‹ Histoire d'AllemagneChapitre 10 sur 100 · MORT DE LUDWIG · texte numérisé non relu

MORT DE LUDWIG

De l'an 870 à 87G.

Ludwig avait donné à son royaume une extension importante; il axait acquis de belles contrées , riches en elles-mêmes, et promettant par leur situation une richesse plus grande encore , si on les exploitait d'une manière convenable. Cette acquisition lui inspira une joie qu'il ne put dissimuler; le llliin le rendit presque infidèle au Danube. Il ne quitta pas , il est v rai , le ro> al palais de Ratishonnc , et l«*s fidèles Bavarois restèrent toujours chers à son eo-nr;

LrV. xm ,

Mais il séjourna pourtant le plus souvent , et par conséquent aussi avec le plus de plaisir, a Francfort , qui désormais semblait devoir être une capitale plus commode que Ratisbonnc; il visita fréquemment les villes du Rhin , et se plut à remonter et à descendre ce fleuve royal. Ce fut dans ces contrées aussi qu'il assembla les synodes et les diètes ; il se sentit de toute manière séduit par le climat et par les jouissances des provinces rhénanes. 11 y aurait passé dans une sereine tranquillité ses dernières années, si la discorde , cette vieille ennemie des Karolingiens , ne s'était élevée entre lui et ses fils , et s'il n'avait eu les Slaves pour voisins.

Vers la fin de l'année , qui approchait de son terme à travers des phénomènes remarquables, des aurores boréales et des tremblemeuts de terre, Ludwig, après avoir auparavant encore assemblé un synode a Francfort, re\int à Ratisbonne. Là il ne put se refuser le plaisir de faire amener devant lui , chargé de chaînes , son vieil ennemi Rastiz, prince des Moraves; mais ce misérable plaisir même ne put apaiser sa colère. Rastiz fut traduit devant un tribunal composé de FranJks et de Bavarois, et auquel se joignirent, dit-on, des Slaves qui se trouvaient précisément auprès du roi. Ce tribunal condamna Rastiz à mort. Le roi lui donna, ty est vrai , la vie, mais il lui fit crever les yeux ; et cette atroce clémence lui a valu les éloges de ses contemporains. On iic peut nier que Rastiz n'eût causé de grands malheurs aux Teutschs que, ses armes avaient pu atteindre , et que par là il s'était attiré des haines amères ; il avait, de plus , violé à plusieurs reprises la fidélité promise, et foulé plus d'une fois aux pieds les serments qu'il avait prêtés ; il se peut donc qu'en vertu oes principes inhérents au système féodal, U méritai la mort. Mais si Rastiz avait juré fidélité, ce n'avait pas été, comme les vassaux teutschs, pour des honneurs ou des avantages imàtériels; ç'avait été, dans le malheur et dans de pénibles extrémités, pour se sauver et réparer ses forces ; et si Ludw ig avait reçu ses serments, il n'avait pas cru qu'ils seraient gardés, qu'ils pussent ou dussent l'être ; il ne l'avait fait que pour interrompre pour le moment d'une manière honorable une guerre qui résultait de la nature des relations. Rastiz avait combattu pour son peuple et avec son peuple pour les oins grands biens de la vie, pour l'indépendauce, la liberté, la nationalité, il pouvait bien

croire que cette lutte lui imposait une obligation plus sacrée qu'un serment auquel l'avait forcé un roi étranger, qui s'efforçait de le dépouiller de ces biens, lui et son peuple, par la violence et par des artifices de toute sorte. Si Ludwig et les Teutschs avaient connu l'histoire de leurs premiers ancêtres , s'ils s'étaient rappelé la désolation infinie que jadis avaient fait peser sur ceux-ci les armes et la perfidie des Romains, ils auraient regardé sinon comme glorieux , du moins comme pardonnables , ces efforts hostiles ; ils auraient dédaigné de tirer d'un ennemi vaincu une vengeance ignoble et même cruelle , et d'appeler cette vengeance un châtiment bien mérité. Mais la violence croit toujours être dans le droit, et les sentiments les plus sacrés du cœur humain doivent se taira devant la lettre sanglante de traités sanglants. Ludwig, toutefois, n'eut pas à se féliciter de la vengeance qu'il avait tirée de son vieil ennemi.

