CHAPITRE Vif
FIS DE LOTHAR . — LE PAPE ADRIEN II. — GUERRES AVEC LES SLAVES. PARTAGE DE LA LOTIIAR1NCIE.
De l'an 8CCàl'an 870.
Pendant que Ludwig , roi des Teutschs, cherchait, par de brillants exploits et par de prudentes concessions , à garantir la sûreté extérieure de sou roy aume et la paix intérieure ;
liy. xm,
tandis qu'au même temps, Karl le Chauve, constamment inquiété par les grands maux qui affligeaient sa maison, avait à lutter incessamment contre d'anciens et de nouveaux ennemis , et ne se maintenait qu'avec peine et par des circonstances inconcevables , le neveu de l'un et de l'autre de ces deux princes, le roi Lothar , allait toujoursplusloin dans cette carrière de désordres qui déjà l'avaient couvert de honte et d'ignominie; chaque jour il s'aveuglait et s'illusionnait davantage. Et des passions humaines , nobles et ignobles , en se mêlant à ces déplorables affaires, amenèrent de nouveaux troubles. Sou humi.lité avait été de l'hypocrisie; ses promesses, des mensonges; ses vœux, des décep tions. Ce que le pape avait exigé de lui aurait pu être aisément accompli par un homme énergique ; mais cela était probablement contraire à la nature (Vun homme faible , accoutumé à ne se laisser conduire que par les inspirations d'une femme.
Arsénius n'avait pas emmené Waldrade avec lui en Italie ; mais , gagné par les présents du roi (car c'était un homme cupide et avare), il lui avait seulement fait prendre le cliemiu de Rome. EJlle s'était en clfet rendue en Italie, et s'était avaucéc jusqu'à Pavic;mais de là elle était revenue sur ses pas , rappelée par Lothar. Elle avait , il est vrai , évité de paraître à la cour du roi ; mais elle avait établi son séjour si près de lui, qu'elle resta avec lui en relations continuelles , et put exercer de nouveau son ancienne influence. Pendant ce temps, la malheureuse Teutbcrga , cette femme imposée à Lothar , était, comme jadis, tourmentée, opprimée, humiliée, maltraitée de toute manière par son mari. On voulait l'amener à solliciter elle-même du pape la dissolution de ce déplorable mariage , qui n'était pas un mariage ; et elle y fut amenée, parce qu'elle soupirail après le repos. Elle fut amenée à proférer devant le pape un mensonge par lequel ses ennemis avaient, quatre ans auparavant, trompé le synode d'Aix-la-Chapelle ; elle affirma que Lothar avait été marié légitimement avec Waldrade avant de l'épouser elle-même. Pendant ce
les deux rois Ludwig et Karl le Chauve s'employèreut pour Lothar, leur neveu, et Lndwig et les évèqucs tcutschs s'intéressèreut pour les archevêques déposés , Gunlhar et lbéotgaud,dont la cause ne pouvait leur être indifférente , puisque le diocèse archiépiscopal <fe Gunthar était en grande partie situé dans
le [royaume tcutsch , et que l'incertitude de la position du métropolitain avait plus d'un effet pernicieux. Mais Arsénius , le délégué du pape , avait déterminé les deux malheureux archevêques, après qu'à leur première apparition à Rome ils curent été durement congédiés par le pape, à entreprendre une seconde fois ce voyage , parce que désormais , grâce à l'intérêt que leur témoignaient le roi tcutsch et les évèqucs de ses Étals, il était plus vraisemblable qu'ils atteindraient leur but.
En présence de ces relations et de ces passions, le pape Nicolas ne se trouvait pas dans un médiocre embarras : il avait obtenu une victoire complète par les armes avec lesquelles il pouvait combattre ; le droit eu vertu duçjucl U avait prononcé sa sentence ne lui avait été contesté par personne ; personne n'av ait mis en doute l'équité de la sentence elle-même. Mate les moyens de l'exécuter lui manquaient : il n'avait que la parole ; il n'avait que les principes de la morale cl de la raison ; il n'avait que les doctrines de la sainte Écriture, les préceptes de l'Église, la croyance ou la superstition de sou siècle et la dignité sacerdotale* Lui-même était faible et malade : le zèle ardent avec lequel il s'était efforcé d'embrasser et de mieux ordonner les relations de tout le monçtc chrétien avait bientôt usé ses forces. Pourtant il resta ferme , ne recula devant rien et no chancela jamais. Il montra au roi Lolhar tout le mépris que ce prince méritait ; il frappa d'excommunication Waldrade et ses fauteurs , et s'exprima à son sujet avec l'indignation lu plus profonde et dans les termes les plus durs. Quant à Teutbcrga , dont il sentait et appréciait l'infortune et la cruelle position, il lui écrivit, il est v rai , avec fermeté , mais avec douceur et compassion , et chercha à tremper tellement son courage, qu'en cas de besoin elle n'hésitât pas à faire le sacrifice de sa vie pour la bonne cause, pour l'honneur do Dieu et de l'Église. Il témoigna aux rois la douleur et l'élonncmcùt que lui causait leur intervention pour Lothar, dont les mensonges, dont le caractère récalcitrant, dont l'endurcissement dans ses péchés, no pouvaient leur être inconnus. Quant aux évèqucs qui s'étaient interposés pour Gunthar et Théolgaud , il leur exposa les raisons qui semblaient devoir les convaincre forcément qu'il ne pouvait et ne devait pas agir autrement qu'il n'av ait agi. Enfin il fut inexorable à l'é-
gard de Gunthar et de Théotgaud. H vit l'évèque Théotgaud mourir de douleur et de soucis sur le seuil de son palajs, et l'évêque Gunthar s'éteindre de même ; mais il s'en tint fermement à sa décision , et ne leur pardonna pas, même à leur dernière heure, le crime affreux dont ils s'étaient rendus coupables.
