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geàt sa mise en liberté. En conséquence Tarcbevéqoe doit signifier an comte Heinrich que, dans le délai d'un mois, il ait à délivrer le roi Waldemar'et son fils , et qu'à son tour ii obtiendra justice s'il a été offensé par le roi. Si cette sommation ne suffit pas au comte, alors rarq|ievèqne proclamera contre lui et ses fauteurs Texcommunication de l'Eglise , tous les dimanches et tous les jours de fêtes, partout où il sera utile. »
Mais avant que cette lettre fût écrite , déjà le jeune roi Heinrich bu plutôt son tuteur, l'archevêque Engelbert de Cologne , avait tenu sur cette affaire diète publique à Nordhausen.-Les négociations étaient restées sans résultat; mais il est difficile de dire dans quel esprit elles avaient été conduites. A la vérité, Engelbert se donna beaucoup de peine pour opérer la délivrance de Waldemar; car le pape le remercie, dans la lettre citée tout à l'heure., des efforts auxquels il s'est livré pour cette mise en liberté ; mais il reste incertain si le comte heinrich refusa d'ouvrir la prison aux princes danois» ou si Waldemar ne voulut pas adhérer aux conditions imposées peut-être par Heinrich et qui furent approuvées par Engelbert. On peut admettre qu 'Engelbert ait agi de concert avec l'empereur Friedrich ou d'après ses instructions^ 11 existe de cet empereur une lettre à l'évêque Kunrad de Hildesheim, qui lui était entièrement dévoué , dont la lecture fait naître presque nécessairement l'idée qu'à la nouvelle de la capture jde Waldemar, il eut le désir d'imiter l'indigne exemple de son père , et de profiter de l'infortune du roi de Danemark comme Heinrich VI avait tiré parti des malheurs du roi Richard d'Angleterre, encore bien que Friedrich déguisât cette triste convoitise sons de plus nobles apparences. <« Le roi , dit-il, qui avec son fils est tombé entre les mains de notre bien-aimé le comte Heinrich de Schwerin, a pris possession, comme on sait, de beaucoup de biens de l'empire , oubliant les égards et le respect qu'il nous doit. Nous avons un vif désir de réunir de nouveau ces domaines à l'empire. Nous te prions donc et te sommons de travailler à faire livrer ce roi et son fils entre nos mains. Si l'honorable évéquc de Wurtzbourg a fait à ce sujet des promesses on s'il en fait encore au. comte Heinrich , tu peux , à ton tour , prendre les mêmes engagements envers lui \ car nous les approuverons ,
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et nous veillerons , d'après tes propres indications , à ce qu'ils soient observés. » Il est présumable que l'archevêque de Cologne reçut des instructions pour agir dans le même sens ; il n'est donc pas étonnant que la diète n'aî^ conduit à rien; car les députés danois durent s'a< percevoir de la duplicité avec laquelle l'affaire était menée ; et le comte Heinrich se montra peut-être peu disposé à prendre la situation dans laquelle le duc Léopold d'Autriche s'était laissé entraîner par l'empereur Heinrich envers le roi Richard.
Mais les négociations furent poursuivies. Le pape donnait des exhortations et des avertissements; les Danois devenaient toujours plus pressants. Dans ce temps, Hermann de Salza, grand maître de l'ordre Teutonique, se trouvait en Italie. Cet ordre, à peine fondé depuis une génération, pendant le siège d'Akkon, au milieu de grandes misères , avait pris tout à coup dans les dix dernières années un accroissement prodigieux, sous la direction d'Hermann, homme doué de grandes vertus et d'une haute sagesse , et , grâce à la faveur générale dont il jouissait, il avait acquis dans le Teutschland aussi des possessions et des privilèges qui lui créèrent une situation bien affermie dans les rapports de ce temps , et rélevèrent même à une puissance importante. Mais trois ans auparavant (6) l'ordre avait subi avec toute l'armée, alors sous la bannière de la croix, un effroyable désastre en Egypte. Hermann de Salza y avait survécu; ensuite il était venu en Italie, afin de travailler auprès du pape et de l'empereur en faveur de la croisade et de son ordre. 11 était parvenu à exciter dans l'empereur Friedrich, et plus encore dans te pape, un grand intérêt pour lui-même et pour la cause qu'il dirigeait. D'Italie il voulait se rendre dans le Teutschland, afin d'y travailler aussi pour le même but; et, comme moyen de plus grande influence, il se fit donner par l'empereur la mission de ménager auprès des princes tentschs la délivrance du roi de Danemark : car il était à espérer qUe Waldemar ne regarderait pas une croisade comme un prix trop élevé pour sa liberté, et que les princes- ne croiraient pas payer trop cher une croisade par la rupture des fers du roi. En effet , sous la médiation d'IIermann, le 4 de juillet de Tannée suivante 4224 , fut conclu à Dannebdrg un traité (7) qui imposa de dures conditions
ass
HISTOIRE DU PEtt>IE ALLEMAND.
