‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 9 sur 165 · LIV. XXIV · texte numérisé non relu

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sence de ses princes , mais an milieu du concoars du peuple, s'il n'avait pas été prévenu de ce qu'il aurait à entendre? et comment s'expliquerait l'assurance avec laquelle les ambassa leurs se placèrent en face du trône impérial , ralTabilité de Taccueil impérial à ces personnages , la tranquillité de Friedrich et de ses princes en écoutant les plus fortes accusations, les plus durs reproches ; l'attitude enûn de Friedrich quand les évéques eurent achevé leurs discours? Pas de défense, pas de récrimination, mais plutôt une sorte d'aveu tacite de tout ce que les prélats avaient exposé. En réalité, on serait tenté de croire que des deux côtés on s'était proposé de se jouer des Lombards et de les égarer. Au reste, les députés pontificaux demeurèrent encore quelque temps à la cour impériale; mais il n'y eut plus de réunions solennelles. Les évéques eurent de fréquentes conférences, tantôt avec l'empereur seul , tantôt avec l'empereur entouré de ses conseillers , tantôt seulement avec ses fondés de pouvoir, tantôt enfin avec les fondés do pouvoir de l'empereur et les recteurs de la ligue lombarde simultanément. Quel résultat sortit de toutes ces discussions? cela est incertain. Elles ne conduisirent pas à la paix ni entre l'empereur et le pape, ni entre l'empereur et les Lombards. Mais n'y eut-il pas entre l'empereur et le pape certains accords pour le cas où les événements prendraient tel ou tel cours? L'empereur est accusé par les adhérents du saint-siége de s'être opiniâtre dans ses funestes résolutions, d'avoir réclamé de l'Église dans les choses spirituelles beaucoup plus qu'il ne fut jamais accordé à un laïque , et d'avoir poussé ses exigences à l'égard des Lombards bien au delà des limiles dans lesquelles s'étaient toujoui^s tenus ses prédécesseurs. Cette assertion ne souffre guère de doute en ce qui concerne les Lombards; elle peut même se justifier quant à l'Église, autant que les choses ont été révélées. iHais tout ce qui fut arrêté dans les promesses de l'empereur aux envoyés pontificaux , ou de ces envoyés aux conseillers intimes de l'empereur, parvint il à la connaissance des hommes dont nous tenons ces relations? c'est encore là une autre question. Dans tous les cas , il est certain que les négociations furent rompues , que les trois évéques s'en retournèrent pour faire leur rapport au pape , et que les choses restèrent extérieurement comme elles étaient auparavant.

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Des nouveaux événements qui se passèrent pendant ce temps , et qui donnèrent lieu probablement à une plus grande complication dans les négociations , outre ce qui a été rapporté déjù concernant l'Italie centrale et en dehors de ce canfon , deux seulement sont signalés. D'abord le pape érigea en évêché la villQ d'Alexandrie, l'objet de la haine implacable de l'empereur, rayée plusieurs fois par lui de la liste des cités comprises dans l'armistice (4), et fit élire pour premier évêque un sous-diacre de l'Église romaine, nommé Ardouin. Cette conduite est peu conciliable avec les observations faites antérieurement; cependant il faut tenir compte d'une circonstance > c'est qu'Alexandre prit cette résolution pendant que ses envoyés se trouvaient à Pavie, et qu'il y fut poussé par les instances pressantes de l'archevêque de Milan , des autres prélats de Lombardie et des recteurs de la ligue lombarde. Sans se défier de lui-même , et sans exciter la discorde dans la confédération, il pouvait à peine éluder la demande. En second lieu , de temps en temps survinrent des collisions et même des hostilités ouvertes entre les Lombards qui tenaient pour l'empereur, comme les Pavesans , les Comasques et quelques marquis, ou qui étaient suspects d'inclination vers l'empereur, comme les Crémonais et les membres dévoués de la ligtie. Que les provocations vinssent d'un côté ou de l'autre, pea importe ; toutefois les deux partis s'accusèrent mutuellement^ et fournirent ainsi ample matière à des recherches, à des retards. Mais ce qui dut donner occasion à des plaintes de toute nature, ce «fut la passion furieuse de l'empe* reur, qui , ne pouvant dompter sa haine contre^ Alexandrie , commença contre cette ville un(* guerre de dévastation , comme il en avait fait jadis une contre Milan.

