‹ Histoire d'AllemagneChapitre 30 sur 100 · AVEC LES HONGROIS. — VILLES DANS LE TEUTSCHLAND · texte numérisé non relu

AVEC LES HONGROIS. — VILLES DANS LE TEUTSCHLAND

L'an 925.

Il est n déplorer que le roi Heinrich Ier n'ait pas trouvé d'historien digne de lui. H a accompli de grandes, d'importantes, de puissantes choses ; il a conscrv é et restauré , fondé et perfectionné. Si l'on compare l'empire teutsch tel qu'il était sous kunrad le Franconien avec l'empire teutsch tel que Heinrich le laissa , et si en même temps l'on étudie les suites de ses actions et l'influence de son apparition sur le Hhin et sur le Danube , sur la Meuse et sur l'Oder , sur l'Elbe et sur l'Eider, on ne peut se défendre d'un sentiment d'admiration ; on est forcé d'avouer qu'il dut être un homme distingué par son géuie , par sa prudence , par sa force de volonté, et de joindre ses louanges à celles qu'on lui a données dans les temps anciens comme dans les temps modernes. Mais aucun écrivain ne nous a révélé comment un tel bomme se forma , de quelle manière et par quel moyen il accomplit de si grandes choses. Son histoire est à nos yeux une énigme.

Lorsque après la mort de son père , Heinrich arriva à la dignité ducale , il était déjà dans la trente-sixième ou trente-septième année de son âge; et , à l'exception de sa campagne contre les Dalemenziens, dont nous avons fait mention, on ne connaît de lui, jusqu'à cette époque, que le fait suivant , conservé sous une forme très-vague et très-obscure par Dithmar, évêque de Mcrsebourg. Heinrich entendit parler de la beauté et des richesses d'une femme nommée Hatbeburcb. Elle était fille du comte Ernin, auquel appartenait en majeure partie la vieille ville de Mcrsebourg , et qui n'avait pas de fds. Mais elle était veuve et avait pris le voile. Le jeune Heinrich s'enflamma d'amour pour elle; et , par ses propres efforts et par des suggestions étrangères , il sut la déterminer h oublier la sainteté de ses vœux , et à devenir sa femme. Après la célébration du mariage , il vint avec sa jeune compagne à Mcrsebourg, y prépara une grande féte , et montra une bienveillance ot une confiance si extraordinaires, que tous l'aimèrent comme un ami et l'honorèrent comme un seigneur. A cette même époque, Sigismond , homme plein d'esprit et de connaissances, et en même temps ardent zélateur, était évêque de Halbcrsladt. Ce mariage,

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contraire à la discipline , ne lui resta pas inconnu. Affligé d'un tel désordre, il défendit au coupable, sous peine d excommunication , toute intimité avec Hathebureb, indiqua un synode, et assigna les deux époux à comparaître devant cette assemblée. Ileinricb, redoutant la colère du prêtre, et reculant devant les suites d'un synode, eut recours a son ami Kunrad, qui dans l'intervalle avait pris le litre de roi; son respectable père lui-même s'employa pour lui. Le coup dont il était menacé fut donc détourné par la médiation de kunrad.

Nous avons dit la position que ileinrich prit à l'égard de Kunrad après la mort de son père , et ce qu'il fit pour rester duc non -seulement de la Saxe, mais aussi de la Thuringe. Mais les querelles publiques où il s'engagea , et où il se montra si formidable , eurent aussi une grande influence sur ses relations domestiques. Sans doute l'inimitié de Kunrad lui causa des inquiétudes au sujet de son mariage. Si celte union était de nouveau remise en question , elle pouvait entraîner pour lui des inconvénients qu'on ne pouvait ni calculer ni détourner. On assure qu'il était arrivé à voir que jusqu'alors il avait grandement péché par son mariage illicite, et qu'il avait désormais donné son amour à une autre jeune femme , nommée Mathilde, tille du comte Théodcrieh et de Ueinilda , qui , à ce que l'on croyait , descendait de la race de Witikiml. Ce qui est certain , c'est que Ifeinrich éloigna sa première femme , bien qu'elle lui eût donné un fils appelé Tammo ou Tankmar, et qu'il épousa Mathilde. Cette femme, qui, à ce qu'il parait, ne contracta pas sans quelque crainte celte union avec le duc , se distinguait par sa beauté , mais plus encore par son esprit et ses sentiments élevés, par sa pureté, ses vertus et une haute piété. Il est rare de trom crdans les éloges les plus formels l'unanimité avec laquelle les écrivains vantent celte Mathilde. Il semblerait que Meinrich s'humilia devant elle, et que par elle il fut ramené dans le scnlier de la moralité. .Même dans les affaires publiques , elle eut une grande influence, et le monde doit une grande partie du bien que Gt Hcinrich à l'Ame noble et grande de Mathilde sa femme (I). Ce fut aussi une mère féconde et vénérable, et à ce titre elle acquit encore le respect et l'affection, bien que sa conduite à l'égard de ses enfants ne fût pas exempte de toute faiblesse maternelle.

