‹ Histoire d'AllemagneChapitre 31 sur 100 · LIV. XIV, CHAI*. VIII · texte numérisé non relu

LIV. XIV, CHAI*. VIII

raison , on croit retrouver dans Lenzcn ; il ût en môme temps mettre en marche un corps de troupes qui devait prendre garnipn dans la ville une fois prise. L'armée arriva devant la ville et commença le siège. Le cinquième jour, les espions annoncèrent aux généraux qu'une grande armée de barbares approchait dans l'intention défaire, la nuit suivante, une attaque sur le camp. Les Saxons restèrent donc sous les armes , et attendirent l'ennemi. Mais une pluie abondante et une profonde obscurité rendirent impossible aux barbares l'exécution de leur projet. Le lendemain matin , les Saxons reçurent tous la sainte Eucharistie , et s'engagèrent les uns envers les autres , d'abord les chefs, puis le reste de l'armée, par un serment solennel , à ne pas reculer , à ne pas chanceler , mais à se soutenir fidèlement et fermement dans le combat que l'on al lait livrer. Ensuite Thictmar, suivi d'une faible escorte, alla examiner la position et la situation de l'ennemi. Il se trouva que celui-ci n'avait que peu de cavalerie, mais une multitude prodigieuse de fantassins; mais que toutefois cette infanterie était en si mauvais état , qu'il fallait que la cavalerie la poussât en avant. On résolut aussitôt une attaque, quoique l'on eût passé la nuit sans sommeil. Bcrnhard resta devant la ville. Thietmar conduisit l'armée à l'ennemi. La bataille fut rude. Les deux partis essuyèrent des pertes considérables. Les Slaves ne chancelèrent pas; Thictmar fut forcé de demander du secours au comte Bcrnhard. Celui-ci envoya quelque cavalerie sur les flancs de l'ennemi. Cette attaque inattendue mit le désordre dans les rangs des Slaves. Alors tout fut décidé d'un coup. Une partie des Slaves prilla fuite et fut massacrée; une autre partie chercha à se sauver dans la ville, et fut reçue par les guerriers de Bernhard. Beaucoup trouvèrent la mort dans un lac voisin. Toute l'armée slave fut anéantie. La victoire fut si grande, que deux cent mille hommes y périrent, dit-on. Malheureusement, une assertion qui mérite plus de croyance que celle-ci , c'est que le lendemain tous les prisonniers furent égorgés. Lorsque les défenseurs de la ville de Luncin virent cette affreuse issue , ils reconnurent le sort de leur peuple. Us sortirent sans armes de la ville, se rendirent avec leurs femmes et leurs enfants comme esclaves des vainqueurs , et abandonnèrent h ceux-ci tout ce qui appartenait soit à eux-mêmes , soij à leur

roi; puis tontes les tribus slaves se courbèrent de nouveau sous le destin dont ils n'avaient pu détourner les coups , et les frontières de l'empire tcutseh furent reculées à l'est plus loin que ne l'avaient jamais été les frontières de l'empire des Francks.

Mais cette œuvre, nécessaire peut-être dans son principe, probablement salutaire dans ses conséquences , en tout cas sanglante et déplorable en elle-même, avait coûté plusieurs années. Après qu'elle eut été accomplie , Hcinrich se sentit assez fort pour résister aussi aux Hongrois, car les autres frontières de l'empire étaient assurées; et sa cavalerie saxonne avait montré tant d'habileté contre les tribus slaves , qu'il pouvait lui accorder toute sa confiance. Il résolut donc de ne pas supporter plus longtemps la honte du tribut. L'historien Witikind lui met dans la bouche les paroles suivantes, qu'il aurait prononcées devant les Saxons assemblés, afin de les gagner et de les réunir pour cette nouvelle guerre ; paroles qui, malgré toute leur simplicité, font assez bien connaître l'état des choses : « Combien naguère l'empire était troublé , et de quels grands dangers il vient à peine d'être délivré ! c'est ce que vous savez mieux que personne, vous qui avez tant souffert des discordes civiles et des guerres du dehors. Maintenant vous le voyez pacifié et réuni par la bonté de Dieu , par nos efforts , par votre bravoure ; vous voyez les barbares vaincus et réduits a la servitude. Mais il reste encore une chose à faire : il est nécessaire de nous lever tous en commun contre nos ennemis communs , les Hongrois. Jusqu'ici je vous ai dépouillés, vous et vos fils et vos filles, pour remplir le trésor de ces Hongrois; bientôt je serai forcé de dépouiller les églises et leurs serviteurs; car que nous rcste-t-il encore de plus que la vie dans toute sa nudité? Songez à votre salut, et examinez ce que nous avons h faire. Me faut-il arracher au service de Dieu nos trésors sacrés pour les livrer aux ennemis de Dieu? ou dois-jc employer l'argent au plus grand honneur du service de Dieu, afin que nous soyons délivrés par celui qui est notre créateur et notre sauveur? » A ces mots, le peuple éleva avec de grands cris les mains vers le ciel, et promit au roi son appui contre cette race odieuse. Le roi , plein de confiance dans cette alliance , refusa désormais de payer le tribut qu'il avait promis aux Hongrois, et

