‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 99 sur 165 · LIV. XXVI · texte numérisé non relu

LIV. XXVI

sentiment de son abandon lui blessa le cœur , et que, par fe progrès du temps, un tel sentiment opéra ce que des reflexions froides et sérieuses auraient amené.

En effet, dès Tannée suivante, il est déjà question d'une négociation que Heinrich , de Tayca de quelques princes teutscbs, nommément du duc de Bavière et de l'archevêque de j^ologne, aurait suivie par lui-même, en dehors de l'action paternelle. Dans les alliances avec le roi de France , dont il a été déjà parlé plus haut, Friedrich et Heinrich avaient promis de ne jamais entrer dans aucune union avec Henri Hl, roi d'Angleterre. Néanmoins, au commencement de l'année ^1227, Heinrich envoya le maître Kunrad , prieur de Spire , au rûi d'Angleterre, et lui fit exprimer le désir d'une alliance. Le roi d'Angleterre accueillit a proposition avec empressement^, et chargea deux ecclésiastiques d'allei* dans le Tentschiand suivre la négociation. L'affaire ne parait pas avoir été menée à fin; les écrivains teutschs n'en font pas mention : on ne sait pas non plus jusqu'où elle alla, et pourquoi elle fut interrompue; mais il est surprenant qu'il ne soit point parlé de l'empereur, et que Friedrich ait bientôt renouvelé avec Louis iX Talliance conclue par lui avec Louis VIIL

De quelque manière que ces choses puissent être considérées et jugées, comme il n'y avait pas de danger extérieur qui , menaçant toutes les têtes, eût éveillé un sentiment national chez les Teutschs;. comme le reste du pouvoir royal, ne consistant plus qu'en donations, collations et confirmations, était disputé entre l'empereur et son fils le roi Heinrich , ou partagé de telle sorte que toute pei*sonne voulant y avoir recoui*s ne savait véritablement pas à qui s'adresser; comme l'empereur, luttant au loin contre des difficultés immenses, ne se trouva pas une seule fois en état d'entretenir une union facile et déclarée avec le Tentschiand; comme le roi Heinrich, enfant, jeune homme même , sans volonté , sans force , ne connaissant ni l'État ni son droit , ne pouvait être dominé que par le sentiment de son délaissement; comme enfin le lieutenant du royaume, tant qu'il y en eut un , avait pour ainsi dire les mains liées , sachant à peine s'il pouvait agir et vers quelle direction, jusqu'où devait se porter son action , ce qu'il pouvait poursuivre ; chacun devait se sentir rejeté sur soi-même,

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prince ou simple particulier; considérer comme nécessaire de veiller par soi-même au maintien de sa situation^ à sa sécurité, aux progrès de ses intérêts, soit par son activité solitaire, soit en s'unissant à d'autres qui se trouvaient dans la même situation , ménageant, respectant le nom impérial ou royal seulement autant qu'il pouvait servir es intérêts particuliers. Ce sentiment devait être d'autant plus vif, cette reconnaissance d'autant plus claire, que la puissance publique avait moins su se faire valoir, et qu'elle promettait moins pour l'avenir. Si parfois la pensée de l'État traversaitquclques âmes , c'était comme une représentation vague et confQse de circonstances d'un passé que l'on ne connaissait pas, ou une aspiration vers le peuple, vers la patrie, qui ne s'efface jamais entièrement du cœur de l'homme , alors même que les noms sont oubliés.

Les princes et les seigneurs du Teutschland agirent conformément à ces circonstances. Ce qu'ils avaient poursuivi depuis longtemps sans bien s'en rendre compte leur était maintenant imposé par la nécessité. Ils restaient dans les cantons dont l'administration leur avait été conférée, et ils exerçaient comme dans leurs possessions particulières, sous les noms d'anciennes dignités et d'anciennes fonctions honorifiques , les droits qui appartenaient aux suzerains , que maintenant ni l'empereur ni le roi ne pouvaient exercer ou même réclamer. Ils ne dénièrent pas positivement les droits du trône et de la suzeraineté de l'empire , mais ne les reconnurent pas non plus , et ne s'occupèrent que d'augmenter et de fortifier leur propre puissance, sans se soucier du sort d'autrui. Cela n'arriva point d'une manière tortueuse et préméditée , cela ne se fit point par d'habiles combinaisons ; les choses se passèrent ainsi, parce que les princes se dirigeaient d'après l'empire des circonstances; parce que tous étaient contraints par tous à s'attacher fortement au sol natal , pour ne pas voir se précipiter leur ruine. Ils n'avaient nullement l'intention d'entraîner la chute du trône; ils ne soupçonnaient peut-être même pas qu'il pouvait s'écrouler ou seulement être flétri ; ils ne voulaient pas davantage se détacher de l'empire : mais ce n'était- pas à eux qu'il appartenait de songer à l'éclat et à la dignité de la couronne, à l'unité et à l'honneur de l'empire ; ces préoccupations devaient être le partage de l'empereur