Mais l'atmosphère de Tltalie dut aussi être devenue très-pesante à l'empereur. L'espoir qu'il avait peut-être embrassé au commencement, de pouvoir tirer une nouvelle armée d'Allemagne dès l'automne de cette année , cet espoir s'évanouit bientôt.

Ses appels aux princes allemands ne provoquèrent nulle part une grande sympathie; quelques évéques à peine furent émus de la situation critique de l'empereur , parce qu'ils purent examiner de quelle manière leur avenir serait affecté , si Friedrich était abattu, et si

BIST(MRE DC PEUPLE ALLEMAl!»).

le jpape Alexandre arrivait à la pleine posses* sion de tante la puissance apostolique. Les princes et les seigneurs séculiers s'occupèrent fort peu de l'empereur, à ce qu*ii parait, et Fabandonnôrent sans souci à son destin. Us poursuivaient ce que la vie apportait avec elle, le bien, le raal, selon^leurs vues et ledVs inclinations; ils favorisaient , excitaient, ruinaient ou réprimaient, ainsi qu'ont fait les hommes dans tous les temps. Si l'occasion se présentait, ils célébraient avec plaisir des tournois; et, malgré les condamnations de ces jeux périlleux par l'Église, ils risquaient môme leur vie dans ces luttes dMionneur et de vanité. Ils ne renonçaient pas non plus à l'usage des guerres particulières, et ne se faisaient pas même scrupule d'entraîner des étrangers dans leurs débats intérieurs. L'Allemagne méridionale, à l'exception pcnt-ètre de la Saxe , était agitée , opprimée de mille manières. L'empereur Friedrich avait bien décidé les affaires de FarchevèehédeSalzbourg, mais il n'avait pas débrouillé le chaos dans lequel était plongé tout ce qui s'y rattachait , et par conséquent il n'avait rien terminé. Le pape Alexandre ne cessait pas d'agir pour l'archevêque expulsé Adolbert; il n'épargnait pas les paroles d'exhortation et de menace pour forliûer Adelbert, multiplier , affermir ses partisans et terriûer ses ennemis. Prêtres et laïques se tenaient toujours dans un état d'irritation , et se portaient même aussi à des actes d'hostilité. Le duc Beinrich d'Autriche fut attaqué par les Bohèmes; la Hongrie et la Pologne saisirent l'occasion de cette guerre, poussées par les sentiments d'inimitié qui les animaient , ou appelées ]par la Bohême, pour lancer des bandes dévastatrices , de sorte que l'Autriche eut à souffrir de durs fléaux (5^ En Saxe s'élevèrent vere ce temps, sinon même un peu plus tôt, de vifs débats entre les fils du markgraf Adelbert TOurs et le landgraf Louis llf, auquel, pour le distinguer , à ce qu'il parait, de son père l'Homme de fer , on avait donné le surnom de Débonnaire; et plusieurs autres princes, entre autres le comte ilermann d'Orlamunde, prirent part à ces débats. Les fils d'Adelbert exereèrent de grands ravages dans la Thuringe; Louis se vengea par la dévastation de la ville de Weimar, jusqu'à ce qu'enfin intervint le due Heinrich , qui Bt sentir sa puissance aux fils de son ancien ennemi , et rétablit la tran«

qnilHté, sans toutefois détruire les inimitiés. Qui donc , "au milieu de telles eirconstauces , aurait été disposé à une campagne en Italie? Et, même les choses présentant un autre aspect, il n'y aurait pas encore eu de forte indination ô cette expédition : car personne ne se fiiisait plus d'illusion snr la situation de Friedrich relativement aux Lombards et au pape Alexandre ; personne ne croyait plus que dans cette malheureuse lutte qui ébranlait l'Allemagne, qui avait coûté d'énormes sacrifices, l'honneur ou la sécurité du pays fût engagé. Chacun considérait plutôt lu lutte comme une suite des passions indomptables de Friedrich; l'esprit même le plus faible pouvait voir que la partie était irrévocablement perdue, et que désormais il n'y avait plus h espérer en Italie ni renommée ni butin : il n'y avait plus à recoeillir que la honte et la ruine. L'indifférence des princes allemands et des vassaux ecclésiastiques ou laïques pour la situation de Friedrich s'explique donc assez clairement.