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renvoya chez eux, les mains vides, les députés de ce peuple chargés de venir chercher l'argent. Vraisemblablement ceci eut lieu dans l'été de l'année 932 ; et cela eut lieu avec l'espérance qu'il serait impossible aux Hongrois de recommencer la guerre avant le printemps de l'année suivante.

Mais celui qui est constamment prêt à la guerre n'a pas besoin de préparatifs. Tandis qu'en l'année 952 des bandes considérables de Hongrois, pillant et détruisant , parcouraient le Teutschland méridional , pénétraient jusqu'au Rhin, traversaient ce fleuve près de Worms , et lançaient leurs essaims à travers la Gaule pour revenir par l'Italie dans leur pays , une autre grande horde se montra dès l'automne de cette même année dans le Teutschland septentrional , pour tirer vengeance du roi des Teutscbs , qui osait braver leur colère : ils sentaient peut-être que leur fortune dépendait de la crainte de leur nom. On ne connaît pas le moindre détail de leur expédition ; mais ils avaient de grandes forces , et il semble qu'ils dirigèrent leur marche par la Bo- [ hême , et par le pays des Dalcminzicos , des Sorabcs et des Siusies , entre l'Elbe et la Mulde. Sans doute les peuples slaves dont ils traversèrent le territoire furent contraints à ! participer à leur entreprise. Les Daleminzicns j toutefois, sommés de se joiudro à eux, reje- 1 tôrent avec mépris les propositions de ces fa- | rouches barbares : ils avaient éprouvé com- j bien leur amitié était dangereuse, et la forte < ville de Mcisscn leur rappelait d'une manière \ terrible la puissance et la colère de Heinrich. Peut-être Heinrich , avec des troupes réunies à la hâte , s'était-il avancé jusqu'à la frontière de la Marche des Sorabcs, moins peutêtre pour combattre sur ce point les Hongrois i que pour les arrêter, s'enquérir de leurs forces et donner aux siens le temps de se préparer et de se réunir. Car on raconte que Heinrich fut battu par les Hongrois; qu'il se réfugia dans la ville de Bichin ou Bickni, et qu'il ne dut son salut qu'à celte ville ; mais des savants n'ont pu assigner de place à celle-ci que sur la Mulde, aux environs de Wurzcn. Or, si l'assertion de l'évôque Dithmar de Merscbourg est vraie, et si I explication des savants est exacte, ce fait peut d'autant mieux être placé dans ce temps, qu'il serait difficile de l'expliquer dune autre manière, et que l'on ne comprendrait jkis

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que Heinrich u'eùt rien fait ou rien tenté pour défendre son territoire contre les Hongrois, et qu'il eût attendu tranquillement, et bien loin dans l'intérieur du pays saxon, l'arrivée de ces ennemis pillards, leur laissant en proie la Thuringe, sans tirer même I'épée. La suite des événements s'accorde aussi fort bien avec cette conjecture.