Nous avons raconté , d'après les document» misérables parvenus jusqu'à nous, qu'après I; mort de Kunrad , Hcinrich reçut d'abord le fit:-' de roi , et réunit ensuite tout l'empire teutscli. Mais, dans ce récit, beaucoup de choses sort restées obscures, beaucoup sont restées incertaines, et peu de détails seulement ont pu paraître riches en leçons , parce que trop souvent il a été impossible d'établir la corrélation des fait» Le beau succès de la conduite du roi , le résultat obtenu, c'est-à-dire le sauvage débordement des passions arrêté, la modération ramenée, la tranquillité rétablie, les tendances nationale» des peuples tcutschs ménagées et la pensée il tm seul empire teutsch et d'une patrie commune réveillée enfin , voilà les choses éclatantes <]m nous ont frappés, voilà ce qui nous permet de deviner l'habileté, l'énergie et la sagesse de I homme qui parvint à maîtriser cette mersonlevée par la tempête. Et pourtant l'histoire de» années suivantes est presque plus obscure encore que celle des premières années de ce roi. Hcinrich est évidemment toujours le même: simple dans sa vie , bienveillant dans ses discours, prompt à l'action, modéré dans le bonheur, inébranlable dans le malheur , ferme, sévère, juste et bon. Il est facile aussi de reconnaître son principe ; le voici : la paix et la «vucorde parmi les peuples tcutschs de l'empire, la sûreté de celui-ci et son respect aux yeux de» peuples et des Etats étrangers. Il chercha à atteindre ce but par des établissements solides et par des institutions durables dans l'intérieur de l'empire, et par l'extension et la fortification de ses frontières. Mais on ne peut aller plus loin avec confiance , une fois qu'on a constaté tout cela en termes généraux, et partout les détails de l'exécution restent soumis an doute. On ne peut souvent que conjecturer on indiquer.

Avant tout cependant il n'est pas douteux que Hcinrich n'ait observé jusqu'à la fin de sa vie envers chacune des nations tcutschs la mémo prudence avec laquelle il avait réussi à le» amener volontairement à reconnaître sa souveraineté. Il leur laissa le soin de veiller ellesmêmes à leurs propres intérêts et de les poursuivre : il put bien faire tous ses efforts pur que jamais l'idéo de l'empire ne disparût de leurs esprits, et pour rappeler souvent à leur souvenir l'autorité royale; mais il ne leur di»manda pour l'empire et pour l'autorité royal»'

UV. XIV ,

aucun sacrifice de fortune ou de sang, que lorsque leur propre bonheur rendit ce sacrifice immédiatement nécessaire. 11 n'appuya son pouvoir royal que sur ses fidèles Saxons et sur les Tluiringicns, faciles à contenter , dont il continua d'être le duc bien -aimé ; et il accomplit ses exploits guerriers avec les forces de ces deux nations comme aussi immédiatement en leur faveur. Quant aux ducs et aux princes des autres nations , il chercha à les maintenir à force de bienveillance, d'amitié et d'encouragement dans sa fidélité, non toutefois comme sujets officiers de l'empire , mais comme alliés passifs , qui , lors même qu'ils refusent leur secours , ne deviennent pourtant pas des obstacles. Il chercha à devenir pour eux , par son activité, par son dévoùment, par l'impulsion qu'il donna à toutes les tendances de l'esprit humain , un exemple" et un modèle. Il laissa la Bavière au duc Arnolf; il souffrit que ce prince exerçât les droits régaliens , et vit avec plaisir la paix et la prospérité dont la Bavière jouit sous le gouvernement d'Àrnolf. 11 prit la même position à l'égard de Gisclbcrt , duc de Lotharingie ; et comme il connaissait le caractère mobile et impétueux de ce jeune prince, il tacha , comme nous l'avons déjà remarqué , de le gagner et de le contenir en lui faisant épouser sa fille Gerberga, qu'il avait eue de Malthidc. Pour maintenir les Franks dans leur ancienne bienveillance à son égard , il favorisa de toute manière la maison priucière de laquelle était sorti le roi kunrad. Non-seulement il accorda volontiers que le frère de Kunrad , Ebcrhard , qui le premier l'avait salué roi , se considérât comme duc des Franks , mais il aida encore dans une diète tenue à Worins un cousin de ce prince , Hermann , à devenir duc des Allemanni , lorsque le duc Buchard eut trouvé en Italie une mort indigne, ne laissant après lui qu'un fils au berceau. Et pour ne pas impliquer aussitôt ce nouveau duc dans d'anciennes querelles qui auraient pu mettre eu danger sa sûreté et la tranquillité de l'empire, il ménagea dans cette même diète un accommodement avec Kudolf , roi de Bourgogne. On abandonna à ce roi une partie de V Allemande t la plus voisine de ses États, parce que sa position lointaine dans les hautes montagnes en rendait la défense difficile ; mais Rudolf dut faire de son coté un grand sacrifice. Ce prince en effet possédait une lance d'un travail

