‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 98 sur 165 · LIV. XXVI · texte numérisé non relu

LIV. XXVI

Assurément ce mariage prématuré ne fut en aucune façon Tœuvre propre du jeune roi , mais celle de son père et de son entourage ; mais il n'est pas moins certain qu'après son mariage, après le couronnement de la reine, pn face des princes et du monde, il put difficilement se persuader qu'il était mineur et devait être traité comme tel. Avec quelque empressement qu'il eût obéi peut-être à son père , qu'il se fût appliqué à se former sous sa direction et ses ordres quand il était présent , il dut pourtant éprouver un sentiment pénible en pensant qu'abandonné par son père , laissé dans la situation d'un orphelin, il ne pouvait, comme roi des Romains , ni rendre une décision ni faire un acte sans avoir l'inquiétude que sa parole ne fût rejetée , que son œuvre ne fût détruite. Il dut par conséquent devenir soucieux, mécontent, défiant, soupçonneux, indifférent, obstiné. Et ces mauvaises dispositions durent s'aigrir encore à mesure que s'écoulaient les jours et les années ; et probablement il se trouva des jeunes gens , des hommes, des vieillards, qui, pardes motifs de* diverse nature^ par sympathie et compassion , par amour de la patrie et par irritation de l'absence de l'empereur, par désœuvrement et par goût du désordre , par inquiétude naturelle et par «esprit d'agitation , par ambition , par avidité , au moyen de regards , d'allusions, dlndications et de propos, jetèrent des matières corrosives sur la blessure qui déjà rongeait le jeune et infortuné roi. Mais deux incidents qui se produisirent entre le mariage du roi et le couronnement de son épouse , et qui sont des témoignages assez significatifs sur cette époque, furent bien propres aussi à faire sentir à Ileinrich ce qu'il y avait do pénible dans sa situation.

D'abord, en -1225, le 7 novembre, le précepteur de sa jeunesse, rarchevèquc Engelbert de Cologq^, fut enlevé par une mort violente. Engelbert parait avoir été un excellent homme, signalé par de hautes vertus de pontife et de prince. Quand il ne fut plus, ses contemporains le représentèrent comme le père de l'archevêché de Cologne, rornemcnl du-Tcutschland, la colonne de l'Église , l'appui de l'Etat. 11 put en effet se livrer à de loyaux efforts dans l'intérêt de l'Etat tant qu'il fut à la direction des affaires, mais il n'obtint guèi^ de résiHlats. Aurait-il réussi en si peu de temps, lui simple-

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ment administrateur de l'Etat , là où les plus puissants empereurs avaient échoué? Et si dans cet intervalle il y eut en effet moins d'actes de violence que dans les jours précédents , il reste toujours incertain si ce plus haut degré de calme peut lui être attribué , ou s'il ne résulte pas plutôt des nouvelles tendances des princes et des villes, dont il doit être parlé tout à l'heure. 11 agit avec énergie dans son pays , exerça vigoureusement la justice contre les grands et les petits , afin de courber l'orgueil coupable des hommes d'épée sons la loi de l'ordre social. 11 força un repaire de brigands, la forteresse de Turinh sur la Moselle (3), et s'efforça de rétablir et de garantir la sécurité pour la vie et Ja propriété. Par une telle conduite il souleva contre lui la noblesse du pays : car c'était tyrannie, disait-on, c'était attenter à l'ancien droit. Mais le comte Friedrich d'Isenbourg , frère des évêques de Munster et d'Osnabruck, était patron de l'abbaye d'Essen , et abusait de ses rapports d'une manière audacieuse ; comptant sur sa parenté avec l'archevêque Engelbert , il pressurait impitoyablement ceux qu'il était appelé à protéger. L'archevêque voulut l'arrêter dans cette carrière de violences. Mais le comte , au lieu d'écouter la parole du respectable prélat, s'irrita au fond de l'àme. Excité encore par ses complices, il résolut d'exercer une vengeance sanglante sur le pontife imprévoyant. L'archevêque fut averti ; mais il ne put admettra un instant la possibilité d'un tel attentat, et ne tint nul compte de l'avis. Comme il revenait de Soëst , et voulait se rendre à Schwelm , afin d'y consacrer une église le dimanche suivant, et que le vendredi soir il arrivait dans le voisinage de la localité, tout à couple comte Friedrich d'Isenbourg sortit avec vingt-cinq hommes armés d'une embuscade où il attendait la victime désignée. La suite de rarchevêque se dispersa ; lui-môme tomba sans défense entre les mains 'de l'ennemi. Le comte lui plongea son épée dans le flanc, excitant ses compagnons à ne pas rester inactils; alors ceux-ci jouèrent de l'épée et du poignard, et plusieurs ne se contentèrent pas d'un seul coup. Engelbert expira percé de vingt-huit blessures. A ussitôt les assassins s'enfuirent loin du théâtre de leur crime. Lin pauvre petit serf de l'archevêque se glissa sur ce lieu de malédiction , et veilla toute la nuit sur le cadavre sanglant de son maître (4).

