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LIV. XIII , CHAP. XI

reconnaître comme leur roi , s'il voulait leur accorder les avantages dont avaient joui leurs pères et leurs aïeux. Ludwig, soit qu'il trouvât ces prétentions trop élevées , soit qu'il ne se souciât pas de réclamer la souveraineté d'un pays soumis au fléau des Nordmans, et que, dans le cas où ceux-ci l'abandonneraient, il aurait à défendre contre Karl le Gros , n'accéda pas à cette proposition. Il prétexta les traités jurés qu'il avait conclus avec Karl le Gros. Cependant, afin de maintenir pour l'avenir des communications ouvertes avec eux , il leur envoya des troupes commandées par le comte Théodorich , pour les secourir contre les Nordmans. Lui-même se dirigea vers le sud , vers Tours, pour essayer sa fortune contre les Nordmans sur la Loire. Mais bientôt son arrogance juvénile ou sa passion héréditaire pour le plaisir , lui valut une dangereuse blessure. En poursuivant à cheval une jeune fille, qui se sauva devant lui dans la maison paternelle, il reçut, sous la porte, un coup violent dans la poitrine , contre le pommeau de la selle. On fut obligé de l'emporter, et il mourut de cette blessure le 5 août : ce jeune prince ne manquait ni d'activité ni de goût pour les combats. Apres sa mort, Karlmann son frère fut seul roi de France. Ce qui fut considéré comme un excellent présage , c'est qu'il venait à peine d'être salué de ce titre, lorsque Vienne fut pris par ses guerriers , et que la femme , la fille et le frère de Boso tombèrent prisonniers au pouvoir des vainqueurs.

Bans cet intervalle , l'empereur Karl le Gros avait également reçu la nouvelle de la mort de son frère. Aussitôt on lui fit de tous côtés des instances : « Le royaume , disait-on , était sans chef , et succombait à ses maux ; Karl devait accourir a son secours. « Il accourut en effet , et des troupes lombardes le suivirent. Il les envoya sur le Rhin. Lui-même se rendit en Bavière, et convoqua en même temps les dignitaires elles vassaux de tous les peuples tcutschs à une diète fixée à Worms. L'empereur s'y rendit, lorsqu'il eut reçu en Bavière le serment de fidélité des vassaux. On peut laisser dans l'incertitude si ce nom , l'empereur Karl , exerça quelque influence , si l'on fut poussé par l'inquiétude de négliger quelque chose auprès de ce nouveau et seul roi des Tcutschs , ou si la honte de voir l'empire maltraité par une bande de barbares triompha enfin : quoi qu'il en soit ,

l'assemblée tenue à Worms au mois de mai fut forte , et tous les peuples tcutschs y furent représentés. Karl fut salué seul roi et empereur , non sans de grandes espérances , causées par cette nouvelle réunion de tous les peuples teutschs sous un seul et même roi , et une grande expédition fut résolue pour chasser les Nordmans. Puis les armements furent pressés avec zèle et promptitude , et en peu de temps on vit arriver des Bavarois et des Saxons, des Franks, des Thuringiens et des Allemanni, qui se réunirent , près d'Andcrnach , aux Lombards ; et ce fut, dit-on, une immense armée. Elles étaient sans doute grandes aussi, les espérances que l'empereur fondait sur cette armée , ainsi que l'impatience avec laquelle tout homme doué d'un cœur noble attendait le résultat.

Mais ces espérances ne furent pas remplies , et cette attente ne fut pas satisfaite. Le manque de documents raisonnables ne permet pas de dire à qui en fut la faute ; si elle doit retomber sur le roi seul , qui était faible d'esprit , pesant de corps, et dénué de force de volonté , ou sur la perfidie et la trahisou des vassaux , ou sur les mauvais conseils de quelques hommes qui avaient l'oreille du roi. Ce qu'il y eut probablement de plus pernicieux , c'est que les guerriers, isolés et échelonnés par nations, ne songeaient qu'à eux-mêmes ; qu'ils n'étaient réunis par aucun sentiment élevé , et que le roi n'était pas un homme capable de les pénétrer, par la confiance ou par la crainte, d'un même esprit. On raconte que Karl avait envoyé en avant un corps considérable de Bavarois sous le duc Amolf ,de Franks sous le comte Heinrich, peur se jeter sur les Nordmans dispersés, qui cherchaient à se réunir dans leur forteresse d'Aschloh sur la Meuse, pour couper leurs communications avec cette forteresse et les anéantir. Mais quelques Franks s'étaient laissé corrompro par les Nordmans ; et pour cette raison, toute la tentative érhona. Ce récit prouve du moins que ce corps d'armée n'atteignit pas le but qu'on s'était proposé en l'envoyant. On raconte également que Liutward, évêque de Verceil , qui avait su gagner en Italie toute la confiance de Karl , et l'avait suivi de l'autre côté des Alpes en qualité d'arclù-chancclier de l'empire , fut corrompu par les Nordmans, et, de concert avec le comte Wicbert, donna à l'empereur des conseils désordonnés , qui paralysèrent tout et firent tout manquer. Mais cette