Après la retraite du roi , les hordes des Hongrois se divisèrent en doux armées : l'une prit à gauche et fit irruption dans la Thuringe; l'autre, prenant à droite, descendit la rive gauche de l'Elbe. Evidemment ils avaient le dessein de tourner le Hartz, et de pénétrer en Saxe par deux points différents , pour détruire la puissance du roi dans sa racine. La première de ces bandes , qui s'était portée sur la Thuringe, bouleversa en tout sens le pays par de sauvages dévastations, et partout ces barbares apparurent d'une manière si soudaine , que les vénérables pères réunis alors même par le roi, dans un synode à Erfurt , n'eurent pas le temps de s'éloigner , mais furent forcés d'attendredans cette ville que l'orage eût cessé. La terreur précédait les Hongrois. La liesse et la Saxe tout entières furent frappées d'effroi. Bien loin en descendant le YVeser la désolation fut générale. Ceux qui ne purent trouver d'asile dans les villes cherchèrent à se sauver par la fuite , eux et leurs biens, et se cachèrent dans les bois, dans les marais et dans les cavernes. La forêt de Sollingen fut pour les moines de Corvei un refuge où ils mirent en sûreté leur vie et leurs trésors. Sur ces entrefaites toutefois, deux comtes saxons, Sigcfrid et Hermann , avaient réuni une armée. Avec elle ils repoussèrent les ennemis, attirèrent ensuite à eux des guerriers thuringiens, et livrèrent une bataille. Il est impossible de préciser l'endroit où cette bataille eut lieu ; les Teutscbs y remportèrent une éclatante victoire. Les chefs des Hongrois furent tués; beaucoup de barbares trouvèrent la mort ; tout l'essaim fut dissipé. Alors la confiance revint. Les ennemis disperses furent poursuivis et pris ; beaucoup aussi périrent de faim et de froid. C'est ainsi que la sûreté de la Saxe fut rétablie d'un côté.

L'autre bande des Hongrois, qui s'était dirigée sur la droite , avait pendant ce temps retardé sa marche, parce que le goût du pillage et la cupidité l'avaient arrêtée. Le roi avait une sœur que son père avait eue d'une concubine;

clic avait épousé un Thuringicn nommé Wido, et vivait dans une ville appelée Widonsbourg, et qui peut-être est Wittcnbcrg. Les Hongrois entendirent parler de cette princesse et de ses richesses en or et en argent. Ils se détournèrent donc de leur route , se dirigèrent sur Widonsbourg , traversèrent l'Elbe pour prendre la ville comme en passant et s'emparer des trésors. Mais ils rencontrèrent une résistance inattendue et vigoureuse. Cependant le roi Heinrich ne perdait pas de temps. Pour ne pas être entravé par des obstacles , il rassemblait son armée loin de là, dans un endroit qu'on appelle Raden ou Iliade , situé dans le Helingau , et dans le duché de Brunswick actuel. Là il attendait encore les Frisons , pour marcher aussitôt après leur arrivée contre les Hongrois. Ceux-ci venaient de donner en vain un vigoureux assaut à Widonsbourg, lorsqu'ils apprirent la double nouvelle que leurs compagnons qui étaient entrés en Thuringe étaient anéantis, et que le roi Heinrich avait réuni une armée avec laquelle il se proposait d'avancer contre euxmêmes. Inquiétés par ces nouvelles , Us levèrent aussitôt le siège , passèrent peut-être devant Magdebourg en descendant la rive gauche de l'Elbe, traversèrent ce fleuve au dessus de l'embouchure de I'Ohrc, et entrèrent dans le canton de la Thuringe septentrionale. Ils traversèrent ce canton , ainsi que le Mosegau, situé au nord-ouest , de manière à raser aussi la limite du Balsamgau , qui , situé au nord des deux précédents , était séparé par l'Ohre inférieure du canton de la Thuringe septentrionale. C'est ainsi qu'avec leur rapidité habituelle ils se rapprochèrent de Heinrich , avant que celui-ci eût eu connaissance de leur marche. Là ils dressèrent un camp pour mettre en sûreté le butin qu'ils avaient fait jusqu'alors , et ensuite ils coururent à l'attaque.

Heinrich fit sortir les siens du camp , et les rangea en bataille. Il parcourut les rangs, et adressa à tous quelques paroles de confiance et d'encouragement. « Ils devaient songer à leurs ancêtres, à leur patrie et à la liberté. Dieu les protégerait dans cette bataille comme il les avait protégés dans d'autres. S'ils tenaient résolument et fermement les uns aux autres , l'ennemi prendrait la fuite au seul aspect de la cavalerie. Peutêtre serait-ce la dernière bataille qu'ils auraient à soutenir contre cet ennemi. » Les guerriers répondirent à ces paroles par des cris de joie;