Contre une telle fermeté se seraient probablement brisés à la fin les artifices de mensonge et de tromperie par lesquels le roi Ix)thar espérait toujours encore arriver au but de ses vœux; car il se tournait de tous cotés pour trouver un appui qui put le soutenir sans se rompre sous son poids (i). Il envoya l'infortunée Teutberga en Italie , afin qu'elle poursuivit elle-même la dissolution de leur mariage , sans doute dans l'espérance qoe le pape, qui avait résisté à ses prières écrites , aurait pitié d'elle lorsqu'il verrait de ses propres yeux tout l'ablmc de maux où cette femme avait été plongée par Lotliar. Il voulait se rendre lui-même en Italie pour se jeter aux pieds de ce prêtre redoutable , le combler d'argent et de présents , obtenir l'accomplissement de ses vœux; et Waldrade, la femme de son amour et de ses plaisirs, devait le précéder ou le suivre dans ce voyage. Il alla trouver son oncle Ludvvig , roi des Teutsehs , à Francfort, pour le décider à inféoder l'Alsace, à titre de duché (2) , à son fils Hugo , qu'il avait eu de Waldrade , et a veiller , en son absence, à la sûreté de sou royaume. Et il parait que Ludvvig lui accorda l'une de ces choses , et lui promit l'autre ; car , comme la main puissante du pape le repoussait, ainsi que son frère Karl , de l'acquisition de la Lotharingie , il devait attacher une grande importance à ce que les déplorables affaires de Lothar se terminassent d'une manière pacifique , avant d'entraîner de plus grands troubles dans les relations de l'Église et des royaumes. Mais , au milieu de ces intrigues , Lothar fut surpris par une nouvelle qui , sans aucun doute, remplit son cœur de joie et d'espérance.
Le 23 octobre de l'an 807, mourut son grand adversaire, le pape Nicolas 1er, et quelques semaines après, le 44 décembre, l'élection du clergé et du peuple , confirmée par l'empereur Ludvvig , éleva Adrien II sur le siège de saint Pierre. Cet Adrien , époux et père avant son entrée dans les ordres sacrés, était un homme pieux et bienveillant, doué de toutes les véritables qualités du prêtre. Il avait sur la puis-
sance de l'Eglise et sur le pouvoir du saintsiége les mêmes principes que ses illustres prédécesseurs avaient reconnus et fait entrer dans la vie ; mais il n'avait pas le caractère du pape Nicolas; et bien qu'il ne perdit point de vue le caractère que celui-ci s'était efforcé d'atteindre , sa douceur et son humanité l'empêchèrent d'user des mêmes moyens. Bientôt, après son avènement à la dignité papale , parut devant lui la reine Teutberga , pour lui soumettre les mêmes raisons qu'elle avait soumises à Nicolas I#r, implorer de lui sa délivrance, et lui demander la permission de terminer ses jours dans une vie entièrement consacrée à Dieu. Le pape la consola et la renvoya vers son époux , en disant qn'il ne pouvait trancher aussi vite et seul , sans le conseil des évèques ses collègues, une affaire aussi importante; mais son cœur était tendre , et fut attendri davantage encore par les calamités qui pesaient sur l'Italie , et par les grands malheurs qui frappèrent sa propre famille. Dès l'an 868 , il releva de l'excommunication Waldrade , à condition qu'elle renoncerait pour toujours à toute intimité avec Lothar. Alors, ce roi lui-même crut que pour lui aussi le moment propice était arrivé. Après avoir fait quelques dispositions et les préparatifs nécessaires , il parut en Italie vers le milieu de l'an 869 : Teutberga avait reçu l'ordre de le suivre. L'empereur, son frère, était en campagne contre les Sarrasins dans l'Italie inférieure. Aussi , évitant Rome , il s'adressa à l'impératrice Engelberga, épouse de Ludvvig , femme qui , à la vue de l'or, oubliait beaucoup de choses. A force de prières, de présents et d'artifices , il la décida a se rendre avec lui , non sans la permission de son mari , au monastère de Saint-Benoit, sur le mont Cassin. La vint aussi le pape, déterminé par les instances de l'empereur, qui avait été entraîné par Engelberga. Lothar ne manqua pas non plus de combler le saint-père de présents; et comme il fut assez impudent pour affirmer au pape avec une inébranlable hypocrisie, que, depuis l'excommunication de Waldrade par Nicolas, il n'avait eu avec clic aucune intimité d'aucune espèce , le pontife lui accorda le pardon de ses péchés et lui donna la sainte eucharistie. Sa suite, composée des complices et des fauteurs de ses désordres, fut également reçue à la sainte table : Gunthar lui-même y fut admis , mais seulement comme laïque ,