Peux de ses fils , Ludwig et Karl , commençaient à prendre envers lui ui)e position dangereuse; ils excitèrent partout les vassaux, et assemblèrent près de Spire des forces militaires assez imposantes. Cette entreprise se rattachait au soi t de l'infortuné prince des Moraves. Karlmann, en effet, le fils ainé de Ludw ig , qui jadis avait donné à son père des inquiétudes de plus d'une espèce, s'était élevé bien haut dans sa faveur par ses exploits contre les Slaves , et particulièrement par l'adresse avec laquelle il s'était rendu maître de la personne de Rastiz. Il se peut que Ludwig «lit conçu et exprimé la pensée de donner une récompense extraordinaire à des services aussi extraordinaires. Cette pensée frappa vivement les deux autres fils du roi; ils craignirent de perdre tout ce qui serait accordé à leur frère ; et, dans cette crainte, ils se soulevérent pour arracher à leur père ce qu'il leur avait véritablement promis auparavant t ou ce qu'ils avaient du moins espéré de lui. Ils trouvèrent sans peine des partisans. Karlmann avait des ennemis et des envieux ; d'autre part , le roi fut assez imprudent pour irriter les Saxons en faisant crever les yeux , pour un crime inconnu . à un vassal de ce comte Heinrieh , auquel son Fus Ludwig avait montré une si haute confiance; enfin, les ambitieux insatiables, dont le nombre n'était jamais petit parmi les vassaux, étaient toujours prêts à favoriser les désordres et les troubles, et ils offrirent \ olontiers leurs bras aux jeunes princes. Ludwig ne se trouva pas dans un

embarras médiocre. Il se représenta aussitôt la chose dans toute sa gravité; et l'expérience qu'il avait faite comme fils et comme pore vint à son aide. II mit tous ses efforts à éviter une lutte réelle , dans la conviction que les liens de la nature ramèneraient nécessairement à lui l'affection de ses fils, si ces liens n'étaient pas tranchés par le glaive. Peut-être aussi le sort de son père se représenta-t-il à son âme ; peut-être les dernières paroles que son père mourant avait prononcées sur lui-même retentirent-elles dans son cœur; peut être pensa-tril lui-même à son heure dernière. Cequi d'ailleurs dut faire une profonde impression sur son esprit, c'est que vers ce même temps Karlmann , fils aîné de Karl le Chauve , qui avait eu les yeux crevés après de violentes querelles avec son père et par ordre de celui-ci , vint vers lui, et, dans sa douleur infinie, lui demanda aide et protection. Il vit dans ce jeune homme un horrible exemple de l'issue réservée à des relations si déplorables et si contraires à la nature. Enfin un regard jeté sur les peuples slaves , qui , comme nous allons le raconter , avaient fait peser un prodigieux désastre sur une vaillante armée tcutsche , dut également disposer le vieux roi à la douceur et à la modération. Il alla donc au devant de ses fils, et chercha à triompher de leur opposition par des invitations amicales , par des paroles conciliantes , par des promesses et par des vœux. Et de fait, il réussit à tranquilliser ces esprits soupçonneux , mais il n'y réussit qu'après une année de tourments , de chagrins et de négociations diverses. Au printemps de l'année 872 , dans une diète tenue à Forchheini, il détermina en termes clairs et précis la part de son royaume que chacun de ses fils devait recevoir après sa mort : alors Ludwig et Karl jurèreut solennellement , à la vue de toute l'armée , qu'ils resteraient tonte leur vie fidèles à leur père.