CIIAP. VII. Ut

particulier, qui avait jadis appartenu a la pieuse mère de Constantin le Grand, a Sainte- Hélène ; sur sa hampe était une croix faite , à ce quo l'on croyait, avec les clous qui avaient été enfoncés dans les mains et dans les pieds du Sauveur du monde (2). Il lui fallut remettre au roi des Tcntschs cette relique, à laquelle non-seulement Ilcinrich, mais aussi plusieurs de ses successeurs attachèrent un grand prix. Et ainsi la paix ne fut pas troublée. Le duc Hermann chercha ensuite a se concilier les Allemanni , tout en assurant à sa maison les richesses qui lui étaient nécessaires, par son mariage avec Regulinda, veuve de Burchard. Toute la famille des princes hessois fut maintenue par la continuelle bienveillance de Ilcinrich dans les bonnes dispositions avec lesquelles elle l'avait salué lors de son avéuement à la dignité royale.

Il n'est pas douteux non plus que Heinrich n'ait acquis sur tout l'avenir du peuple tentsch une grande et durable influence , en grandissant et en fortifiant 1rs villes ou en en fondant de nouvelles. Sans doute on ne peut indiquer rigoureusement tout ce qu'il fit et tous les résultats qu'il obtint sous ce rapport ; mais probablement ceux qni pensent que Heinrich établit seulement quelques châteaux forts comme lieux de refuge contre les Hongrois se trompent tout autant que ceux qui le regardent comme le fondateur des premières villes bâties dans l'intérieur du Teutschlaud.

En effet , nous avons déjà remarqué précédemment que jusqu'aux temps de Karl le Grand , l'histoire ne fait expressément mention d'aucune ville, à l'exception peut-être d'Erfurt, dans leTcutschland, que bornent le Rhin cl le Danube. Il n'est jamais question que de petites localités ou de tillœ. .Mais nous avons raconté de Karl le Grand qu'il fit construire trois villes : deux pour servir de remparts contre les Slaves; .l'une , Halle , sur la Sale ; l'antre aux environs de Magdobourg , et la troisième de l'autre côté de l'Elbe contre les Danois. Mais quelques villes n'auraient-ellcs pas existé antérieurement à Karl le Grand? Cela n'est pas plus impossible qu'il ne l'est que plus de trois villes aient été fondées par lui. Dans le fait , Bardenwik , Magdebourg et Mersebourg paraissent avoir été des villes déjà avant Karl le Grand. Le nom même de Bardenwik, comme nous le remarquerons tout à l'heure , indique une ville , et ou eu

trouve un témoignage dans l'importance que Bardcnwik avait déjà sous Karl comme place de commerce. Il semble également qu'il est parlé de Magdcbourg comme d'une ville , H bitmar l'historien , évèque de Mcrsebourg vers la fin du xr siècle , regardait cette ville comme tellement ancienne, que, dans son ignorance de l'histoire des temps antérieurs, et trompé par le nom , qu'il dérive de Mars, il se croit forcé d'en attribuer la fondation à Jules César. Puis, après [a mort de Karl, quelques villes paraissent suecessivemaut dans l'histoire, particulièrement depuis la mort du roi Arnolf. Les villes plus anciennes qui avaient existé antérieurement à Karl le Grand avaient peut-être été fondées par les Saxons et les Thuringicns pour la sécurité de ces peuples contre les Slaves, comme Karl lui-même fit élever contre ces peuplades deux des trois villes dont nous avons parlé. Et il se peut qu'après le grand empereur , par suite des guerres continuelles avec les peuples slaves et des incursions et des brigandages d'abord des Nordmans puis des Hongrois, le môme motif ait toujours amené des fondations nouvelles. Mais les Slaves, de leur côté, ne négligèrent pas non plus d'opposer constructions à constructions. Quoi qu'il en soit, il est presque nécessaire d'admettre que des peuples voisins qui , à travers une série de générations, vivent presque sans interruption en état de guerre et sont incessamment exposés à des attaques réciproques , construisent des fortifications pour trouver des points d'appui dans la défense, un refuge pour leur vie et leurs trésors, un abri pendant le temps du danger. Mais lorsque la construction de semblables forteresses sur les frontières ne suffit plus , mais qu'il en établit de semblables même dans l'intérieur , il est dans la nature des choses que par elles on cherche avant tout à protéger ce que les hommes ont de plus sacré et de plus précieux. Aussi peut-on admettre, sans hésiter que l'on chercha particulièrement à fortiÛer et à transformer en villes les sièges épiscopaux de l'intérieur du Tcutschland , et ensuite les endroits fixés pour les marchés, pour le commerce et le trafic : les premiers , parce qu'ils renferment des trésors inviolables et que rien ne peut remplacer; les seconds, parce qu'ils contenaient le nécessaire et l'utile, qu'il était difficile d'acquérir. Dans le fait, Hambourg est déjà appelé une ville dans l'histoire