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L'arcbeyèqqe ^qgelbert reçut de poropeax honneurs funèbres au milieu des gémissements des habitants de Cologne* Sur ce siège archiépiscopal fut élevé Heinrich, prieur de l'église de Bonn. Le comte d'Isenbourget ses complices furent mis au ban de Fempire ; les évoques de Munster et d'Osnabruck, accusés sinon d'avoir pris part au crime , au moins d'en avoir en connaissance, furent frappés de Texcommunication de TÉglise par le légat pontifical, le cardinal Kunrad ; les forteresses du comte furent enlevées et rasées; lui-même, errant en fugitif sous mille déguisements pendant un an, fut enfin découvert par un vassal du nom de Baudouin, saisi, livré au nouvel archevêque de Cologne moyennant 2,400 marcs d*argeùt, et dut expier son forfait. sur la foue. Ainsi fut apaisée Tàme du martyr de la justice. Mais la perte poiir le jeune roi Heinrich fut sans doute immense, et rien ne put la compenser. Il était privé de l'homme dans le^^iel il avait une confiance filiale , auquel il était attaché par le dévoûment d'une reconnaissance profonde , et cet ami lui était enlevé d'une manière qui dut laisser sur lui une impression profonde.

On trouve à la vérité, dans les relations, que le duc Lpuisde Bavière , sans doute d'après les dispositions antérieures de l'empereur, occupa la place d'Engelbert; mais on ne voit pas ce prince, agissant et gouvernant h côté de Heinrich , quoiqu'il paraisse dans les diètes auprès du roi , parmi d'autres princes. Soit que Heinrich fût peu disposé à l'acceptation d'une nouvelle tutelle, et que Louis se retirât par un motif; soit que le duc, qui était parti avec ^empereur pour l'Italie, puis s'était embarqué pour la Terre-Sainte, afin de remplir son serment de croisade , et avait assisté aux désastres des croisés à Damiette, tdt mécontent de la conduite et de la situation de Friedrich IIen\ers le Teutschland et envers son fils, il parait que, se souciant peu des affaires de l'empire , il vécut habituellement en Bavière, et ne s'occupa guère que de son pays. Le jeune roi suivit donc de plus en plus sa propre route, entouré seulement de ceux qui le pressaieBtdc leurs sollicitations, savaient gagner sa faveur par d'habiles insinuations et d'adroites flatteries , abandonné au sentiment de son délaissement, à son mécontentement , à sa douleur, et aux passions de la jeunesse.