Mais l'embarras où le roi Lndwig avait été jeté par deux de ses fils n'avait point échappé aux Moraves , qui n'avaient pas manqué d'en profiter: car ils étaient en proie a la plus violente exaspération contre Ludwig, Karlmann et les TeuUchs. De plus , Zuentibald , ce neveu de Rastiz, qui avait livré son oncle à Karlmann , fut lui-même soupçonné de trahison par ce prince. Karlmann, que le bonheur qu'il avait en jusqu'alors rendait arrogant , n'hésita pas , au commencement de l'an 87 ^ , a s'assurer, par des moyens perfides, à ce qu'il parait, de la personne

de Zuentibald , et à le faire conduire en Bavière. Les Slaves , songeant au sort de Rastiz , crurent qu'on leur arrachait aussi Zuentibald pour lui faire subir le même destin. Ils se soulevèrent donc, brisèrent les chaînes que Karlmann leur avait imposées , et se choisirent pour prince un prêtre, nommé Sclagamar, parent de Zuentibald, pour reconquérir et conserver sous sa conduite leur ancienne liberté. Le nouveau prince , Sclagamar , risqua aussitôt une attaque contre deux comtes de Karlmann , Engelschalk et Wilhelm , qui tenaient garnison dans deux villes. On prétend , il est vrai , qu'il fut mis en fuite par ces deux comtes ; mais ils purenl tout au plus défendre leurs villes contre son attaque : c'est ce que prouve la conduite de Karlmann. Celui-ci en effet crut qu'il était bon non-seulement de déclarer Zuentibald complètement innocent , mais encore de le renvoyer en Moravie , avec une armée bavaroise , pour y étouffer le soulèvement et écraser le nouveau prince Sclagamar ; car il semble avoir cru que Zuentibald devait être tout aussi avide de reprendre la dignité princière que Sclagamar disposé à la défendre avec opiniâtreté. Zuentibald, dont maintenant les yeux avaient été frappés d'une lumière terrible au sujet de l'amitié de Karlmaun , et qui ne se faisait nullement illusion sur les motifs de sa mise en liberté , le confirma dans cette croyance. Il promit de rétablir les anciennes relations , et jura de nouveau une inviolable fidélité. Puis il conduisit l'armée bavaroise au delà du Danube , s'avança dans le pays des Moraves , et fut bientôt d'intelligence avec son peuple. Sclagamar recula devant lui. Il arriva jusqu'à l'ancienne forteresse, résidence princière de son oncle Kastiz. Là il fit tracer uu camp par l'armée bavaroise; lui-même , comme cela paraissait convenable , fixa sa demeure dans la forteresse. Du sein de celle-ci, il s'entendit avec Sclagamar et avec son peuple , tandis qu'il cherchait à maintenir dans la plus pernicieuse sécurité les Bavarois sans soupçon; et lorsque tout fut prêt, il se jeta soudain sur ses confiants alliés, et pénétra avec une grande masse d'hommes dans le camp mal gardé. Il ne fallait songer à aucune résistance du côté des Bavarois ; ce fut un massacre et non un combat. Ceux-là seuls échappèrent à leur perte, qui se trouvaient par hasard éloignés du camp; tous les autres furent égorgés; et le ressentiment des Slaves était si terrible , qu'ils

liv. xm , chap. vm. 43

n'épargnèrent pas même ceux qui s'étaient rcn- fuite et essuyèrent une grande perte. Alors des dos prisonniers au commencement de cette boucherie : car lorsque la douleur et les plaintes soulevées par ce désastre inouï se répandirent à travers la Bavière, et lorsque Rarlmann , saisi d'un trouble inexprimable dans le sentiment de

femmes teutsehes montrèrent qu'en elles vivait encorclcmémeespritqui avait animé les femmes teutsehes au temps des Romains. Transportées de colère contre les hommes qui , en prenant lâchement la fuite , les laissaient en proie aux sa pernicieuse imprévoyance, envoya aussitôt [ ennemis, elles se jetèrent, armées de bâtons, sur à Znentibald tous les otages moraves qui étaient ; les chefs, et les jetèrent à bas de cheval. Mais ce

encore en son pouvoir, pour sauver en retour les Tcutschs qui peut-être avaient survécu à cette atroce exécution, il ne reçut qu'un homme à moitié mort, nommé Rashod; on prétendit que c'était le seul qui restât encore (4).