assertion, exprimée par un ennemi de Liutward, mérite moins de foi quo la première ; car tout homme qui avait le malheur de conseiller cet empereur pouvait aisément encourir le soupçon d'avoir donné de mauvais conseils , parce que d'ordinaire Karl gâtait dans l'exécution même les meilleurs avis , bien que Ton puisse concevoir que l'évéque Liutward tenait plus à l'Italie qu'à la Lotharingie, et que, pour cette raison il désirait en finir le plus tôt possible aveo les Nordmans , afin que l'empereur pùt retourner en Italie et donner au pape les secours que celui-ci ne cessait d'implorer. Ce qui est peut-être certain , c'est que les Xordmans réussirent a se réunir de tous les côtés dans Aschloh , et que là, à l'abri de leurs fortifications , ils résistèrent avec toutes leurs forces à la puissance des Teutschs; car les deux rois Godefrid et Sigefrid étaient dans la forteresse, et avec eux deux princes, Wurm et Hais. Aschloh fut assiégé. La lutte fut difficile pendant douze jours. Puis un orage terrible épouvanta los amis et les ennemis. La chaleur de l'été était insupportable aux deux partis ; la putréfaction des cadavres d'hommes et d'animaux , qui restaient sans sépulture autour des murs et des retranchements, au milieu des armes , causa des souffrances égales dans la forteresse et dans le camp; ici comme là les hommes furent tourmentés par le même dégoût. Alors les Xordmans offrirent UO accommodement. L'évéque Liutward conseilla une transaction; avec lui agit pour la paix le comte Wicbert , homme rusé , qui était en intelligence secrète avec Hugo , fils de Lothar et de Waldrade, et qui cherchait à favoriser par un traité avec les Nordmans la cause de ce jeune prince. En effet , quoique !celui-ci eût été piécédomment forcé d'évacuer la Lotharingie et de chercher un asile auprès de Boso, il ne pouvait renoncer à ses espérances au milieu des troubles qui agitaient cette époque. L'empereur donna donc aux Nordmans des otages, en retour desquels le roi Godefrid se rendit dans le camp teutech. L'évoque Liutward le conduisit auprès de l'empereur* La négociation dura deux jours, et le roi nordman y fit entrer , à ce qu'il semble , le prince Hugo. Elle se termina par un traité qui, en lui-même, était extrêmement honteux pour l'empereur ot pour le peuple tcutsch , mais qui, dans l'état des choses, pouvait être jugé nécessaire môme par des hommes de nobles sentiments. L'empereur, en effet, promit de mettre

le roi Godefrid en possession de cette partie du pays des Frisons qui domine les embouchures dn Rhin (5) ; de lui payer une forte somme , trois mille cinq cents livres d'argent ; de lui donner en mariage une fille de Lothar et de Waldrade, Gisla, sœur de Hugo, et d'assurer à ce Hugo lui-même un entretien convenable sur les revenus de l'archevêché de Metz. Godefrid , de son côté , promit de recevoir le baptême , de s'abstenir de toute hostilité, et de défendre en fidèle vassal de l'empereur les embouchures du Rhin contre les courses dévastatrices de ses compatriotes.

Le traité fut exécuté : Karl leva les trésors cachés des églises , surtout ceux de l'église de Metz , pour les soustraire au prince Hugo , et livra aux Nordmans l'argent convenu; Godefrid reçut l'eau sainte, et l'empereur eut la joie de tenir le nouveau chrétien sur les fonts baptismaux. Gisla , fille de Lothar , fut donnée en mariage au roi ; les Nordmans chargèrent leur butin sur deux cents navires et se retirèrent (C) ; quant à Karl , il conduisit l'armée à Coblcntz, la remercia de la manière la plus aimable, comme si tout avait répondu à ses désirs, et renvoya chacun dans ses foyers.

