‹ Histoire d'AllemagneChapitre 29 sur 100 · CI1AP. M. 4SI · texte numérisé non relu

CI1AP. M. 4SI

plus forts qu'eux. Lo plus puissant duc du Teutschland était l'ancien ennemi de Kunrad , Hcinrich de Saxe; car, outre les Saxons, les Thuringiens obéissaient aussi à ce prince. Et les Saxons, peut-être le peuple le plus énergique , parce qu'ils étaient le plus longtemps restés fidèles aux moeurs des ancêtres, avaient joui d'un long repos sous son administration et sous relie de ses pères ; les tempêtes qui avaient constamment ébranlé les peuples teutschs méridionaux avaient presque toutes passé à càti d'eux depuis plusieurs générations ; les luttes contre les Norïlmans , les Slaves, les Hongrois , ne les avaient jamais mis en danger , et n'avaient servi qu'à les tenir en éveil ; enfin un bonheur qu'avaient les Saxons, et dont aucun autre peuple teutsch ne pouvait se vanter, c'est que depuis une longue suite d'années, au milieu de la sécurité extérieure, ils avaient vu à leur tête des hommes habiles de la même famille : car par là s'était élevée entre la famille ducale et le peuple saxon une affection intime qui maintenait la paix intérieure en excluant l'envie et la jalousie, de telle sorte qu'un seul et même sentiment animait le prince et la nation. Le roi Kunrad , éclairé par les événements de sa vie, savait tout cela; aussi son dernier désir fut-il d'amener son frère et les autres princes à prendre une position paisible et amicale envers les Saxons, et à saluer roi le duc Heinrich. Celui-ci lui avait , il est vrai , bouleversé tous les plans de sa vie; mais s'il avait été le plus puissant de ses adversaires , il en avait aussi été le plus noble. Il ne pouvait y avoir rien de commun entre lui et son beau-fils Arnolf de Bavière; quant au duc Burchard de Sonabc, sa conduite avait été équivoque envers ses amis et envers ses ennemis , et il avait acquis le duché par des moyens qui rendaient impossible toute sincérité entre Kunrad et lui. Quoi qu'il en soit, Hcinrich était l'ennemi le plus dangereux des Franks et de la maison royale; a l'ombre de son amitié , au contraire, les Franks pouvaient exister honorablement, et le frère de Kunrad et les autres membres de sa famille pouvaient rester grands et puissants.

Witikind , qui a écrit , d'une manière raisérablo , il est vrai , et confuse , l'histoire de cette époque , met dans la bouche de Kunrad, comme à l'aspect de la mort , le discours suivant, adressé à son frère Ebcrhard : « Mon cher frère , je sens par les progrès de la maladie, que, par la

l-,2 histoire m pei

volonté de Dieu, nia vie touche à sa fin. Aussi je songe à ton propre bonheur, et je songe, ce qui te convient de préférence , à tout l'empire dos Franks. Fais attention au conseil de ton frère. Sans doute, mon frère , nous avons encore des armées à nos ordres. Nous avons des villes et des ai mes ; nous avons les joyaux de la couronne et tout ce qu'exige la dignité royale. Il uc nous manque que le bonheur et les mœurs de nos ancêtres. Le bonheur , mon frère , avec les mœurs les plus nobles, a passé du côté de Heinrich ; la décision des affaires publiques est entre les mains des Saxons. Prends donc ces joyaux, la lance consacrée, les bracelets d'or, lp manteau de pourpre , le glaive des anciens rois, la couronne, et va trouver Heinrich , fais la paix avec lui , afin de l'avoir pour allié pendant toute ta vie. Pourquoi le peuple des Franks périrait-il avec toi sous ses coups? Car il est destiné a être le roi de beaucoup de peuples. » Il n'est pas douteux que ces paroles appartiennent à l'écrivain et non au roi ; mais elles expriment d'une manière assez claire les dispositions du roi malade et l'état des choses. Ce qui n'est pas non plus douteux , c'est que ttunrad parla dans ce sens ; car plusieurs écrivains meutionnent son discours en termes différents , mais avec les mêmes idées , et font venir la marche subséquente des choses de l'impression que les nobles intentions du roi mourant avaient faite sur les hommes qui furent témoins de ses paroles.

Kunrad mourut dans les derniers jours de Fan 918 , et fut d'abord enseveli dans sa ville de Weilbourg; mais plus tard, à ce qu'il parait , il fut transféré dans la célèbre abbaye de Fulda (2), qui lui devait beaucoup. Aussitôt après sa mort , Kberhard , accomplissant fidèlement la parole que son frère lui avait demandée , et qu'il lui avait donnée à son lit de mort , se rendit auprès de Heinrich , duc des Saxons et des Thuringiens. Il lui transmit les salutations du feu roi , déposa à ses pieds les ornements royaux, et le reconnut pour son roi et son senior. Heinrich , touché de tant de noblesse , s'entendit facilement avec Kberhard , et conclut avec ce prince , qui jadis avait porté les armes contre lui, une amitié qui se maintint dans la suite du temps, dans les jours heureux comme dans les jours contraires. Ils convinrent entre eux de ce qu'il y avait ensuite à faire.