après avoir reconnu la légitimité des actes de Nicolas contre lui , et après avoir promis de s'abstenir à tout jamais de toute fonction sacerdotale. Ensuite Lothar revint par Rome, où il chercha à décevoir de nouveau le pape, et où il le déçut réellement dans son sens, et reprit le chemin des Alpes , dominé peut-être par les séduisantes idées que lui inspiraient les joies d'nnc vie nouvelle qui devait commencer pour lui. A Lucqucs, il fut saisi d'une fièvre dangereuse , tandis que la mort frappait à coups redoublés ceux qui se trouvaient près de lui (5). Il s'avança plus loin jusqu'à Plaisance. Ce fut là qu'il succomba à sa maladie, le huitième jour du mois d'août ; et avec sa mort se terminèrent les honteuses querelles au milieu desquelles le saint-siége avait exercé des droits si féconds en résultats , droits qu'il avait gagnés par leur exercice même ; car les deux femmes au sujet desquelles ces querelles s'étaient élevées disparurent alors aussi du théâtre de la vie. Waldrade chercha à oublier, dans le couvent de Saint-Romarich, h Rcimersberg, les magnificences du monde; et Teutbcrga trouva dans le couvent de Sainlc-Glodesinde, a, Metz, le repos après lequel elle soupirait depuis si longtemps. Là, purifiée par l'infortune et réconciliée avec le monde , elle oublia ses anciens malheurs, et, dans sa foi pieuse, entièrement livrée h de saintes pratiques , elle n'eut d'autre pensée que de prier aussi pour le repos de l'àme de l'homme qui l'avait si cruellement torturée , et qui était mort sous le poids de ses péchés.
La mort de Lothar ne fut pas sans résultats pour le Teutschland. Tandis qu'il courait au devant d'elle au milieu de son trouble , Ludwig gouvernait ce royaume avec considération et honneur. Les deux années 867 et 868 s'écoulèrent paisiblement pour lui, abstraction faite de quelques collisions avec les peuples slaves. H lui fut même possible, dans la première de ces années , de s'occuper des Bulgares , chez lesquels le christianisme trouva accès vers cette époque, bien que la prévoyance du pape Nicolas rendit la sienne inutile. Dans la seconde de ces années , au contraire , beaucoup de contrées du Teutschland furent dévastées par de grandes inondations , et à leur suite vinrent la famine et de cruelles maladies. Les peuples slaves crurent devoir profiter de ces désastres des peuples tentschs. L'an 8C0, ils se mirent eu mouvement &nr toute la longueur de la frontière du royaume
tcutsch pour le pillage et la vengeance , pour l'indépendance et la liberté : tous se levèrent , Moraves et Bohèmes , Sorabcs et Siusles , jusqu'aux Abodrites. Les deux premières de ces nations firent irruption dans la Bavière ; elles ravagèrent ce pays par le fer et par le feu , et entraînèrent les femmes en esclavage. Les deux autres , soutenues par les Bohèmes , pénétrèrent en Thuringe , tuant et dévastant tout ; les Abodritesenfin, elles autres peuples septentrionaux, firent subir aux Saxon la même désolation. Parmi les Moraves se trouvait ce comte Cundaear qui jadis avait trahi le prince Karlmann et obtenu le duché de Carinthie en récompense de cette lâcheté , mais qui ensuite , lorsque Karlmann , réconcilié avec son père , avait repris le gouvernement de cette province , avait , dans sa colère et dans son ardeur de vengeance , cherché un refuge auprès de Rastiz , prince des Moraves. Maintenant il lui fallait subir une épreuve décisive et combattre son peuple avec les ennemis de sa patrie. Mais cette pensée le domina avec tant de force et si constamment , qu'il se sentit les membres tout paralysés; il s'imagina que saint Emmeramm et les autres saints sur les reliques desquels il avait juré fidélité au roi Ludwig et à ses fils , tenaient immobiles son Ixniclier et sa lance. Dans son déses* poir , il voulut mourir. Et il trouva la mort , et les Bavarois virent dans sa fin prématurée un signe de leur bonheur cl de leur victoire.