Mais le mécontentement fut général , et la honte monta au front de beaucoup ; les ecclésiastiques considérèrent comme un vol sacrilège que l'empereur eût donné aux Nordmans les trésors que les prêtres avaient soustraits à ces pirates , et à Hugo des biens de l'Église ; les laïques, sentant la force de leurs bras et la faiblesse de lours actes , gémirent tout haut d'avoir reçu pour roi un tel homme, qui n'était pas un homme ; personne ne croyait que les Nord-* mans tiendraient le traité , puisque au lieu de les châtier de leurs crimes, on les en avait récompensés, et par là même provoqués à de nouvelles tentatives; chacun rejetait sur un autre la faute de cette mauvaise issue ; l'aucienne discorde se réveilla entro les nations, et des germes d'inimitié et de guerres privées furent jetés entre les individus. L'empereur Karl lui-même s'était rendu de Cobleutz & Tribur , par Mayence. Sur la fin de l'automne, il tint à Worms une diète où l'on ne fit et ne gagna rien, parce quo les vassaux ne s'y présentèrent qu'en petit nombre, et que ce petit nombre y était venu avec indiguation et y assistait avec méfiance. Après )es fêtes de Noël , Karl alla en Bavière, contrée qui semble lui

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avoir inspiré plus d'inquiétudes que tous les autres pays teutschs , parce que l'autorité ducale de son neveu Arnolf y avait plus de valeur que sa propre dignité impériale. Il resta à Ratisbonne jusqu'après lés fêtes de Pâques de l'année suivante , 883, quoique la Bavière fut désolée par des maladies dangereuses. Et dès cette époque arrivèrent des événements qui purent lui prouver quellos étaient les dispositions des hommes et la situation des choses. Entre Poppo , comte de la Marche des Sorabes , qui s'arrogeait le titre de duc , et Egeno , comte saxon , éclata une fehde ou guerre privée à laquelle les Thuringiens et les Saxons, entre lesquels s'étaient élevées précédemment déjà des querelles très-animées , prirent une part si active, qu'elle est désignée par la qualification de guerre civile. Princes et peuples se combattaient les uns les autres, comme si le Tcutsehland n'avait pas de roi ; et comme cette dissension rappela douloureusement les maux que le Teutschland divisé avait soufferts aux époques antérieures , elle se présenta comme un présage menaçant de l'époque qui devait suivre. Des combats sanglants furent livrés. Poppo fut vaincu avec les siens, et il échappa difficilement à la mort et à la captivité. Et de mémo que l'on ne trouve aucune trace que l'empereur Karl ait rien fait pour comprimer ou punir cet événement odieux, de même l'issue et les suites en restent entièrement incertaines. Il semble toutefois que les Thuringiens tombèrent dès cette époque dans une position inférieure à celle des Saxons, et furent moins considérés quo ceux-ci. Pendant que ces choses se passaient , on reçut la nouvelle que les Nordmans avaient surpris et détruit le port de Dcvcnter dans le pays des Frisons (7). On envoya contre ces barbares, avec son herbann , le comte Heinrich , frère du margrave Poppo , qui semble avoir été duc parmi les Franka , dans les pays situés sur le Rhin : il devait châtier ou chasser ces perOdes ennemis. 11 parait que les Nordmans, qui , après leur départ d'Aschloh , cherchaient en partie à s'établir dans le pays des Frisons sons leur roi Godefrid , en partie a se joindre fi d'autres aventuriers , avaient commis ce crime , et que précisément pour cette raison il ne trouva personne contre qni il put exécuter sa mission ; mais le fait pouvait prouver combien peu l'on avait obtenu par le traité d'Aschloh. Rientôt un autre fait en donna une nouvelle prouve : Hugo , fils

de Lothar , et beau-frère du Nordman Godefrid,

reparut sur la scène avec ses prétentions sur le royaume de son père. Sans aucun doute il était assuré du secours des Nordmans. Mais il en eut à peine besoin ; car telle était la dépravation des hommes , qu'il vit en peu de temps une grande armée rassemblée autour de lui, et dans cette armée se trouvaient des hommes qui comptaient parmi les premiers de la Lotharingie. Indépendamment de Wicbert , l'ancien ami do Hugo, on cite les noms de cinq comtes qui lui promirent solennellement de défendre sa cause.