et aussitôt ce que le roi avait dit arriva. Les Hongrois prirent la fuite dès qu'ils virent les cavaliers saxons. Ceux-ci les poursuivirent ; mais la course des Hongrois était si rapide , que les Saxons n'en purent tuer ou prendre qu'un petit nombre. Aussitôt les Tcutschs se jetèrent sur le camp ennemi. Ils s'attendaient à une lutte opiniâtre ; mais les Hongrois laissés à la défense du camp , entraînés par la terreur générale , prirent la fuite et abandonnèrent tout le butin aux vainqueurs. Non-seulement ceuxci y trouvèrent une multitude de bestiaux et d'autres choses , mais encore ils eurent la joie de délivrer de l'esclavage et de renvoyer à leurs familles un grand nombre de femmes et de jeunes filles teutsches. Le roi engagea les siens à ne pas négliger les avantages du moment , et à ne pas perdre un temps précieux à se partager le butin. Et les Saxons suivirent volontiers ses avis. Une partie resta à la garde du camp ; les autres, fantassins et cavaliers, suivirent les traces des ennemis fugitifs. On n'en atteignit toutefois qu'un petit nombre ; mais la poursuite autour du Hartz, au delà de la Sale, ne fut arrêtée que lorsque les Hongrois eurent trouvé un abri derrière l'Elbe , dans le pays des Daleminziens.

Ce premier résultat heureux de la nouvelle tactique contre les Hongrois était sans contredit la plus grande importance; mais le roi ne s'en contenta pas. Il avait vu les Hongrois en fuite , mais il ne leur avait pas fait essuyer de défaite ; il leur avait repris le fruit de leurs pillages, mais il n'avait pas brisé leur force, et la perte qu'ils venaient d'éprouver pouvait enflammer d'autant plus leur cupidité. L'hiver était venu ; il ne pouvait les atteindre , il était hors d'état de pousser plus loin la poursuite; et lors même qu'il l'eût poussée jusqu'au pays qui désormais était la patrie des Hongrois, celte entreprise lui eût peut-être coûté plus cher qu'aux Hongrois eux-mêmes. Mais si les choses restaient dans l'état où elles se trouvaient et où Heinrich était forcé de les laisser , les Hongrois, comme on pouvait le prévoir, reparaîtraient au printemps suivant , et chercheraient au prix des plus grands efforts à ramener l'ancienne terreur de leur nom , qui s'était évanouie si soudainement devant la cavalerie saxonne. Dans ces circonstances , le roi crut nécessaire de tenir son armée rassemblée , afin qu'en présence du danger dont on était menacé , elle fût

à tout moment prête au combat. Il lui assigna îles quartiers d'hiver dans la Tliuringe septentrionale , et la plaça sous les ordres des comtes Wichmann, Hoger, Otto et llatto. Quant à lui , il séjourna dans son château de Werla.

Vers le printemps du l'année suivante , 953 , Heinrich apprit d'abord par la renommée , et bientôt par des lettres , que les Hongrois s'avançaient de nouveau. Aussitôt il prit ses mesures. Il ordonna aux comtes de renforcer leurs troupes par de nouvelles levées et de réunir tonte l'armée dans un lieu fixé. Ensuite il se rendit lui-même à l'armée , la conduisit en avant , dressa un camp dans une positiou convenable , et attendit l'ennemi. Les Hongrois approchèrent ; le roi , toutefois , se tint tranquille dans son camp et évita la bataille. Il voulait avant tout accoutumer de nouveau les siens à la vue et aux manières des Hongrois , en particulier les hommes qui ne s'étaient pas encore trouvés à l'armée l'automne précédent. Pour la même raison, il laissa aussi quelques détachements de cavalerie engager des escarmouches avec les j Hongrois , pour se convaincre lui-même et pour convaincre les siens que les ennemis n'avaient aucune supériorité. Enfin il fit sortir l'armée du camp et la rangea en bataille. Puis il envoya un corps d'infanterie thuringienne, soutenu d'un petit nombre de cavaliers, contre l'ennemi, pour le provoquer et l'attirer à attaquer l'armée bien ordonnée dans une position favorable. Pendant ce temps il exhorta les siens à se conduire bravement en leur adressant ces seules paroles : « Pensez à votre ancienne vertu. » Avec cette exhortation commença le combat. Il fut rude et terrible. Plus d'une fois la victoire balança. L'aile gauche des Tcutsehs, commandée par le comte Hoger , massacra une telle multitude de barbares, que ceux-ci parurent se précipiter dans la fuite la plus désordonnée, et que les vainqueurs les poursuiv irent avec trop d'impétuosité jusqu'à une position défavorable . Par là le désordre se mit parmi les Tcutsehs eux-mêmes; alors les Hongrois se rassemblèrent tout à coup, reprirent leurs rangs , et rétablirent le combat avec une telle fureur, que les Tcutsehs furent contraints à la fuite. Heinrich toutefois leur envoya le secours dont ils avaient besoin dans cette extrémité. Ainsi la bataille se soutint. Enfin, après une longue lutte, la victoire se décida pour les Tcutsehs. Les Hongrois pourtant , qui sentaient