Les effets du soulèvement et de la victoire des Moraves ne s'arrêtèrent pas là. Les Bohèmes aussi entrèrent en mouvement pour secouer le joug auquel ils étaient soumis comme peuple tributaire. Ludwjg convoqua contre ceux-ci , dès l'automne de cette même année, les vassaux voisins , ecclésiastiques et laïques , Arnt , évôqncdcWiirtzbourg, leeomtcRuodoltetd'autrcs.

Mais il le fit pour la défense plutôt que pour l'attaque; et si les Tentschs firent une incursion dans le pays , s'ils surprirent un pacifique cortège nuptial au momentoù IesMoraves venaient chercher et escortaient magnifiquement <2) la fille d'un prince bohème, choisie pour épouse par un de leurs princes; si, par cette surprise, ils firent un agréable butin en chevaux , en armes et en objets de toute espèce , ce butin n'amena pourtant pas de grands avantages. Les Bohèmes elles Moraves attendirent librement la nouvelle année. Au printemps de cette année , on résolut d'attaquer d'un autre côté les Bohèmes et les Moraves confédérés, qui semblent s'être rangés en commun sous le commandement suprême de Zuentibald. Mais cette entreprise n'eut pas non plus de succès, et se termina par la honte et le déshonneur ; car les Thuringicns et les Saxons s'avancèrent dans le pays ennemi sous la conduite de chefs particuliers qui ne pouvaient s'entendre sur la manière de mener l'entreprise afin;ct comme le roi avait encore près delui ses fils Ludwig et Karl, avec lesquels il venait de se réconcilier à Forchheim; comme karlmann était en Bavière; comme par conséquent aucun membre de la famille royale ne pouvait prendre sur tous le commandement suprême et réunir toutes les opinions , la désunion dégénéra bientôt en discorde. En proie à cette discorde , sans ordre et sans contenance , les Tcutschs rencontrèrent te ennemis ; ils tournèrent le dos , prirent la

caractère héroïque des femmes servit à peu de chose. Il fallut de nouvelles levées en partie pour porter secours à Karlmann contre les Moraves, en partie pour venir à bout des Bohèmes. De ces nouvelles troupes, celles qui étaient destinées contre les Bohèmes pénétrèrent dans le pays de ce peuple jusqu'à la Moldau , et lui firent éprouver des pertes considérables ; mais les Bohèmes s'étant retirés dans leurs places fortes, il ne resta plus aux Teutschs qu'à retourner chez eux. Le corps d'armée qui marcha avec Karlmann contre les Moraves, tandis que les Bavarois dirigeaient leur marche contre Zuentibald luimême , signala sa marche par l'incendie et par le meurtre : on y voyait l'évêquc Arnt de YVùrtzbourg et l'abbé Sigehard de Fulda. Mais on n'obtint aucun résultat , et la retraite ne se fit qu'avec de grandes difficultés ; car , dans ce même temps , les Bavarois éprouvèrent un nouveau malheur. En effet, on avait laissé les Bavarois en arrière , sur le Danube , pour la défense des bateaux : là ils furent surpris par des bandes que Zuentibald sut jeter sur les derrières de l'armée de Karlmann; ils furent massacrés, précipités dans le fleuve ou faits prisonniers. L'évêquc de Ratisbonne, Embrich, échappa seul à ce désastre , avec un petit nombre d'hommes.