L'PLE ALLEMAND

Par suite de ces conventions , Eberhard convoqua , au commencement de l'année OI9, une assemblée de tous les Franks à Fritzlai*. Le duc Heinrich s'y rendit, accompagué des princes et des seigneurs du peuple saxon , auquel les honneurs rendus à son noble duc arrachaient des cris de joie. Dans cette diète, le duc Eberhard proposa le duc Heinrich pour roi. Tous les Franks , comme tous les Saxons , lui donnèrent leurs voix , et Heinrich , le premier roi de ce nom , reçut de tous le serment de fidélité. Puis Herigcr , archevêque dcMaycnce, le premier prince ecclésiastique de l'empire, offrit de lui placer la couronne sur la tête et de lui donner l'onction sacerdotale et la bénédiction de rÈglise. Mais le nouveau roi, prudent, expérimenté et adroit, chercha à éviter cette cérémonie sainte; et il l'évita en effet, en dissimulant sa répugnance sous les dehors d une modestie pieuse : « J'ai , dit-il , sur mes ancêtres l'avantage d être appelé et d'être roi par la grâce de Dieu et par votre bienveillance : c'est là quelque chose de très-grand. Quaut au sacre et au couronnement , réservons-les pour de meilleurs que moi ; j'en suis indigne. »

Il est évident que le véritable motif qui portait le nouveau roi à refuser ce sacre si désiré et si recherché par ses prédécesseurs n'est pas renfermé dans ses expressions; mais il est moins facile de le découvrir. Nous sommes trop mal informés de l'idée que Heinrich se faisait de la vie, de ses principes et de ses connaissances , pour qu'il nous soit permis de lui attribuer des vues profondes. Autrement, on serait très-porté a penser que Heinrich , vaillant guerrier et prince heureux , avait formé le plan de délivrer la puissance temporelle de rinlluencc de l'Église , et d'opposer la royauté au sacerdoce, comme un pouvoir purement temporel ; et l'on pourrait apporter en preuve de cette conjecture cette circonstance que précédemment déjà le nouveau roi s'était mis en opposition avec les ecclésiastiques , et avait empêché les évêques de Saxe de se rendre au synode d'Allheim , bien qu'un légat du pape y fut présent. Mais il vaut peut-être mieux s'en tenir aux circonstances les plus proches; et, parmi celles-ci mêmes, deux surtout semblent ressortir et expliquer complètement le refus du roi, qui parait à beaucoup si inconcevable.

En premier lieu , nous avons raconté plus haut que Heinrich , dans ses discussions avec le

roi Kunrad , avait saisi tons les domaines que l'archevêque de Mayenee possédait en Saxe et en Thuringc. Rien n'indique qu'il les ait rendus ou qu'il ait même eu quelque oeeasion do songer à cette restitution; mais il est difficile d'admettre qu'il fût disposé à rendre ces domaines , ou qu'il eût pu le faire sans inconvénient , puisque , très-vraisemblablement , ils n'étaient plus usa disposition. Pour cela même, il devait voir du danger à entrer avec l'archevêque de Mayenee dans des relations aussi intimes que celles qui se seraieut établies, s'il s'était fait sacrer et couronner par lui. Une aussi importante cérémonie religieuse demandait a être récompensée avec une libéralité toute royale. Ainsi le voulaient l'origine même de la cérémonie , l'habitude, la dignité et les usages. Si, lors du couronnement, Heinrieh avait retenu les domaines de l'archevêque, il eût été à craindre que ce prêtre ne les réclamât dans des formes telles que la consécration ecclésiastique eût été plus nuisible qu'avantageuse au nouveau roi. Il fallait y réfléchir.

A ces réflexions vint se joindre une autre circonstance. Depuis deux ou trois générations, la royauté était devenue une ombre, et l'empire n'était plus qu'un édifice en ruine ; la couronne , tantôt brisée , tantôt ressoudée , avait jKrdu sa magnificence , et le trône n'avait ni une base solide ni des appuis assez forts. Mais Heinrieh, hommed'un esprit élevé et d'un noble creur, prit vraisemblablement la dignité royale avec la ferme résolution de rétablir l'autorité «lu roi , de réunir l'empire, de rendre à la couronne son éclat et au trône sa majesté. Pour accomplir une telle pensée, la plus haute prudence et la plus grande modération étaient nécessaires ; il fallait ménager non -seulement tous les sentiments humains , mais surtout toutes les passions humaines. ïx?s ecclésiastiques étaient , à cette époque , moins à craindre que les princes séculiers , que les ducs des peuples teutsclis ; car la profanation du saint-siége avait fait perdre au clergé son unité et sa force; d'ailleurs il était intimidé par les actes de violence que nous avons racontés. Mais les grands seigneurs laïques, et, par-dessus tous, les dues, I pouvaient eomptcrsurlcsentimcntdc nationalité ! nouvellement réveillé chez les différentes races de peuples dont ils étaient les chefs , et , dans cette confiance, il leur était facile de continuer, pour arriver a l'indépendance , les efforts que

