légats que le roi recevra là où hii-méme se montrera, dans lesquels il aura une confiance sans réserve, dont il suivra les conseils.» Les légats vinrent dans le Teutschland. C'étaiont les mêmes qui déjà y étaient venus en la même qualité , le cardinal Dgolino et Tévêque Léo. A Spire, probablement, les légats préstîntôrent au roi les demandes du pape, et insistèrent sur leur pleine satisfaction, de même qu'ils promirent , au nom d» pape , l'approbation , sans condition , du mariage du roi avec Béatrix, fille de Philippe, et déclarèrent que le souverain pontife était tout prêt à couronner Otto comme empereur. Mais les réclamations d'Innocent n'étaient pas les mômes qu'Otto avait juré, à Neus?, de satisfaire, huitimsanpa-

ses

Augsbourg

le Teutschland méridional, s'arrêtant sur quelques points; et là où il séjourna, comme à Nurnberg et Haguenau , les princes voisins se réunirent autour de lui. 11 délibéra avec eux sur les affaires publiques , établit le calme et la paix, et se saisit des églises et de leurs biens. Il prépara aussi son voyage d'Italie et son mariage avec la fille de Philippe , qui ne pouvait que servir les intérêts généraux, si le pape écartait l'obstacle de la parenté du souverain avec la jeune princesse.

Cependant entre Otto et le pape se suivait une active correspondance par des envoyés et par des lettres , et constamment dans les termes de la bienveillance et de l'amitié la plus entière. Otto tenait au souverain pontife le langage d'un bon fils, pieux , aspirant à recevoir des conseils et de l'assistance. Il témoignait hautement de sa reconnaissance infinie , et déclarait qu'après Dieu il devait tous ses succès au saint-père , qui n'avait jamais cessé de répandre sur lui ses secours et sa faveur. Aussi désirait-il posséder seul avec l'Église romaine toute la gloire à laquelle Dieu daignerait l'appeler. De son côté , le pape se pose devant le roi en père puissant et rempli de bienveillance , qui pour son fils a beaucoup fait et beaucoup donné; qui est disposé à faire et à donner plus encore , mais qui a la pleine conscience de sa bonté , de ses secours et des besoins de son protégé , qui en tenait compte, et^ «n échange réclame une obéissance absolue , une soumission sans réserve à ses volontés. Innocent parait être convaincu qu'il a maintenant atteint ce que Grégoire a poursuivi comme le but le plus élevé : l'union la plus complète entre l'Église et l'Empire , par l'entière subordination de l'Empire envers l'Eglise. 11 paraît avoir cru posséder dans Otto l'homme qui désormais ne ferait qu'exécuter ses décisions, sans autre inquiétude que de voir ce prince ne pas mettre assez de rapidité dans cette exécution. » Vois, mon très-cher fils, dit-il dans une de ses lettres au voi, mon âme est si intimement unie avec ton âme, mon cœur s'est tellement fondu avec ton cœur, que nous croyons vouloir et sentir la même chose, comme si nous n'avions qu'un seul cœur et une seule àme. Quel avantage on peut attendre de cf tte union ! La plume ne peut le décrire, la Jangue l'exprimer, l'esprit