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que cette bataille serait pour eux le commencement de grands désastres , parce qu'elle devait changer la position des peuples à leur égard, combattirent avec une sorte de désespoir. Il arriva donc que leurs chefs furent tués, que leurs enseignes furent perdues , que la plupart trouvèrent la mort, que très-peu restèrent sans blessures. La victoire fut complète, car le camp des Hongrois , avec tout le bagage , tous les équipages, tout le butin et tout le fruit de leurs pillages, tomba entre les mains des Teutschs. L'armée fut saisie d'un tel enthousiasme , qu'elle salua le roi Heinrich empereur. Et à mesure que se répandit la nouvelle de cette victoire, des cris de joie, de reconnaissance et de respect retentirent dans tous les cantons teutschs. Mais lui-même, le roi victorieux , rapporta tout l'honneur à Dieu, qui lui avait aussi donné ce bonheur , et porta les regards d'une reconnaissante modestie sur l'accomplissement de sou vœu le plus cher.

Auparavant déjà , lorsque le roi combattait encore les peuples slaves , )cs Danois semblent s'être mêlés de ces querelles pour soutenir les tentatives des tribus slaves. I>cs hostilités continuèrent peut-être pendant la guerre contre les Hongrois. Un écrivain , Adam de Brème , qui n'écrivit , il est vrai , que quelques générations après ces événements , mais qui se vante d'avoir lu beaucoup d'ouvrages relatifs à cette époque , assura que les Danois exercèrent de grands ravages en Saxe, au delà de l'Elbe, et à la fin même en deçà de ce fleuve. Ce qui est certain , c'est que maintenant , après avoir vaincu les Slaves et les Hongrois , Heinrich crut nécessaire de faire sentir aux Danois aussi la puissance des Teutschs. Mais, de ce côté, c'était faire peu de chose que de se borner à chasser l'ennemi, la situation et les relations de l'empire tcutsch à l'est , au sud et à l'ouest , exigeaient que l'angle septentrional de la Saxe fût mis en sûreté d'une manière durable contre les irruptions des Danois, auxquelles il semblait livré sansdéfensc. Ce but important paraissait ne pouvoir être atteint que par deux choses : d'altord il fallait établir une Marche de l'autre côté de l'ancienne frontière entre les Danois et les Teutschs; car l'expérience de tout un siècle avait appris que l'Eider, avec ses murs et ses retranchements , présentait un rempart trop faible pour que la paix put se maintenir sur ses lx>rds ; en second lieu , il était nécessaire de décider les Danois à

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embrasser la foi chrétienne; car l'antagonisme interminable entre le christianisme et le paganisme ne laissait subsister aucun repos ni se former aucunes communications paisibles entre ces peuples voisins et d'une origine commune; et les semences de la doctrine chrétienne , répandues parmi les nations septentrionales par Ansgarius,Riinbcrtus et d'autres hommes pieux, avaient péri sur un point par défaut de culture; snr d'autres , elles avaient été violemment arrachées du sol. Nulle part elles n'avaient donné de fruits. Heinrich forma la résolution d'instituer la Marche et de fonder le christianisme parmi les Danois.