Cependant le roi appela aux armes tous ses guerriers. Il les répartit en trois armées, et remit à ses deux fils aînés , Karlmann et Ludwig, la bannière des pays qu'il songeait à leur laisser dans le cas où il viendrait à mourir. Ludwig , avec les Thuringicns et les Saxons , devait châtier les Sorabes , et chercher à contenir leurs alliés h droite et à gauche ; Karlmann , avec les Bavarois, devait marcher contre les Moraves et les Bohèmes , qui avaient à leur tête Zuentibald (4) , neveu de Rastiz , prince des Moraves ; le roi lui-même, enfin, voulait entreprendre une expédition contre Rastiz , avec les Franks et les Allemanni. On devait se mettre en marche au mois d'août de l'année indiquée , 869 , dans les mêmes jours où Lothar quitta la vie. Mais tout à coup le roi , qui commençait à sentir peu à peu le poids des années , fut surpris par une violente maladie. Il lui fut impossible de prendre le commandement de l'armée. Dans cette extrémité, il résolut de mettre à la tête de ses
troupes son plus jeune fils , Karl ( le même qui contre les Slaves , et la maladie qui reïenàit à
plus tard fut surnommé le Gros), bien qu'il ne semble pas avoir eu grande eonfiance en lui ; il s'en remit à Dieu pour le résultat.
Sa coufianee ne fut pas trompée. Le zèle de
Ratisbonne le roi des Teutsehs. Homme sans consistance, hors d'état de soutenir quoi que ce fût , et pourtant avide de tout avoir , aveuglé de plus par les opinions de son siècle , d'après
l'armée remplaça ce qui lui manquait en di- lesquelles la magnificence de la dignité rojalc rection , et la gloire de ses exploits revint au ne consistait pas dans le bien-être, dans la civichef. Karl pénétra dans le pajs des Moraves
les
jusqu a la principale forteresse du prince Rastiz, placée dans une position singulièrement escarpée, et réputée imprenable. Tout fut livré aux flammes et au pillage; tous ceux qui osèrent résister furent anéantis. Les armes de Karlmann furcut également victorieuses ; il désola par le fer et par le feu le pays de Zuentibald. Les deux frères opérèrent leur jonction au centre du pays bohémo-morave. Alors ces peuples se soumirent
lisation et dans la puissance des peuples , mais dans la grande étendue des royaumes et dans la multitude des vassaux ; enfin poussé peut-être en avant par l'avidité de ceux qui se disaient ses fidèles, et qui convoitaient des fiefs plus grands avec d'autant plus d'opiniâtreté qu'ils étaient moins capables d'exploiter lesbiens (Ju'ils possédaient réellement ; homme de ce caractère, dominé par ses opinions et par cet entourage, Karl le Chauve crut peut-être que le moment
de nouveau , et prêtèrent, a\cc des dispositions était favorable pour acquérir tout le royaume
aussi hostiles qu'aux anciens jours, le serment d'une inviolable fidélité. Les anciens teutschs revinrent donc dans leur patrie ; mais Ludwig , second fils du roi , avait , à ce qu'il semble , combattu avec moins de bonheur. Il a\ ait réussi d'abord à chasser les ennemis des cantons îeutsehs qu'ils avaient inondés et souillés; mais lorsqu'il eut entrepris de les poursuivre sur leur propre territoire , il rencontra une v igoureuse résistance , et dut se contenter de couper les communications entre les Sorabes et les Bohèmes, et de rétablir les anciennes relations entre le royaume tcutsch et les peuples slav es.
Cependant le roi était malade à Katisbonnc; les médecins désespéraient de sa guérison. H régla donc ce qui concernait son trésor , afin d'assurer aux couvents et aux pauvres ce qu'il désirait leur donner ; il régla aussi ce qui eoncernaitses États, afin de prévenir toutedésunion entre ses fils dans le cas où il viendrait à mourir. Mais la constitution du roi était plus forte que la foi des médecins dans leur propre art. L'honorable issue de la campagne de ses fils et ce qui se passait en Lotharingie contribuèrent sans doute à son rétablissement et réveillèrent les forces de sou génie : il devint maître de ses sensations maladives; il vainquit le mal , entra en convalescence , et, dès le mois de janvier 870 , il fut eu état de se rendre de Ratisboune à Francfort. Des circonstances impérieuses le forçaient à hasarder ce voyage.