.Mais au printemps de l'an 885, l'empereur Karl le Gros, sans tenir compte de tons ces symptômes menaçants, quitta le Teutschland, et passa de nouveau en Italie. Peut-être sentaitil qu'après avoir perdu l'honneur près d'Aschloh , il serait hors d'état de regagner l'estime des Teutschs, et que les nations, comme les individus, vivraient et agiraient à leur gré, qu'il fût absent ou présent. Mais, en Italie, sa présence était nécessaire, s'il ne voulait pas y renoncer a tout. Depuis longtemps le pape Jean VIII IV vait instamment prié de revenir : ce pontife , en effet , était serré de près par les Sarrasins, et en, même temps par l'audacieux Wido, duc do Spolète, qui semblait avoir encore moins de respect que les Sarrasins pour le saint-siége et pour les domaines de l'Eglise romaine. Karl n'avait pu se rendre aux prières du saint-père. Dans l'intervalle , le pape Jean avait péri do mort violente , au milieu de relations et de cir» constances singulières; et les Romains, sans s'inquiéter le moins du monde de l'empereur , avaient élevé un nouveau pape , Marinus , sur la chaire de saint Pierre. Ce nouveau papo demanda des secours tout aussi instamment que Jean VIII l'avait fait. Karl se mit en route j mais ce qu'il avait laissé dans le Teutschland , il le retrouva en Italie, la confusion, la désolation et la misère.

L'empereur eut une entrevue avec le pape à Nonantula. Wido, marquis de Spolète, y fut aeçusé de haute trahison , parce que , disaiton, il avait fait alliance avec l'empereur grec pour faire passer l'Italie sous son autorité. Il fut mis au ban de l'empire , et lierngar , marquis de Frioul , cousin de l'empereur, reçut la mission de le dépouiller de ses terres et de ses fiefs , de ses honneurs et de ses dignités. Berugar se mit en campagne , et se rendit maître d'une partie du territoire. Les terribles maladies qui

n HISTOIRE DU PEl

ravageaient en (ont sens l'Italie l'empêchèrent 1 de s'emparer du reste. \\ ido , réfugié fiiez les i Sarrasins, sut dans son exil et au moyen des i troupes des Sarrasins , par la ruse , par l'iutrigue et par des artifices de toute espèce , secondé de plus par les ravages des maladies, ébranler bientôt l'Italie plus qu'il n'avait pu le faire dans sa charge et dans l'éclat de ses dignités. Il trouva des amis et des partisans. L'empereur se vit contraint d'ôter également ii ceux-ci leurs fiefs. Far la il compliqua de plus en plus les relations, beaucoup d'hommes furent lésés et vexés; aucun ne fut gagné, pas même le plus proche parent de l'empereur, ce Bcrngar de Frioul , qu'il comblait de ses faveurs : on s'habitua à penser qu'il fallait enlever l'Italie h la maison de Karl le Crand , dont on ne pouvait plus espérer ni bonheur ni salut.

Cependant la plus grande confusion et la plus grande misère régnèrent pendant toute cette année dans les royaumes karolingiens situés au nord des Alpes. La France fut horriblement maltraitée par les Nordmans , taudis que Boso la bravait ; et tous les efforts du jeune roi Karlmann pour sauver et soulager ses provinces furent inutiles. En Lotharingie, Hugo, fils de A\ aldrade , se livrait , avec ses bandes de brigands, à de tels excès et ù de telles violences, qu'il fut regardé comme un tléau plus cruel que les Nordmans eux-mêmes. Ceux-ci, de leur côté , foulant aux pieds les traités et leurs serments, poussés par leur propre ardeur pour le pillage et par le désir de soutenir le prince Hugo , recommencèrent comme sur nouveaux frais leur ancienne œuvre; et bien que le duc Ileinrich les eût battus près de l'abbaye de Prum, cette victoire elle-même prou\ca quelle distance ils poussaient leurs courses, et les temps qui suivirent prouvent que cette victoire n'eut pas de grands résultats , bien que , selon l'assertion des écrivains, il n'échappa pas un seul Nordman. Les déplorables discordes élevées entre les Thuringiens et les Saxons duraient toujours, l'oppo et Egeno tentèrent de nouveau le sort des armes l'un contre l'autre. Poppo succomba encore une fois sans être dompté ; et ces guerres privées , soutenues avec acharnement par les princes , augmentèrent la discorde entre les peuples. Dans la Bavière seule régnaient l'ordre et la tranquillité, qui exerçaient une influence bienfaisante sur les Allemanni voisins. Car en Bavière Je duc

PUE ALLEMAND

Arnolf jouissait d'une grande considération , justement méritée. Sur lui se dirigeaient les regards et les espérances de beaucou p d'hommes, et par là son influence se faisait sentir au loin , quoique la Cariuthic seule fût placée sous sa bannière ducale. .Mais dans les parties orientales du pays , dans l'acicnne Pannonie , il y avait aussi une grande confusion , et les relations avec Zuentibald , prince des Moraves, qui , depuis quelques années, avaient pris une tournure plus pacifique , étaient redevenues extrêmement hostiles. Les motifs de cette inimitié remontent au temps de Ludwig , le premier roi de tous les Tcutschs.

