‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 72 sur 165 · LIV. XXV, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIV. XXV, CHAP. XI

Tabandon en question à VÉglise romaine ,-mais qae dans son serment de couronnement il s'était engagé, comme ses prédécesseurs , à ne consentir à aucun préjudice envers l'empire, à le maintenir dans ses droits , môme à les augmenter. Ces paroles, qui dissipaient le beau rêve d'union enfanté par le cerveau du pape entre l'Empire et l'Église , c'est-à-dire de subordination de l'empire envers le saint-siége , ne produisirent d'abord qu'une certaine froideur d'où naquit bientôt l'inimitié la plus envenimée. Dans les jours suivants , durant lesquels sans doute se poursuivirent les négociations , surgit un autre fait qui ût éclater la mésintelligence en querelle. Un certain nombre de chevaliers teutschs étaient venus à Rome sous prétexte de visiter la ville; mais ils se permirent toutes sortes de fantaisies et d'actes insolents. Ils prirent sans payer; des bourgeois de Rome, témoins ou victimes de cette conduite, opposèrent de la résistance. Les dispositions dans Rome étaient devenues Aostiles, parce que la générosité d'Otto avait été insuffisante. D'autres se joignirent aux premiei*s , et le nombre croissait toujours. On en vint aux mains. Les Teutschs furent contraints à la fuite ; l'évèque Sigefrid d'Augsbourg lui-même , qui se trouvait aussi dans la ville, dut se sauver. 11 y eut des morts et des blessés. Les Romains poursuivirent les fuyards ; ceuxci reçurent des secours du camp. La lutte devint acharnée et sanglante. Enfin l'empereur accourut , à ce qu'il parait , et rétablit l'ordre. 11 n'y eut ni triomphe ni défaite; mais dès lors toute conimunication fut interrompue entre la ville et le camp , et de part et d'autre les esprits étaient très-irrités. L'hostilité se fit sentir sur- . tout dans le camp impérial ; car les fournitures cessèrent , et les hommes et les animaux souffrirent de la disette. Dans cette nécessité » Otto adressa au pape une lettre écrite comme autrefois sur le ton d'une reconnaissance filiale , dans laquelle il sollicitait une entrevue en un lieu commode pour tous deux. « Le désir de sotre cœur, disait-il en terminant, de parler avec vous sur l'importante affaire, est si grand, que nous avons résolu, même au péiil de la vie, de venir vous trouver dans la ville. Toutefois , que votre sainteté daigne réfléchir que de mon entrée dans la ville peut sortir un grand danger pour toute TËglise. » A cette lettre le' pape fit, huit jours après le couronnement, une réponse brève , froide , sans une expression Y.

bienveillante, ni au commencement ni à la fin, sans même les formules depolitesse, d'adresse et de salutation. « Une entrevue serait bonne , je la désirerais moi-même ; mais pour le moment elle ne peut avoir lieu. Jeprie l'empereur de ne pas mal interpréter cela; ce n'est pas ma volonté, mais la nécessité qui en est cause. La chose pourrait se suivre au moyen d'un mé-* diateur. Quant à l'affaire du territoire, ajoa« tait-il, que tu nous as fait exposer, nous croyons devoir te répondre que tu pourrais bien imaginer une voie pour conduire à ton honneur et au nôtre ,^et que nous voulons prendre un chemin qui mène à ton avantage et au nôtre. »

Cette réponse presque brutale, qui dut blesser l'empereur d'autant plus profondément que son embarras était plus grand , ne lui laissait que le choix entre deux routes, l'une longue, l'autre courte et rapide, qui toutes deux pouvaient conduire à une catastrophe : ou bien il fallait tenter d'emporter de vive force Rome, la ville sainte, éternelle, ou bien lever son camp et se retirer, afin de trouver des vivres pour les hommes et les chevaux. Soit qu'il ne se sentit pas assez fort, soit qu'il reculât devant les horreurs d'un assaut, il se détermina (>our le second parti. A la grande joie du pape irrité et des Romains qui le raii« laient, il partit en frémissant de colère, mais trompa les espérances de ses adversaires. II n'alla pas loin, se posta contre la frontière de l'ancien domaine de l'Église, dans les cantons voisins qui appartenaient à l'héritage de la marquise Mathilde, et prit possession des villes de Radicofani , Montefiascone , Aquapendente. Mais alors il fut abandonné peu à peu par la plupart des princes teutschs et par les plus puissants, qui voulurent retourner dans la patrie avec leurs troupes. Parmi eux on cite le landgraf de Thuringe, les afTchevèques de Mayence et de Trêves, les dncs de Zaeiingen et de Bavière, et le roi de Bohême. Cette résolution aurait dû engager l'empereur à la prn* denceet à la modération ; car, encore bien que les lois du service féodal donnassent aux princes le droit de se retirer , ils n'en auraient guère fait usage s'ils n'avaient eu en vue d'échapper aux complications de la lutte qui allait s'engager entre le pape et l'empereur, et de conserver les mouvements libres , afin de pouvoir se porter d'un côté ou de l'autre, suivant