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malheureusement ils avaient commencé à faire. Il fallait traiter ces ducs avec une grande douceur, si l'on voulait les rattacher de nouveau h l'empire et leur faire reconnaître la suzeraineté du roi. De plus, les Franks demandaient toute sorte d'égards, et avant tous le prince qui se trouvait comme le premier a leur tête. Prince et peuple avaient également fait un grand sacrifice. Il était h supposer que l'ancien nom des Franks , quijnsqn'alorsavaitétéimposé à tout l'empire, disparaîtrait désormais, qu'il perdrait du moins sa haute importance, après que le titre de roi , qui planait sur tout l'empire , leur eût été ôté ou qu'ils l'eurent abandonné. Ils méritaient des consolations et de la reconnaissance. Ce qui enfin était d'une haute importance , c'est précisément ce fait que l'empire passa aux Savons. Ceux-ci avaient été de toute antiquité les ennemis des Franks , leur nom même avait été l'objet d'une haine terrible et d'une effroyable malédiction. Trois générations a peine s'étaient éeoulées depuis , qu'après une lutte de trente-trois ans remplie d'atrocités , ils avaient été réduits h se soumettre, et ils n'avaient été gagnés que plus tard encore au christianisme. Leur ancienne inimitié, leur opiniâtreté et leur endureissemeut n'étaient pas encore oubliés. Kt maintenant leur nom s'élevait resplendissent , et un ténébreux nuage s'étendait sur le nom des Franks , leurs vainqueurs. Ceux-ci ne pouvaient voir sans une amère douleur cette vicissitude des choses; et quant aux autres peuples teutschs, aux Bavarois , aux Allemanni , et , si on peut les ajouter ici , aux Lotharingiens, il était h craindre qu'ils ne s'inclinassent pas aussi loin devant le nom saxon qu'ils s'étaient toujours encore, par une vieille habitude, inclinés devant le nom des Franks. Le nouveau roi avait donc de justes raisons d'éviter tout acte extraordinaire et caillant qni eût pu rappeler d'anciens souvenirs , de se conduire avec modération à l'égard des Franks , de parler et d'agir comme s'il ne cédait qu'a la volonté de Dieu et au désir des Franks , de se contenter d'abord du titre de roi , de ne se reposer que sur la fidélité de ses Saxons , de traiter les autres princes de l'empire comme ses amis et ses alliés plutôt que comme ses' serviteurs et ses sujets, et de laisser tout le reste au temps et à l'influence des actions qu'il se sentait la force, le génie et la vertu de faire pour la patrie commune.

Quoi qu'il en soit, la pieuse humilité avec laquelle Heinrich déclina le sacre et le couronnement fit une profonde impression sur l'assemblée de Fritzlar. Mlle poussa tout entière des cris de joie ; tous les assistants levèrent les mains au ciel et célébrèrent le nom du nouveau roi avec des acclamations mêlés de bénédictions. Car les Saxons reconnurent que le prince qui avait été jeune avec leurs fds ne leur deviendrait pas étranger , malgré l'éclat de la dignité royale; et les Franks s'attachèrent à l'idée que le nouveau roi ne serait pas pour eux le vengeur d'anciens griefs ni un despote , mais un ami et un protecteur. Dans ces sentiments, les deux peuples étaient volontiers prêts a suivre le roi partout où il les conduirait , pour réunir de nouveau tout l'empire et faire de sa dignité une dignité vraiment royale. Et bientôt ils trouvèrent l'occasion de lui prouver leurs bonnes dispositons.

En Allcmannie, Burchard le Jeune , à qui le roi Runrad avait accordé ce duché , dominait avec une puissance toute royale. Se fiant à sa fortune et à ses talents militaires, il se conduisait envers les ecclésiastiques et les laïques comme s'il n'avait pas eu de seigneur au dessus de lui , et comme s'il n'avait prêté à personne le serment de fidélité. 11 avait contribué à empoisonner les derniers jours du roi Kunrad. Mais, par cette arrogance, il excita pe.ut-ôtre chez beaucoup d'hommes de son peuple l'indignation et la colère ; du moins l'Allemannie n'arriva pas à la tranquillité que Kunrad avait désiré procurer à ce pays. Comptant sur ces circonstances, le jeune roi de Bourgogne, Rudolf, auquel, auprès un règne de vingt-quatre ans , son père Rudolf, le fondateur du royaume de Bourgogne, avait laissé ses États, risqua la tentative de réunir à sa domination tout le pays de montagnes jusqu'au lac de Constance. Il traversa la Reuss , et remonta l'Argovie. Aussitôt le duc Burchard rassembla ses gens de guerre et marcha a la rencontre du roi. Sur la Reuss , près de Wintcrtur (5), une bataille fut livrée. Ijc roi fut défait , et Burchard poursuivit sa victoire. Mais, vers ce même temps, Heinrich , duc des Saxons et des ïhuringiens, avait été salué roi à Fritzlar. Ce prince, jugeant le moment favorable, ne perdit pas un instant, et envoya aussitôt a Burchard des messagers pour le sommer de le reconnaître aussi comme son loi et son seigneur. Burchard, ne \o\;mt