Le second événement qui put agir fortement

sur le jeune roi fut d'une tout antre Qfttare» el put être attribue à l'empereur lui-même, Pea* dant les cinq ou six années qui s'étaient écoulées depuis son couronnement, Friedrich, danssoa royaume de Sicile, avait travaillé avec uoo persévérance admirable , déployant ardeur, intelligence, et la plus grande souplesse, pour organiser cet État, lui donner l'unité , procurer à toutes les énergies l'espace et l'occasion d'un libre développement, afin d'avoir ainsi à sa disposition la plus grande puissance que la royaume fût en état de fournir. Il avait déjà réussi sur beaucoup de points ; il avait .déjà beaucoup obtenu , quoiqu'il eût été sans cessa entouré, gêné par le pape, qui lui rappelait toujours la croisade et le voyage en Terre* Sainte auquel il s'était engagé. Friedrich n'avait pas nié qu'il eAt embrassé la croix , et ne s'était pas refusé à entreprendre le voyage promis, 11 avait même reconnu b^utement, non-seulement

Ju'une grande croisade était nécessaire à causa e la misère infinie des chrétiens en Orient, mais encore que c'était un devoir sacré , pour rbonneur de la fpi chrétienne , pour l'honneur dé pieu et du Christ et pour le salut des âmes. Il avait donc, comme le pape lui-même, poussé sans cesse à la croisade, et, par des écrits et des messages, averti tous ceux qui avaient pris la croix, dans le Teutschland et en Italie, de tenir leur serment, et exhorté tous ceux qui ne portaient pas le signe sacré à le recevoir, Enfin il avait pris des mesures, fait parterre et par mer des préparatifs qui paraissaient témoigner d'autant plus fortement en faveur de sa première résolution, qu'en 4225 il avait promis , par un serment solennel , de se mettre en route dans l'espace de deux ans, se soumettant i faute d'exécution, à l'anathème de l'Église, et qu'il contracta même avec lolande , fille du roi Jean de Jérusalem, un second mariage qui lui ouvrait une perspective d'espérance sur ce royaume. £n effet, depuis cette union , on ^1225, il prit ordinairement le titre de roi de Jériflalem , au grand mécontentement de son beau-père. Mais l'esprit de J^riedrich saisissait plutôt les objets prochains qu'il ne s'élançait vers des. objets éloignés. Il lui suffisait d'avoir élevé des prétentions pour des éventualités possibles sur le royaume de Jérusalem , et ne jugea pas nécessaire de les faire valoir aussitôt. Dans le royaume de Jérusalem il n'y avait rien à perdre, puisqu'il fallait d'abord le conquérir; nvais en

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Sicile , pendant Tabsence de l'empereur , pouvait être ({étruit ce qu*il avait créé, et ritalie tout entière pouvait lui échapper. Il chercha donc , en dépit de son serment , à retarder son départ pour la Terre-Sainte , afin de protéger et de compléter ses créations de Sici]c, et d'exécuter dans le reste de l'Italie les projets qu'il avait conçus, 1) parvint à obtenir un ajournement i et à sauver les apparences mieux que par le passé ; car les nouvelles qui se répandaient de France et d'Angleterre sur les rapports réciproquement hostiles des l'ois de ces États, et les récits que le mailrc Hermann de Salza fit en Italie sur la situation du Teutschland, produisirent un elTet si défavorable, que le saint* pore lui-même dut reconnaître l'impossibilité de mènera fin une grande croisade au milieu de telles circonstances.

Mais te saint-père ne se vit réduit à cet aveu qu'avec une douleur amère ; sa défiance envers l'empereur avait toujours été grande. Quoique, par crainte dq voisinage de ce monarque , il eût cherché à éviter par tous les moyens nne rupture ouverte, néanmoins il avait probablement travaillé contre lui en silence; et comme il était impossible que les vues de Friedrich do soumettre la Lombardie et de la courber à l'obéissance envers sa volonté impériale restassent cachées au saint-père , l'empereur, à son tour» dut présumer avec raison que le souverain pontife était en intelligence secrète avec les Lombards , qu'il les exhortait à la vigilance , les excitait en cas de nécessité à la résistance : cette conjecture est même toute en l'honneur du pape. Mais jamais l'inquiétude du pape ne put être plus grande et sa correspondance secrète avec les Ix)mbards plus active qu'immédiatement après le nouvel ajournement de la croisade ; car il était à craindre que l'empereur n'appliquât maintenant à des projets d'ambition terrestre , à étendre sa domination , les armements qu'il assurait avoir faits pour la pieuse expédition. Et bientôt il se manifesta qu'une telle pensée n'était pas étrangère à l'àme de Friedrich ; car, au commencement de l'année 4226, il indiqua une diète de l'empire qui devait avoir lieu à Crémone. Le jeune roi Ileinrich et les princes du Teutschiand reçurent l'invitation ou l'ordre de paraître ù cette diète avec leurs forces militaires. L'objet prétendu de la réunion fut que l'empereur avait à délibérer avec eux snjr l'amélioration de la situation de