an roi Waldetnaf . Mais le plas important n'était pas que Waldemar dût payer une grande rançon et promettre d'entreprendre une expédition en Terre-Sainte; c'était qu'il renonçAt à toutes les provinces qui avaient appartenu à Tempire g(;rmanique, et qu'il 'reçût son ■ propre royaume, le Danemark, en flef de l'empereur. Ce traité devait être conQrmé dans l'automne à une diète de Dardcwik , et alors commencerait l'exécution. Conformément à oêt accord, l'archevêque Engelbcrt se rendit à Bardewik avec le jeune roi Heinrich et quelques princes de l'empire t le K^gat du saiutsiége, le cardinal^évôque Kunrad de Porto, s'y trouva aussi. Le roi Waldemar ) sous la médiation du grand maitre Ilerraann, fut amené à Bardewik ^ ar le comte Heinrich , et Albert d'OrlamundC) accompagné de barons danois, fi'y manqua pas. Mais H parait que le comte Heinrich produisit de nouvelles exigences) et, de l'agrément des princes teutschs, il Ût monter h 400,000 marcs d'argent la rançon qui avait été fixée à 40,000 par le traité du 24 juillet. Le prétexte à cette augmentation fut sans doute que les 40,000 marcs étaient destinés k l'empereur et aux princes de l'empire, et que le comte Heinrich devait recevoir une brillante récompense pour ses éclatants ser- Tlcesi Le roi Waldemar, n'aspirant qu'à la liberté i et fermement résolu à n'observer aucun traité qui lui serait arraché, approuva la nouvelle demande. Mais le comte Albert d'Orlamunde ^ qui avait apporté l'argent nécessaire, suivant le traité ^ pour procurer aussitôt au roi sa liberté ^ en entendant cette nouvelle prétention du comte Heinrich^ et reconnaissant l'approbation donnée par les princes teutschs i irrité de l'augmetitation, et ne voulant en aucune façon récompenser l'attentat, rejeta et déchira le traité tout entier, et revint avec l'argent en Danemark. 11 était résolu à remettre aux armes le sort de son malheureux roi. Bientôt après son retour, les Danois s'avancèrent en troupes armées. Mais une bataille livrée À Moellen, au commencement de Tannée suivante 4229, décida contre eux, et le comte Albert lui-même eut le malheur de tomber aussi entre les mains de l'ennemi. 11 fut transporté au même château de Danncberg, où se trouvait Bon oncle le roi Waldemar de Danemark, for celte bataille de Alwllen tout fut décidé»
Le comte d'Orlamunde lui-même avait perda l'espérance de voir le comté de Holsteln lui rester sous la suzeraineté de l'empire germanique , comme il lui avait été assuré par le premier traité. Car iWhevôque Gérard de Bremen avait franchi l'Elbe antérieurement avec le comte AdolphelY de Schauenbourg|dont les ancêtres avaient possédé depuis 445 ans (8) le Holstein et le Stormarn et bientôt aussi la Wagrie, dont le père, Adolphe Ht, colnme on l'a raconté, avait été chassé par les Danois, et tous deux s'étaient emparés ae la forteresse de Itzehoe. Dans l'action, le comte Adolphe avait combattu à côté du comte Heinrich de Schwrin, et après la* victoire les Holsfeinois se levèrent partout pour Adolphe comme pour leur seigneur de naissance^ et pour l'empire des Teutschs j auquel ils se rattachaient de toute la force des sentiments nationaux qui peuvent remplir les cœurs des hommes. 11 parut donc au roi Waldemar que, sll voulait recouvrer sa liberté, il ne lui restait qu'à se soumettre aux exigences de ses adversaires.