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ravaot. Dû s'était relâché de quelque chose , parliculicreracDt au sujet de la ligue toscane et lombarde, et de la paix avec le roi de France. D'ailleurs on n'avait rien changé d'essentiel; les frontières du pays qu'Otto avait promis de laisser en possession paisible et constante au saint-siège restaient les mêmes ; mais on avait ajouté beaucoup de points nouveaux et importants, pour affranchir de toute influence du pouvoir temporel l'Église romaine , qui désormais devait régner en souveraine sur son propre terrain. Otto devait renoncer à un abus que quelques-uns de ses prédécesseurs avaient exercé ; il devait établir et confirmer que les élections des prélats fussent entièrement libres et se fissent canoniquement , afm que celui-là devint le chef de l'Eglise orpheline, que le chapitre entier ou la majorité éclairée aurait cru devoir choisir; il devait laisser porter librement au siège apostolique les appels en matfère religieuse ; il devait aussi rejeter l'abus que ses prédécesseurs avaient habituellement commis en se saisissant des biens des prélats décédés , et consentir à ce que le pape et les prélats de l'Eglise décidassent librement sur toutes les choses religieuses , afin que ce qui était à l'empereur fût donné à l'empereur, et ce qui était à Dieu revint à Dieu ; enfin il devait promettre des secours efficaces pour l'extirpation de l'hérésie, sans doute parce que l'hérésie des Albigeois menaçait alors de devenir très-dangereuse pour le safnt-siége. Otto accorda tout sans faire la moindre objection. Le dimanche des Rameaux, 22 du mois de mars, à Spire, dans une lettre au pape , il rédigea une déclaration solennelle par laquelle il promit tout, comme de son propre mouvement, par reconnaissance envers Dieu, envers le vicaire de Dieu et son épouse la sainte Eglise. Il termina l'acte par ces mots : « Mais, afin que tout cela puisse être tenu enveris notre trèssaint-père Innocent, l'évéque suprême de la très-sainte Eglise romaine , et envers ses successeurs , par nous et nos successeurs les empereurs et rois des Romains , et afin que cela demeure fixé d'une manière inaltérable, nous avons fait revêtir cet acte de la bulle d'or de notre majesté. » L'évéque Kunrad y a , comme chancelier de l'empire, apposé sa signature.

Maintenant ce ne fut plus qu'amour et plaisir dans le Teutschiand. L'abondance .des récoltes de cette année ajouta encore à la joie de

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la concorde. Les légats, enchantés de l'heureux résultat de leur plus importante mission, se monlrèient gracieux et bienveillants, et affectèrent de l'empressement dans les concessions qu'ils étaient autorisés à faire. Ils se promenèrent dans l'empire, de ville en ville, accommodèrent les différends et rétablirent l'ancien ordre dans les églises (1 ) . Le roi se rendit de Spire en Saxe , où le rappelait son cœur, pour revoir encore une fois sa chère Braunschweig avant le voyage de Rome , et rassembler autour de lui les princes du pays. Au commencement du mois de mai, il tint une grande diète à Altenbourg, dans le voisinage de laquelle étaient de grands domaines impériaux. Là parurent non-seulement les princes voisins , mais aussi des ambassadeurs de Pologne, de Bohême et de Uongrie (2). L'on y traita de beaucoup d affaires. Otto y donna aussi: aux bourgeois de Stade, en récompense de leur fidélité, une charte de liberté, dans laquelle, voulant suivre en tout ce qui était bon les traces de son père , il leur confirmait les privilèges que Heinrich le Lion leur avait accordés , et leur concédait en outre de nouvelles franchises. Voici peut-être la plus importante, qui est ici authentiquement établie : Quiconque , homme ou femme , aura vécu sans être inquiété un an et un jour dans la ville , sans protection , sera à jamais tenu pour un être libre. Au milieu du mois, à la Pentecôte, Otto était à Braunschweig. Là il désirait ne réunir que ses amis les plus intimes ; mais il y vint d'Astphalie et de Thuringe un nombre considérable de princes ecclésiastiques et séculiers. Les comtes surtout y parurent avec une quantité de feudataires. Le roi donna une fête brillante à tous ses hôtes à ses frais , et sut prévenir les querelles naissantes avec tant d'adresse, que la gaité fut grande et générale (5).