11 entreprit l'expédition l'an 954. Mais sur ce fait aussi nous n'avons quo des renseignements très - vaguos ; nous ne connaissons pas ses actions. Il fit passer l'Kider a son armée , remporta , dans une bataille livrée près de Schleswig , une grande victoire sur les Danois , brisa par là leur puissance , et les força vraisemblablement à une paix par laquelle ils lui cédèrent le pays depuis l'Eider jusqu'à la Schlei. Le roi fil de ce territoire un margraviat qui prit lo nom de Schleswig. Le margrave établit sa résidence à Schleswig même; des guerriers «axons l'entourèrent, et en général on y envoya des colons saxons. Puis Heinrich voulut voir anssi la croix élevée parmi les Danois. Aussitôt , dans l'automne de cette même année, Lnni , archevêque de Hambourg ou de Brème , se rendit en personne à Schleswig, afin de ne pas rester , dans son zèle pieux , en arrière de ses vénérables prédécesseurs, et d'étendre aussi loin qu'il sorait possible le cercle de son autorité épiscopale. Une grande partie du clergé de Brème , poussée par le même zèle et par son respect pour le pieux pasteur , suivit l'archevêque; beaucoup de moines le suivirent également. De Corvei seulement, neuf religieux entreprirent ce dangereux voyage. Le roi des Danois s'appelait Caurm. Ce prince, auquel Heinrich avait fait la guerre et avec lequel il avait œnrlu la paix, était un ardent ennemi du christianisme, sans doute parce qu'il voyait avec dégoût les artifices et les intrigues des prêtres, et parce qu'il ne voyait dans la croix que le signe d'une domination étrangère, linni essaya en vain sur ce roi son éloquence et son «voir ; les menaces même de Heinrich n'eurent ancun succès. Mais le fils de Gaurm , nommé Hariold , se montra plus accessible , parce que [

sa jeunesse éloignait encore de lui la méfiance qui dominait le coeur de son père. La même lutte se rencontra dans la nation danoise. Toutefois les prêtres chrétiens pénétrèrent partout par les portes que la victoire de Heinrich leur avait ouvertes , et bientôt ils élevèrent sur di* vers points des églises chrétiennes. L'archevêque Unni nomma des chefs à ces églises , et se rendit ensuite en Suède pour annoncer aussi l'Évangile parmi ce peuple. Là aussi il vit ses travaux réussir, et beaucoup d'hommes confessèrent le nom de Jésus-Christ.

Le roi Heinrich avait désormais achevé son œuvre; il se trouvait dans tout l'éclat d'une gloire sans tache ; il était , dans ce siècle , le premier roi du monde. Peu de princes ont atteint autant et de si grandes choses que lui , parce qu'il n'eut qu'une seule pensée, celle d'être utile à son peuple, et parce qu'il ne fit jamais valoir la dignité dans son propre intérêt, pour la domination et la puissance , pour le faste etIesjouissances,mais seulement pour la sûreté, l'honneur et le progrès de la patrie. Comme il ne vexa personne , personne ne fut son ennemi. Comme il n'abusa jamais de sa bonne fortune , chacun lui reconnaissait avec plaisir sa gloire. Au milieu de ses victoires , il fut et il resta , distingué par toutes les vertus guerrières , due des Saxons et des Thuringiens ; et son nom de roi n'eut de valeur qu'auprès des autres peuples teutschs , saisis d'une profonde admiration qu'ils ne pouvaient refuser à ses exploits et à ses succès. Il chercha sa puissance dans la confiance , sa splendeur dans l'amour de son peuple; il fut d'autant plus grand, qu'il parut moins connaître son autorité, d'autant plus fort qu'il se montra plus modéré dans sa force. Ainsi il mérita partout les éloges des cœurs nobles et généreux , et il évita l'envie et la malveillance des âmes vulgaires. Ainsi, du champ lointain de ses victoires, sa tête sans tache n pandit par tous les cantons du Teutschland un éclat plus pur, que s'il s'était montré dans tous les cantons teutschs le front orné d'une couronne d'or et de pierres précieuses. Il fut le roi de tous les Teutschs, parce qu'il fit naître en tous le désir de l'avoir pour roi.

On raconte que Heinrich , après avoir vaincu les Slaves, les Hongrois et les Danois, songea à une expédition en Italio et à Homo (2). Mais ce récit mérite peut-être peu de foi. Heinrich , qui n'avait pas jugé à propos de recevoir