b marcbe des choses. Mais Otto ne se laissa ni conseiller ni arrêter ; devant Téclat du soleil dltaliCi le Teutschiand parut à ses yeux se perdre éims la nuit , et les brouillards. S'il s'é^* tait rappelé, non pas Thistoire des anciens temps, mais seuleipent les événements des dix deniières années pendant lesquelles 7I avait combattu contre Philippe pour l'empire, il aurait fait de sérieuses réilcxions sur cette puissance impéuétrable du pape; il se serait dit qu'Innocent n'hésiterait pas àlanccr sur luiaussi les foudres de l'Eglise, et. qu'alors le départ des princes teutschs ressemblerait à une défection, il crut au zèle simulé des Italiens, auxquels pourtant toute dqmination teutscbe était également odieuse , et parait avoir été indiffô*! ^ent sur )e3 services des princes teutschjs (4). Il prét^ Qiéme facilement Toreillc aux. insinualions de ces mêmes Italiens : les grands seU gneurs du payîs l'obsédèrent^, et jsojlicitèrcht ^es investitures dans les pays que le pape con- -çidéraU et. voulait faire considérer pomma appartenant à l'Eglise romaine. L'un pouvait len effet préférer la situation de vassal de l'empire à ^eelle dé' vassal du siège apostolique^ parce que, on cas de nécessité^ il serait en état d'opposer l'épée aux ordres d^ l'empereur éloigna , tandis qu'en face de la puissance du pape il n'y avait d'autre parti que la soumisyion absolue. L'autre sollicitait l'investiture de t^aveu du ^ ape , dans la vue de conserver le pays au saint-siége. Les autorités des villes dan^ l'enceinte ou dans le voisinage desquelles se. trouvait l'empereur déclaraient hautement qu'elles désiraient rester attachées à Tempire , ^t rejetaient la suzeraineté du pape , en partie parce ^e te parti le plus prudent leur semblait < être, de témoigner leur dévoûment au puissant souverain dont les armes étaient sur leurs têtes, en partie aussi parce qu'ayant devant IcB yeux l'exemple des villes de Lombardie, elles espéraient acquérir plus facilement la liberté avec un roi. étranger que sous la main d'un seigneur du pays du pape. Les villes éloignées, en Toscane , en Lombardie , sur les côtes comme dans l'intérieur, se montraient toutes , ou en très^grande partie , favorables à l*eflipcreur. Otto les parcourut dans le printemps de l'année suivante, 4210 , et se montra partout affable, gi'acioux et bienveillant. Se l'appelant les leçons de son ancien protecteur. Innocent y il n'épargna ni les concessions , ni

les promesses. Il gagna ainsi les villes, qui lui promirent volontiers des secours là, où il on était bsoin. Enfin les "savants jurisconsultes du pays ne restèrent pas en arrière: ces conseiN 1ers , professeurs ou écoliers des écoles de Bologne, avaient dans la tête les .principes du droit romain par lesquels l'empereur Friedrieh avait été fortifié dans ses malheureux projets ^ s'il n'y avait pas été entraîné. Ils attribuèrent à l'empereur tout le pays , la suzeraineté nou-> seulement sur tout l'héritage de MaUiilde, mais encore sur la Pouille et la.Calabre,surlesaa'» cicn nés. possessions de l'EgUse apostolique et sui^Rqme même; en sorte qu'il. ne restait au pape que les affaires. spirituelles, et que jt<>ut« la domination temporelle devait passer k .l'empereur. Alors on examina les titres sur îcsquels le pape avait fondé ses. prétentions , et l'on trouva peut-être que l'un de ces actes manquait d'aulhenticilé', qu'un autre ,soule-! vait des doutes^ Quant au serment q.u'Otto av2\it prononcé, or^ vint encore à sou. aide sur ce point. Il avait juré, disait-on, conm^ nu novice^ sans connaissance de cause,, et parce que, faute de ce serment vJui aurait été refusée la couronne impériale qui lui appartenait; en conséquence il n'était nullement tenu par ses paroles et par son serment.

De la sorte OttQ se disait chaque jour avec plus d'assurance qu'il était dans son droit; et plus il lui venait de témoignages de la colère du pape sur sa conduite , plus sa résolution était forte de faire valoir son droit dans toute son étendue. Comme le pape avait coutume de parler de son devoir pontifical, il s'étendait à son tour sur ses obligations d'empereur : si le saint-siége ne le déliait pas du serinent de son cou rondement, il ne renoncerait de son côté à aucun pays, à aucun dj*oit qqi appartenait ou qui avait jamais appjirtenu à l'empire. Deux choses le fortifiaient dans ses vues et dans ses efforts : d'abord Otto se montrait toujours ea pieux chrétien catholique , eu partisan fidèle de l'Eglise universeUe et de son chef suprême, .et il offrit volontiers son bras pour étouffer les hérésies, qui dans ce temps paraissaient devenir toujours plus dangereuses. 11 pouvait donc bien se persuader qu'il ne combattait nullement le saint-père, mais qu'il luttait pour l'empire. En second lieu, Otto trouva tant d'appui auprès des Italiens, qu'il put sjiiivre ses projets avec vigueur , et que ses cnlrepriscs

Page 1