Mais avant qu'il eût pris son patti^ Ou i^oe l'exécution de sa résolution pût être préparée, un crime effiDyable dans le Teutschland changea sA situation» Le 7 novembre , eomme on le racontera plus tard , le comte d'Isenbourg tua rarchevéque Engelbert de Cologne ^ qui jusqu'alors avait été considéré comme l'administrateur de l'empire au nom du roi mineur Heinrich , et cet attentat répandit au loin la consternation et l'hoçreur dans le teutschland. Soit qu'ti cette nouvelle le comte Heinrich ait redouté des événements au milieu desquels il pourrait perdre sa proie ^ soit que la mareiie actuelle des choses ^ et surtout l'intervention du grand maître Hermann de Salza, de l'archevêque Engelbcrt et d'autres princes de l'empire, lui fût devenue à charge « et qu'il ne crût maintenant devoir considérer que luimême et les princes voisins habitant le pays où Waldemar avait exercé un certain temps aa domination, il est certain que le 47 novembre il conclut avec le roi Waldemar un traité dans lequel , sans se soucier de l'empereur ni de Tempire , il ne s'occupa que de lui-môme et de ses amis les plus proches, particulièrement d'Adolphe, comte de Holstein. 11 en résulta que si Waldemar fut réduit encore à de dures conditions , elles furent pourtant plus tolérablea qu'il >n'aurait pu le présumer. Car il ne ttât
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pas demandé de rânCon pour l'empire et ponr les princes de l'empire ; on n^imposa pas non plus au roi rtuimiliàtion de recevoir la couronne de Danemark des mains de Tempcreur, et de prêter serment de fidélité comme vassal à ce monarque. Mais d'un autre côté, pour sa liberté et celle de son fils, il dut payer au comte Heinrick 45,000 marcs d'argent, et fournir des otages jusqu'à l'acquittement complet de cette somme. Il lui fallut en outre livrer une quantité d'autres objets, de bijoux, armures , costumes et chevaux. Enfin il futobligé d'abandonner à l'empire germanique tous les cantons au sud de TEidcr et de la mer, et à l'ouest de l'Oder, à la seule exception de l'Ile de Hugen. Kendsbourg dut être rendu ad comte Adolphe ; les Lubeckois , les Hambourgcois et tous les marchands dd ces cantons furent assurés delà restitution, pèiir leur commerce et leurs relations, de tous les droits et de toutes les franchises dont ils avaient joui eu Danemark, avant la captivité dii roi , à une époque où ils étaient sous la domination danoise (9). té roi Waldemai" recouvra sa liberté aussitôt que les conditions du traité furent accomplies , avant l'expiration de cette année ; sort fils ne fut délivré qu'à Pâques de l'année suivante ; mais, afin qu'Adolphe se fortifiât pins à son aise dans le llolstein, le comte Albert d'OHamutide dut rester encore sous les verrous.
Cependant la ville dé Lubeck suivait de son côté silencieusement une ligne à laquelle tlcinrich et Adolphe n'avaient guère songé, lorsqu'ils stipulaient pour cette ville les droits et (es fianchises dont il vient d'être question. Avant que le éomte Adolphe pût faire valoir ses prétentions sur cette ville , elle avait envoyé secrètement des députés en Italie à l'empereur. Ces hommes parurent tenant h la main l'acte par lequel l'empereur Friedrich I" avait confirmé à Lubeck les libertés qui lui avalent été concédées jadis par le comte Adolphe It de Holstein, ctétenduesparleducHeinrichle Lion. Friedrich n'avait témoigné précédemment aucun Intérêt pour les provinces maritimes du nord de l'empire , qu'il ne connaissait pas , dont il ne supposait pas l'importance. Son désir de tenir entre ses mains le roi de Danemark avait été trompé , fort heureusement pour son honneur; les princes de ces contrées ne s'étaient pas occupés de lui ; dans les traités arec le roi des Danois 9 il n'avait été fait mention ni do lui-
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môme ni de son fils, et, si l'on avait rattaché de nouveau à l'empire germanique des provinces teutsciies qui avaient été abandonnées par lui , aucun rayon de gloire ne venait frapper son front. On avait même en définitive renoncé entièrement à l'article qui imposait ati roi de Dahemark de recevoir sa toiironne des mains de l'empereur, et de lui prêter le serment de service comme les autres princes. Il est donc vraiserliblable que l'empereur avait un certain mécontentement siir la marche des choses dans le Nord ; et, dans cette situation d'esprit, non-seulement il accorda à ta ville de Lubeck la confirmation des libertés ac(tûises, illais, au înois de juillet i^26, il lui concéda Une nouvelle charte par laquelle il la déclarait Ville libre impériale, et donnait une grande extension aux privilèges dont elle jo\nssait, moyennant uile redevance annuelle de (U) marcs.. Quels qu'aient été les sentiments de Friedrich en donnant cet acte, il èhfodçà uH trait dans le flanc du UoUVeaU comte Adolphe de Holstein , tJt jeta ainsi un germé de iioiivelles mésintelligences qui pouvaient être exploitées dans la jprévision de circonstances possibles, tiambourg, ail contraire, resta daiis une tout autre situation. On ne petit bien détermlnet* si cette ville laissa échapper l'occasion favorable , ou si elle la jugea trop peu décisive pour se détacher du pays auquel elle appartenait; il est certain dU moins qu'elle ouvrit ses portes an comte Adolphe aussitôt qu'il eût emporté un des forts établis par Waldemar e> par le comte Albert.