Sous ce roi , en effet , deux frères, » ilhclm et Engelschalk , avaient rendu de grands services dans la guerre contre les Moraves. Pour les récompenser , Ludwig les avait nommes margraves et leur avait soumis le pays frontière. Ils l'avaient défendu vaillamment ; ils avaient fait beaucoup et beaucoup souffert. A leur mort, Us laissèrent quatre fils en bas Age. Ludwig avait en conséquence inféodé le pays an comte Erbo. Mais lorsque ces fils furent devenus grands , ils réclamèrent le territoire et la dignité, comme s'ils y avaient eu un droit héréditaire. Leurs réclamations étant restées sans succès, et ayant trouvé de l'intérêt parmi les Bavarois, ils réunirent sans peine un certain nombre de vaillants hommes, et, vers le temps où Karlmann était roi et se voyait retenu sur son lit par ses infirmités, ils chassèrent Erbo, leur ennemi. Erbo chercha uu asile auprès de Zuentibald , prince des Moraves. Sous le règne si court de Ludwig le Jeune en Bavière, cette affaire était restée indécise. L'empereur Karl avait prononcé , il est vrai , qu'Erbo devait rentrer en possession du margraviat; mais il avait été hors d'état d'exécuter cette sentence. Zuentibald prit parti pour Erbo. On en vint aux armes. Werinhar , l'un des fils d'Engelschalk , et le comte Vezzilo, un de ses parents, furent faits prisonniers , mutilés de la manière la plus atroce, puis renvoyés. Cette cruauté détermina les trois autres fils des deux margraves à se mettre sous la protection d'Arnolf , et à le reconnaître pour leur senior. Arnolf les admit à ce titre. Zuentibald vit un acte d'hostilité dans cette alliance. Il réclama leur extradition ; Arnolf la lui refusa. A cela se joignirent d'autres accusations contre Arnolf, auxquelles celui-ci dédaigna de répondre. Pour ces motifs , Zuen-

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tibald passa le Danube avec une armée pour combattre Arnolf , son ennemi. Luc guerre s'éleva, que les Moraves firent avec la plus grande barbarie , et qui causa les plus épouvantables dévastations dans les pays qui bordent le Danube. Deux fils des deux margraves, Megingoz et Papo, trouvèrent la mort dans les flots du Raab ; le troisième , Bcrthold , fut fait prisonnier. On ne vit plus dans toute la Pannonie , derrière le Raab , que des ruines et des hommes misérables ou mutilés.

Dans cet état de choses, l'empereur Karl le Gros revint d'Italie en deçà des Alpes , au commencement de Tannée 884. Il semble avoir eu en vue de déterminer un certain nombre de vassaux de la Bavière à une campagne en Italie , pour faire la guerre au marquis W'ido , qui remplissait tout de crainte et de terreur. Mais les relations où il trouva le Teutschland le décidèrent à rester dans son ancien royaume d'Allemannie ; car en Lotharingie Hugo continuait sa lutte désastreuse , et semblait devenir d'autant plus dangereux que ses troupes devenaient plus féroces. 11 n'épargnait rien , parce qu'U combattait pour tout; mais il neperdait pas, même dans les circonstances les plus critiques , ce goût effréné des plaisirs qui régnait comme un poison destnicteur dans la famille karolingienne. 11 sacrifia à sa méfiance son ancien ami Wicbert, et il fit assassiner le fidèle Bernar, parce que la beauté de Friderada , femme de celui-ci , l'avait cnllammé de désirs criminels. Un tel cbef était entouré d'hommes dignes de lui comme il était digne d'eux , et la Lotharingie était plongée dans la désolation. Godefrid le Nordman , beau-frère de Hugo, favorisait son œuvre déplorable. Les Nordmans avaient remonté le Rhin dans l'automne de Tannée précédente, et s'étaient établis à Duisbourg. Ils y furent surveillés ou assiégés par le duc Ueinrich ; toutefois ils se tinrent tout l'hiver dans leurs fortications. Au printemps , ils pénétrèrent en Saxe. Alors Tévèque Arnt de Wiïrtzbourg vint au secours du duc Hcinrich , et les forces combinées de ces deux chefs, auxquels s'étaient joints sans aucun doute les Saxons westfaliens , firent essuyer une grande défaite aux Nordmans ou Danois. Ils prirent la fuite, brûlèrent leur forteresse de Duisbourg , et se retirèrent vers les embouchures du Rhin. Vers le même temps où ces événements s'accomplissaient, l'empereur tint au mois de mai une diète à YYorms , pour

