‹ Histoire d'AllemagneChapitre 16 sur 100 · HAÏTI UE XI · texte numérisé non relu

HAÏTI UE XI

MW.IJEIUS ET MORT U Ll'DWIG LE i i I M: . — WiRItlBLES RAVAGES DES hOKDMAKS. —

MOIIT DES DELX ROIS DE FRANCE , LUDWIG ET KARLMANN.

Do l'on 880 à l'an 884.

\ ers le même temps où Karl le Gros alla recevoir sa nouvelle dignité, la dignité impériale, ou il en l'ut re\ètu et s'en glorifia, son frère Ludvvig le Jeune lut frappé par tant de malheurs divers, qu'il vit promptement ses forces s'al laisser sous un tel fardeau , et y succomba bientôt tout ,à l'ait. Car à ses chagrins domestiques vinrent se joindre des calamités publiques , qui se succédèrent en une série non interrompue; et lui, privé de ses deux llls, semblable a un arbre dépouillé de ses leuillos, restait expose a tous ces coups, sans courage et sans espérance.

I>cs I automne de l'an 880, les Nordmans se mond èrent en grand nombre sur les cèles septentrionales de la France et de la Lotharingio, depuis les bords de l'Escaut jusqu'aux embouchures du Rhin . et , par le 1er eoinmo par le feu , ils exercèrent de grands ravages. \ l'ouest, ils établirent a Tournai; a l'est , à Nimèguo, dans le palais de Karl le Grand , pour attendre l'hiver et en profiter, l.udwig entreprit en hiver encore une expédition contre Nimogue; mais il ne réussit pas a chasser < es audacieux a\ enturiors. On prétend que la rigueur du froid lit manquer la tentative des Teiilscbs. Mais ces froids u'einpéehèrenl pas les Nordmans d'élendi e au loin leui s lu igaudages . le meurtre et l'ineendie; et leurs dévastations furent d'autant ]ilus .ruelles et plus pernicieuses, que lo récolte de cette année avait été mauvaise, et que par suite les hommes et le bétail, privés des aliments nécessaires, lurent travaillés de toute sorte de maux : presque tout le bétail peut, vraisemblablement I ^ Nordmans ne cessaient pas un seul instant de désoler et de tourmenter les pays qui étaient ouverts devant eux. Mais vers le commencement île la nouvelle Miner, sst, on les voit réellement eu mouvement pour porter leurs mains criminelles, avec une fureur également impitoyable, sur le sacré et sur le profane. Im couvent de SaintAedastus vvaast), la ville de Cambrai, la célébra abbavode Corbie. la ville d'Amiens, enfin tous les couvents, les villes et les localités atuôs sur la Somme et sur l'Oise, lurent surpris, pilles, souilles. , profanes , et les pirates eu em-

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menèrent un immense butin et un nombre 1 infini de captifs. La même fureur exerça sur les bords du Rhin les mêmes dévastations et les mêmes cruautés. Dans le môme temps , Boso , roi de Provence , était sous les armes, et Uugo, fils de IiOtuar et de Waldrade , disputait au roi Ludwig le Jeune le royaume de son père.

Après les fêtes de Pâques, ce roi se rendit à Francfort, afin d'avoir à Gondreville une entrevue avec Ludwig, l'un des rois de France, tandis que l'autre , Harlmann , continuait la guerre contre Boso. En chemin , il eut une conférence avec Uugo , et sut amener ce jeune prince , par des paroles amicales et par de sages conseils , à promettre de renoncer à toute hostilité, et de reconnaître la suzeraineté de Ludwig. En retour , le roi lui donna en fief plusieurs abbayes et comtés. Mais Hugo ne tint point parole. Ses partisans, trompés par cet accommodement dans leurs plus belles espérances , enflammèrent de nouveau ses passions, et bientôt il fut de nouveau sous les armes pour ce qu'il appelait ses droits.