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HISTOIRE »0 PËUtLÈ ALLEMAND.

où du i'oi. Sur la trône siégeait, abandonné par rempercur Friedrich , un jeune homme incapable de proléger ce qui restait encore de dignité à Taulorité, encore moins de regagner ce qui avait été perdu, ou d'y ajouter de nouvelles conquêtes. Le fractionnement de l'empire était si monstrueux, que nul ne pouvait dire où était le centre , où étaient les frontières. La ville elle-même à laquelle était attaché le nom impérial n'était pas dans l'empire. Friedrich était empereur des Romains, Heinrich roi des Romains. Mais l'empereur avait abandonné la suzei^ineté sur la vieille Rome ; il avait abandonné la ville éternelle au pape, et le roi qui était élu par les princes teutsclis devait ensuite aller chercher la couronne impériale hoi*s des frontières de l'empire. Dans les négociations offlcicîlles il n'était Jamais question d'un roi des tcutschs ni d'un peuple tcutsch. Comment était*il possible qu'au milieu de telles circonstances les princes leutschs isolément se souciassent du trône et de l'empire, qui paraissaient abandonnés par ceux-là mômes auxquels ils étaient essentiellement confiés? En effet, 11 ne leur restait à faire que ce qu'ils firent : de vivre et d'agir dans leurs provinces en souverains, et d'attendre de la marche des choses le parti qu'il serait utile ou nécessaire de'prcndrc. An comprend môme à peine pourquoi ils se rendirent encore aux diètes publiques où ils étaient appelés, sinon en totalité , au moins en très^grand nombre. Mais ce n'était nullement la pensée de l'empire ou d'une existence commune qui les poussait à ces réunions; c'était Tempire de l'habitude, le besoin de communications plus étendues, plus générales, d'un nouvel aliment pour l'esprit; c'était Tinquiôtudc que des résolutions ne fussent adoptées, des entreprises engagées qui , sans leur participation , pouvaient devenir préjudiciables ou dangereuses ; c'était enfin la curiosité et le désir bien pardonnable de voir et d'èlrc vus, de donner et de jouir. Mais les affaires qui étaient traitées à ces assemblées , et qui ne concernaient pas des matières religieuses ou la cause de fa croisade, ne pouvaient naturellement avoir de liaison prochaine ou éloignée qu'avec la souveraineté territoriale des princes ; et comme tous les princes avaient le m'ôme intérêt , les ecclésiastiques pour affermir cette souverailieté, les temporels pour la fonder, les décisions devaient être prises conformément à cet intérêt.

Et que restait-il au jeune roi Heinrich, qa*à octroyer légalement ce qui avait été demandé et résolu? Que restait-il à l'empereur, sinon de confirmer ce que le roi avait accordé ? Si Heinrich avait été capable d'embrasser les conséquences, comme il ne trouvait aucun applii dans son père , il ne pouvait se passer de la bienveillance des princes, et le duché de Souabe, ainsi que les grandes possessions de sa maison, couvrait la pauvreté du trône. Friedrich saisit bien les suites des choses d'un regard net et distinct; mais, comme il ne pouvait quitter l'Italie, il n'osait irriter les princes teutschs, et, dans ses vastes projets, il pouvtiit bien regarder comme d'une faible importance et faciles à regagner par l'épée les concessions qu'il était obligé de faire en paroles. On Ue peut ici rechercher, supputer lés donations et les concessions faites par les deux monarques, chacun de son côté , aux dépens des biens et des droits de l'empire. Mais, à iine diète publique tenue en 4251 à Wornis", Heinrich rédigea un acte qui, l'année suivante, fut confirmé dans tout son contenu par Friedrich, h une entrevue avec son fils , et qui seul paraît témoigner (|ue tous deiix étaient obligés d'accorder ce qui était réclamé par les princes. On ne peut préciser si le roi , en donnant cet acte^ pensait que son père le confirmerait, et s'il cil avait seulement désiré la ratification avec les princes teutschs, quand il ne put sd soustraire à la conférence dans le Frioul. H l'adressa « à tous les fidèles de l'empire. ^ Et celte expression parait être équivoque, bien propre à exciter le soupçon que Heinrich nourrissait la pensée de se détacher de son père. On peut en dire autant de l'assurance qu'il avait donné celte charte « parce qu'il voulait maintenir et favoriser les princes spirituels et leiiiporels dans leur liborlé; » ainsi que de la conclusion : « Avec de tels bénéfices, la majesté royale a résolu d'aller au-dèvant de ses chers et trèVhonorôs princes, sous là réserve des privilèges qn'cllc tiendrait de son pèic ou qu'elle pourrait encore en recevoir. » Friedrich , au contraire, dans sa notification, se contente de dire « qdë les princes et Jes: seigneurs avaient sollicité sa confirmation , et qu'il s'était rendu à leurs prières, afin de les satisfaire en servant les intérêts dé l'cnipirc. » Dans la suite il sera encore une fois question du contenu des detix actes, parce quVh le fit servii- à Tàvantagc des princes

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