‹ Histoire d'AllemagneChapitre 22 sur 100 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

TRONE ET POSITION d'aRNLOP. DÉMKM

RREMEKT DE l' EMPIRE DES KAROLIN- GIENS. — CONDUITE ET PREMIÈRES EX- PÉDITIONS MILITAIRES DU ROI DES TËUT8CHS.

De l'an 888 à l'an 801.

Les aïeux de Karl le Grand avaient employé tout un siècle à jeter les fondements du troue (pic ce prince entoura d'un éclat dont les rayons se reflétèrent à une si grande distance ; et avant qu'un siècle ne se fût écoulé après sa mort, ce trône s'était écroulé sous ses descendants. L'uu et l'autre de ces faits , l'élévation de ce trône comme son renversement, n'avaient été possibles, de la manière dont ils s'accomplirent, que par le système féodal , par l'organisation ecclésiastique et par la division des peuples x'Ion leurs caractères nationaux. Le système féodal avait pris naissance sous les Mérovingiens ; il se serait consumé lui-môme et aurait entièrement anéanti le génie et la civilisation , si l'Eglise, une et unique sous la suprématie du l>a|>e, ne s'était placée en face de lui. Toutefois,

I les communautés chrétiennes se seraient dilïieilement réunies sous l'unité de l'Église , si la race des Karolingiens, qui s'efforçait d'arriver a la royauté et au souverain pouvoir, n'avait senti le besoin de cette unité , et ne l'avait favorisée par sou génie, par ses vertus et par ses hauts faits, pour trouver dans la puissance de ce principe, sous le titre delà grâce de Dieu, une compensation au droit humain qui lui manquait. Mais d'après les idées purement humaines, l'unité de l'Église serait dev enue elle-même, dans la suite du temps , dangereuse pour le génie et ses développements, si les peuples, séparés, selon leur caractère national , en Etals indépendants, n'avaient pas tenu à la liberté, qui est la condition d'une civilisation progressive. Et l'on ne pouvait arriver à la formation d'États indépendants , tant que la maison des Karolingiens était en possession du trône, parce que les membres de cette maison s'attribuaient un droit d'hérédité devant lequel disparaissaient les limites des peuples , et par suite duquel avait été confondu pèle-mèle ce qui devait rester séparé , si le bon ordre , la liberté cl la civilisation devaient faire des progrès. Les Karolingiens avaient en vain appuvé

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HISTOIRE Dl PEUPLE ALLEMAND.

leur trône sur le rocher de l'Église : l'Église le laissa tomber , parce qu'elle n'en avait plus besoin, et qu'en face des peuples elle ne pouvait plus le soutenir. Si les projets du dernier Karolingicn , de Karl le Gros, en faveur de son bAtard Rcrnhard , avaient réussi , et si le pape Adrien avait accordé à ce Bcrnhard , par la puissance du siège apostolique , les royaumes soumis aux Karolingiens , il se serait élevé une nouvelle série de désordres qu'il était impossible de prévoir : l'Église pouvait à peine se sentir assez forte pour conserver ce qu'elle avait gagné, ce qui lui avait été officiellement assuré ; et tout l'empire de Karl le Grand , dans son ensemble, n'était peut-être pas en état de soutenir des dangers dont triomphèrent les peuples séparés de cet empire après son démembrement. L'homme pieux qui observe la chute de la maison (carolingienne a sans doute de la peine à se défendre d'un certain frissonnement à la vue du destin qui exerça sur toute cette race une action si terrible et si destructive 5 et si de plus il se rappelle les derniers Mérovingiens , qui se tenaient comme des fantômes éplorés devant les orgueilleux et arrogants ancêtres de Karl le Grand ; si en même temps il passe en revue l'histoire de ce Karl , celle de son père et de ses petits-fils , il ne pourra s'empêcher de

la divine Providence, qui punit l'injustice et venge le crime ; mais l'homme qui réfléchit , et qui , ne se bornant pas à étudier le passé , embrasse d'un coup d'œil l'état de toute la société humaine et jette un regard sur le tomps qui doit venir , celui-là arrivera facilement à la conviction que la chute de la maison karolingienne était nécessaire. La manière dont cette chute fut amenée et les moyens qui la décidèrent ne peuvent assurément être ni approuvés ni justifiés; mais le sort de Karl le Gros perd peut-être quelque chose de sa cruauté par le caractère violent de son siècle et par la faiblesse même de ce prince ; faiblesse à la foi physique et intellectuelle. H est également très-v raisemblable que si l'on eût attendu la mort de l'empereur selon le cours ordinaire de la nature , un grand malheur aurait fondu sur un grand nombre d'hommes; il est trèsvraisemblable que si Amolf ne s'était pas revêtu du titre do roi avant la mort de Karl , et s'il n'avait pas cherché à consolider son nouveau trône, des princes avides d'honneurs et

des hommes ambitieux se seraient élevés dans diverses contrées du Teutschland et se seraient disputé la dignité suprême. 11 n'est pas moins vraisemblable que de tels hommes , à la faveur de la discorde qui avait éclaté entre les peuples du Teutschland , auraient trouvé des partisans de côté et d'autre; que dans le Teutschland , comme en Italie, on en serait venu à des guerres civiles , et que le royaume tcutseh , qui , formé à peine , était de nouveau morcelé , et n'avait par conséquent pas encore acquis la moindre consistance , ni dans les mœurs et les habitudes , ni même dans les désirs des hommes, aurait été anéanti dès sa naissance.