de la fondation de l'archevêché par Ludvug 1» Pieux , sans aucun doute parce que des mesure* furent prises aussitôt pour la défense de cet?* fondation sainte , et WiirUbourg , la résidence d'un évèque, appelée précédemment uo lieu , porte le titre de ville longtemps avant Hcinrich Ier.

Dans les auteurs comme dans les diplômes du ixe siècle et de l'époque suivante , les lieui que nous appelons villes sont désignés par des expressions latines, lesquelles impliquent , il est vrai , des idées qui ne peuvent nullement s'appliquer aux villes teutsches antérieurement a Heinrich I". En tcutsch , on semble avoir habituellement employé , pour- les remplacer , deux mots dont les nuances de signification sont difficiles à préciser; ces mots sont : tvik ou trWA et burg. Peut-être , dans l'origine , le mot t\ik désignait-il une ville plus petite; burg une ville plus grande. Peu à peu cette distinction se perdit : le mot tetA semble s'être maintenu de préférence dans le nord du Teutschland , tandis que le mot bttry devint dominant dans le midi. Le mot stait (ville), qui l'a emporté sur les autres , parait avoir une origine plus récente. Il semble qu'il prit naissance lorsque ces fondations curent acquis de la consistance et prospéré, et qu'il y eut des places {ttatte) stables pour la vie , les communications et la civilisation des hommes. I,es premières villes du Teutschland n'avaient certainement rien de commun avec les villes de l'empire romain et celles des temps modernes , si ce n'est peut-être leur clôture et leur séparation d'avec les campagnes dont elles étaient environnées. Dans le principe , ce n'était que des espaces vides entourés de terrassements et de fossés , ou même de murs ; c'étaient des retranchements destinés aux seuls guerriers en temps de guerre et de danger. Quelques-unes, établies sur les points menacés des frontières, avaient peut-être une garnison permanente , renouvelée de temps à autre, et chargée moins de défendre les frontières que de surveiller l'ennemi. Karl le Grand , comme nous l'avons raconté , se servit de ses bandes pour des garnisons de cette espèce ; et ses successeurs suivirent probablement cet exemple , autant que les circonstances le permirent. Sans aucun doute on disposa des bâtiments pour ces garnisons dans l'enceinte des fortifications. I,es hommes qui formaient la garnison s'appelaient vraisemblable-