Karl le Chauve, son frère, avait appris tout à la fois, à Pistres , sur la Seine , la mort de Lothar, l'expédition des peuples teutschs
de Lotharingie, dont le roi , Lothar , était mort sans laisser do fils né d'un mariage légitime. Oubliant ses traités avec sou frère Ludwig, et plus encore les droits de l'empereur Ludwig, frère de Lothar ; ou méprisant et ces traités et ces droits , parce que la maladie du roi Ludwig le rendait peu redoutable et parce que Ludwig l'empereur |>ouv ait à peine supporter le fardeau qui pesait sur lui en Italie , il accourut à Attigny , et prit de là le chemin de Metz. Quelques vassaux de Lotharingie v inrent , il est vrai , au devant de lui avec la prière de ne pas franchir les limites , mais d'envoyer des ambassadeurs à son frère, afin de prendre avec lui des arrangements équitables et fraternels. Mais il ne manqua pas non plus d'hommes qui représentaient l'usurpation comme la plus haute sagesse des rois. Kt cette opinion parut la meilleure à Karl le Chauv e ; il s'avança jusqu'à Verdun , puis jusqu'à Mc^z. Et de toutes par ts
Ion tiers à tout prince qui pouv ait lui faire gagner quelque chose , s'entendit avec les chèques assemblés. Parmi eux se trouvait aussi Hincjnar de Rheims , dont le diocèse archiépiscopal s'étendait jusque dans cette contrée , et qui , pour cette raison, et parce que le siège archiépiscopal de Trêves n'était pas encore occupé depuis la mort de Théotgaud, agissait en archevêque. Puis, le 9 septembre de l'an 8<>9, ces évéques conduisirent le roi, entouré d'un grand nombre de dignitaires et Hé vassaux , et
ttv. xiri ,
à>c^mpa|gni6 d'une grande multitude (te peuple que poussait là curiosité , dans l'église de Saint- Etienne, le premier martyr. Là Adventius lut à | rassemblée une déclaration portant : « qu'il ; était connu combien la Lotharingie avait eu à < souffrir soiis Lothar; à,u'au milieu de leurs I maux , ils avaient tous imploré celui qui donne ' lés royaumes à qui il veut , celui qui tient dans ' sa main les cœurs des rois , lui demandant de I leur donner un roi selon son cœur'; que Dieu avait exaucé leurs prières ; que de leur union il résultait évidemment que le présent roi Karl , auquel ils s'étaient volontairement donnés , était l'héritier légitime dé ce royaume ; qu'il était Télù de Dieu , le prince que Dieu leur donnait ; mais (JUc, si cela plaisait à ce prince, il serait digne de lui et nécessaire pour eux d'entendre de sa propre bouche ce qu'il convenait à un peuple fidèle et uni dans son service, à chacun selon son état, d'entendre de la bouche du roi très-chrétien. » Après ce discours , Karl le Chauve prit lui-même la parole ; i\ dit que , « ainsi que les respectables év é^ues l'avaient dit et l'avaient montré par l'unanimité de tous, il était venu ici par le choix de Rien pour l'es conserver, les proléger , les gouverner; qu'il voulait , avec l'aide de Dieu , selon qu'il le saurait et le pourrait , honorer et maintenir la gloire de Pieu et le service des saintes églises; qu'il voulait aussi assurer à chacun selon son état le droit et Ta justice, conformément aux lois existantes, spirituelles et temporelles, aussi certainement que chacun d'entre eux , selon son rang , sa dignité et ses forces , lui prouverait et fui garantirait les honneurs royaux , la dignité et Té secours pour la conservation et la défense du royaume que Dieu lui avait donné, et que chacun le ferait avec fidélité, justice et intellig'énéé , commé ils l'avaient fait pour ses prédécesseurs. » Ensuite Hincniar de Rheims parut s'tir là scène , d'après le désir d'Xdventius et des autres évéques. Rappelant l'histoire des anciens rébdesFranks et les pratiques de l'Ancien Testament, l'archevêque proposa a l'assemblée de sacrer immédiatement le roi avec f huile sainte envoyée du ciel , et avec laquelle St Rcmi avait jadis sacré le roi Chlodvvig (car il en avait encore une provision ) , de le couronner ensuite ét de le consacrer par la bénédiction sacerdotale, toute l'assemblée y consentit avec des cris de joie ; et de celte manière , au milieu d'actions de grâces et d'hymnes de joie , Karl le Chauve fut sacré et
CÛV. VIT. #4
couronné roi de Lotharingie, et reçut en cette qualité la bénédiction sacerdotale.
Après ces événements, Karl déploya le plus grand orgueil. Comme roi de deux royaumes , il se crut un plus grand prince que son frère, ou que son neveu l'empereur. II traversa son nouveau royaume au milieu de fêles et de plaisirs, cherchant en même temps à récompenser ou à gagner par des distributions de fiefs , de bénéfices ecclésiastiques et de places de toute nature, ceux qui lui avaient été utiles ou qui semblaient pouvoir le devenir. Il désirait particulièrement donner les deux sièges archiépiscopaux de Trêves et de Cologne à des hommes sur lesquels il croyait pouvoir compter. Ét de fait , il donna le siège de Trêves à Bertulf, neveu d' Adventius, dont l'utile complaisance lui av ait été si avantageuse. Quant au siège de Cologne, il lé destina a l'abbé Hilduin , ce frère impudent de Gunlhar, et le fit réellement ordonner dans le palais d'Aix-la-Chapelle par Franco, évêque de Tongrcs, en qualité de prêtre pour l'église de Saint-Pierre de Cologne.