A Gondreville, les deux rois établirent vraisemblablemiMit îles conventions pour une attaque simultanée contre le» Nordmans ; car le roi de France Ludwig , après qu'il eut quitté son cousin , entreprit une expédition aux environs de l'Oise , et Ludwig le Tentsch se dirigea sur Nimègue. Nais ni l'une ni l'autre de ces tentatives n'eut une heureuse issue ; l'une échoua entièrement, et l'autre n'eut aucun résultat durable. Les Nordmuns avaient pa«sé la Somme au mois de juillet, et s'étaient avancés jusqu'à Beau vais- Le roi de France Ludwig conduisit done son armée au delà de l'Oise, pour leur couper la retraite et leur enlever leur butin. Les Sordmans arrivèrent. Le roi les attaqua dans le canton de Witmau ; ils reculèrent et Rétablirent dans l&viUa de Soucourt, aie dessous d'Abbeville. Les Français poussèrent de» eris de joie pour leur victoire ; ils croyaient que les Nordmans cherchaient leur salut dans la faite* Mais les Nordmans avaient seulement voulu mettre leur butin on sûreté. Bientôt, sortant de la etita , ils se jetèrent au milieu des Françaisqui n'étaient plus accoutumés à la vieloir», et le» mirent en fuite sans que rien les pût arrêter» Le roi lui-même courut le plus grand' danger; abandonné de tous, il ne dut son salut qu'A la vitesse de son cheval (4). fie paya, était ouvert devant cette race auda-

cicuse. D'autre part , Ludwig, le roi teutsch , vint jusqu'aux fortifications de Nimègue. Il les bloqua , car il ne put emporter la place. La lutte causa des pertes aux deux partis. Enûn les Nordmans promirent au roi de se retirer et de ne plus entrer dans ses États , s'il voulait lever le siège de Nimègue et leur permettre de partir librement. Le roi accepta cette promesse , et s'éloigna. Alors les Nordmans incendièrent le palais de Karl le Grand et toas les ouvrages de fortification , montèrent sur leurs navires , et gagnèrent les côtes de la mer pour se mettre en relation avec leurs compatriotes ou avec les compagnons de leurs exploits sur la Somme (21

Bientôt ils revinrent avec des renforts, ayant à leur tète deux chefs , Godefrid et Sigefrid , décorés du titre de roi». Us firent d'Asehloh sur la Meuse (5) le foyer de leurs entreprises, et s'établirent à Cambrai et à Utrecbt. Puis ils parcoururent une grande partie de la Lotharingie , la livrant au pillage , au meurtre, à l'incendie. Tongres et Liège devinrent ,|a proie des flammes. Tout le ilespengau , sur la rive gauche de la Meuse, fut dévasté; toute îa Ripuaric, c'est-à-dire le pays entre la Meuse et le Rhin, fut ravagée. Les villes d'Anvers, de Cologne, de Bonn , furent livrées aux flammes. Les châteaux voisins , /ùlpicli , Julicrs , N'eus , eurent le même sort. Les monastères de Prum , de Saint- Corneille , de Stablo , de Malmédi , furent souillés, profanés , complètement dépouillés. A Aix-la-Chapelle , le palais sacré de Karl le Grand fut réduit en cendres , et la chapelle où reposait le puissant empereur fut transformée en écurie (4). L'année se termina au milieu de ces atrocités , et l'année nouvelle commença au milieu de cette même désolation; et nulle part il n'y avait de secours, nulle part il n'y a\ ait d'espérance.

Mais en 'présence de ces horreurs se révélait de la manière la plus irréfragable la nature dissolvante et destructive du système féodal. Un roi qui aurait pu brider , réunir et contraindre à employer leurs forces dans un but unique, ces vassaux arrogants , remplis do jalousie , de dédain , d'indifférence , de mépris pour les hommes, remplis aussi d'ambition et de cupidité , un tel roi aurait difficilement été inquiété par des ennemis comme ceux qui se montrèrent à cette époque il aurait pu gagner des batailles et conquérir dos pays : un rm\,,au