Ces événements inouïs et honteux avaient leur cause la plus immédiate dans la désunion du roi avec ses fils ; mais ils avaient leur cause éloignée et véritable , ainsi que cette discorde elle-même , dans la nature dissolvante et corrosive du système féodal. Le roi Ludwig lui-même se consola peut-être jusqu'à un certain point de ces désastres. Une ambassade de l'empereur grec Basile, qui vint à sa cour, l'an 872, avec de riches présents (3), pour rechercher son amitié à cause des peuples barbares qui séparaient les deux empires , put lui faire illusion ; et la perspective d'acquisitions en Italie , où un faux bruit avait répandu la nouvelle que l'empereur Ludwig avait été tué, détourna son esprit et fit naître en lui , ainsi qu'en son frère Karl, de nouvelles idées de suprématie et de grandeur

HISTOIRE DU PEJJPLE

au milieu de la désolation universelle. Les vassaux purent s'en consoler aussi , parce que les préten lions des survivants pouvaient s élever d'autant plus que leurs rangs s'étaient éclairas davantage. Mais ces calamités pesèrent de tout leur poids sur les classes inférieures de la société, et la religion elle-même eut peine à faire pénétrer un rayon d'une sérénité plus grande dans les âmes abattues , d'autant plus que le monde qui s'étend au delà de celui-ci, ainsi que l'éternité elle-même, étaient représentés sous des couleurs de plus en plus sombres , qui excitaient plus de terreur que de joie et de curiosité. Mais l'année suivante, 873, un nouvel et grand malheur fondit sur le Teulscbland et en même temps sur l'Italie cl sur la France ; un malheur qdi frappa tout le monde, mais dont les plus terribles rigueurs atteignirent également la grande masse d'hommes sur laquelle pesait tout le fardeau de la vie. En effet , dans la première moitié de celle année, une grande famine régna parmi les peuples des royaumes karolingieus. La moisson nouvelle promettait seule soulagement et secours. Les peuples attendaient cetle moisson avec les plus cuisantes angoisses. Et lorsque le temps approcha où ces espérances devaient être accomplies, elles furent détruites soudain de la manière la plus extraordinaire dans une grande partie du Teutschland, de la France et de l'Italie.

Il arriva d'Orient une immense quantité d'insccles , tels qu'on n'en av ait jamais vu de semblables. On leur donna le nom de sauterelles. Us étaient de la longueur et de l'épaisseur du pouce d'un homme ; ils avaient quatre ailes et six pieds, une grande bouche et deux dents dures avec lesquelles ils pouvaient ronger l'écorce d'arbre la plus coriace. Lorsqu'ils se dirigeaient vers un point , ils remplissaient l'air à une lieue de distance en long et en large ; lorsqu'ils s'abattaient , ils couvraient entièrement la même étendue de terrain. Chaque jour ils faisaient un voyage de quatre ou cinq lieues, et ils semblaient , dans leur marche , être soumis il un ordre tout militaire. Vers le soir de chaque jour, disent les récits, les chefs venaient avec une faible escorte, comme s'ils voulaient explorer le terrain ; puis, le soir du jour suivant, vers neuf heures, l'armée apparaissait par bandes, s'abattait, et restait jusqu'au lendemain ihalin; ensuite, dès que le soleil se montrait, elle se mettait de nouveau en route , et d'autres

ALLEMAND

bandes les suivaient dans le même ordre. Ces

courses durèrent deux mois , et toute la verdure qui couvrait les bois et les prairies disparut si complètement, qu'il sembla qu'un incendie avait trav ersé le pays. Enfin un vent impétueux jeta ces animaux nuisibles dans la mer Britannique. Mais la mer rejeta av ec dégoût sur les côtes les insectes morts. Ils s'y entassèrent comme en montagnes , tombèrent en putréfaction , et répandirent des maladies pestilentielles parmi les habitants du rivage (4).