Mais, au milieu de ces intrigues, le roi Karl fut de plus d'une manière désagréablement troublé. D'abord arriva la nouvelle , précisément dans ces jours de sa nouvelle grandeur , que les Nordmans s'étaient de nouveau avancés jusqu'à Paris avec la plus audacieuse témérité , et qu'ils avaient exereé encore une fois, scion leur ancienne coutume , leurs pillages et leurs dévastations, fi semble toutefois que cette nouvelle le toucha peu ; il était accoutumé à des choses de cette espèce et comme familiarisé avec elles. Une triple ambassade le surprit et le troubla davantage. La première , composée des évéques Paul et Léon , vint de la part du pape Adrien. Ces envoyés étaient chargés de lettres pontificales pour lui-même ainsi que pour les évéques et les vassaux éminents du royaume de Lotharingie : elles disaient « que le royaume du feu roi Lothar appartenait par droit héréditaire à l'empereur Ludvvig , sou frère , et trèscher fils spirituel du pape; qu'en conséquence, nul homme ne devait être assez audacieux pour s'emparer de quelque partie que ce fût du pays qui était échu à l'empereur , ou pour attirer à lui les hommes qui y vivaient; que quiconque aurait une telle hardiesse serait maudit par lui, le pape, dépouillé du nom de chrétien et livré au démon; que si un évéque favorisait une telle témérité ou ne s'y opposait
AO HISTOIRE DU PEt
pas de toutes ses forces , il n'était pas un bon pasteur , mais un mercenaire , et devait perdre sa dignité sacerdotale. » En même temps que ces envoyés pontificaux arriva un ambassadeur de l'empereur Ludwig , qui devait chercher à maintenir les droits de son souverain sur la Lotharingie, mais qui, voyant qu'ils avaient déjà été violés , éleva la voix contre cette violation. Karl le Chauve, toutefois, surmonta facilement le trouble qui venait ainsi se jeter à travers son bonheur. Il avait sans aucun doute prévu quelque fait de celte nature, et s'y était préparé d'avance ; et comme , dans ce moment même, des flatteurs, des individus scrvilesctde ces hommes qui croient volontiers ce qu'ils désirent, lui assurèrent que son frère le roi des Tcutschs était aux portes du tombeau , et que , par conséquent, il n'avait pas à redouter immédiatement la force des armes , il ne s'inquiéta nullement de l'avenir. Il chercha donc a, éloigner les ambassadeurs du pape et de l'empereur, avec des paroles équivoques, avec des promesses vagues, peut-être aussi par des présents et par d'autres moyens dont un roi peut disposer, et continua sans souci l'œuvre qu'il avait commencée. Alors, il est vrai, arriva aussi une ambassade de Ludwig , son frère , l'engageant « à renoncer à son entreprise; à n'agir en rien dans son seul intérêt à l'égard de la Lotharingie jusqu'à ce qu'il eût délibéré avec lui , Ludwig , et jusqu'à ce qu'une résolution eût été prise en commun. » Mais comme Ludwig , ainsi que Karl en était convaincu , ne pouvait échapper à la mort, ces représentations d'un frère mourant , qui semblaient n'être soutenues par aucune force positive, furent également dédaignées. Karl se rendit à Aix-la-Chapelle , et se plut tellement dans le palais de Karl le Grand, qu'il conçut, dit-on , la pensée de s'arroger le titre d'empereur. Ce fut dans cette pensée peut-être qu'il célébra dans le palais impérial la fêle de la naissance du Sauveur. 11 s'abandonna en même temps à une vie molle et scandaleuse , et continua à disposer des terres et des bénéfices ecclésiastiques en faveur de ceux qui servaient ses plaisirs ; plaisirs triplement scandaleux chez un homme de son Age et après les expériences qu'il avait faites dans sa propre maison.
Dans ces circonstances , Karl le Chauve fut surpris au dernier poiut que son frère, le mourant , fût entré à Francfort. Et Lud-
LE ALLEMAND
wig n'y resta pas longtemps inactif; il envoya une nouvelle ambassade à Karl , lui déclarant : » que si lui , Karl , n'abandonnait pas aussitôt Aix-la-Chapelle, et s'il n'évacuait pas la Lotharingie jusqu'à ce qu'ils fussent tombes d'accord sur le territoire et sur les habitants , lui , Ludwig, marcherait contre lui avec une armée , et le contraindrait à faire ce que la justice exigeait. » Et , pour contrecarrer aussitôt par des actes les projets de Karl , il envoya secrètement Liutbert , archevêque de Mayence , à Cologne , avec la mission d'empêcher par tous les moyens Hilduin de se mettre en possession du siège archiépiscopal, et, pour y arriver plus sûrement, de donner aussitôt la consécration archiépiscopale à un membre du clergé de Cologne, élu par les bourgeois. Liutbert remplit cette mission avec adresse et succès. Accompagné de quelques évêques, il se rendit au château de Duitz , parce qu'il n'osait pas aller à Cologne même. Il appela secrètement à Duitz les ecclésiastiques les plus considérés et les bourgeois les plus éminents, leur parla au nom du roi , et les somma d'élire sans perdre de temps un archevêque au sein même du clergé de Cologne. Les hommes ainsi appelés hésitaient, prétextant que le siège avait déjà été donné à Hilduin. Mais Liutbert déclara : « que s'ils refusaient de faire l'élection que le roi Ludwig leur permettait, Us laissaient à l'arbitraire du roi le soin de leur donner un évêque , et qu'avant que trois jours ne fussent écoulés, ils auraient un autre évêque qu'Hilduin. » Après cette déclaration , ils choisirent au milieu d'eux le prêtre Wiliibert. Cet homme vénérable , qui se défendit en vain d'accepter cette haute dignité au milieu de circonstances si difficiles, reçut aussitôt la consécration , et prit sans perdre de temps possession du siège archiépiscopal. Karl le Chauve , il est vrai , accourut à Cologne dès qu'il eut appris cet événement. Mais le nouvel archevêque se rendit avec son clergé sur la rive droite du Rhin pour se soustraire à la vengence et aux violences du roi; et Karl, ne trouvant personne sur qui il pût faire tomber sa colère, se vit forcé de quitter honteusement Cologne.