dans Heinrich que le successeur de Kunrad . rejeta cette proposition , jugeant toutefois à propos de conclure la paix avec Rudolf. Le vaincu ne refusa pas d'accepter les conditions équitables du vainqueur. Burchard donna sa iille Bertha en mariage au jeune roi , et acquit dans son gendre , comme il l'espérait , un utile allié. Il crut pouvoir dédaigner d'autant plus hardiment le roi Heinrich. Cependant celui-ci accourut avec une armée eu Allemannic, afin de montrer au duc audacieux qu'il avait un tout autre caractère que Kunrad. Lorsque Burchard vit les forces réunies des Saxons , des Thuringiens et des Franks ; lorsqu'il se fut assuré de l'esprit de concorde et de dévoûment avec lequel l'armée suivait les drapeaux du nouveau roi , le courage lui manqua , et son ancien orgueil fit place à la prudence. Il s'inclina devant le roi et so soumit avec tout son peuple. Pourtant il n'est pas douteux que Burchard resta seigneur du pays des Souabes, et que sa prétendue soumission ne fut autre chose qu'une vaine reconnaissance de l'autorité teutsche , on une sorte d'alliance entre lui et le roi. Car, dans la snite, Burchard ne parait jamais aux côtés du roi, et, quelques années après son traité avec Heinrich , il entreprit , sans le roi et avec ses propres forces , une expédition en Italie , pour soutenir son gendre le roi Rudolf.

Lo roi cependant , satisfait de son rapide succès en Allcmannie , conduisit, au printemps de l'année 020, son armée contre les Bavarois pour ne pas négliger sa fortune naissante et tranquilliser tout l'empire le plus tôt possible. Car Arnolf , ce duc récalcitrant , était revenu en Bavière soit après que Kunrad eut quitté ce pays , soit du moins aussitôt après la mort de ce prince , et les Bavarois l'avaient accueilli avec d'autant plus de joie, que désormais ils ne pouvaient plus douter du maintien de leur indépendance. Ils désiraient qu'il se déclarât roi de Bavière. Il avait établi sa résidence dans l'ancienne ville royale de Ralisbonnc , et il avait commencé à l'entourer de retranchements et de fortifications : les grands seigneurs du pays se chargèrent volontiers d'élever chacun une partie du mur d'enceinte , à la fois contre les attaques des Hongrois et contre celles qui pourraient venir du Tcutschland. Arnolf crut donc ne pas devoir reculer devant une guerre avec Heinrich , le nouveau roi , dont les principales forces étaient si éloignées de la Bavière.

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11 rejeta, avec sa fierté habituelle, la sommation que celui-ei lui Ht faire de reeuuuaitre sa dignité royale et la suzeraineté de l'empire teutsch. Le roi parut devant Uatisbomie. Mais bientôt les deux primes reconnurent ce que leur querelle avait de pernicieux et de funeste ; Arnolf fut effrayé des forces de Heinrich ; aux yeux du roi, la soumission du duc par les armes parut une œuvre difticile. Aussi le roi, qui n'avait pas de désir plus ardent que de maintenir la paix parmi les peuples tcutsehs, lit-il inviter le duc à une entrevue. Arnolf accepta l'imitation : il s'avança , armé de pied en cap , hors des portes de Ralisbonue ; le roi vint sans armes au devant de lui. Cette confiance apaisa complètement le duc ; son àrac si rude s'ouvrit u de bienveillants discours. Heinrich parla d'empire t cuise h , de peuple teutsch et de patrie, de la nécessité de l'union en face des amis et des ennemis , des bienfaits de la paix intérieure, d'honneur enfin et de honte , de gloire et d'infamie, avec tant de douceur et de persuasion, qu'Arnolf, déposant son vieil orgueil, céda au roi, se rattacha à l'empire teutsch , et promit d'être à jamais l'homme de Heinrich. Le roi toutefois ne se fia pas trop à lempression du moment. Il lui suffisait d'avoir triomphé des dispositions hostiles du due et de l'avoir amené à renoncer au titre de roi et à tout projet de scission avec l'empire teutscli. Du reste il lui laissa le gouvernement de la Bavière avec une autorité toute royale, prit congé de lui comme d'un égal , et compta sur la nature des choses humaines et sur la marche des événements pour rétablir les relations convenables.