Mais, plus cette indifférence était générale, plus le cercle de dangers multipliés se ressetrait autour de l'empereur. Friedrich appela donc auprès de lui à Pavie l'archevêque Christian de IMayence, pour avoir à côté de lui un homme signalé par ses actions et sa fidélité, et il envoya l'archevêque Philippe de Cologne en Allemagne , pour t(nter une dernière fois, par le moyen de ce prélat , s'il ne serait pas possible de ramener une armée avec laquelle il fût en état de dompter les Lombards, ou au moins de se délivrer de sa pénible situation. En effet, Philippe parvint à remplir sa mission, mais nullement à la satisfaction de l'emperiHir. Les archevêques >Viehmann de Mag'Iebourg et Arnold de Trêves , les évêques de Worms et de Munster, d'autres évêques et seigneurs du Rhin, et, parmi les laïques, le comte de Flandres, rassemblèrent des troupes et se réunirent à l'archevêque Philippe. Au printemps de l'année ^475, cette armée, dont la force, quoique restée inconnue, dut certainement être de beaucoup au-dessous des espérances de l'empereur, se mit en marche à travers la Bavière, TEngadine, traversa l'Inn, franchit Cleven au mois de mai , et gagna enfin la fidèle ville de Como. Aussitôt que l'empereur reçut avis de l'approche de ces forces, il quitta Pavie, accompagné seulement de quelques hommes fidèles , dans le silence de la nuit , entièrement

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incognito , traversa henrensement le Milanais , et se mit, à Gomo od sor le territoire deComo, à la tèle de la nouvelle armée.

Les historiens modernes ont généralement adopté Topinion que Tempereur se donna beaucoup de peine pour attirer à son secours le duc Heinrich le Lion en Italie. Celte opinion n'est peut-être pas fondée non plus. Le nom de Heinrich était honoré en Italie, son épée redoutée ; I! pouvait mettre sur pied les plus grandes forces parmi les princes d'Allemagne , et son exemple paraissait devoir agir dune manière décisive sur ces princes. 11 n'y a donc point de doute qu'une correspondance dut s'engager entre Friedrich et Heinrich , que des messages allèrent de Tun à l'autre. Mais de quelle nature furent ces messages ? personne ne ]e sait. Conclure des relations à Tohjet même de ces relations, c'est aller à la vraisemblance, mais non pas à la certitude. D*nn autre côté, il y a contre l'opinion en question mainte circonstance qui parait bien propre à soulever des doutes. Heinrich le Lion s'était montré depuis longtemps opposé aux expéditions d'Italie, qu'il avait reconnues inutiles et. funestes à tous égards; Friedrich avait eu bien des oceasions de se convaincre de cet éloignement du duc. Si ce prince avait pu être déterminé h une telle campagne , Friedrich l'y eât engagé dans les sept années qu'il passa en Allemagne, où il vit très-soutent le duc, eut avec lui de fréquents entretiens. Heinrich aurait préféré, de même que Friedrich Tèût TU plus volontiers, marcher en Italie avec l'empereur , paraître à ses côtés au milieu des Lombards, partager les premiers triomphes que Friedrich devait attendre , en cas de nécessité effacer avec des flots de sang les affronts faits par les Lombards à Tempereur , eu éloigner de nouveaux, détourner les vues du suzerain ou s'y associer. Mais, maintenant, est-il vraisemblable que Friedrich ait espéré réussir par des lettres et des messages dans une tentative où il avait échoué avec des conférences personnelles? Fricdnch connaissait trop bien le duc pour avoir pu se livrer à une telle espérance; d'ailleurs il savait que ses rapports avec Heinrich n'étaient pas environnés de confiance et d'amitié; que les soupçons mutuels s'y couvrent des formes d'une diplomatie méticuleobO. Portant en lui-même la conscience dés oCfeoses qu'il avait laites au duc , ne pouvant se

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dissimuler ses sentiments hostiles envers lui, il ne put guère non plus s'abuser sur les dispositions du duc envers lui-même. Et maintenant l'orgueilleux empereur aurait-il adressé au duc Heinrich des prières dont il ne devait pas attendre le succès avec confiance? lui, le glorieux Friedrich, aurait-il obsédé dé ses supplications un prince de l'empire , pour qu'il se levât et vint arracher son suzerain à la détresse où il s'était jeté ? Cela est à peine croyable, et il semble que Ton n'aurait plus de respect pour la mémoire de l'empereur, si l'on pouvait lui attribuer une telle conduite, qui annoncerait un défaut d'intelligence ou un manque d'énergie dans la volonté. Au reste , il est de réq;iité de laisser à chacun la liberté de son jugement.