De Braunschweig il se rendit à Wurtzbourg, où il avait indiqué une diète pour la fin du mois de mai. Sur ces entrefaites il fut admis par l'abbé du couvent de Walkenried, et par cinquantedeux autres abbés de l'ordre de CIteaux , à cette association ; et dès lors cette troupe d'abbés se crut autorisée, obligée à suivre le roi à Wurtzbourg. Dans cette ville se trouvèrent les légats pontificaux et un grand nombre d'archevêques, d'évêques, d'abbés et de prêtres, de rois, de ducs , de markgrafs et de comtes de toutes les parties du Teutschiand, comme on en avait vu rarement auparavant. Après que l'on eut

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traité les affaires pnbliqaes dans cette brillante asseitibléé, et ({ne iâ paix eut été affermie, le io\ appela les ec(ilésiastiqùes , cfa premier ordre les I^ats du pape , et les prii1(!es séculiers les plus puissants, à une détibôration spéciale. A èette réunion il pfoposa la question : s'ils étaient fl'aVis qu'il dût épouser Béairiî^ de Hohenstaufen, pour raffermissement de la paix dans l'empire romain , et que , malgré sa parenté avec la jeune princesse; il pfttcoutracler celte tinîon sans danger pour son àmé? Les princes délibérèrent. Les légats déclarèrent quelle était l'opinion du saint-père. Il y eut quelques petites objections, mais en général peu d'opposition. Le résultat fut prononcé devant le roi par le du<î Léopold d'Autriche : Le roi devait et pouvait ^ marier avec là jeune Béattit, tnais sous la condition d'une fondation pieuse qu'il était facile de faire. Béatrix fut introduite. ' Le roi alla au-devant d'elhi; lui (Présenta un hâneau , l'embrassa et Idi donna tin baiser quand elle eut accepté ce gage ^ ensuite il la mena à un siège entre les deux cardinaux, et du haut du trône il dit à l'assemblée : Voicitotre reine, honorez-la comme il convient. Ensuite la royale fiancée , accompagnée d'une sœur, fut conduite à Braunschweig, et placée sou^ la garde dit comte palatin du Rhin , Ileinrich, frère d'Otto. Le rot lui-même, tout en faisant des haltes dans leTentschland méridional, poursuivît avec ardeur ses préparatife de voyage &u delà des' Alpes;

Atigsbéftrg fut désignée pour le rendez-vous Ses trotfpes qui devaient accompagner le roi. Elles devaient se réunir à la fête de SaintlacqUes. Beaucoup de princes des deux ordres s'y trouvèrent avec letifs cortèges ; mais presque tous appartenaient au f eutschiand méridional, quoique, d'api*ès une tradition, 350 armures tirées des bourgeois de Braunschweig aient dû accompagner le roi. Les archevêques de Mâyencej Trêves et Magdebôurg, vinrt^nt à Augsbourg, ainsi que douze évêques et sept abbés, puis le roi de Bohême, les ducs de Bavière, d'Autriche, de Lorraine, de Zœringcn, Carintbie etMéranie, le landgraf de Thuringc ; enfin, beaùcdup de markgrafs et de comtes. Il n'y nfailqua pasr non plus de chanteurs', qui ërurent ne pas devoit manquer l'occasion de toir ritâlie^ Rome , le pape et des fêtes pompc^ses^ Mais les princes qui ne pouvaient pitndre p^rt à l'e.'tiKdftiou fournirent des

subsides, dont Otto sans doute devait avoir grand besoin , quoiqu'il eût fait des eniprunts sur gages. Lui-même entra dans Augsbourg en temps opportun, et se félicita de la puissance et de l'éclat dont il se vit entouré. Après avoir réglé ce qui pouvait l'être pour le maintien de la tranquillité dansTempire, on se mit en mouvement vers la fête de l'Assomption. L'on se dirigea pat* Irispruck, Brixen, la vallée de l'Adige, sur Vérone; les' mesures avaient élc prises avec une sage prévoyance , et l'on n'éprouva aucun accident.