Ainsi le roi avait obtenu le premier avantage, le plus nécessaire et le plus important : tous les peuples tcutsehs de la rive droite du Rhin étaient de nouveau réunis en un seul empire i-4i , quelque faible du reste que fût encore le lien qui les rattachait les uns aux autres ; et la fortune l'avait singulièrement favorisé dans ses efforts versée but. Aucun ennemi du dehors ne l avait troublé dans sa marche. Les Hongrois eux-mêmes épargnèrent le Tculst hland en ce moment , en partie peut-être parce qu'ils respectaient l'amitié dans laquelle ils s'étaient engagés avec Arnolf, duc de Bavière , en partie certainement parce que, vers celte époque , ils dirigèrent leurs courses vers l'Italie, où léguaient d'affreuses divisions qui favorisaient

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i leurs entreprises, et où ils trouvaient plus à piller que dans le Tcutschland déjà épuisé par leurs brigandages. Aussi Heinrich put-il dès lors prendre quelques mesures pour améliorer l'ordre dans l'empire et mettre ça et là une barrière aux brigandages auxquels se livraient même les hommes les plus éuiinents. Mais la Lotharingie manquait encore à l'empire teutsch. Heinrich ne voulut pas rester privé de ce beau pays. Lors même qu'il aurait eu de ses habitants l'opinion qu'exprime l'historien » ilikind : « C'est un peuple inconstant , habile à l'industrie , disposé à Ja guerre , et facile à passer aux nouveautés, » il devait pourtant regarder comme aussi dangereux de le laisser sous le nom du roi de France que de l'abandonner à lui-même. Et bientôt l'occasion se présenta pour lui de prouver aux Lothnringiens que les temps étaient bien changés depuis la mort du roi Ludvvig l'enfant.

Karl le Simple , roi de France , auquel , comme nous l'avons raconté plus haut , les Lolharingiens étaient échus , n'av ait pas longtemps joui sans trouble du plaisir que lui avait causé l'acquisition de ce pays. Chassé de la France proprement dite par les principaux ducs , par des comtes ou des feuda tunes puissauts, de telle sorte qu'il pouvait à peine se tenir sur la frontière à Lion, il croyait devoir tenir d'autaut plus fermement à ses droits royaux eu Lotharingie. Par là il s'aliéna bientôt les cœurs des grands seigneurs de cette contrée, qui n'avaient embrassé sa cause que (>arce qu'ils avaient espéré obtenir de lui des récompenses et des honneurs , des liefs et des bénéfices ecclésiastiques; et avant tout il s'aliéna le duc Ciselbert , fils de te duc Rainer auquel surtout il devait la couronne de Lotharingie. I n conseiller intime , un favori de karl , nommé Haganon , auquel , à ce qu'il parait , le roi n'avait remis tout son pouvoir que parce qu'il ne i>ouvait se fier à aucun grand seigneur du pays, fut , parce qu'il était de basse extraction, chargé de toutes les haines; on fit de lui le point de mire de toutes les attaques ; et si Haganon , provoqué par l'orgueil méprisant des grands seigneurs, s'opposait à eux avec résolution , av ec fermeté , et avec cette fierté que donne le sentiment de sa propre valeur, on riait encore contre son arrogance', sa vanité, son insolence. Avant déjà l'avènement de Heinrich

i au trône des Tcutsehs, les choses en étaient

venues au dernier point d'exaspération , a une guerre ouverte entre le roi Karl et Gisclbcrt ; niais Karl , dirigé par Haganon , avait soutenu cette lutte avec bonheur , et Giselbcrl n'avait pu se maintenir en Lotharingie que par la médiation de Heinrirh , alors duc des Saxons et des Thuringiens. Mais le duc Gisclbert ne s'était pas réconcilié avec son roi , et l'ancienne inimitié dura toujours , et s'accrut même , bien que l'on n'en vint pas à une lutte ouverte. Toutefois , dans le temps même où le roi des Tcutschs était sous les armes contre des ducs armés , Karl , le roi de France , harsarda la tentative de s'emparer de l'Alsace , que Kunrad I,r avait conservée a la domination teutsche ; et il paraît qu'il avait réussi h prendre possession de la plus grande partie de ce pays. Mais Ileinrich , après avoir amené dans sa foi les ducs de Souabc et de Bavière , et après avoir inspiré une terreur salutaire aux peuples slaves des frontières orientales de Saxe . rassembla une armée l'an 921 , et passa le Rhin prés de Worms , pour combattre le roi Karl par les armes. Karl toutefois évita la lutte et quitta le pays , qui jusqu'alors n'avait pas encore été soumis à sa suzeraineté. Et pour échapper à une guerre qui pouvait aisément lui faire perdre toute la Lotharingie, il proposa de rétablir la paix, qu'il avait troublée inconsidérément. Ileinrich ne se montra pas éloigné de se rendre a ses vœux ; car il évitait volontiers la voie ordinaire des princes, et ne faisait point usage des arme; lorsqu'il espérait atteindre son but par de prudentes négociations ; par l'alliance qu'il avait établie avec le duc C.iselbert et d'autres grands seigneursde Lotharingie , il pouvait être assuré que ce pays ne lui échapperait point ; de plus , il avait probablement des raisons de ménager ses forces , et , en sa qualité de nouveau roi, il pouvait voir du danger à rester plus longtemps éloigné du siège de son empire. Les négociations furent donc continuées; des ambassadeurs allaient et venaient; enfin, au mois d'octobre, une entrevue eut lieu près de Bonn , sur un bateau à l'ancre au milieu du Rhin , et dans lequel vinrent en même temps des deux bords opposés les deux rois, accompagnés de quelques-uns de leurs évêques et de leurs comtes , et avec toute sorte de précautions. Sur ce bateau fut conclue, h la manière des anciens traités , entre le roi des Frunks occidentaux et le roi des F tanks orien-

I taux, entre Karl et Heinrich, une paix solennelle, jurée des deux côtés en présence des évêques et des comtes , et en vertu de laquelle' chacun devait garder la partie de la Lotharingie qn'il avait possédée avant la guerre.