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l'empire et sur les affaires de la Terre-Sainte (5). Mais ni le pape ni les l^ombards ne croyaient à la sincérité de ce prétexte ^ ils pensaient que l'empereur se proposait , h la favcUr d'un projet pacifique et sacré, même d'anéantir avec promptitude et sûreté la liberté des villes lom« bardes. Us savaient bien aussi que, dans leur conduite envers lui , l'empereur trouverait facilement un motif pour employer les armes. Ils ne réfléchirent donc pas longtemps. Honorius engagea, sans doute avec dessein, l'empereur dans une marche sur les affaires religieuses , où , par colère et par précipitation , Friedrich fit de telç pas , que le pape put se croire autorisé à éclairer le monde par un langage énergique et sévère sur les actes et les tendances de l'empereur, sur ses véritables vues et les moyens qu'il n'avait pas honte d'employer pour arriver à son but , et à préparer de la sorte l'emploi le plus redoutable de la puissance apostolique. Mais en Lombardie , dans le temps même où Friedrich s'avançait vers ce pays avec des forces militaires, où probablement les princes tenlschs se mettaient aussi en mouvement, au commencement du mois de mars, se relevait l'ancienne ligue lombarde, qui non-seulement avait été détruite , mais qui s'était même entièrement effacée du souvenir des hommes. Le 2 du mois de mars, quinze villes de Lombardie, Milan en tête , faisant usage du droit qui leur avait été attribué dans la paix de Constance par Friedrich !•', conclurent dans l'église de Sl-Zeno, à Mosio , dans le district de Mantoue , une ligue offensive et défensive. Et à peine avaient-elles souscrit le traité, qu'elles mirent une activité impétueuse à le faire valoir ; car elles savaient bien qu'il n'y aviait pas de temps à perdre. Elles prirent les armes , rétablirent leurs fortifications , occupèrent les passages et les points d*où l'on pouvait se défendre ou menacer, selon les circonstances. Elles prirent aussi, contre les cités qui ne voulaient ou n'osaient pas embrasser leur cause , des décisions qui , en cas de réussite, pouvaient autoriser des mesures rigoureuses contre les lâches et les traîtres. Il en résulta peut-être que quelques villes encore se rallièrent à la ligue , que quelques princes même , comme le marquis de Monlferral et les comtes de Blanderat s'y rattachèrent, quoiqu'ils eussent déjà la trahison dans le cœur.

L'empereur, qui ne savait rien de la ligne

lombarde, ou qai en faisait peu de cas, s'avança sur la Pouille; son fils Ucinrich, accompagné .de beaucoup de princes teutsohs , marcha vers les Alpes. Sur sa route, renipereur s'engagea en de violents débats ; il voulait être suivi par les vassaux des pays qu'il avait abandonnés au siège apostolique, et les vassaux s'y refusaient, parce que , appartenant à l'Église romaine , ils n'étaient pas soumis à ses ordres , mais à ceux du papQ. Le roi franchit les hauteurs des Alpes sans empêchement avec son armée. Parvenu jusqu'en Lombardie, Friedrich trouva dans une ville un accueil amical , se vit repoussé par une autre , et fut obligé décamper en rase campagne. Heinrich fut contraint d'interrompre sa marche à Trente, parce que le déDlé de la vallée de l'Adige était barré par les Véjonais et leurs alliés , et fortiflé de telle sorte, que le roi désespéra de pouvoir le forcer. Dans l'espérance que^n fils pourrait le joindre avec l'armée teutsche, Friedrich poussa jusqu'à Crémone, quoique les difficultés s'accrussent à chaque instant. Heinrich étant retenu à Trente, se flattait que son père lui ouvrirait d'Italie la roule qu'il était lui-môme hors d'état de se frayer. Tous deux , trompés cruellement dans leur attente, tombèrent dans un embarras humiliant.