Vers le même temps , Karl remarqua que les dispositions de la partie orientale du royaume de Lotharingie ne lui étaient nullement favorables, tes habitants de ce pays étaient Teutsebs
liv. xm,
de pure race ; ils ne voulaient pas de réunion avec les hommes romans , avec les Français , dont Karl était roi. Karl le Chauve lui-même ne possédait aucune de ces qualités qui gagnent , enthousiasment ou charment les cœurs: il n'attirait les esprits qu'au premier moment; de plus longs rapports les éloignaient de lui, à cause de ses mœurs et de ses manières. Antérieurement déjà , lorsqu'il s'était montré pour la première fois, plusieurs vassaux avaient quitté le pays; et Karl, pour les châtier , avait donné leurs biens à d'autres dont il se promettait une plus grande fidélité; mais maintenant t depuis que Ludwig se trouvait à Francfort , un grand nombre se rendit auprès de ce roi, et très-peu même de ceux qui restèrent dans le pays se présentèrent a Karl pour le reconnaître comme leur seigneur féodal. Bientôt il reçut aussi une nouvelle lettre du pape Adrien II, qui le blâmait, l'avertissait, le conseillait, et Ludwig l'empereur ne cessa point de réitérer ses réclamations. Et lorsque tontes ces choses curent déjà fait chanceler Karl dans ses premiers projets, une autre circonstance contribua à l'amener à d'autres pensées : tandis que la santé de Ludwig , roi des Tcutschs , se fortifiait toujours davantage, les relations du royaume teutsch avec les peuples slaves prirent aussi une antre tournure, et semblèrent devenir meilleures qu'elles ne l'avaient jamais été jusqu'alors.
Rastiz, en effet, le prince des Moraves, avait , à ce qu'il semble , tenu dans une certaine dépendance son neveu Zuentibald. Le désastre qui, l'année précédente, pendant la campagne des fils du roi Ludwig , s'était appesanti sur les peuples slaves, avait fait naître la désunion entre les deux princes. L'oncle en attribua vraisemblablement la faute au neveu. Les Teutschs sans doute ne manquèrent -pas non plus d'attiser et d'alimenter la flamme qui s'élevait. Que Rastiz ait pris effectivement des mesures pour châtier son neveu , oh que celui-ci ait redouté sans motif la colère de son oncle , c'est ce qui est incertain ; mais Zuentibald se soumit à Karlmann, fils de Ludwig, et se soumit à ce prince avec son territoire. Rastiz ne vit dans ce traité qu'une trahison envers son peuple; il résolut donc, dans son ressentiment , de faire assassiner son neveu. Au moment toutefois où ce crime devait èlre accompli, Zuentibald en fut averti , et il échappa heu-
rcusement à sa perte. Ce que n'avait pu obtenir la perfidie devait être atteint désormais par la force ouverte. Rastiz fit la chasse à Zuentibald. Mais cette fois encore il manqua sa victime; il fut lui-même fait prisonnier par Zuentibald et livré chargé de chaînes à Karlmann. Karlmann l'envoya, sous une forte escorte , en Bavière , et pénétra en même temps avec une armée dans le royaume du prince captif : le traître Zuentibald prit part à l'expédition , ou du moins il ne s'opposa d'aucune manière aux troupes teutsches. Les Moraves, orphelins de leur prince, sans chef, sans appui , sans âme , ne purent plus dès lors résister. Toutes les villes , tous les châteaux , le trésor royal même , tombèrent entre les mains des Tcutschs , et Karlmann , maître de tout le pays, lui donna une organisation telle, qu'il parut pouvoir compter sur la conservation de sa conquête.