Mais avant que deux ans se fussent écoulés, la ruine de Karl le Simple était accomplie, et toute la Lotharingie avait été de nouveau réunie à l'empire teutsch par Ileinrich. Les ducs, les comtes et d'autres grands seigneurs de France n'avaient pas sans doute ol>éi au roi Karl ; mais du moins ils l'avaient appelé leor suzerain , tant qu'il avait encore pu donner une partie des domaines de la maison karolingienuc ou un bénéfice ecclésiastique , un privilège ou quelque autre avantage; mais désormais, date la France proprement dite, il y avait à peine encore quelque chose qui parût mériter la peine de lui être extorqué. La Lotharingie seule avait encore des domaines royaux qui excitaient la cupidité ; et Karl tenait fermement à ces biens, sous l'administration de Haganon. Aussi l« grands vassaux résolurent maintenant d'autant plus la ruine da malheureux roi , que le dernier de ceux qui avaient loyalement soutena son parti, Richard, duc de Bourgogne, était mort l'an 0*22. Le prétexte de cet éclat fut sans doute une donation que Karl voulait faire son fidèle Flaganon , et sur laquelle Hugo le Sage, fils de Robert , qui était frère du roi Odo , comte de Paris et duc de France , avait ou prétendait avoir des droits. Robert et Hugo se soulevèrent contre le roi Karl ; a eux se joignit Rudolf, fils du feu duc de Bourgogne Richard , et gendre du duc Robert ; à eux se joignit aussi l'orgueilleux Herbert , comte de Vermandois , qui se vantait de descendre de Ludwig le Pieux. Le roi ne put résister à de tels ennemis. 11 abandonna le reste de ses possessions en France, la pauvre ville de Laon ; s'enfuit avec son cher Haganon au delà de la Meuse , et appela les Lotharingiens à son secours. Après cette fuite du roi Karl , Robert , duc de France , se déclara roi de France, fut reconnu par son parti et couronné par l'archevêque Hcriveus de Reims. En Lotharingie toutefois , beaucoup de vaillants hommes se rangèrent sous la l>annière de Karl, moins par affection ou par fidélité envers ce roi , que par une inlluence étrangère peut-être , et certainement parée qu'ils craignaient de voir tomber entre les mains des Français les domaines royaux de leur

pays, qui semblaient leur être dus à euxmêmes. Peut-être même étendirent-ils plus loin leurs calculs. Si Karl triomphait, tous les domaines de la Lotharingie leur étaient assurés ; s'il succombait , il leur restait toujours un refuge auprès de Hcinrich, roi des Teutschs; et, séduite par les vertus de ce prince , leur inconstance désirait peut-être maintenant une nouvelle réunion au Teutschland , puisqu'ils n'avaient pas trouvé leur bonheur dans leur réunion avec la France. Karl s'avança avec les Lotharingicns, et entra en France. I ne bataille sérieuse fut livrée aux environs de Soissons. Robert , le nouveau roi de France , succomba devant l'aucicn roi , ou , comme le bruit en courut, de la main même de Karl. Celuici toutefois fut complètement battu avec ses lotharingienspar Hugo, fils de Robert, et contraint à se retirer en Lotharingie. Puis les Français élurent roi de France Rudolf, duc de Bourgogne, gendre du roi tué à Soissons, et beau - frére de Hugues , le vainqueur. Karl , au contraire , maintenant que la fortune l'avait abandonné, se vit aussi abandonné de tous ceux qui jusqu'à ce moment s'étaient encore appelés ses fidèles. Il s'adressa de tous côtés , lit des promesses , offrit des engagements formels; mais tous ses efforts furent inutiles. Enfin Herbert, comte de VermandoLs , sembla vouloir embrasser sa cause. 11 noua avec le roi des négociations perfides. Karl , enchanté de la fidélité que le comte montrait au malheur , se rapprocha de lui avec confiance. Mais Herbert, après aToir séparé le roi de son entourage , le fit saisir et arrêter prisonnier à Saint-Quentin. Il le retint dans la captivité. Quant à Rndolf, de duc redouté qu'il était, il était devenu un faible roi , forcé de donner à chacun ce qu'il demandait, sans satisfaire personne, parce que tous étaient insatiables , et, par cette raison même, il ne trouvait nulle part d'obéissance, de fidélité et de respect. La France, exposée de nouveau aux attaques dévastatrices des Nordmans , était divisée en un grand nombre de duchés , de comtés , d'évéchés et d'abbayes , où chacun agissait selon ses caprices, et au dessus desquels la couronne royale ne paraissait que comme un obscur météore.