même la ronronne royale, ne désira nullement sans doute la couronne impériale , qui pouvait tout aussi peu augmenter sa gloire que sa puissance. Il avait passé l'âge de l'ostentation, de l'arrogance et de l'exaltation ; sa santé était attaquée : même, pendant ses expéditions militaires, il est plus d'une fois parlé de son état maladif, dont du reste il tint peu décompte tant que le «langer menaça la patrie. 11 n'est donc pas à supposer qu'il ait pu concevoir la pensée d'une entreprisequi, toujours d'une nature équivoque, aurait pu aisément détruire les événements d'une vie riche en hauts faits. En général, de môme qu'il voulait voir respecter et rendre respectable l'indépendance du Teutschland , de même Ilcinrich respecta l'indépendance des nations étrangères qui n'attaquèrent ni ne menacèrent sa patrie. S'il avait voulu étendre plus loin son nom , il en aurait trouvé tout près une occasion plus commode. Car dans un pays voisin , en France ou dans le royaume occidental des Franks, l'ancienne discorde qu'il avait si heureusement domptée dans le royaume tcutsch continuait à déplo\ er ses fureurs. Le roi Rudolf était en lutte continuelle avec ses vassaux. Ceuxci tentèrent à plusieurs reprises d'impliquer le roi Heinrich dans leurs affaires. En particulier, Pun des plus audacieux et des plus insolents d'entre eux chercha un refuge auprès de lui : c'était cet orgueilleux comte Herbert de Vcrmandois, qui avait fait prisonnier son roi Karl le Simple, et qui l'avait fait périr dans sa tour si fortifiée. Heinrich ne pouvait se soustraire entièrement aux instances et aux invitations de ces insolents seigneurs , parce que Ciselbcrt , duc de Lotharingie, son gendre et son vassal, ne restait pas étranger à leurs menées. Le roi <lcs Teutschs n'aurait donc eu besoin que de se montrer énergiqueinent avec une armée , et les serments perfides des fidèles du roi de France ne lui auraient pas manqué; et, en apparence du moins , il aurait réuni tout l'empire de Karl le Grand de ce côté des Alpes. Mais il dédaigna les tendances vulgaires des rois, cl rejeta toute grandeur mensongère. Bien plus, il employa toute son influence et toute son autorité à maintenir nettes les relations entre la I^otharingie et la France , à confirmer l'inconstant Giselbert dans sa fidélité, et à n'apporter dans les malheureuses discordes élevées entre le roi de France et ses vassaux, qu'une médiation paisible et amicale. Une telle conduite inspira, même à des

i peuples étrangers, d'autant plus de reconnais- I sauce et de respect, qu'elle ne résultait pas d'un sentiment de faiblesse , mais reposait sur la conscience de sa force.

Du reste, quels que soient les projets que Heinrich ait pu nourrir encore dans son Ame. il n'aurait pu en exécuter aucun. H eut le boaheur de quitter la vie dans le récent éclat Je ses hauts faits , de telle sorte que nul acte mauvais ne ternit sa gloire, et qu'une vieillesse traînante n'effaça point le souvenir des jours ck sa vigueur. Dès l'an 935, il fut frappé de paralysie; il surmonta, il est vrai, encore une fois ce malheur , et parut de nouveau avec un esprit qui conservait toute sa force. Mais le sentiment de sa fin prochaine resta en lui , le poussa à dn pratiques pieuses , et dirigea son esprit vers l'avenir, vers les soins qu'exigeaient l'empire , In siens et le salut de son Ame. 11 desirait particulièrement assurer, tandis qu'il vivait encore, la succession au trône , pour conserver J'unile et la paix de l'empire. Son fils atné était Thankmar, que lui avait donné Halhcburcb. La position de ce malheureux prince est peu ou point connue. Nous ignorons et la manière dont il avait été élevé , et son cîiractèrc , et ses connaissances et ses facultés. Il parait néanmoins qu'il eut un grand gouvernement, vraisemblablement dans un des pays slaves soumis. Ce ne fut que plus tard qu'on lui reprocha de mener une vie déréglée; toutefois , comme le prouvent les événements ultérieurs , il ne manquait ni de I bravoure, ni de génie militaire. On ignore également quelles dispositions le roi Heinrich pouvait avoir enversce fils de son amour passionné. Mais il est facile de comprendre que Ueinricli n'avait nullement le désir de lui assurer la succession au trône ; sa naissance déjà était souillée d'une tache qu'il était impossible d'effacer; et lors même que l'autorité royale eût réussi a réduire les princes teutschs au silence au sujet de cette tache, qu'aurait-on gagné ? Thankmar avait grandi à l'ombre du trône que l'épouse de Heinrich , Mathildc, ornait de tan t d'éminentes vertus, et qui , par là même , semblait jeter sur sa mère une honte d'autant plus grande. Il est difficile de croire qu'il eût oublié le sort de cette mère; dans son âme était né peut-être un amer ressentiment , que sans doute il n'aurait pas étouffé sans peine une fois arrivé au trône. Et comme01 Heinrich aurait-il osé exposer à de telles vexations , a de tels dangers , avec leurs enfants com-