mont , lorsqu'ils faisaient ce service de château ou de forteresse, hommes de château ou de forteresse {teikmamen ou burgmannen) , de même que dans le service des bandes, ils s'appelaient hommes de bandes ( scharmannen ) ; il se peut que leur commandant ait porté de bonne heure le nom de teikgraf ou burggraf ( comte de château). Comme au moment du danger les habitants des campagnes voisines, qui ne pouvaient prendre les armes, se réfugiaient derrière ces murailles protectrices, on entreprit certainement aussi sur plusieurs points des constructions plus étendues, d'autant plus qne la garnison avait des besoins qu'il fallait satisfaire et pouvait aiusi faire vivre un certain nombre d'individus. Mais lorsque dans la suite du temps on fortifia les sièges épiscopaux et les localités qui servaient de marchés et de places de commerce , les ouvrages de fortiOcation durent nécessairement recevoir une étendue considérable , et les relations sociales des hommes qui vécurent désormais dans les villes durent recevoir une certaine forme , bien que l'histoire ne puisse en indiquer le développement à cette époque. I*a défense resta certainement confiée au vvikgraf ou burggraf , soit que celui-ci eût constamment sa résidence dans la ville, soit qu'il ne fût nommé que pour le temps du danger ; mais l'évoque , son clergé , les autres individus qui se trouvaient dans la ville, sous la protection ou au serv ice de l'Église, durent entrer dans de nouvelles relations et s'efforcer de les régulariser. I.c danger continuel dont on était menacé par des ennemis pillards attira sans doute sur .divers points et peu à peu dans ces asiles une telle aflluence de population , qu'elle 'ne put être tout entière contenue dans l'enceinte des murailles. Aussi des constructions furent-elles élevées en dehors de cette enceinte, où de grands seigneurs bâtirent des maisons pour leurs hommes près de la ville comme dans la ville elle-même; et, le besoin de protection devenant toujours plus grand , ces constructions extérieures devinrent quelquefois si considérables, qu'elles le cédaient a peine aux anciennes fondations. Ainsi s'élevèrent les faubourgs et les villes neuves à côté des villes vieilles. Deux générations déjà avant Heinrich I", Hambourg avait un faubourg; avant Heinrich, Mersebonrg avait une ville vieille , l'Altcnbourg; par conséquent elle avait aussi une ville neuve, et

j il est plus d'une fois aussi question de celle-ci. Mais, dans les derniers temps des rois karolingicus, le développement des villes dans le Teutschland avait été interrompu , à ce qu'il parait. Les rois, toujours plus faibles, entraînés vers le sud et l'ouest , sans autorité et sans pouvoir, pillés et réduits à la pauvreté au milieu de luttes et de combats continuels, se virent dans l'impossibilité de recruter ou d'entretenir les troupes du palais , cette espèce do corps franc qui avait existé sous Karl le (irand sous le nom de francique. Qui aurait été disposé h les servir volontairement, puisqu'ils n'avaient plus rien à donner? Si donc les anciennes fortifications continuaient d'offrir un abri à ceux qui se trouvaient dans leur sein , elles ne pouvaient pourtant servir de point de départ à des entreprises contre les irruptions soudaines de l'ennemi. Les rois suivants, après l'extinction des Karolingiens légitimes, Arnolf, I.udwig l'enfant, Kunrad le Franconien, n'avaient eu ni les moyens ni le pouvoir d'arrêter cette décadence. I.es princes seuls et les seigneurs de chacun des peuples teutsohs , et peut-être aussi quelques évêques, s'étaient çà et là intéressés aux villes, et s'étaient efforcés d'en prévenir la ruine (5).

Dans cet état de choses, Heinrich le Saxon arriva au tronc. Dans les premières années de son règne , les circonstances dont nous avons parlé lui donnèrent beaucoup d'occupations, et il lui fut sans doute difficile de s'inquiéter des villes; mais probablement il avait reconnu depuis longtemps qu'elles étaient aussi nécessaires pour la défense de l'empire que pour les progrès de la civilisation de la nation teutsche. Aussi , dès qu'il eut réuni l'empire et arraché ou acheté quelque repos aux Hongrois, il tourna son attention vers les villes : il agrandit et augmenta les fortifications de celles qui existaient; il y construisit des faubourgs, et dans ceux-ci des églises , pour donner une place à la population pauvre , et pour ramener à la tranquillité et à l'ordre des hommes abrutis ; il fonda des villes nouvelles et tâcha de leur procurer une population stable; il favorisa enfin les anciennes et les nouvelles , et les encouragea de toute manière à cause de l'importance qu'elles pouvaient avoir. Ijcs villes anciennement bâties sur le Rhin et sur le Danube ne lui étaient pas inconnues. Peut- être leur image se présentait-elle à son esprit. Mais, par

IlISTOJKli 1)1 PEUPLE ALLEJIAiM».

sa position à l'égard des ducs et des peuples du Tcutscliland, il était forcé de restreindre son action immédiate aux nations immédiatement placées sous sa direction, aux Saxons et aux Thuringicns; et par la nature du système féodal et la contrainte du service, il était, sous plus d'un rapport , gêné , même chez ces nations , dans l'accomplissement de ses vwnx.

Witikind , moine de Corvci , a résumé en peu de pages, et en termes vagues, tout ce que Hcinrich ût ou ordonna pour les villes , sans aucun doute avec l'assentiment des princes et des seigneurs de Saxe et de Thuringe; ses indications ne sont pas sans obscurité , et par là même elles ont engendré dans la suite du temps beaucoup de fables , d'exagérations et de conjectures. Mais on ne peut les comprendre que par l'enchaînement des faits , tel que nous avons essayé de l'indiquer ; et, comparées avec cet enchaînement, elles semblent se résumer dans les données suivantes, qui nous paraissent tout à fait d'accord avec l'état des relations.