Quelques mois auparavant, Otto avait envoyé le patriarche d'Aquilée en Italie, pour annoncer aux habitants du pays son arrivée prochaine , et les préparer à sa réception. Le patriarche était chargé pouf les princes et les seigneurs d^Italle, comme pour lés villes lombardes , de lettres remplies d'expressions de bienveillance et de confiance. Depuis que la crainte dé l'oppression et du servage s'était évanouie , dans le long espace de temps où lès armes teutsches né s'étaient plils fait entendre , les Italiens . étaient revenus à leur ancleû système, des débats sans nombre s'étaient élevés pour les mêmes causes qui les poussaient jadis à se combattre. La ligue lombarde, produit d'uhe nécessite inouïe , n'avait été maiiïtènue que par cette nécessité même, et, quand elle n'exista plus, les liens se rompirent de toutes parts. Chaque ville faisait la guerre à des rivaux avec lesquels elle entrait en contact , tantôt seule , tantùt liguée à d'autres Cités. Dans ta confusion des rapports et le boulevei*sement des passions , les alliés se transformaient en ennemis, et les ennemis devenaient alliés. Les esprits s'irritaient; rirrîtation condui.^ait à la cruauté, et la cruauté h des actes de vengeance, à des crime5; et nulle part il ne manquait d^excitaleurs qui cspéraieiil renverser la liberté par elle-même , et sur SCS mines fonder une nouvelle domination , asservir la multitude divisée, avilie.

A travers ce tumulte et au milieu dn bruit des armes, retentissaient assez souvent les noms de Guelfes et de Gibelins. C'est par là qu'amis et ennemis avaient coutume de se distinguer. Ils se servaient encore de certains signes pour être reconnus, alors que les noms n'étaient pas prononcés. Il n'y a pas de doute , ces dénominations étaient empruntées aux deux grandes maisons princières du Teutschiand qui avaient été si longtemps Opposées l'une à rdulrc. Hais

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les Waiblingen, pendant qu'ils combattaient les Wélbj (ivaîeni presque toujours été repousses par les papes: Les Welfs étaient donc considérés comme attachés au siège apostolique ou à rÉglise, dans la lutte des pontires contre le pouvoir temporel ; et , dans les dix dernières années , l'évéque Rocue avait été non-seulemedt l'allié ^ mais le protecteur et le suzerain du roi welf. Ces noms, Guelfes et Gibelins, indiquaient donc originairement que les Guelfes étaient considérés comme partisans du siège apostolique et du pouvoir ecclésiastique, les Gibelins comme les adhérents de l'empereur et de la puissance temporelle. Aux premiers se rattachaient en général ceux qui , grâce à la liberté protégée, favorisée par les papes, et surtout par Alexandre llly étaient devenus grands , puissants , riches , ou qui , se confiant en leur énergie, en leur propre intelligence , se flattaient^ dans cette liberté, de grandir en puissance et en richesse ; avec les derniei's, au contraire , on comptait ceux qui étaient restés stattonnaires', qui n'avaient trouvé et n'espéraient trouver le salut dans la liberté, et en conséquence avaient besoin d'un dédommagement qui paraissait ne pouvoir leur èlre donné que par le glaive terrestre. Mais les noms de Guelfes et de Gibelins n^ont pas été les dénominations de deux grands partis qui, concentrés en eux-mêmes, d'accord sur les principes, aient tendu vei's' un but déterminé. Ce n'^ pas un grand intervalle qui sépare les habitants de la Toscane et de la Lombardie en Guelfes et en Gibelins ; non , il n'y a que de petites et nom- . breùses fissures se croisant en tous sens qui les divisent ainsi. La limite ne court pas entre des Seigneuries, des villes et des communautés; elle coupe la seigneurie mémo, la ville, la commune, des maisons particulières, de sorte que le frère est à un autre camp que le frère , le père que le fils, si les vues, les opinions, les projets et les tendances sont différents.