Mais, si Waldemar s'était montré empressé à accepter et à jurer le traité pour recouvrer la liberté , il n'avait prononcé le scrmdnt qu'avec la ferme résolution de ne pas tenir ses engagements, et de reprendre, les armes à la main , dans une lutte honorable, ce qui lui avait été arraché par suite d'une trahison. Six mois h'étaient pas écoulés, que déjà il avait obtenu du pape Honorius 111 l'absolution du parjure qu'il pourrait commettre. 11 recommen(;a donc la guerre, dans laquelle tin prince teutsch, le dUC Otto de Lnnebourg, fils de Guillaume, petitfils de Heinrich le Lion , passa de son côté , moins sans doute à cause des liens de parenté qu'à raison des avantages qu^dtto espérait obtenir par lui seul. Bientôt Waldemar se montra redoutable dans une suite de combats heureux, et dangereux pour le Holstein par la conquête
de Rendsbourg. Il poussa ainsi les comtes Heiorich de Schweria et Adolphe de Uolstein à renoncer à leur indépendance, et à reconnaître le duc Albert H de Saxe , fils de Bernard, petit-fils d'Albert l'Ours, comme leur suzerain , afin de lé déterminer à prendre part à la guerre , et à lui promettre Razebourg et Lubeck pour prix de son assistance. 11 n'y eut aucun profit pour Waldemar, et ses deux principaux ennemis perdirent peu de chose. Des forces considérables s'avancèrent contre lui ; et dans la bataille de Bornhaevède, le 22 juillet 4227 , les Danois subirent une défaite si complète, que Waldemar, s'il ne sollicita pas encore la paix, fut réduit à vivre dans la tranquillité , et que son neveu , le comte Albert d'Orlamunde , dut livrer au duc Albert de Saxe la forteresse de Lauënbourg, pour recouvrer enfin la liberté qu'il avait perdue dans la bataille de Mœiln. Si maintenant il y eut encore, pendant une suite d'années, certaines manifestations parmi les princes teutschs et slaves, parce qu'un grand changement avait enfanté de nouveaux rapports ; si la. liberté de la ville de Lubeck ne fut pas encore reconnue de longtemps par le duc Albert et le comte Adolphe ; si Adolphe, pour acq^uérir Lubeck, n'eut pas honte de contracter une ligue contre cette ville même avec le roi Waldemar , toutefois la frontière du Teutschland fut assurée au nord , et il n'y eut plus rien h craindre à l'avenir de la
part des Danois.
A peine l'embouchure de l'Elbe et les côtes
de la mèr Baltique furent en la possession du peuple teutsch, qui put môme jeter des regards d'espérance de l'autre côté de ce fleuve, la route du pays des Prussiens lui fut ouverte avec la perspective d'acquisitions sur le littoral au delà de la Vistule. Ces extensions sur de vastes rivages, sans possessions déterminées du pays y peuvent paraître d'un profit douteux; on serait même tenté de les considérer comme peu naturelles, en partie à cause des sanglants débats dans lesquels le peuple teutsch s'engagea, en partie parce que la circulation de la vie et de la civilisation en deçà de l'Oder fut ainsi arrêtée pour le peuple polonais. Mais les choses s'étaient arrangées, les rapports s'étaient établis de telle sorte, que la tentative en résultait nécessairement, comme on l'a déjà montré; et cette tentative réussissant, quel que dût être le résultat définitif, elle devait avoir nécessai-
rement de grandes conséquences dans la marche du temps , heureuses et malheureuses , ainsi qu'il arrive dans les choses humaines. Mais elle se fit d'une manière inouïe, et obtint aussi un succès prodigieux par des exploits extraordinaires, dans une longue et terrible lutte, au milieu de maux infinis et de lamentables désastres.
La semence de l'Evangile, que Tévèque Christian de Prusse continua de jeter avec zièle et persistance dans un peuple opiniâtre et rebelle , ne tomba point sur un sol favorable. Çà et là elle put lever, mais nulle part elle ne parvint à la floraison , encore moins à la maturité. La jeune plante se dessécha faute de nourriture, ou elle fut foulée aux pieds par une race indocile. En vain les fidèles, dans le Teutschland, furent appelés à la croisade pour soigner et préserver la culture nouvelle ; les hommes affluèrent , attirés par l'espoir du salut qui était promis pour le temps et l'éternité; mais chacun des croisée regagnait ensuite ses foyers aussitôt qu'il avait accompli son serment, et croyait avoir gagné le saint promis , sans se soucier du digne évoque et des communautés chrétiennes par lui fondées. Et avant que de nouveaux frères pussent-arrîver, les intrépides païens avaient arraché ce que Christian et ses collègues avaient semé et planté avec tant de peine. Le digne prélat, l'œil fixé sur l'exemple de l'évèque Albert de Livonie, et excité par la renommée, qui proclamait les hauts faits des ordres de chevaliers pour la cause du Christ dans la Terre-Sainte, avait essayé de fonder un ordre de chevaliers chargés de maintenir et de servir ces nobles intérêts en Prusse. Il n'avait pas manqué de chevaliers, d'hommes vaillants, disposés à embrasser les devoirs de leur profession et à les remplir; mais l'ordre fut , pour ainsi dire, étouffé dans son berceau, par une seule bataille où beaucoup de membres de la sainte association trouvèrent une mort inutile , parce 'que le duc Kunrad de Masôvie, dans Tarméc duquel ils s'étaient rangés, donna la victoire aux païens par une fuite honteuse. Depuis ce désastre, le nouvel ordre avait perdu la confiance de son fondateur et du monde. Négligé, dédaigné, il traînait une chétivc existence, objet de regrets et de pitié pour tes hommes. Le christianisme se trouva donc en grand péril , non-seulement en Prusse , mais aussi dans les contrées voisines, en Pologne et
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en Poméranic. Le pays de Kulmer , oùTévéque Christian avait son siège, fut saccagé, désolé d'ane manière effroyable par les Prussiens. Les domaines du duc Kunrad de Masovie eurent aussi à souffrir de grands maux par les irruptions de ces barbares; et le duc se trouva d'autant moins en état de défendre révéqûc et lui-même, qu'il était tenu encore en de vives alarmes par deux autres peuples sauvages sur ses frontières orientales, les Polexains et les Lithuaniens.