contraire, qui ne se distinguait ni par le génie et la force , ni par la fortune et la victoire , ne pouvait commander à rien : point de royaume, point de peuple , point de patrie ! Mais les princes de la maison de Karl le Grand étaient hors d'état de rien faire contre l'insolence des Nordmans. Ludwig , l'un des rois de France , n'avait pas encore réparé les pertes qu'il avait essuyées près de Saucourt, quelques mois auparavant ; Karlmann , l'autre roi , son frère , était retenu par la guerre contre Boso. Karl le Gros , qui portait le titre d'empereur , se trouvait toujours encore en Italie. M y était retenu par les relations de ce pays , qui n'étaient pas moins confuses que celles des autres États de l'empire karolingien , mais surtout par les intrigues ourdies pour faire tomber l'Italie aux mains de Boso : l'impératrice Engelberga, veuve de Ludwig II, dont Boso avait épousé la fille, semble avoir dirigé ces intrigues du fond de son couvent , et fut pour cette raison éloicnée d'Italie par l'empereur Karl , et envoyée dans le Teutschland au grand regret dit pape. Il se peut aussi que Karl ait jugé sa présence dans le Teutscliland, moins nécesssaire, depuis qu'il avait vu qu'il n'avait rien à craindre de son frère Ludwig le Jeune. Celui-ci , depuis la mort de ses enfants , était malade et sentait que sa fin était prochaine. Probablement il était frappé des grands malheurs que les Normands répandaient au loin ; mais lui-même était incapable de s'y opposer. Il n'est nulle part question des vassaux. L'archevêque de Metz, Wala, s'indigna seul de l'horrible état des choses : il prit les armes , et, soutenu par l'évèque Bcrtulf et par un seul prince séculier du royaume , le comte Adalhard , il marcha contre les ennemis , et périt d'une mort aussi glorieuse qu'inutile. Il est à peine possible de repousser la pensée qnc les vassaux , du moins les vassaux laïques , bien qu'ils ne fissent pas cause commune avec les pirates , transigeaient pourtant individuellement avec eux , et jetaient un coup d'ccil d'indifférence et peut-être de satisfaction sur leur horrible œuvre. Car ils méprisaient les habitants des villes ; peut-être aussi les haïssaient-ils , parce qu'ils redoutaient déjà l'esprit qui pouvait un jour se développer dans la masse des citadins sous la protection de l'Église ; et lorsque des abbayes, des couvents, dos églises , devenaient la proie des flammes , ils pouvaient espérer d'autant plus que les biens de o<w éta- I

hlissemerits , pour lesquels ils montraient constamment une grande convoitise, tomberaient entre leurs mains. Les annales, comme nous l'avons remarqué , parlent d'un évêque qui préféra la mort au déshonneur ; elles nous montrent aussi des ecclésiastiques prenant la fuite et cherchant à sauver les objets sacrés de leur foi des mains profanatrices des barbares. Mais, à l'exception de ce comte Adalhard , compagnon d'armes de Wala , on ne voit figurer nulle part un vassal laïque auquel on ait rappelé l'honneur on qui s'en soit souvenu lui-même, ta bas peuple lui-même , aux environs de Prum, fut saisi d'une sainte colère contre de criminels étrangers. II se souleva , fit des armes de tout ce qu'il trouva , et , par confiance ou par désespoir, marcha contre les Nordmans pour les combattre. Mais cette multitude si longtemps dégradée n'était pas familiarisée avec la guerre ; et parmi ceux qui étaient ou voulaient être les maîtres du pays, il ne se trouva pas un homme qui les dirigeât ou qui voulût se charger du commandement. Ils ne purent donc pas résister aux Nordmans aguerris. Ils pouvaient mourir, mais non vaincre. Les Nordmans se jetèrent an milieu de ces bandes désordonnées , les dispersèrent , et les massacrèrent comme des brutes. Et personne ne se mit en avant pour les protéger ou les venger. Lorsque enfin le roi mourant , Ludwig , qui était étendu malade à Francfort , parvint à déterminer un certain nombre de ses fidèles à tenter au moins d'opposer une barrière aux Nordmans , la mort le délivra des chagrins qui l'avaient accablé dans ses dernières années. Il mourut le 48 janvier 882 , et fut enseveli à Laurcsheim , dans le même caveau qui renfermait déjà les ossements de son père. A la nouvelle de sa mort , l'aimée qui s'était rassemblée selon ses désirs , se sépara aussitôt. Quant aux Nordmans , il pénétrèrent plus avant , se rendirent maîtres de la ville de Coblcntz, et dévastèrent toutes les terres le long do la Moselle. Trêves même n'échappa point a la fureur sauvage des païens. Le jeudi saint , 5 avril , la ville fut prise, dévastée de la manière la plus horrible , et livréo aux flammes le jour de Pâques , lorsque ces hordes insolentes se retirèrent.

Aussitôt après la mort de Ludwig le Jeune, des vassaux éminents de cette partie de la Lotharingie qui jadis était échue à Karl le Chauve, s'adressèrent a Ludwig , petit-fils do cet empereur et l'un des rois de France, afin de. le

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