Vers le même temps où ce malheur fondit sur beaucoup de milliers d'hommes , malheur où la foi pieuse ne vit qu'un juste châtiment infligé parle Tout-Puissant aux crimes et aux péchés du monde, Ludwig, roi des Teutschs, vit les affaires publiques de sou royaume se développer d'une manière moins défavorable. Le roi des Dauois Sigifrid , et le frère de celui-ci Italbden , lui env oyèrent des ambassadeurs qui lui remirent d'agréables présents , lui proposèrent de déterminer avec précision les frontières des Saxons et des Danois sur l'Eidcr pour le maintien d'une paix durable, et demandèrent de plus la liberté du commerce cnlrc les deux peuples; et Ludwig, qui reçut ces ambassadeurs dans les diètes de Worms et de Metz , accéda volontiers à ces propositions. Une bande de Nordmans, conduite par un certain Rudolf, qui avait exercé de grands ravages dans le royaume de Karl le Chauve , envahit la Frise av ec mépris et menace; mais les vaillants Frisons châtièrent son arrogance. Rudolf tomba dans la bataille; avec lui tombèrent quatre-vingts des siens; les autres furent contraints h racheter leur liberté , à jurer de ne jamais reparaître dans les États du roi Ludwig, et à donner des otages de leur fidélité à ce serment. Lue nouvelle ambassade de l'empereur vint à la cour de Luduig, avec des présents et des lettres. Enfin Zuentibald lui-même, prince des Moraves, dont le peuple avait aussi souffert des sauterelles, fil faire, par un Allemand nommé Berechtramm, que les Moraves avaient fait prisonnier et auquel Zuentibald av ait rendu la liberté , des propositions pour le rétablissement des anciennes relations des Moraves à l'égard du royaume teutsch. Toutes ces choses étaient assurément propres à déposer quelques consolations dans l'àme du vieux roi, surtout lorsqu'il jetait les yeux sur les États de son frère Karl le Chauve, cl lorsqu'il consiàîrait les ce

infinies contre lesquelles ce roi avait meessam

< • t x , „ , .< , • ■Miment à lutter et a combattre.

Mais le malheur dont des phénomènes extraordinaires avaient frappé les hommes ne eessa pas encore. Aux calamités de Pété succéda un hiver d'une excessive rigueur. Depuis le commencement du mois de novembre jusqu'à l'éqWnôxe du printemps de l'an 874, il tomba continuellement de la neige , et le Rhin et le Mein se couvrirent d'une glace 'tellement épaisse, que l'on pouvait y passer avec autant de sécurité que sur des ponts ; une grande multitude dnommes et d'animaux périrent de froid et de faim. Cependant il fallut, au mois de janvier , entreprendre une expédition militaire. Thaeulf , comte de la Marche des Sorabes, était mort. Les Sorabes cl les Siusles crurent que cette circonstance et la rigueur de l'hiver favoriseraient leur tentative de se délivrer du tribut qu'ils payaient aux Teutschs; mais l'aréhtt éque de Mayencc Liutbcrt , ayant osé , même dans un tel hiver , passer la Sale et s'avancer rapidement avec Ratolf, le nouveau successeur donné a Tlinculf, les Slaves perdirent aussitôt courage! Ils rentrèrent dans la soumission sans avoir soutenu un seul combat pour leur entreprise. Du reste , l'année se passa sans faits militaires. Comment aussi une expédition guerrière aurait-erté pu être entreprise au milieu de ces effrayants désartres? lies peuples et les rois se sentaient enchaînés ; les grands froids de Thiver continuaient leurs effets; la famine durait toujours; des maladies contagieuses qui en résultèrent déployèrent leur fureur : on calcula que prés du tiers de l'espèce humaine avait du être enlevé dans le cours de l'année. La reine Emma, femme de tudwig, fut paralysée par une maladie et perdit l'usage de la parole. Le roi lui-même sentait ses forces s'éteindre ; frappé n'es désastres dn présent, il portait avec inquiétude ses regards vers l'avenir : il n'av ait aucune confiance; ses propres fils excitaient ses soupçons; l'idée de l'éternité l'effrayait. Aussi cherehà-t-il à se fortifier et h se tranquilliser par des prières et par des pratiques pieuses. Dans de fréquentes assemblées de ses fidèles , il s'efforça de donner au royaume une meilleure organisation , de maintenir partout la paix de la Société , et de soulager par de sages mesures la misère universelle. 11 s'occupa aussi du soin de consolider la paix avec les royaumes et les peuples voisins ; il fit un vovage en Italie pour

V' Vit' ti » .<â 'VAill «11 ' «

Page 1