Mais il faut encore faire mention de l'adoption d'un autre fait qui se rattache étroitement avec celui qui vient d'être examiné , parce qu'on lui a donné une grande importance , et qu'on l'a regardé comme la véritable source des revers ultérieurs. Tous les historiens modernes regardent comme certaine une entrevue de l'empereur avec le duc Heinrich, qui aurait eu lieu vers cette éjpoque. Dans cette entrevue, Tempereur aurait supplié lé duc de lui prêter assistance, saiis pouvoir le fléchir; il lui aurait peint sa détresse avec les plus vives couleurs, et lui aurait déctai^é que lui seul, son vieil ami, son parent toujours préféré , était en. état de sauver Thonneur de l'empereur et de l'empire, et tout cela sans pouvoir l'attendrir ; qu'il se serait jeté à seis pieds , aurait embrassé ses genoux , sans l'ébranler. Bien plus, Heinrich, arec une froideur glaciale, aurait opposé un vil intérêt personnel aux prières de Friedrich, et, abandonnant honteusement son empereur et suzerain, il aurait regagné ses Etats. Les historiens appC/llent cet événement la défection , l'infidélité, la trahison de Heinrich le Lion envers l'empereur. Jusqu'à celte trahison , ils supposent qu'une honorable amitié avait régné entre Friedrich et Heinrich ; mais qu'à partir de ce moment Friedrich était devenu l'ennemi de Heinrich , et, pour tirer une Vengeance complète, il avait attiré sur lui tes tempêtes qui l'écrasèrent plus tard. L'exposé qui viédt d'être fait des rapports dé Friedrich et de Heinrich montre quelle àinitlê avait récrié entre eux jusqu'alors. Pour donner l'intelli-

HISTOIRE DU PEUPLE ALLExMAND.

gencc (les événements ultérieure, il n'est pas nécessaire d'avoir recours à celte scène repoussante qui amène en face Tun de l'autre les deux plus grands hommes de ce siècle, pour nous montrer Tun essentiellement mauvais, et Tautrc essentiellement vulgaire. Cela tient po.urtant à ce qui est donné comme vérité historique dans les relations tirées de ce temps.

Il est vrai que dans les annales qui s'occupent des événements de ce temps il est question d'une telle entrevue de l'empereur avec le duc, et, en la mentionnant, elles traitent des particularités qui ordinairement témoignent en faveur de la vérité d'un renseignement. Mais d'abord il ne faut pas oublier que les écrivains d'Italie ne savent pas la moindre chose de cette entrevue des deux princes; et pourtant en Italie les yeux étaient bien fixés sur l'empereur; un tel fait n'aurait pu échapper aux historiens , et assurément il ne leur aurait point paru insignifiant. D'après les relations italiennes, on doit croire que l'empereur ne quitta pas les environs de Pavie avant son voyage de Como pour aller trouver l'armée nouvellement arrivée, dont il a été question; et en effet il est présumable que l'empereur devait regarder comme très-grave tout éloignement de la viilequi seule n'avait pas encore chancelé dans sa fidélité. En second lieu , il est surprenant que plusieurs écrivains allemands ne sachent rien non plus d'un fait qui , en raison des événements ultérieurs, devait paraître d'une grande importance , et serait difficilement demeuré inconnu à quelqu'un. Mais lés annalistes qui en parlent le racontent d'une singulière manière; ils sont en contradiction les uns avec les autres; ils présentent des circonstances incroyables, quelques-unes même repoussantes. La chose la plus étrange, c'est qu'ils ne fixent aucun temps, aucun lieu , ou bien ils diffèrent étrangement entre eux. Le plus souvent aussi ils invoquent le bruit public h Tappui de leur récit.