Dans sa détresse , Tévéque conçut la pensée de confier le salut de sa communauté et le sort du christianisme en Prusse à une autre association de chevaliers qui était déjà bien affermie suf une large base , jouissait de. la faveur du pape , de Tempercur et de beaucoup de grands seigneurs, et qui , avec des forces toujours disposées , paraissait en état de protéger ce qu'une armée de croisés avait conquis, assez longtemps pour qu'une seconde armée vint pousser plus loin la conquête : cette association , c'était l'ordre Teutonique. Depuis que le grand maître, Hermann, était venu en Europe, en Italie et dans le Teutschland , cet ordre s'était élevé , développé avec une rapidité prodigieuse. 11 s'était accru par le nombre et les possessions ; et les vertus du grand maître , sa haute sagesse , lui avaient acquis une autorité imposante et la confiance générale. Mais, en Orient, Tordre ne paraissait plus trouver sa voie, et il était présumable qu'il serait assez enclin à remplir son serment en Europe contre des ennemis du nom chrétien , autres que ceux contre lesquels il avait été fondé, si cette nouvelle direction ne lui était interdite ni par l'Eglise ni par le pouvoir temporel. L'évoque .Christian soumit son idée audit Kunrad de Masovie. Celui-ci, qui était réduit aux dernières extrémités, l'accueillit avec empressement, et une réunion des grands seigneurs de son pays donna son approbation : car, au milieu des nécessités du moment, de la méfiance générale, du désespoir du salut dans ses propres forces, personne ne jetait ses regards dans l'avenir et ne se demandait quelles pourraient être les suites d'un tel parti. On crut, à ce qu'il paraît , que les chevaliers de Tordre Teutonique dompteraient la férocité des Prussiens, briseraient leurs forces, les courberaient sous la croix, et procureraient aux Polonais un repos définitif, et ensuite, une fois la tâche accomplie, quitteraient le théâtre de
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leurs exploits, satisfaits d'une juste récompense qu'ils trouveraient dans une certaine portion de terrain. I.e duc Kunrad détermina aussi t^Vt le canton qui devait être offert comme salaire à Tordre : c'était le pays des Kulmew avec les districts y attenant.
Au commencement de Tannée 4226, une députation se rendit en Italie auprès du maître de Tordre Teutonique, Hermann de Salza. Le noble chevalier, élevé déjà par l'empereur, avec l'agrément du pape, au rang de prince de l'empire, uni à TEglise par le saint-père au moyen d'un bel anneau consacré , attaché à l'Empire par Tempereur au moyen d'une bannière surmontée de l'aigle noire, reconnut anssi« tôt dans l'offre de la députation la haute destination de l'association dont il était le chef. II n'hésita donc point à l'accepter , si le pape et Tempereur n'avaient d'ailleurs aucune objection à y faire. Hermann soumit l'affaire à Friedrich , mais sous un autre aspect. Il sollicita la permission d'acquérir tout le pays des Prussiens pour la chrétienté , et d'y maintenir son ordre. La«proposition plut à l'empereur. Pourquoi y aurait-il été contraire? Hermann était son ami; la chevalerie lui était chère. 11 ne se sentait nullement attiré vers la Terre-Sainte, et par conséquent ne voyait aucune gravité dans le changement de direction des efforts de Tordre Teutonique; ce changement pouvait plu têt lui offrir à lui-même une nouvelle raison pour retarder sa croisade. Il ne prenait aucun intérêt au sort des Prussiens idolâtres, et les Polonais lui étaient sinon odieux, du moins indifférents. Il devait en outre se féliciter de trouver une occasion de répandre un nouvel éclat sur Tempire , qiîi paraissait décliner aux yeux du monde , et de faire de nouveau valoir la vieille prétention à la domination sur tous les pays de la terre. Ainsi, par un acte rédigé au mois de mars à Rimini, il concéda au maître Hermann , à ses successeurs , et à la maison teutsche de Tordre, non-seulement la permission d'accepter le pays que le duc Kunrad' avait donné ou donnerait encore ; mais il leur conféra encore l'autorisation de faire valoir l'ancien droit de Tempire sur le pays de? Prussiens , de l'acquérir et de le posséder en propriété libre de tout service et de tribut , avec plein pouvoir seigneurial. Néanmoins la Prusse devait appartenir à Tempire. La suzeraineté de Tempire, dont Friedrich abandonnait les droits,
niSTOÎRE pu PEUPLE ALLEMAND.