Parmi tous les propriétaires fonciers obligés au service ou soumis à l'hériban , un homme était choisi sur neuf pour demeurer dans une ville. Il préparait des habitations pour ses huit compagnons d'armes, et veillait a ce qu'il y eût des magasins approvisionnés ; car ces huit individus obligés au service devaient semer . tailler et récolter pour eux-mêmes et pour le neuvième, pour l'habitant de la ville, et envoyer a la ville le tiers de tonte leur récolte, aûn qu'elle y fût conservée et tenue en sûreté. Eu cas de danger, ils devaient ensuite se rendre tous dans la ville, où ils trouv aient une défense, nn point d'appui pour l'attaque , et des subsistances. Et l'on s'occupa jour et nuit, avec la plus grande ardeur , de la construction des villes. On s'exerçait aussi pendant la paix à ce qu'il fallait faire pendant la guerre. Enfin, pour que les villes offrissent plus d'attraits à l'aucicn esprit de liberté des Tcutschs, qui, de toute

fermaient qu'une place inhabitée , où Ton trouvait seulement un refuge en cas de danger. Et par ces règlements, Hcinrich avait assurément jeté dans la vie des semences féconde» qui devaient se développer dans la suite dn temps et produire de grands et beaux phénomènes.

Il est difficile de dire avec quelles dispositions les contemporains de Hcinrich acceptèrent dam l'origine ces institutions, et jusqu'où ils en apprécièrent l'importance. Mais si d'un côté la victoire qu'il remporta sur les préjugés et le succès avec lequel il introduisit de semblable» modifications témoignent d'une grande supériorité de génie et d'une action énergique sur les esprits, il n'est pas douteux d'autre part que l'influence bienfaisante de ses établissements fût bientôt reconnue de tous, et devint sensible pour tous. Par là son autorité royale dut singulièrement gagner. Il passa aux yeox de tous les peuples tcutschs pour le premier homme de son siècle; il fut pour tous les princes de son temps un exemple et un modèle , et par conséquent il fut véritablement leur roi. I^s Saxons s'attachèrent à lui avec amour et un respect toujours croissant; car jusqu'alors ils avaient eu le pénible sentiment de la supériorité des Francks, et ils s'étaient considérés comme une nation asserv ie ; maintenant , au contraire, ils avaient secoué, grâce à lui, leur ancien joug, et ils jetaient autour d'eux, en peuple dominateur , des regards d'orgueil sur les autres nations. Hcinrich lui-même se montrait chaque jour meilleur , plus digne d affection , plus noble , plus admirable. Il remplissait avec une humble dévotion les devoirs que la religion impose , et faisait pénitence de ses moindres fautes. Il était libéral envers tous , et ne repoussait jamais les prières qu'on lui adressait, il s'abandonnait volontiers à la plaisanterie et à la gaité ; mais, au milieu même de ses amis les plus intimes , il conservait une telle

antiquité, avaient eu de la répugnance pour les dignité, que jamais aucun ne s'oublia en sa

murailles et les retranchements, et alin qu'elles pussent s'élever plus certainement à la position de sièges du commerce et de la civilisation , le roi ordonna que dorénavant toutes les diètes, toutes les assemblées de canton et tous les tribunaux, bien plus, que toutes les réunions sociales ne se tiendraient plus que dans les

présence. Il brillait au dessus de tous dans les exercices du corps , par sa force , par son agilité, par son adresse, par sa souplesse et par sa persévérance. C'était le chasseur le plus déterminé, et, dans une seule chasse, il abattait sans peine quarante pièces de gibier et plus. 11 l'emportait également dans le maniement des

villes. On ne permit plus d'élever en dehors armes et dans les jeux militaires, qui, des le des villes de ces fortifications qui ne ren- | temps de Tacite, étaient le plaisir le plus cher

UV. XIV , CHAI». Mil.