<c Au siège d'Alexandrie, dit Tun de ces écrivains, l'empereur ne fit aucun progrès, car le duc lleinrich de Saxe l'abandoima tiattreusement, sous le prétexte de l'excommunication qui pesait sur l'empereur; mais peut-être avait-il été corrompu. L'empereur, à ce que Ton rapporte , le poursuivit, l'atteignit sur le lac de Como, et le pria avec tant d'humilité de ne point l'abandonner, qu'il parut même vouloir se jeter à sesjpieds. Le due refusa respectueusement ; mais

l'un de ses officiers , appelé Jordan , aurait dit avec orgueil : « Faites tomber, seigneur, la couronne impériale à vos pieds , car elle parviendra sur votre tôle. » Ensuite l'empereur fut réduit à congédier son armée, et se rendit en grande hâte, et avec l'aide des Turinois et des Novarais, d'Italie en Bourgogne, pays de son épouse , serré de si près en i]uelques endroits , que, déguisé sous le costume d'un valet, il se donna pour tel et soigna les chevaux. Enfin parvenu en Allemagne , il accusa l^duc de trahison et du crime de lèse-maJQsté. » Ainsi parle la chronique que l'on a coutume d'attacher au nom de l'abbé d'Ursberg. Un pareil conte ne mérite aucune justification. Ce serait perdre son temps que de chercher à montrer qu'il n'y a là de vrai qu'une chose, c'est que les événements de ce jour donnèrent lien à bien des propos.

En voici maintenant un autre : « Quand les .Milanais virent que l'armée de l'empcrear s'était dissoute , ils ne tardèrent pas à se relever. L'empereur, accablé, envoya des députés en Allemagne pour refaire une armée, et en adressa en même temps à Heinricb , duc de Saxe et de Bavière , pour l'inviter à une confé- Vence avec lui h Cleven. Allant au-devant de lui, il le supplia avec plus d'humilité qu'il ne convient à la majesté impériale de venir au secours de l'empire en péril. Comme à ce moment lleinrich était seul en état, par ses forces etse^ richesses, de secourir l'empire, il demanda comme présent la riche ville de Goslar en Saxe. Mais rempereur , qui regardait comme' une honte pour lui de se laisser arracher un tel fief, n'accorda rien. Iirité de ce refus, Heinrich l'abandonna dans la détresse; mais l'empereur s'en revint à Pavie. » Ainsi parle Otto dcSt-Blaise (6). D'après lui, l'entrevue de Cleven eut lieu. Il laisse d'ailleurs une année entière pour que chacun choisisse le moment qui lui conviendra le mieux. Cleven vit les deux princes après le licenciement de la première armée impériale , et avant Tarrivée de la seconde; car, selon Otto, l'évêque de Worms ne parvint que plus tard en Italie avec d'autres barons des cantons du bas Rhin. Mais aucun autre Allemand ne sait rien d'un voyage de Heinrich , aucun Italien d*un voyage de l'empereur à Cleven. Otto ne peut non plus indiquer comment et où Temperenr se réunit avec l'armée nouvellement arrivée d'Allemagne.

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Maintenant écoutons un troisième récit : « On raconte que Tempereur , lorsqu'il assiégeait Milan, et que ses Gprces étaient déjà bien épuisées , appela les princes de Saxe dans un lieu appelé Bartenkirkc,. situé à rentrée des Alpes, et les pria de l'assister dans ses affaires. Tous les autres lui promii'ent des secours avec empressement; mais le duc, quoiqu'il se fût montré fidèle envers l'empereur dans des entreprises antérieures , refusa cette fois son assistance , parce que déjà il était entré avec les Lombards dans une conspiration contre l'empereur. L'empereur l'implora avec humilité , jusqu'à se jeter à ses pieds. Néanmoins le duc le dédaigna an point qu'il s'abstint de le relever, et ne céda pas le moins du monde à sa prière : de là la haine de l'empereur contre le duc ; la conçut-il à tort ou à raison , le lecteur peut le Mécider* » Mais ce récit ne serait pas plus admissible » voulùt-on même mettre Alexandrie à la place de Milan que Ton fait assiéger ici par Tempereur : car Bartenkirke est bien le Pnrtenkirch d'aujourd'hui , lieu situé dans la Bavière méridionale , non loin de la frontière du Tyrol, le long de la route d'Âugsbourg à Inspruck. Mais maintenant il n'est pas seulement invraisemblable, il est impossible qu'entre sa dernière arrivée on Italie et l'entrée de la nouvelle armée que lui amena l'archevêque Philippe de Cologne , l'empereur ait trouvé le temps nécessaire et l'occasion sûre pour appeler les princes de Saxe aux Alpes, et là engager avec eux de vaines négociations.