(levait oncoro (danor vaguement, afln que certaines éventualités possibles pussent être eiploitées, s'il y avait lieu, dans Tavenir. Maintenant TafTaire fut portée au saint-père, llonorius était cassé, fatigué , malade ; son ancienne douceur était dégénérée en faiblesse ; une rupture avco rcmpcreur était pour lui une pensée effrayante, ho sort de la Terre-Sainte pesait toujours sur son cœur. Depuis son inlronisation , il n'avait cessé de faire proclamer la croisade, pour que Ton prêtât assistance aux infortunés chrétiens d'Orient, et que Ton assurât ie triomphe à la cause du Christ sur le faux prophète. Son plus ardent désir était donc d'amener à fin une grande croisade générale à la tête de laquelle se mettrait l'empereur, afin de décider heureusement la grande lutte pour l'avenir. Mais il dut s'avouer aussi que main* tenant il était encore éloigné de son but, comme le jour oi$ le mot de croisade avait été prononcé pour la première fois. Gomment aurait-il pu hasarder à mettre des obstacles à l'œuvre pieuse de l'extension du christianisme et de l'Église chrétienne au sein d'un peuple idoj&tre^, et à s'engager ainsi en de*s querelles qut ne manqueraient pas de gravité ? 11 donna ce qu'il pouvait donner, sa bénédiction apostolique, et promit toute espèce d'encouragements.
Lorsque ensuite le duc Kunrad de Masovio eot précisé sa concession , et , par un acte authentique et solennel, lui eut donné' son extension dans le sens de la collation impériale , le maître Hermann envoya en Prusse , en 422^ , une partie de ses chevaliers avec une nombreuse escorte d'hommes d'armesà cheval, tandis que lui*méme se préparait pour un voyage en Orient, Cette troupe, dont on ne peut donner la force , mais à la tête de laquelle ^tait Hermann Bulk, comme procureur de la maison de l'ordre Teutonique en Prusse, trouva* déjà un fort en bois qui avait été construit, deux ans auparavant, contre les païens, par quelques frères , sous la protection du duc Kunrad et de révoque Christian , sur la rive gauche de la Vistule , en face du point où bientôt s'éleva la villa de Thorn. Et dès lors, à partir dej'année 4230 , commença la lutte de la chevalerie et de la croix contre un petit peuple qui combattait pour sa liberté et pour la foi de ses pères ; lutte qui , signalée par des actes d'énergie et d'adrewe , do vertu et de courage , par la ruse et
la fourberie, par tous les maux qu'entraînent toujours avec elles les guerres de principes et de croyance, dura plus d'un demi-siècle, jusqu'à ce qu'enfin les Prussiens, fatigués, brisés, anéantis, se soumirent et reconnurent la domination de Tordre Teutonique et de la croix, jusqu'à ce que dans tout le pays des Prussiens , et par delà leurs frontières le long du littoral , la vie, les mœurs et la langue teutsche fussent feimement établies (|0).
C'étaient de grands événements, qui pourtant sont en quelque sorte étrangers à notre narration. Depuis qu'ils se produisirent , six siècles se sont écoulés, dix-huit générations d'hommes ont {)assé , et il n'est pas encore possible de donner la mot de l'énigme qu*iis renfermaientt Plus tard, les frères croisés , avec leur foi et leurs sacrifices, sont devenus un objets de moquerie. Les chevaliers de Tordre Teutonique ont été dispersés, anéantis; leurs exploits , leur souveraineté, ne vivent plus que dans l'histoire. L'empire s'est éteint presque insensiblement ; TEtat germanique a disparu sans, pour ainsi dire, laisser de regrets. Lepeupfo teutsch, au contraire, a tiré des nonvcltes acquisitions des aliments abondants et variés pour SOS progrès, son activité intellectuelle ,*le développement de sa civilisation , et il a largement payé sa dette. Mais la grande race slave s'est opposée à sa marche, et elle a depuis longtemps atteint la mer. Les petits-fils d'Armin , Tœil dirigé ordinairement vers le point d'où vint, sinon le plus grand, du moins le premier danger, regardent rarement derrière eux , comme pour chercher à échapper à un pressentiment qui leur traverse le cœur, Lo christianisme seul lève partout le front , même dans les lieux où il s'est posé an milieu des atrocités, du sang et des larmes; et, d'après toutes les prévoyances humaines, son esprit planera avec son ancienne splendeur même au-dessus de la poussière du siège de Rome , comme il s'est jadis élevé au-dessus des ruines de tant de trônes terrestres.