des Tculschs , et que ces peuples ne négligèrent pas plus tard , môme aux époques les plus désastreuses. Bien plus , il donna une attention toute particulière à ces jeux guerriers; car il semble que ses Saxons conservaient encore le système militaire de leurs aïeux, et qu'en particulier ils manquaient encore de cavalerie. L'ancien ordre de bataille germanique, disposé en coin, avait, il est vrai, lutté avec avantage contre les masses épaisses des légions romaines, et les avait dispersées par des coups terribles ; mais il était moins favorable contre les Nordmans, qui combattaient en partisans, contre les Slaves, si habiles cavaliers , et contre les Hongrois, insaisissables : il fut surtout sans puissance contre ceux-ci. Heinricb songea à remédier à cet inconvénient par des exercices militaires, auxquels il espérait engager ses sujets par son propre exemple ; et il tâcha de la môme manière de former une cavalerie qui , par son armement , son agilité , son habileté , et par sa combinaison avec l'infanterie , inspirât aux Hongrois des craintes pour les avantages qu'ils avaient eus jusqu'alors , et put assurer même à son infanterie une action décisivo contre cette race. Il paraît qu'il réussit dans cette tentative comme dans toutes ses autres entreprises, parce qu'il cherchait à atteindre son but non par des ordres , mais , selon l'usage des princes teotschs des anciens temps , par sou propre exemple , par ses actes et par ses vertus.

.Mais en trouvant ainsi sa position , en augmentant ses forces , en donnant un nouvel essor au génie de son peuple, il crut devoir aussi mettre ses projets à exécution, et, avaut tout, mettre on terme , autant que cela serait possible, aux malheureuses querelles avec les peuples slaves sur les frontières orientales du Teutschland. Ces querelles, il est vrai, semblaient ne pouvoir finir que par l'entière soumission des Slaves. Le succès dépendait naturellement de la fortune et des circonstances ; mais, en tout cas , les Slaves , qui étaient voisins de l'empire , devaient être mis, pendaut la paix avec les Hongrois, hors d'état de faire cause commune avec ceux-ci. L'affaiblissement de leur puissance semblait seule rendre possible de braver les Hongrois et de délivrer à jamais le Teutschland de la honte du tribut.

DER.MÈKES APi.NÉES DE HEINRICH 1* . —

LES l'ELTLBS SLAVES UOM1TÉS. VIC- TOIRES SUK LES HONGROIS.

De I'ûd 026 à l'an 93C.

On ne nous a transrois que des indications vagues sur les expéditions de Heinrich I" contre les peuples slaves. On ne nous apprend avec exactitude ni les années où les guerres ont en lieu , ni le nombre des campagnes ; les événements eux-mêmes sont fort peu connus. Il est donc à supposer que ces guerres , à peu d'exceptions près , n'ont offert rien de particulier. Tout ce qui est évident , c'est qu'elles furent faites avec une grande exaspération et avec une cruauté inaccoutumée. Heinrich sentait peut-être que du résultat de ses entreprises dépendait le sort de l'empire , et que la réunion et le rétablissement do celui-ci seraient sans durée , ses établissements et ses institutions sans consistance , si les peuples slaves restaient dans leurs anciennes relations à l'égard du peuple teutsch , et le mettaient ou le menaçaient continuellement de lo mettre en danger. 11 jugea probablement aussi nécessaire de faire sentir ou de manifester par des victoires la valeur et l'excellence de ses innovations, afin d'y attacher son peuple. Aussi fit-il cette guerre avec vigueur , avec énergie, avee opiniâtreté : il voulait être vainqueur, et il fallait qu'il le fût. Son peuple, se rappelant tous les maux auxquels il avait été si longtemps exposé par le inanquo continuel do sécurité causé par les incursions et par les brigandages des tribus slaves , aigri surtout par la connivence que les terribles Hongrois avaient trouvée chez ces peuples danscesderniers temps, profita peut-être de l'ardeur du roi pour venger tant des griefs. De leur côte, peut-être les Slaves reconnurent que maintenant la guerre se faisait d'une autre manière et dans un autre but que depuis le temps de Karl le Grand , et qu'il s'agissait d'être ou de n'être pas. Aussi mirent-ils tout en œuvre pour conserver leur indépendance; ils combattirent avec la dernière énergie , en vinrent jusqu'à la rage du désespoir , et par là excitèrent chez les guerriers teutschs une colère terrible qui les porta trop souvent à faire un insolent et criminel abus de leur fortune. Car les malheureux Slaves avaient perdu du temps; ils n'avaient pas profité des levons du malheur et du besoin pour créer une puissance

par la réunion [de leurs forces. Ils se présentèrent contre le roi Heinrich tout aussi divisés et tout aussi morcelés qu'ils l'avaient été contre Karl le Grand. Aussi , malgré la plus grande bravoure et malgré les derniers efforts, ils furent hors d'état d'arracher la fortune aux Teutschs. Tout le pays slave jusqu'à l'Oder fut soumis et rendu tributaire, bien que beaucoup d'hommes conservassent encore on eux l'ancien esprit national et continuassent , dans les temps suivants , leurs efforts pour rétablir l'indépendance de leur patrie.