Celui qui entre dans le plus de détails, et qui ne mérite pas plus de confiance pour cela , c'est Arnold de Lubeck (7^, « Vers ce temps, dil-il sans rien préciser, l'empereur était occupé en Italie à des combats sans cesse renaissants ; caries Lombards s'étaient révoltés contre lui , et tout était dans le plus grand désordre en ces contrées. L'empereur, très-inquiet sur l'issue de la guerre, quitta ce pays, et^ franchissant les Alpes, se rendit dans les États allemands. Il convoqua les princes , leur exposa le trouble de l'empire, et les invita à une campngnc en Italie pour soumettre les rebelles. Il essaya ansM de déterminer le duc Ileiniich à cette entreprise, et employa les plus vives instances. Sans sa présence, dit-il , il ne pouvait se maintenir contre les lombards. Mais Heinrich représenta qu'il était accablé par les travaux et les fatigues multipliées de la giicrre , comme un

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vieillard. Il assura qu'il était prêt à fournir, à sa majesté impériale de l'or, de l'argent et d'antres objets ponr l'équipement d'une armée, mais que lui-même ne pouvait se mettre en route. Là-dessus Tempereur dit : « Le Dieu du ciel t'a fait grand parmi les princes ; il l'a élevé au-dessus de tous par les richesses et les honneurs ; la' force entière de l'empire repose sur toi ; il est juste que tu te montres dans cette occasion , pour fortifier les bras de tous , afin que la société, qui commence à chanceler, soit affermie par toi , en qui elle s'est principalement confiée jusqu'ici. Souviens-toi que nous n'avons jamais rien refusé à tes désirs , et que nous avons toujours été disposé à l'accroissement de ton honneur; nous avons toujours été l'ennemi de tes ennemis , et n'avons laissé personne s'élever contre toi. Nous ne voulons pas rappeler le serment de fidélité que tu as prêté à l'empire, mais nous voulons te ramener à la pensée notre parenté. Par là tu es plus obligé que tout autre à nous assister avec une entière fidélité dans notre détresse , nous ton parent, ton seigneur et ton ami. Au reste ,■ tu peux te regarder comme assuré de notre bienveillance à tous égards. » Comme le duc persistait dans son refus , tout en se déclarant disposé en tout point à l'obéissance , mais se défendant de marcher en personne , l'empereur se leva de son trône , et, comme saisi d'un transport de douleur, se jeta aux pieds du duc. Heinrich, profondément ému , éperdu même d'une chose inouïe, de voir ainsi prosterné humblement sur la terre celui devant lequel s'incline le monde, le releva promptement , mais pourtant ne changea rien à sa résolution. » Ici quelques remarques seulement suffiront. L'abbé Arnold ne sait pas le lieu où cette scène se passa ; il la place seulement ea deçà des Alpes. On ne peut pas plus fixer le temps oti il la transporte. Lorsque Heinrich je Lion fut revenu de la Terre- Sainte, il se rendit, comme l'abbé Arnold l'a raconté , d'abord à Augsbourg , auprès de l'empereur. Depuis ce moment il n'a plus guère songé à l'empereur; Ja première mention de ce prince se trouve ici. Immédiatement après, Arnold poursuit : « L'empereur se rendit de nouveau en Italie avec une armée qu'il était parvenu alors à réunir. Sa cause était soutenue avec un grand zèle par l'archevêque Christian de Mayence. L'empereurfut heureux : il remporta la victoire; il maltraita la Lombardie , y

promena le pillage et rincendie , et détruisit toutes les villes fortifiées. » Et après cela il fait porter par l'enifwreur, qui u'était pas revenu d*ftalie, devant les princes rassemblés, une prcàve accusatrice contre le duc. II est donc clair que cet homme , mêlant Tantpcédent avec le conséquent, n'avait rien appris de certain, •^ dans ces contrées éloignées , sur la marche des événements , et ne sait rien fixer en particulier.

Enfin , pour que le jugement soit prononcé avec plus d'assurance, il faut citer encore le rapport d'un homme qui a écrit deux générations plus tard, parce que ce récit renferme un Iraitqni lui est propre. L'abbé Albert de Stade remarque à l'année U77 : <^ Vers ce temps, l'empereur tjffensé par les Milanais , appela les princes à son aide, particulièrement le duc Heinrich. Celui-ci se montrant peu empressé , il se jota à ses' pieds. Le duc négligea de le relever, mais l'impératrice le releva en disant : Lève-toi, seigttëur ; rappelle-toi cet abaissement, et que Dieu aussi veuille s'en souvenir! (4) » Mais l'impératrice n*avait pas quitté Pavie.