mnns , son épouse chérie entourée de tant de respect? Mathilde, outre deux filles, lui avait «lomié trois (ils , tous distingués par leur esprit comme par leur beauté , jeunes gens doués des plus ]>clles vertus et des plus magnifiques qualités , justifiant toutes les espérances. Ils s'appelaient Otto , Hcinrich et Bruno. La jeune àmc de Itruno se montra de bonne heure disposée aux sciences, aux pratiques pieuses et à la vie contemplative ; aussi fut-il destiné à l'état ecclésiastique , avec l'espérance sans doute que, en qualité de prince de l'Église, il contribuerait efficacement à consolider la grandeur de la maison royale. Otto et Heinrich semblaient égaux en génie et en vigueur , et par conséquent également propres à prendre la place de leur père. Otto avait l'avantage d'être né le premier , avantage dont le roi crut devoir tenir compte ; car on ne pouvait plus songer à partager l'empire , depuis que la maison qui avait consen é un droit héréditaire au tronc avait été anéantie, et qu'une libre élection avait eu lieu. Mais Heinrich qui , comme le plus jeune , était resté plus longtemps auprès de sa mère , et avait partagé ses joies et ses douleurs, jouissait auprès d'elle d'une plus grande faveur; et malgré l'élévation de son caractère , la reine désirait assurer à son favori le trône de son père. Elle justifiait ce désir par cette circonstance qu'Otto était né lorsque Heinrich , son époux , n'était encore que duc , tandis que Heinrich était né lorsque son porc était déjà roi. Le roi craignait d'autant plus les suites de ces efforts de sa femme , que celleci était plus respectée. Il résolut donc de régler cette affaire avaut sa mort , de la manière , il est vrai , qui semblait devoir le moins chagriner Mathilde. 11 invita tons les princes ecclésiastiques et laïques de l'empire à une diète indiquée à Krfurt. La il leur demanda lequel de ses fils ils voulaient élire pour son successeur à l'empire. Et personne ne mit en doute qu'un fils de Heinrich dût être roi , et que ce roi dût être Otto. Satisfait de cette décision , Heinrich régla ses dernières volontés, et prit à l'égard de ses antres enfants des dispositions telles, qu'ils parurent convenablement et honorablement dédommagés.

Cette grande affaire étant terminée , le roi quitta Erfurt et se rendit à Memlcben sur l'Unstrut , où il possédait un palais. Là, son ancien mal le frappa de nouveau , et le mit au lit ; il ne se releva plus. Lorsqu'il sentit sa fin approcher,

CIIAP. IX.

il fltappeler sa femme auprès de son lit, lui parla longtemps en secret , puis dit à voix intelligible ces mots : « Je remercie Jésus-C.hrist de ne pas te survivre. Jamais homme n'a eu une femme d'une plus grande fidélité et d'une piété plus éprouvée. Reçois mes rcmerclmcnts. Tu as modéré ma colère , tu m'as en toutes choses donné d'utiles conseils, tu m'as retenu dans l'équité, tu as éveillé en moi la compassion pour les opprimés; maintenant je te recommande, toi et nos enfants, ainsi que mon àmc qui va quitter mon corps, au Dieu tout-puissant et aux prières des élus de Dieu. » Et au moment où cette femme , profondément émue , courut à l'église et se prosterna devant l'autel du Seigneur, le roi Heinrich 1e' expira. Avant même que Mathilde ne sortit de l'église, le prêtre Adeldag , parent de la reine , entonna la messe des morts pour le roi qui venait de quitter la vie. On était au 2 juillet de l'an 056. Heinrich était dans la dixseptième année de son règne , et dans la soixantième de son âge. Ses fils firent porter ses restes à Quedlinbourg , qu'il avait fondé , et il fut enseveli avec une grande solennité. I.a nouvelle de sa mort fit une profonde impression sur tous les peuples teutschs, et ne fut pas reçue avec indifférence même dans les pays étrangers. Au loin comme de près , bien des larmes coulèrent pour lui. Dans les temps postérieurs, et pour le distinguer des autres rois de son nom , on l'a surnommé YOitelew. On suivit en cela le caractère de l'époque où l'on vivait; mais si l'on avait voulu désigner l'action de ce prince sublime par un surnom , il eût fallu rappeler Heinrich le Saxon l'encourageant et le fondateur.

OTTO Ier. — SON COURONNEMENT ET SES RELATIONS. — GERMES DE NOUVELLES DISCORDES.

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