Ces rapports font comprendre que la nouvelle de rapproche d'Otto dut exciter sur bien peu de points l'inquiétude et la crainte, et en général éveiller l'espérance et répandre la joie: car les Guelfes voyaient en lui un Guelfe qui, en fils obéissant de l'Église, encouragerait leurs efforts, bien loin de les opprimer; les Gibelins, de leur côté , considéraient en lui l'empereur, et s'attendaient bien qu'il ne négligerait pas Toccasioh ^ avec sa bonne cpée, d'exercer toute

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la puissance qui était ou devait être attachée an tr6ne. Cependant le patriarche d'Aqdilée n'était pas propre à mettre à profit cette bonne disposition; aticien partisan de la maison 'de Hobenstàufen , Wol^er parait avoir professé les principes de^ cette famille. Il noui'risslliit peut-être à cause de cela de vieux ressentiments contre les Italiens. Il ne pouvait donc s'abitenir de les traiter avec dédain et orgueil , pour les . intimider, pour jouir lui-même du sentiment de la domination. Il aurait probablement tout gâté par sa rudesse et ses violentes démarches, si le pape ne s'était tout d'abord efforcé é^a* doucir, de calmer, d'accommoder, et si, en second lieu, le roi Otto lui-même de s'était pas montré affable et bienveillant parmi les hibi^ tants de l'Italie, avant que la semeuec jetée par Wolfgereût eu le temps de croître.

I>e Vérone, l'empereur se dirigea sur Milan. Comment aurait-il pu laisser de côté cette nOu« vdie ville, qui se dressait si magnifique sur les débris du vieux Milan , pour braver le H(Aënstaufen qui s'était efforcé de détruire la pro^d maison du nouveau monarque? Les Milautfisle ' reçurent au bruit des acclamations joyeuses , et lui donnèrent toutes sortes de fêtes. De son côté , il confiima aux Milanais tous leursprivtléges. Mais il ne pouvait s'arrêter. A Sologne il tint itne diète publique , à laquelle parurent les princes du pays , ainsi que des députes des villes et des bourgs ; les plumiers apportaient des présents , les bourgeois les impôts et les droits qui étaient accumulés depuis la mort de Heinrieti Yl. Ainsi fortifié, Otto franchit les Apennins. A Viterbe l'attendait le pape. Tout fut convenu au moyeu de députés qui allaient al« ternativemcnl d'une cour à l'autre. Par suite de cet accord , Otto prit les devants sur son armée , et courut de Pise à Viterbe. A son approche , le pape s'avança accompagné d'un clergé nombreux et. d'une grande foule de peuple. Les deux souverains s'embrassèrent comme père et fils , et vécurent dans une grande intimité jusqu'à l'arrivée de l'armcc. Sans doute Otto, les yeux Oxés sur la couronne impériale, répéta toutes les promesses qu'il avait faites précédemment dans l'effusion de sa reconnaissance ; là probablement il jura encore l'acte de Spire. Sans doute le pape employa tous les moyens pour soumettre entièrement le roi par la supériorité de son esprit et do ses connaissances. Mais Otto n'était plus le méiiié

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qa'il avait été dans les premiers lemps. Jusqu'à son voyage d'Italie, il n'était jamais sorti des embarras d'une situation précaire et dépendante; après une enfance passée dans Tiaquiétude 9 le besoin , Texil , la captivité ; après une jeunesse durant laquelle il avait été soutenu sur une* terre étrangère par les bienfaits d'un .QOcle, il était devenu roi partiel du Teutschland, sans ressource , sans puissance, sans au-

, torité , sans fortune : comment son esprit se

• serait-il rempli de hautes pensées, son cœur de grands sentiments? II reçut donc une impression d'autant plus forte à la vue de la nombreuse et brillante armée qui le salua comme roi

. des^Tcutschs à Augsbourg, et se montra prête à le suivre au delà des Alpes, pour lui procurer * la plus haute dignité du monde. Ensuite la vue de ritalie, d'un beau pays, de grandes et magnifiques cités, du mouvement rapide qui entraînait tout ; l'empressement de tous les partis à solliciter son concours , sa bienveillance , ses bonnes grâces, tout cela dut agir puissamment