CHAPITOE IV,
MALHEUREUX RAPPORTS DU JEUNH ROI HBINRICH AVEC SON PÈRE. — SITUATION DIFFICILE DE l'eMPEREUR A l'ÉgARD DU PAPE ET DES LOMBARDS »<i-* FORMA-
TION PS ti BOUVERAINETé TBRRITO- RIAtE DES PRINCES TEUTStlHS.
De l'an 1^30 à l'an 1335.
Les écrivains do ce temps ou de l'époque suivante laissent entièrement incertaine la question de savoir dans quels rapports le jeune roi Heinrich ) ou l'administrateur des alTaires publiques du Teutschiand au nom de ce prince, se trouvait envers Tempereur. Pour arriver à quelque clarté, on pourrait peut-être dire qu'outre les armes et la guerre, il y avait trois sortes d'af/aires dans lesquelles le roi jouait un rôle actif, où sa décision pouvait être réclamée* La première espèce concernait les choses qui devaient être trs^itées d'après le droit subsistant et reconnu ; l'autre concernait les choses qui , opposées au droit subsistant y devaient s'appuyer sur de nouveaux principes; les dernières , enfin , les rapports avec d'autres États» Les premières appartenaient à l'administration; les autres à la l^islatioo ; les troisièmes étaient d'une nature politique. Si Ton ne craignait de voir les expressions prises à la lettre, on pour^ rait dire aussi peut-être que les premières appartenaient au droit féodal, les autres au droit de souveraineté , les dernières au droit des gens.
Quant aux affaires de la première catégorie, Vempereurne les avait pas délimitées d'une manière précise avec son fils ou avec le régent de l'empire ; tout était plutôt resté indéter* miné , abandonné à la marche des choses , aux circonstances et au hasard. Au fils fut accordé le droit d'agir d'après ses propres vues ; toutefois l'empereur se réserva de décider selon les rapports et les circonstances. Ce qu'il réglait devait être une loi inviolable pour son fils , tandis que lui-même pe se regardait lié par les prescriptions du fils qu'autant qu'il n'avait rien à y opposer. Quant aux affaires de la deuxième et de la troisième classe , le roi ne devait pas les traiter, sinon de concert avec son père , mais sous la réserve de la détermination de son père Tempereur. C*est là ce qui apparaît. L'on peut & peine se défendre de penser que Friedrich considérait le Teutschiand comme un fief de l'empire, et qu'il avait mis son fils dans la situation d'un titulaire de fief, d'un vassal, envers son suzerain , ou du moins qu'il s'était proposé de le réduire à cet état. La plupart des
actes quQ qous possédons appartiennent auK affaires de la première catégorie. Nous avons de ces actes concernant des«Teutscbs et des circonstances du Teutschiand , en assez grand nombre , donnés par Friedrich , d'autres don* nés par Heinricb. Friedrich conféra ces actes comme empereur des Romains, toujours auguste; Heinricb les donne comme roi des Romains, toujours auguste. Us sont entièrement semblables dans la forme comme dans la substance ; tous ceux qui ont été accordés par l'un auraient pu l'être par l'autre. La plupart sont des chartes de protection pour des cloîtres et d'autres fondations; des do* nations et des confirmations de donations et de traités; des distributions de biens, de droits et de privilèges ; et aussi des décisions , des prescriptions et des défenses. Hais, parmi les actes émanés de l'empereur, il en est qu| ne sont pas plus importants que ceux portant ea tête le nom du roi, et les uns comme les autres paraissent avoir été donnés également h boa droit. Cependant il se présente aussi des cas dans lesquels Heinricb était forcé , par un ordre de son père , de révoquer ce qu'il avait accordé, ou dans lesquels Friedrich annulait une décision de son fils, U s'en présente d'autresf encore où Friedrich confirme les coQcessions faites par Heinricb ; il y en a même où» pour ses propres décisions, il invoque l'assistance et les décisions de son fils le roi des Romains,
De ces actes parait ressortir la légitimité des vues exprimées sur les affaires de la première espèce; plus tard se justifieront aussi les vues sur la seconde catégorie. Ce que l'on va citeic témoignerait-il pour cette opinion? Dans quelques villes s'étaient formées des communes, des confréries, des associations, en partie avec l'autorisation du roi Heinricb, en partie'avee la permission de certains prinqes. Mais, & une diète de Worms, dans l'année 4234, l'on posa la question de savoir si de telles associations pouvaient être ou ne pas être permises dans leff villes (4), et les princes rassemblés se pronon* cèrent pour la négative; c'est-à-dire qu'ils déclarèrent que de telles associations étaient des nouveautés contraires à l'ancien droit. Le roi fit connaître cette décision dans un acte public; il rejeta les associations, parce que , dit<il dand l'acte', « nous ne pouvions ni ne devions, sans l'agrément du Seigneur, accorder aux villas de nos Etats la faculté de fermer des coimmw
et des unions, et parce qu'il n'appartenait pas non plus aux seigneurs des villes de faire quelque chose d*analogue sans Tagrément de BQtre majesté. » Mais qui est le seigneur dont Tagrément est regardé comme nécessaire? Estce l'empereur, le suzerain suprême? ou bien ne serait-ce pas plutôt le prince dans le cercle féodal duquel la ville était située?