Car, dans le fait , le trône d'Arnolf était un trône nouveau. Ixî trône des Mérovingiens s'était appuyé sur l'épée ; la fortune du général d'armée l'avait fondé , et une longue habitude lui avait donné un droit inviolable. Le trône des Karolingiens s'était appuyé sur des exploits militaires et sur une sage administration ; la prudence , la religiosité et le caractère national l'avaient fondé , et la consécration de l'Église l'avait sanctifié. Mais la matière du trône d'Arnolf était toute terrestre : il était établi sur le trouble, la misère et le danger; il avait été fondé par l'intrigue, l'iniquité et la violence; il ne trouvait sa défense que dans les passions

reconnaître et de vénérer dans ces destinées des hommes élevées et basses; et sa légitimité

ne pouvait ressortir , dans la suite du temps , que du besoin d'ordre et d'union. Arnolf se plaça tout aussi peu sur le trône de Karl le Gros, que Pippin le Bref, le premier karolingicn , s'était placé sur le trône du dernier Mérovingien. Son père Karlmann était Karolingicn légitime ; lui-même était bâtard , et dans la maison Jtaroliugienne , soit que l'on eût pris pour guide l'appréciation chrétienne du mariage , soit que les débauches et les débordements des rois rendissent une telle restriction nécessaire , les bâtards n'étaient pas considérés comme les égaux des (ils légitimes , et on ne leur reconnaissait aucun droit au trône et à la couronne (t). Ce n'est donc certainement pas à cause de sa naissance qu'Aruolf fut salué roi. Mais il ne dut pas non plus la dignité royale à une élection libre et réfléchie des officiers et des vassaux ecclésiastiques et laïques, qui d'habitude paraissaient aux diètes ou avaient le droit d'y paraître. Si on avait pu recourir à une élection de cette nature, il eût été difficile que les voix de tous les peuples tcutschs se réunissent.

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Arnolf sans doute était un homme également doué des avantages du corps et des avantages de l'esprit ; il avait soutenu avec gloire les luttes contre les Slaves, Moraves et Bohèmes. Mais il ne pouvait être bien connu de la plus grande partie des peuples tcutschs , et ecs exploits militaires , quelque importants qu'ils fussent , s'étaient perdus dans un coin éloigné du Teutschland. Oui , Arnolf dut la dignité royale à une véritable révolte contre son roi et seigneur légitime, et cette révolte réussit, en partie parce qu'on l'avait préparée par des alliances de toute nature, par des menées et des intrigues , en partie parce que chacun voyait bien que la cause de l'empereur était perdue, après la mort du duc Ueuri et l'éloignement de l'évéque Liutward ; en partie parce que dans tout le peuple teutsch il ne se trouvait personne qui eût une position aussi indépendante que celle dont Arnolf se glorifiait; en partie parce qu'il osa se décorer du titre de roi , et en même temps se mettre en avant , les armes à la main, pour soutenir ce titre ; enfin sans doute parce que, dans le Teutschland, un très-grand nombre d'hommes ignoraient certainement, par suite du défaut de communications , quelle était sa position réelle à 1 égard de la maison karolingienne , et que pour cela même beaucoup voyaient en lui un véritable Karolingien. Mais combien il lui en coûta, combien il distribua de franchises et de concessions, combien il sacrifia de domaines et de droits du trône! quelle complaisance, quelle souplesse, quelles flatteries il mit en œuvre pour gagner et conserver ceux qui avaient le plus d'influence et qui pouvaient donner le plus de force a sa nouvelle dignité! Voilà ce que l'histoire passe sous silence , et les faits ultérieurs peuvent seuls donner quelques réponses à ces questions.

Après que le malheureux empereur Karl se fut humilié devant lui, Arnolf revint à Ratisbonne , abandonnant à lui-même le mouvement qui s'était étendu parmi les peuples tcutschs , Il fixa sa résidence à Hatisbonne, et il y resta, dans le palais des rois, jusqu'après les fêtes de Pâques. Et la mort de l'empereur ayant été « oonue dans l'intervalle , les hommes les plus tniinents parmi les Bavarois, les Franks, les .Saxons , les Thuringicns et les Vllcmanni , accoururent successivement pour prêter serment de fidélité à Arnolf comme à leur suzerain et roi , toutefois après avoir fait leurs conventions

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