Friedrich n'en tint pas moins la diète annoncée; mais il n'y eut rion à signaler de cette pompe avec laquelle il avait pensé y paraître. Quelques Italiens seulement s'y trouvèrent , et pas un seul citoyen dos villes de la ligue ne s'y montra; et mémo les assistants, princes ou députés des villes, frappés de la situation critique de l'empereur, ne montrèrent aucune ardeur , et se tinrent an contraire sur la réserve dans une altitude cxpectante. L'empereur , irrité au plus haut point de la ruine de ses plans,' n)it les villes de la ligue lombarde au ban de l'empire , et déclara l'abolition des libertés qui leur avaient été accordées. L'évéque de Hildeshcim, qui se trouvait auprès de lui avec la mission de pousser à la croisade, prononça l'excommunication do l'Église contre les fédérés; il y eut encore d'autres tentatives de rigueur, mais tout fut inutile. 1/cmporcur, hors d'état d'effrayer ou de- gagner les Lombards , hors d'étal aussi d'opérer sa jonction avec l'armée teutsche, dut reconnaître que son expédition était manquée. Il retourna dans son royaume par le mémo chemin qu'il avait suivi pour venir, éclata en

plaintes amères auprès du saint-pôre, protesta de la manière la plus solennelle de la sincérité de ses intentions , de la pureté de ses vues ^ et le pressa de se porter en médiateur , ou plutôt de décider entre lui et l'insolent peuple des Lombards. Le pape s'interposa. Sa décision arbitrale fut, ce qu'il avait été facile de prévoir, insignifiante, ne donnant pas gain de cause à l'empereur, ne condamnant pas les Lombards, laissant les choses *dans l'état où elles étaient avant l'entreprise de l'empereur. Mais le fils de Friedrich , le roi Heinrich , après être resté sept semaines dans l'inaction à Trente, regagna le Teutschland comme après une malheureuse aventure ; et un grand incendie qui par hasard éclata dans Trente, à son départ, et réduisit en cendres la plus grande partie de la ville, jeta encore une triste lueur sur son voyage.

Il ne pouvait en être autrement , cette obstination à rester immobile à Trente avait dû exciter de vifs mécontentements parmi les princes et les guerriers réunis, et ces mécontentements éclatèrent probablement de diverses manières au moment du départ. Il y eut même des railleries et des insultes. Le jeune roi Heinrich était sans doute dans la plus triste situation. Ses relations avec son père lui étaient déjà devenues à charge, et il était maintenant manifeste^ pour lui qu'il était séparé de ce père par l'éloignement des lieux, et qu'il était coupé même par de^ forces ennemies. Il lui était démontré que l'empereur n'était pas en état de se rendre dans le Teutschland avec une armée , et que dans ce pays il y avait aussi peu de protection à en espérer que de danger à en craindre. Le roi, malgré sa jeunesse, reconnut cela, à ce qu'il paraît, aussi bien que les princes, que les Teutschs en général. 11 estdonc possible que dès lors se soit éveillée ou ait été jetée dans l'esprit de Heinrich la pensée qu'au milieu de tels rapports , à raison de la situation compliquée , diflicilc de son père en Italie , relativement au royaume héréditaire de Sicile, au siège apostolique et h la ligue lombarde, luimême devait suivre sa propre marche, fixer son propre sort , sans se soucier du souverain étranger qui dans le Teutschland n'avait tendu qu'à se parer de la dignité impériale, sans s'occuper non plus des mouvements opérés au dehors par ce monarque. jMais, en supposant que celle pensée ait été au-dessus de l'intelligence du jeune roi, on peut admettre que le

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