‹ Histoire d'AllemagneChapitre 19 sur 100 · LIV. MM · texte numérisé non relu

LIV. MM

et peut-être l'empereu r sentait-il l'ignoble besoin i de faire participer sa femme à la honte tle Té- i vèque , puisque , dans son esprit, celui-ci s'était fait l'instrument des passions de sa femme pour rendre vain le vœu le plus cher de son cœur. Mais, pour arriver à ce but, ce malheureux prince , dirigé sans aucun doute par de mauvais ou faux conseillers , entra dans une voie où il révéla lui-même à tons sa faiblesse, et où, exposé nu aux regards insultants de ses ennemis , il devait devenir un objet de risée pour ses contemporains et pour la postérité.

Au mois de septembre, il tint une diète à Kirehheim en Alsace. Devant cette assemblée , il destitua l'évêque Liutward de ses fonctions d'archiehancelier (4) , et en même temps il l'accusa d'adultère avec sa femme. Mais l'impératrice Uicharda, irritée de tout ce qu'avait d'ignominieux une telle accusation , affronta avec orgueil cette plainte honteuse. Elle déclara qu'elle n'avait jamais eu de relations intimes ni avec celui qui prenait le titre de son mari , ni avec aucun autre homme, et qu'elle était complètement vierge. Pour prouver cette assertion elle offrit de subir, si l'empereur l'exigeait, un jugement de Dieu , soit par le duel , soit par l'épreuve des socs de charme rougis au fen. Karl toutefois , ému trop tard de honte, n'exigea pas, à ce qu'il parait, cette preuve , et cette ignoble affaire jeta la désunion dans l'assemblée.

Après cette scène , l'impératrice Uicharda se rendit dans le couvent d'Andlau, en Alsace, qu'elle avait elle-même fondé , pour se soustraire aux yeux du monde et se consacrer au service de Dieu. Liutward accourut en Carinthic auprès d'Aroolf , son ami, et pressa le coup décisif. Aussitôt Arnolf mit sur pied une grande armée de Bavarois et de Slaves , et fut vraisemblablement salué sur-le-champ du nom de roi parsestroupes. La nouvcllcs'enrépanditprnmptement dans tous les cantons du Teutsehland; alors on vit accourir une foule d'officiers et de vassaux de la Thuringe , de la Saxe, del'Allemannie, qui, ne voulant point négliger leur fortune , prêtèrent serment de fidélité au nouveau roi comme à leur seigneur féodal. De son côté , il convoqua tous ceux qui lui avaient prêté ce serment , àTribnr , pour étouffer la révolte par la force des armes. A son appel se rassembla , il est vrai , au mois de nov embre , un certain

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nombre d'hommes, dont les uns ne savaient sans doute pas quel parti était le plus srtr, mais dont certainement les autres étaient conduits par le sentiment de l'honneur et du devoir. Mais Arnolf se sentait déjà assez fort pour oser exprimer cette menace : que tous ceux qui ne se prononceraient pas aussitôt pour lui perd raient leurs fiefs. Trois jours après la notification de cette menace , Karl se vit abandonné de tous les vassaux. Une pauvre et inquiète populace, et quelques hommes distingués qui redoutaient I la violation des droits et qui croyaient pouvoir ici agir le plus eflicacement pour Arnolf et pour eux-mêmes , restèrent rassemblés autour de lui. Parmi eux était le vénérable archevêque de Mayencc, Luitbert. L'empereur, dans son extrémité , envoya celui-ci , avec un morceau de ' la vraie croix , sur lequel Arnolf lui avait autrefois juré fidélité , au devant de son ennemi , pour l'exhorter à se rappeler son serment et à ne pas agir contre lui d'une manière si cruelle et si impie. On ne sait pas comment Luitbert s'acquitta de sa mission ; peut-être , considérant i l'étatdes choses , parla-t-il mieux pour lui-même que pour le malheureux empereur , dont la chute ne pouvait plus être prévenue. Arnolf, il est vrai, fondit en larmes , dit-on , a la vue ; de la sainte relique; mais il ne renonça point à son projet , il ne pouvait et n'osait pas d'ailleurs ) y renoncer. I^e sort de la maison des Karolingiens ; était accompli. L'empereur Karl le reconnut , j et s'humilia sous les coups du destin. Il envoya | son fils Bernhard à Arnolf, qui s'avançait avec ! son armée , fit déposer ses couronnes aux pieds 1 de ce prince, lui promit soumission , lui recommanda son lils , et sollicita seulement , comme un mendiant, ce qui lui était nécessaire pour subsister. Arnolf lui accorda quelques terres en Allemannie, où Karl, le troisième I empereur de ce nom, se relira désormais dans la solitude. Du moins le sort cruel qui s'acharnait sur sa famille lui avait encore réservé un bonheur, celui de ne pas survivre longtempsaux immenses calamités dont il avait souffert. Deux mois après avoir perdu ses couronnes, le !."> janvier 888 , il quitta la vie , soit que la douleur et l'inquiétude eussent creusé sa tombe , soit , comme on l'a également cru , qu'il périt de mort violente.

NOTES DU LIVRE XIII

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