‹ Histoire d'AllemagneChapitre 32 sur 100 · L'OO · texte numérisé non relu

L'OO

Aussitôt après la mort de Heinrich 1er , se manifesta d'une manière éclatante et même extraordinaire tout le respect qu'il s'était acquis, et la profonde impression qu'il avait laissée par ses hauts faits et par ses efforts. Car la solennité inouïe avec laquelle l'empire fut remis par les princes teutschs à son fils Otto s'adressait au grand homme descendu dans la tombe , bien plus qu'à son fils qui n'avait rien pour lui, si ce

n'est la gloire de son père et l'espérance que faisaient naître ses vertus et sa beauté physique; ce fut plutôt une féte de reconnaissance pour le passé, que de Odélité pour l'avenir.

On ignore quels fuient les conseillers d'Otto et quels conseils lui furent donnés ; on ignore également quelles dispositions et quelles vues il avait à l'égard de l'empire qu'il était destiné à recevoir. Peut-être pensait-il que la dignité royale avait été tellement consolidée par son pére, que désormais tous les peuples pouvaient être réellement réunis autour du trône, et qu'il n'était plus nécessaire d'appuyer la puissance royale sur l'autorité ducale chez un seul peuple. Peut-être aussi le défaut d'expérience, la vanité et une exagération de ses forces, naturelles à son Age, l'cntrainèrent-ils h de grands et vagues projets. En tout cas, il est certain qu'Otto, élevé d'une autre manière que son père, et nourri des louanges prodiguées aux actions accomplies par celui-ci, ne voulut pas se priver de tout l'éclat de la royauté sans lequel son père avait acquis la plus belle gloire d'un roi. Aussi, après qu'il eut été avant tout reconnu de nouveau comme roi par tout le peuple des Franks et des Saxons , uuc diète générale fut convoquée à Aix-la-Chapelle, résidence sacrée de Karl le Grand , afin que les autres peuples teutschs pussent aussi le reconnaître et exprimer leur assentiment. A cette diète parurent les ducs et les princes , les chefs d'armée et les dignitaires de toutes les nations tcutsches, avec un nombre considérable d'ecclésiastiques. I^es premiers étaient accompagnés d'une suite nombreuse de vassaux obligés au service. Probablement il n'y manqua pas non plus de curieux et d'hommes avides de plaisirs. Otto confia la sûreté de la Saxe et la surveillance de sou frère Ileinrich an comte Sigcfrid, son beaupère (•) : c'était sans doute le môme homme qui , de concert avec le comte lier manu , avait, quatre ans auparavant, anéanti les Hongrois eu Thuringie, et que l'on trouve quelque temps j après comte de Mcrsebourg ; puis il se rendit «i I Aix-la-Chapelle.

Lorsque furent achevés tous les préparatifs de la fête , les ducs , les princes et les dignitaires de l'empire se rassemblèrent tous dans une grande salle attenante A la cathédrale construite I par Karl le Grand, pour tenir au fds la parole qu'ils avaient donnée au père. Le jeune duc Otto se montra revêtu du costume francique.

Il fut élevé sur un trône par les princes; et ccuici, ainsi que les dignitaires de l'empire, s'avancèrent vers lui , et jurèrent entre ses mains fidélité et aide contre tous ses ennemis, comme h leur roi et seigneur (2). Pendant ce temps, les trois archevêques de Mayence , de Trêves et d? Cologne, s'étaient réunis dans l'église avec tout le clergé et avec une grande multitude, l'or discussion s'était élevée entre les archevêques de Cologne et de Trêves pour savoir lequel des deux devait accomplir les cérémonies des actes sacerdotaux , et donner au nouveau roi la bénédiction et la consécration de l'Église. Car Aix-la- Chapelle appartenait au diocèse du premier, et l'autre prétendait que son siège était le plus ancien siège épisco|wl , fondé par l'apôtre saint Pierre lui-même : l'un et l'autre croyaient donc avoir de justes droits A cet honneur. Ces hommes vénérables furent toutefois assez sensés pour céder l'un et l'autre, pour ne pas troubler la joie générale par leur discorde : car ils abandonnèrent A Ilildcbert , archevêque de Mayence, les soins sacerdotaux; et la majesté du siège de Mayence, le premier de l'empire teutsch , et la dignité personnelle de l'homme qui , disciple de l'école de Fulda , ne se distinguait pas moins par son érudition et son génie que par sa piété et sa vertu, augmentèrent encore le prix de cette condescendance.

Lorsque le roi eut reçu le serment de fidélité des princes et des dignitaires de l'empire, l'archevêque Hildebert le lit inviter A se rendre A l'église. 11 le reçut A son entrée; de sa main gauche il prit la main droite du roi, et, portant dans sa main droite le bAton pastoral , il le conduisit jusqu'à la nef , de telle sorte qu'il pût être vu de tous les côtés; car tout autour on avait construit des degrés pour qu'il ne manquât pas de place pour la foule. Alors l'évêquc, se tournant vers le peuple, dit : « Voici votre roi Otto, élu de Dieu, nommé par Ileinrich et reconnu par tous les princes. Si vous êtes satisfaits de cette élection , levez votre main droite. • A ces paroles du prêtre, toutes les mains se levèrent , et un cri de joie général retentit et implora la bénédiction de Dieu sur le nouveau roi. Après ces hommages, l'archevêque mena Otto à l'autel, où étaient placés les insignes de la dignité royale : l'épée avec son ceinturon , le manteau avec les bracelets, la main de justice avec le sceptre et la couronne. Hildebert monta A l'autel , prit l'épée avec le ceinturon , présenta

Page 1