Hcinrich , roi des Teutschs , ne pouvait rester étranger a tous ces événements ; et s'il n'avait pas de lui-même porté ses regards vers la Lotharingie, les partis qui se trouvaient en pré-

senec l'auraient forcé a le faire , parce que tous deux devaient le craindre. Lorsque Karl s'était enfui en Lotharingie devant Robert , qu'on lui avait opposé comme roi, et que les habitants de ce pays n'avaient pas encore embrassé de parti, Robert, le nouveau roi, eut déjà une entrevue avec Hcinrich sur la Rocr. On sait tout aussi peu de quelle manière et dans quelles vues cette entrev ue eut lieu , que les conventions que les deux rois y firent ; pourtant ils se quittèrent amis. L'état des choses rend sans doute vraisemblable que Robert chercha à détourner le roi Hcinrich d'une alliance avec Karl , et qu'il lui accorda la possession de le Lotharingie en échange de cette faveur, qui se justifie aisément par la position de Hcinrich à l'égard du Karolingien, lequel prétendait avoir un droit héréditaire sur la Lotharingie, et peut-être aussi sur le Teutschland. 11 parait qu'après cette transaction Hcinrich passa le Rhin avec une armée. Mais pendant ce temps le roi Karl avait eu connaissance de l'entrevue de Hcinrich avec Robert. Elle l'effraya; et comme il se trouvait dans un embarras extrême , il s'adressa aussi à Hcinrich. II lui fit remettre par un ambassadeur une précieuse relique , la main de saint Denis, pieusement ornée de riches joyaux , pour acheter même à un prix si élevé la bienveillance et l'amitié du puissant roi des Teutschs. Sans aucun doute, il fit prier ce prince de ne pas lui arracher, dans son extrémité, même la Lotharingie, son dernier appui ; et peut-être lui promit-il d'évacuer ce pays, s'il triomphait et s'il remontait sur son trône. On ne connaît pas la réponse de Heinrich ; mais il fut touché à l'aspect de la relique et ému de l'infortune du roi. 11 n'est pas non plus invraisemblable que les lotharingicns , qui précédemment av aient chancelé, et dont le duc Giselbert avait même fait alliance avec les ennemis de Karl, aient été décides par Hcinrich a prendre de nouveau le parti du roi fugitif. Mais la malheureuse bataille de Soissons, qui fut livrée tandis que Heinrich, appelé à d'autres travaux, avait repassé le Rhin , changea la face des affaires , et la captivité de Karl prouva que sa cause était perdue. Puis la désunion se mit parmi les lotharingicns : une partie, dirigée par Witgcr, archevêque de Metz , se déclara pour le nouveau roi de France, Rudolf; une autre partie, ayant à sa tête le duc Giselbert et Rotgar,

archevêque tic Trêves , engagea le roi des Tcutschs à prendre possession du royaume de l/Otliar. Uudulf accourut en Lotharingie, et, a l'instigation de l'évoque de Metz, il tourna d'abord ses armes contre la forteresse de Saverne en Alsace, où Heinricli avait placé quelques troupes pour protéger ce pays: mais il ne put vaincre les guerriers teutschs , et n'obtint d'eux que la déclaration qu'ils resteraient tranquilles. Hcinriclf, de son côté , ne perdit pas non plus de temps. Encore dans l'année 025 , il conduisit une armée sur la rive gauche du Rhin. Aussitôt un parti lotharingicn se déclara pour lui , tandis qu'un autre lui fut hostile. On en vint à des opérations guerrières , à la dévastation et à la destruction. Hcinrich, à ce qu'il parait, se vit même forcé de repasser le Khin. Mais bientôt , seulement peut-être l'année suivante , il se remontra , s'avança sans que rien ne pùt l'arrêter, attaqua Metz, et contraignit même le plus opiniâtre de ses adversaires, l'évêque Witger , à se soumettre a lui. Alors toute la Lotharingie reconnut la domination du roi des Teutschs.

C'est ainsi que la I<otharingic revint à l'empire teutsch, auquel elle resta réunie depuis cette époque. On ne peut nier que cette acquisition ne fut de la plus grande importance. La puissance de l'empire teutsch contre les ennemis du dehors n'en reçut , il est vrai , que peu d'accroissement ; la conservation de ces contrées causa plutôt toujours aux Teutschs de grandes peines et de grands embarras : car une partie seulement des Lotharingiens s'attacha cordialement aux Teutschs; ceux d'entre eux qui ne parlaient point la langue teutschc restèrent toujours étrangers et malveillants. De la des agitations et des troubles continuels. Hcinrich lui-même, avec tonte la supériorité de son génie, ne put jamais compter sur les Lotharingiens. Tantôt il fut forcé de leur montrer les armes îles Teutschs, tantôt il jugea plus à propos de les gagner a force de condescendance et de bienveillance, d'acheter par des faveurs de toute nature la fidélité des grands seigneurs; et, quant au plus grand de tous, leducliiselbert , de l'enchaîner tantôt par la ruse, et de se l'attacher tantôt par des liens de famille, en lui donnant en mariage sa fille Gcrberga. Toutefois, rien ne fut stable ni à cette époque ni aux époques suivantes. Opcndaut il est certain que l'acquisition de la Lotharingie fut un