Telle est l'incertitude , la diversité , telles sont les contradictions des récita des écrivains sur la fameuse entrevue de l'empereur Friedrich et du duc Heinrich. Quiconque Voudra les lire, les peser et les comparer, se sentira disposé à prononcer que ce terrain est trop peu ferme pour que Ton puisse y dresser la colonne infamante du duc Heinrich le Lion ; les matériaux se réduisent trop facilement en poussière pour servir à construire un monument d'accusation. «

Gomment ne pas reconnaître que l'on n'a pas sous les yeux une histoire , mais , ainsi que la plupart des historiens l'avouent eux-mêmes , des bruits que chacun a transmis comme ils lui étaient parvenus et comme il les pouvait rendre; des bruits qui n'ont rien de commun entre eux qu'une seule circonstance qui passa facilement de bouche en bouche, que l'empereur s'était jelé aux pieds du duc? La naissance et l'extension do ce bruit s'expliquent h l'aide de deux ou trois observations. D'abord régnait la croyance presque générale que Friedrich et Heinrich avaient été amis dès leur jeunesse, qu'ils étaient restés amis jusqu'il la dernière campagne de l'empereur en Italie; leur pa- •renté, leurs relations dans les occasions officielles avec les prévenances de la politesse

cérémonieuse des cours , les demandes quMIs satisfaisaient mutuellement l'un envei*s l'autre, paraissaient témoigner de cette amitié. L'on ne se faisait dans les cloîtres aucune idée des motifs de la conduite réciproque des deux princes ; on ne s'apercevait pas dans les murs des cellules des. menées secrètes produites par une rancune secrète. Mais, après le retour d'Italie de Tempereur, apparurent d'autres rapports; Friedrich montra une haine envenimée, une hostilité implacable contre son ancien ami. Quelque chose de particulier devait être survenu ; l'empereur (levait avoir été blessé jusqu'au fond des entrailles par le duc. D'ailleurs, dans ces temps de croyance ou de supei-stition , on appliquait une mesure étroite aux événements dans la vie des peuples et dans la vie des individus , des grands comme des petits; l'on attendait de Dieu une application de la justice répondant aux idées particulières. Dans tout ce qui arrivait, Ton voyait un jugement de Dieu. En consé(iuence le bonheur supposait la vertu , le mérite; l'infortune, la culpabilité , le péché. Peu de temps après le retour d'Italie de l'empereur, une effroyable catastrophe frappa le duc Heinrich. De même que Friedrich s'était attiré ses revers en Italie par la déplorable discorde qu'il avait soulevée dans l'Eglise et par sa terrible lutte contre le successeur de l'Apôtre, ainsi l'infortune de Heinrich devait être venue d'une faute, d'un crime. Dans la vie antérieure du duc ne s'offrait rien qui suffit à expliquer ce point; ses rigueurs , ses cruautés envers les princos et les peuples slaves ne pouvaient être comptées à sa charge, parce que tout s'était fait pour le christianisme et contre des païens. Il avait produit aussi de très-heureuses impressions par son pèlerinage au tombeau du Seigneur; mais une trahison envers son empereur et son ami par orgueil du pouvoir, par le délire de l'ambition, répondait pleinement au besoin d'expliquer sou destin. Lorsque le malheur fondit sur Heinrich, comme on le racontera plus tard, il se vit réduit à plier le genou devant l'empereur. Cette humiliation du héros orgueilleux donna peut-être lieu aux interprélalious , aux inventions le^ plus absurdes , à toutes ces scènes qui le montraient subissant la même mesure qu'il avait appliquée lui-même. Heinrich se trouvait en Bavière au moment où l'armée sous les ordres de Philippe de Cologne et du comte de

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Flandre traversa ce pays (9); il parait même qne des hostilités éclatèrent mitre lui et cette armée, qoi , par irritation on par insolence, s'était per* mis quelqnes excès dans ses États. Et cette absence du duc de la Saxe prépara , pour les temps postérieurs, les Saxons à Tadoption de la croyance au bruit de son entrevue avec Tempereur.

Au reste, tout peut encore être semis au jugement de chacun. En réalité, les relations de la scène entre Heinrrch et Tempcreur ne manquent pas de vraisemblance par un certain •côté; car ce qui s'était passé en actes, en négociations entre les deux princes, depuis une suite d'années, y a été réuni pour y former un tSbleau animé de vives couleurs , conforme à l'esprit et à la nature des faits (40).

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