Heinrich commença , à ce qu'il semble , son entreprise contre les llevellcs, qui, vraisemblablement, avaient été appelés ainsi par les Teutschs, parce qu'ils habitaient les bords du Havel. 11 les fatigua par plusieurs combats. Puis, au milieu de l'hiver, il parut tout à coup devant leur ville de Brcnnabourg , nommée plus tard Brandebourg, établit son camp sur la glace, et força la ville non-seulement par l'épée , mais aussi par la famine et par le froid. Puis il tourna ses armes contre les Dalcminziens , les vieux amis des Hongrois, contre lesquels il avait déjà éprouvé , quelques années auparavant, ses talents militaires et sa bravoure. Ils possédaient la rive gauche de l'Elbe, non loin des frontières de Bohême. Il attaqua leur ville de Grona ou Granna, et la prit par assaut, à ce qu'il semble, le vingtième jour. Et elle eut à subir un sort cruel, cette ville : elle fut livrée au pillage; tous les hommes faits furent massacrés; les enfants des deux sexes furent emmenés en captivité. Il parait que cette barbarie remplit les autres peuples de crainte et de terreur ; car les Abodritcs , les Wiltzcs , les Redariens (I), se soumirent vraisemblablement sans combat, et consentirent à payer tribut. Les Milzes aussi fureut frappés d'un sort bien dur. Le roi fit éclaircir et nettoyer une montagne couverte de bois sur les bords de l'Elbe , dans le pays des Dalcminzicns ; il y bâtit une ville qui , d'une petite rivière qui coule sur le côté septentrional de la montagne, prit le nom de Mcissen ; et, du sein de cette ville, il dompta les Milzes et les força à payer tribut On ne dit rien des Sorabes et des Siusies , qui , dans les temps antérieurs, avaient souvent été si dangereux. Peut-être étaient-ils enfin fatigués et reconnaissaient-ils la suzeraineté de l'empire tcutsch; peut-être furent-ils intimidés par une expédition que Heinrich entreprit contre les Bo-

hèmes, vraisemblablement à travers leur pay*. Car les Bohèmes aussi avaient de nouveau cherché à se soustraire à la domination des Teutschs; et pourtant ils n'avaient pas même su étouffer leurs discordes intestines. I>eu\ frères, Wenceslaw et Bolislaw, régnaient, à ce qu'il parait, sur les Bohèmes, de telle sorte que le pays en deçà de l'Elbe était soumis au premier, et le pays au delà de l'Elbe, au second : peut-être des officiers appelés sous-rois gouvernaient chaque province. Wenceslaw était chrétien et avait sa résidence à Prague; Bolislaw tenait encore à la religion de ses pères. Ils pouvaient s'accorder dans le désir de se délivrer des Teutschs; mais la différence de religion , la jalousie et d'autres passions les empêchaient de se soutenir efficacement. Il fut d'autant plus facile au roi Heinrich de ramener à la soumission une partie au moins des Bohèmes. Il vint devant Prague avec une nombreuse armée, et le roi se vil forcé de se rendre aux Teutschs avec la ville. Heinrich leva le tribut des Bohèmes; et afin de tenir ceux-ci d'autant plus sûrement dans la dépendance , il se montra humain et doux , et favorisa de tonte manière le prince Wenceslaw. Par là il fit que celui-ci resta toute sa vie dans sa fidélité; mais il fit aussi que la discorde des deux frères tourna en une inimitié irréconciable.

Pendant ce temps, les Redariens semblent avoir profité de l'expédition du roi en Bohême pour essayer de reconquérir leur liberté. Us se soulevèrent , assaillirent la ville de Wallisleben , s'en emparèrent, en massacrèrent tous les habitants ou les traînèrent en servitude, etenfia ils livrèrent la ville aux flammes. A la vue de cet incendie se soulevèrent aussitôt toutes les tribus slaves, qui, vaincues par les armes des Teutschs ou par leur propre terreur, avaient consenti à payer tribut. Heinrich ne vit peut-être pas sans inquiétude ce mouvement ; mais û ne jugea pas à propos de se mettre en campagne, même pour étouffer ces troubles, soit que sa présence fût nécessaire parmi son peuple, soit qu'il regardât comme au dessous de lui d'infliger aux rebelles le châtiment qu'ils semblaient mériter; soit enfin qu'il voulût éviter de faire paraître cette ré\o!tc comme importante. Il remit le commandement de l'armée à deux comtes, Bernhard et Thictmar, et leur donna Tordre d'attaquer et de prendre la ville des Redariens, appelée Lnnkini ou Luncin, et que, pour celle

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