' ' sur lui. Il remarqua probablement aussi que le pape était considéré d'un autre œil que dans réloignement, et que l'atmosphère sacrée dans laquelle il avait coutume d'apparaître aux Teutschs se dissipait en Italie. Enfin il ne manqua certainement- pas non plus de gens qui, ainsi qu'on en avait vu jadis autour de Heinrich IV , le pressèrent de se souvenir de la majesté de l'empire, de maintenir la couronne impériale au-dessus du siège apostolique; et les grandes phrases, les protestations exagérées ne firent pas défaut. Otto était donc maintenant en face du saint-père avec de tout autres sentiments que ceux qui occupaient son àme quand il lui adressait des prières, des hommages , des actions de gràces, dans les jours de sa détresse. Mais, dans la situation actuelle, la couronne impériale lui était nécessaire avant tout; il devait donc inévitablement persister dans son ancienne attitude.

De Viterbe , le pape partit en avant pour Rome. Otto le suivit avec Tarméc, et campa à Montemalo sous les murs de la ville éternelle. H restait encore certaines choses à négocier; il fallait satisfaire on repousser de vieilles prétentions des Romains. Le matin 4 octobre, un dimanche, il fit rédiger un acte authentique, pour confirmer le serment, prêté comme sur son ordre et en sa présence , qui avait été prononcé par les princes , les seigneui's et autres

fidèles de l'empire, an sujet de la sûreté de toutes les personnes et de toutes les propriétés dans Rome , depuis le pape jusqu'au dernier individu , pendant le temps du couronnement ; et le même jour il entra dans Rome , se dirigeant vers l'église de St-Pierre. Des milliers de guerriers couverts d'armures Tescorlaient Tépée nue; des milliers d'archers 4e suivaient. Cette force armée repoussait à distance, ou maintenait dans l'ordre la multitude qui affluait de tous les points. Tout trouble fut d*aatant plus facilement prévenu, que de l'argent avait été jeté et que le peuple était occupé à le ramasser. Le couronnement fut accompli avec la plus grande solennité. Tout ce que l'église de St-Pierre pouvait fournir d'objets riches , magnifiques, éclatants, fut découvert, étalé aux regards ; tout ce que les cérémonies du culte divin pouvaient avoir d'élevé et d'émouvant fut déployé. On ne peut se défendre de supposer qu'Innocent avait tout calculé pour faire une impression ineffaçable sur son bien-aimé fils l'empereur, afin qu'il frissonnât d'horreur à la simple pensée de jamais se lever contre une puissance d'une majesté si imposante. Après le couronnement, le pape et l'empereur se retirèrent pour aller s'asseoir à la mênie table à un festin public. Otto tint l'étrier au souverain pontife quand il monta à cheval et quand il en descendit. La ville de Rome se livra bruyamment à la joie que lui inspiraient ces pompes et ces fêtes.

Ce fut là le terme de l'union entre le pape et l'empereur. Le premier signe de mésintelligence parait avoir éclaté immédiatement après le festin , dans un entretien intime entre les deux souverains. Nous sommes très-mai informés par les nari-ations du temps. Pourtant on peut en tirer ceci , qui n'est d'ailleurs nullement invraisemblable en soi-même. Le pape aurait donné à entendre amicalement à Tempcreur qu'il pourrait maintenant , afin de n'être point à charge avec son armée à la ville de Rome et aux habitants des alentours , livrer en réalité, aussitôt que possible, les villes et les ch&tcanx qu'il avait juré d'abandonner ea libre propriété à l'Église romaine , et regagner ensuite la haute Italie. A cette insinuation l'empereur aurait répondu d'un ton non moins amical que le saint- père ne devait point insister sur la demande; qu'il lui était impossible d'y satisfaire; qu'il avait bien juré do faire

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