prendre avec ses fidèles des mesures contre les Nordmans. Pendant cette assemblée , U vit arriver auprès de lui la fille de Lothar, sœur de Hugo, qui avait été donnée en mariage au Nordman tiodefrid. Sa mission concernait sans aucun doute les affaires de son mari et de son frère : elle devait servir de médiatrice , calmer, donner le change , espionner. On ne sait quelle fut la matière de ses conférences avec l'empereur; mais il la retint quelque temps, à ce qu'il semble, pour la mettre dans l'impossibilité de donner aucune information désavantageuse. Car, dans l'intervalle, les Nordmans avaient tenté une descente chez les Frisons, aux environs de TFms , et il s'agissait de lever contre ces Nordmans des forces suffisantes pour les châtier ou pour les chasser. Mais les braves Frisons n'attendirent pas ces secours; ils se soulevèrent , et fiient essuyer à leurs ennemis, près de Nordcn , une telle défaite , que les Nordmans ne l'oublièrent jamais et n'osèrent plus mettre les pieds sur les côtes de Frise.

L'empereur toutefois se contenta aussi de ce succès. La Bavière réclamait sa présence ; l'Italie demandait son retour; il ne pouvait rien faire pour la Lotharingie. A son arrivée en Bavièro, au contraire, tout était prêt pour prendre part a la lutte entre Arnolf et Zucntibald , qui se soutenait d'une manière si cruelle. Mais lorsque Zucntibald vit que toutes les forces de la Bavière se rassemblaient contre lui autour de l'empereur , il s'effraya du double danger qui le menaçait désormais. H renonça donc à son entreprise, s'adressa à l'empereur, demanda la paix, alla au devant de lui dans le pays de Kœnigsstadten , et lui jura , avec les princes de son peuple , le serment d'être l'homme de l'empereur, de lui rester fidèle , et de ne jamais faire irruption dans l'empire avec des forces ennemies, tant que Karl vivrait. Puis on vit paraître aussi un autre prince des Slaves , Brazlaw , qui régnait sur le pays entre la Drau et la Sau , et qui se soumit à l'empereur. Après ces actes, Karl* le Gros retourna par la Carinthieen Italie, et arriva heureusement à Pavie.

Pendant ce temps , la France avait été continuellement et avec une excessive cruauté, comme d'habitude , maltraitée par les Nordmans, que commandait Sigefrid, l'ancien compagnon de Godefrid en IxHharingie. Le jeune roi Karlmann, à peine âgé de dix-huit ans, ne trouva nulle part d'appui dans ses efforts et

HISTOmB DU PEUPLE

dans sa latte ©entre ce redoutable ennemi, non que les hommes vaillants manquassent, mais parée qu'il ne se rencontrait pas de ces dispositions énergiques que la concordo seule rend possibles. Il se vit forcé, pour donner quelque répit aux pays situés sur la Somme et sur l'Aisne , d'accéder enfin à un traité par lequel il promit aux Nordmans un tribut annuel de douze mille livres d'argent. En conséquence de ce traité , et dans l'automne de cette année , 884 , les Nordmans se retirèrent vers les côtes, dn coté do Boulogne. Le roi les suivit dans leur marche. De Boulogne , une partie des Nordmans retournèrent dans leur patrie pour y déposer leur butin ; une autre partie se rendit en Ix>tharingie et s'établit a Louvain pour reprendre au printemps suivant la vieille série de combats et de pillages. Les guerriers qui avaient accompagné le roi retournèrent chez eux après cette expédition sans gloire. Quant à Karlmann , il fut enlevé au monde par un malheureux accident , dit-on , avant que l'année ne fut arrivée à sa tin. On raconte qu'étant à la chasse dans la forêt de Baisieu , un homme do sa suite , nommé Bertold , le blessa par maladresse à la jambe. Sopt jours après cetto blessure , il était mort.

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