grand avantage. Elle donna un nouvel éclat a y nom teutsch et contribua à rétablir son ancienne splendeur; elle étendit l'horizon des hommes , et assura des frontières conven ables a l'empire teutsch ; elle releva l'esprit et le courage des Tcutschs , et fit naître en eux des sentiments plus élevés ; elle augmenta les carrière* de la vie, et donna à l'activité humaine et aux communications de nouvelles occasions de se développer ; clic lit rétrograder la France , dont le peuple était désormais tout à fait étranger et hostile au peuple teutsch , et assura d'un côte le foyer de la nationalité teutonique. .Aussi l'acquisition de la Lotharingie accrut-elle singulièrement l'autorité de Hcinrich parmi le* nations du Teutschland.

Mais dans le même temps où Hcinrich s'était glorieusement avancé jusqu'aux frontières occidentales de la Lotharingie, un ancien ennemi causa d'un autre côté de nouveaux désastres, qui sans doute empoisonnèrent la joie que Hcinrich ressentait de sa conquête. Les Hongrois reparurent dans le Tcutschlaiid. Depuis l'avénemcnt de Hcinrich , le Teutschland av ait été épargné par ces barbares. Ils avaient trouve en Italie assez à faire et à piller, ils avaient fait dans leur propre intérêt la guerre pour les rois qui se disputaient la Péninsule , et avaient cte prêts à servir quiconque s'était montré disposé à les payer. Mais maintenant, comme nous le raconterons plus bas, les affaires prirent une autre tournure en Italie. Ils résolurent donc de faire une nouvelle tentative contre les nations teutsches. Ils tournèrent la Bavière, ou du moins ils la ménagèrent ; mais eu l'année Di t , pendant que Hcinrich se trouvait sur la rive gauche du Rhin, un essaim de Hongrois s'avança à travers les pays slaves, et, réuni aux peuples slaves, pénétra en Saxe, parcourut ce pays laissé sans défense , et exerça de terribles ravages, ils revinrent l'année suivante, en deux bandes, à ce qu'il parait. L'une de ces bandes fit irruption dans l'Allemanuie, connaissant vraisemblablement l'absence du duc llurchard, qui était allé en Italie au secours du roi Rudolf, son gendre. L'évèque Ulrich sauv a à prix d'argent la ville d'Augsbourg ; Constance v it ses faubourgs livrés aux flammes; l'abbaye de St-Gall fut visitée, profanée et souillée, bien qu'elle eût été presque entièrement abandonnée et évacuée ; et , malgré quelques avantages remportés en Alsace par un comte , Liullrid, sur ces

UV. XIV , CHAI». Ml.

hordes formidables, on ne put les empocher de pénétrer en France et d'entraîner avec elles un riche butin. L'autre bande vint en Saxe , et , le fer et le feu à la main , commit au loin tonte sorte d'atrocités. Heinrich , dit-on , ne jugea pas à propos de risquer avec ses Saxons une bataille en pleine campagne contre cette race barbare , parce qu'ils ne connaissaient pas encore assez sa manière de combattre. 11 supporta donc ces cruautés , se tint en armes dans la ville de Werla (5) , et attendit un moment favorable. Ce ne fut pas en vain. Un prince des Hongrois, et vraisemblablement le duc Zoltan lui-même, tomba prisonnier entre les mains de guerriers saxons , et fut amené charge de chalues au roi. Ce revers jeta les Hongrois dans le désespoir. Us ne savaient comment enlever la forteresse de Wcrla; retourner cher, eux sans leur prince leur semblait impossible. Ils s'adressèrent donc au roi , offrant de payer la rançon qu'il exigerait. Mais, sachant bien que ce peuple chercherait à reprendre demain ce qu'il aurait payé aujourd'hui; convaincu qu'on ne pouvait l'amener que par la force des armes à la paix et à l'ordre, et reconnaissant que la victoire sur cette race sans consistance ne serait même pas difficile si on savait l'attaquer d'une manière convenable , Heinrich rejeta toute offre de cette nature. Il demanda une paix durable. Les Hongrois , qui n'étaient pas accoutumés à la paix et n'en sentaient pas le besoin , qui , bien pins , étaient à peine capables de la comprendre, mais habitués à tenir fidèlement la parole donnée , n'acceptèrent sans doute ces conditions qu'avec douleur; mais ils n'avaient pas le choix. Us firent une paix de neuf ans, et on ne se borna pas à leur rendre leur prince ; on leur accorda de plus , à titre de présent , nn tribut annuel. De cette manière, Heinrich assura à lont l'empire teutsch un repos dont il avait le plus grand besoin ; lui-même se donna ainsi le loisir de faire des préparatifs , des établissements , des fortifications , et il sut mettre ce temps n profit. Kt ces avantages pouvaient bien Ini faire considérer comme pardonnable la honte que la concession d'un tribut semblait faire peser sur l'empire teutsch.

VIE KT ACTES DE HEINMCII 1". — l'AIX

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