Enfin l'on peut ajouter une seule remarque aux vues sur les rapports du droit des gens. Le roiHeinrich conclut, probablement au mois de juin de Tannée 4226, avec Louis VIII, roi de France , une ligue dans laquelle on se promit réciproquement de n'accueillir ni rebelles ni condamnés ; et l'empereur fit une pareille alliance avec le roi de France au mois de novembre, sans faire la moindre allusion au traité dans lequel Heinricb était engagé. 11 reste donc incertain si le roi de France, par son alliance avec l'empereur, voulut obtenir seulement une confirmation de la ligue avec ileinrich, ou bien y donner de l'extension.
Mais , en raison des actes de la première espèce, on ne sait encore si ceux qui avaient besoin d'un titre de ce genre pour rétablissement de nouveaux droits , ou pour'l'affermissement et l'extension de droits déjà subsistants, princes et seigneurs, cloîtres, ordres et villes dans le Teutschland , jugeaient qu'il était^ indifférent de les obtenir du roi ou de Tempereur; donc ils s'adressaient, selon les circonstances et les occasions , l'un au fils , l'autre au père; ou bien en fut-il qui se tournèrent Ters l'empereur en Italie , après avoir éprouvé des refus auprès du roi dans e Teutschland : en sorte que Friedrich aurait accordé bien vite de loin ce qui aurait été l'objet de grandes hésitations de la part de Heinricb sur les lieux, dans le Teutschland. Les relations de ce temps ne donnent aucun éclaircissement; mais on peut adopter l'une ou l'autre de ces opinions. Ileinrich agit ou parla toujours en subordonné de l'empereur , avec la réserve qu'à son père il appartenait d'approuver ou de rejeter ; ou bien il se posa en corégent et en lieutenant indépendant de l'empereur, et il se crut en état de décider par ses actes et ses paroles : ainsi ses rapports avec l'empereur son père restèrent toujours incertains; il était et resta indépendant. La difficulté de la correspondance ' écrite avec l'empereur rendait, dans certains cas, l'accord impossible; toujours il était pénible
à obtenir. Une solution d'un problème proposé, sans que Ton s'entendit préalablement, était toujours une chose grave qui pouvait entraîner des mésintelligences , du blâme , des désagréments, même des humiliations. An comaiencement, tant que Heinricb fut un enfant sous la tutelle d'un autre, tout pouvait bien aller; mais plus longtemps durait l'absence de Tempereur, plus le jeune roi grandissait et se trouvait en état de réfléchir sur les circonstances au milieu desquelles il était placé , plus sa si-> tuation devait devenir pénible. Etant encore enfant, déjà Heinricb était traité en jeune homme; négligé par son père, il se vit dérober ces beaux jours du développement physique et moral ; et, dans les années où il était à peine en état de s'acquitter gatment des devoirs de rélève, il lui fallut songer aux soins et aux obligations du père de famille. Lorsqu'il était à peine âgé de quatorze ans , l'on pensa , sans doute de l'aveu de son père , à son mariage. On lui destina d'abord pour épouse une fille du roi de Bohème; ensuite le roi Henri III d'Angleterre rechercha la main du petit roi pour sa sœur, cette même Isabelle* (2) qui, dix ans plus tard, fut unie avec Tempcrcur Friedrich lui-même. En 4225 vint d'Angleterre une ambassade ayant pour chef un évèque ; elle se rendit auprès du roi, qui tenait sa cour à Francfort , prête à tirer parti des circonstances. L'on ne sait ce qui éloigna Heinricb de la princesse bohémienne; mais les princes qui étaient réunis à Francfort se prononcèrent probablement contre le mariage avec une princesse anglaise, parce qu'ils s'arrêtaient, comme à une chose très-grave, aux rapports hostiles entre la France et l'Angleterre. Dans la même année ,. Heinricb fut marié réellement avec Agnès, fille du duc Léopold d'Autriche; et, deux ans plus tard , 4227, le 28 du mois de mars, à Aix-la-Chapelle, en présence des archevêques de Salzbourg, Mayence et Trêves, des ducs d'Autriche, de Bavière, Carintbie, Brabant et Lorraine, du landgraf de Thuringe, enfin de beaucoup d'évêques , de comtes et de nobles hommes de tout le Teutschland, la jeune épouse fut solennellement consacrée et couronnée par l'archevêque Heinricb de Cologne , qui sur ces entrefaites avait été élevé à cette dignité; ensuite elle fut placée sur le trône , et saluée reine des Teutschs par toute l'assemblée.