CHAPITRE Xlï
{.'empereur OTTO IV EN TEUTSCHLAND. — VOYAGE DE FRIEDRICH II EN TEUTSCH- LAND. — - SITUATION INCERTAINE D''0TTO ET DE FRIEDRICH EN FACE l'uN DE 1-' AUTRE.
De}'an 1213 à l'an 1214.
Le roi Otto avait quitté le Tentscbland , ami et favori du pape , avec une grande et belle armée; l'empereur Olto regagnait La patrie avec une faible troupe, frappé de Fanathème de TEglise. A son départ, des vivat nombreux et broyants le poursuivaient; à son retour, il fut reçu avec un sombre silence. 11 parait même que personne ne Tattondait. Son apparition provoqua fortement les esprits à Tespérance, à la crainte; amis et ennemis I s'agitèrent. Dès le milien dû mois de mars il put tenir une diète publique à Francfort. Là parurent beaucoup de princes, soit par inclination, soit par curiosité. Les ecclésiastiques, au contraire, à Toxception de l'évéque de Halberstadt, s'abstinrent de venir, soit qu'ils craignissent l'excommunication, soit qu'ils jugeassent plus prudent de ne rien presser. L'on ne sait ce qui fut traité et résolu ; mais il paraîtrait qu'Otto déploya une autorité si imposante parmi les princes , qu'il n'existe pas de doute sur son triomphe. Le markgraf Thiéderich de Misnie et de Lusace conclut avec lui un traité solennel , dans lequel il promit sa fidèle assistance contre le pape , contre le roi de Bohème, le landgraf de Tburinge et toute espèce d'ennemis. L'empereur s'engagea, de son c6té, à donner en Ûef le royaume de Boliéme au neveu du markgraf, AVIatislav, à l'assister, à être pour lui un bon et gracieux seigneur (I); et même le duc Lud wigdc Bavière, qui avait assisté aux assemblées de Bamberg et de Nurnberg, se
réconcilia, par crainte sans donfe, avec l'empereur, et contracta les mêmes obligations que le markgraf , mais sans obtenir autre chose que l'assurance ^e trouver dans Otto un bon et gracieux seigneur (2 . Un mois après ces événements, les fendataîres et les bourgeois de Trêves, mécontents de la faiblesse et de l'hésitation de leur archevêque Jean^ se placèrent à Ilaguenan sous la protection spéciale de l'enipercur , et promirent de lui garder fidélité en toutes circonstances. Toutes ces choses parais- ' sent avoir conduit le duc Heinrich de Bral>ant h penser qu'il vaudrait mieux témoigner ses sentiments par des actes rapides que par des paroles , des promesses et des serments. Il envahit donc l'évêché de Liège avec des troupes. Le 5 du mois de mai , jour de l'Ascension , il attaqua la ville de Liège, et l'emporta d'assaut Ses guerriers souillèrent leur victoire par le pillage, le meurtre, les sacrilèges , et tous les excès possibles ; mais, en échange, la veille de la même fête , l'archevêché de Cologne fut perdu pour Tempereur. Le vieux traître Adolphe s'en empara à force de fourberies et de mensonges, et sut pendant quelque temps conserver sa domination à l'aide des mêmes artifices par lesquels il l'avait reconquise. Après la mort de Bruno, l'archevêque Jhéoderich était parvenu au siège de Cologne ; mais il s'était indignement conduit et avait attiré sur lui la haine des ecclésiastiques comme des laïques, il était resté partisan d'Otto; en conséquence, le légat pontifical , Sifrid de Mayence , l'avait frappé d'excommunication. Mais, sans s'arrêter à cette condamnation , Théoderich avait continué ses fonctions sacerdotales. Adolphe sut mettre à profit ces circonstances. 11 parut à Cologne, et annonça que Théoderich avait été déposé par le pape , et que lui-même avait été rappelé au siège archiépiscopal; il enjoignit donc que l'on n'eût à obéir qu'à lui seul. Les ecclésiastiques passèrent de son cêté par haine contre Théoderich , et celui-ci se vit contraint de quitter l'église et la ville. Il alla d'abord trouver l'empereur Otto ; et comme celui-ci ne pouvait l'aider , il se rendit à Rome. Mais, au milieu des orages qui grondaient de tous côtés, son affaire n'était qu^ d'un intérêt secondaire pour le saint-père. Le spirituel devait céder au temporel.
Otto lui-même tint à la Pentecôtcunegiande diète ù Nurnberg. Il exposa aux princes assem-