Cet événement, équivoque dans son principe et odieux dans son développement , fut , à cause de la position où Rastiz s'était maintenu jusqu'alors , considéré eomme un succès d'une grande importance par les peuples teutschs méridionaux , par le roi , par ses fils et par les officiers de son royaume ; et , sous l'impression de ce succès, les envoyés de Ludwig parlèrent maintenant sur un ton très-haut à Karl le Chauv e. Celui-ci avait peu de chose à opposer à leur arrogance. Tandis que Ludwig semblait pouvoir disposer désormais de toutes les forces militaires du royaume teutsch , il ne pouvait compter sur les Lotharingiens ; et , dans les contrées occidentales et méridionales de la Gaule, les relations , par suite de luttes intestines et de guerres extérieures , étaient devenues de plus en plus confuses, au point qu'il ne pouvait nullement s'en rendre maître. 11 plia donc sous la force des circonstances , et se montra disposé à se prêter à des négociations pacifiques au sujet de la Lotharingie. Mais on sembla supposer, sans rien dire , sans tenir compte des avertissements du pape et des prétentions de l'empereur, que ce royaume devait être partagé entre Ludwig et Karl ; et, d'aucun côté, l'on ne fit mention de celui qui seul avait droit à la couronne de Lotharingie , en vertu du traité de Verdun. On sentait partout combien peu était naturelle la réunion des Pays-Bas à l'Italie et aux pays de hautes montagnes qui séparent ces contrées. On reconnaissait que l'empereur Lud-
HISTOIRE Dt P^UPli ALLEMAND, wig, qui avait continuellement a lutter et a laissant à celui de Karl les villes de Toul , Ver-
çomï>attre en Italie , ne pourrait rien être pour les Pays-Bas s'il ne renonçait a l'Italie , et rien pour l'Italie s'il établissait ailleurs sa résidence. Sï l'on ne voulait pas que l'Italie fût entièrement perdue pour les Karolingiens , il fallait qu'elle eût son roi à part. Il se peut aussi qu'en gênerai les vassaux aient été pénétrés de cette opinion , qu'ils étaient libres de mettre à leur tète comme senior quelque prince que ce fût , pourvu qu'il .appartint à la maison de Karl le Grand. Du moins, ou trouve chez eux toul aussi peu de traces de doutes à cet égard que chez les rois eux-mêmes.
Dès que Karl le Chauve se fut déclaré disposé à un accommodement , des ambassades réitérées furent envoyées des deux côtés pour établir les bases des négocia* ions. La première condition que fil Ludwig, c'est que Karl eût à quitter Aix-la-Chapelle et à évacuer entièrement la Lotharingie. Karl se conforma a cette sommation. Puis on jura des deux côtés de procéder à l'œuvre avec honneur et loyauté , et qu'aucun des deux princes ne chercherait h tromper et à supplanter l'autre. Enfin il fut convenu que les deux frères auraient une entrevue à Mersen, au mois de juillet de cette année 870. Chacun des deux rois ne devait amener avec lui que quatre èvéques, dix conseillers et trente dignitaires et vassaux. Ludwig s'étant mis en route au temps fixé vers le lieu convenu , il arriva qu'à Flamersheim , aux environs de Cologne (5), un balcon sur lequel le roi se trouvait s'écroula , et que le roi fut entraîné dans la chute avec quelques personnes de sa suite. 11 en ressentit de fortes contusions. Toutefois, il tontinuasa routeetdissimulases souffrances , afin que Karl , s'il le voyait de nouveau malade , ne pût concevoir de nouvelles espérances et changer encore une fois de résolution. Le 28 juillet , les deux frères se réunirent h Mersen , et restèrent ensemble jusqu'au -lô août. A cette époque fut arrêté un partage du royaume dont Lothar avait été roi , partage qui entra dans de grands détails pour aplanir d'avance les discussions qui pourraient s'élever. En général , Ludvug joignit aux États qu'il possédait sur la rive droite du llhin tous les pays situés sur la rive gauche de ce fleuve , et compris dans une ligne de démarcation qui commençait un peu au dessus de Baie, s'étendait le long de Metz. d'Aix-la-Chapelle et d't trecht, assignant ces villes au royaume de Ludwig , et
dun et Cambrai , aussi bien que tout ce qui était au sud et à l'ouest, la Bourgogne et la Provence.
Après ce partage , les deux rois se quittèrent avec tous les dehors d'une amitié fraternelle. Ludwig se rendit à Aix-la-Chapelle pour s'occuper enfin de la guérison de ses blessures qui, pendant ce temps, étaient devenues très-douloureuses (fi). Mais le pape , qui probablement n'avait défendu la cause de l'empereur que par suite des relations où il se trouvait avec lui , abandonna aussitôt cette cause comme si elle était perdue sans espoir de salut; il feignit d'ignorer totalement le partage qui venait d'être arrêté. Il adressa même des éloges à Ludw ig pour n'avoir point, a l'exemple de Karl, attaqué l'héritage de l'empereur , et son indignation resta tout entière dirigée contre Karl , comme si celui-ci était le seul coupable. Mais maintenant non plus il ne trouva aucun accès; et comme, en d'autres choses, Karl lui témoignait une grande condescendance , comme il lui envoya une ambassade avec une lettre amicale, et en même temps , comme présent, une nappe magnifique pour l'autel de St-Pierre , et dertx couronnes d'or ornées de pierres précieuses , il ne jugea pas à propos de donner d'autres suites à celte affaire. Et Ludwig l'empereur, qui n'avait point de fils , se consola sans doute facilement aussi de la perte d'un pays qui, s'il Peut obtenu , n'aurait élé , sous aucun rapport, une
lui.