‹ Histoire d'AllemagneChapitre 33 sur 100 · LIV. XIV , CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIV. XIV , CHAP. IX

l'un et l'autre au roi , et dit : « Prenez cette épée; par elle, avec la force que Dieu vous a confiée , et avec la puissance de tout l'empire des Franks , vous devez chasser les ennemis du Christ et les barbares et les mauvais chrétiens, pour la paix durable de la chrétienté. » Puis il prit le manteau et les bracelets , les offrit au roi, et dit : « l/is extrémités de ce vêtement tombent vers la terre ; ils doivent vous avertir d'être ardent dans votre zèle et de persévérer jusqu'à la fin dans le maintien de la paix. » Puis il lui tendit le sceptre et la main de justice : « Que ces insignes vous le rappellent , vous devez contenir les peuples soumis par une discipline paternelle : avant tout vous devez tendre aux serviteurs de Dieu , aux veuves et aux orphelins, la main de la miséricorde, et l'huile de la compassion doit toujours être sur votre tête , afin que dans cette vie et dans la vie à venir, vous soyiez orné de la couronne immortelle. » Après cette interprétation particulière donnée aux symboles de la dignité royale , ou plutôt après ces avis dictés par de bonnes intentions , et que l'archevêque donna au roi pièce à pièce , comme il lui donnait les insignes de cette diguité , les deux archevêques Ilildebert et Wichfrid le sacrèrent avec l'huile consacrée, lui placèrent la couronne d'or sur la tête , et lui donnèrent la bénédiction sacerdotale. Puis le roi, ainsi couronné et accompagné des mêmes princes ecclésiastiques, se dirigea vers un trône maguiûque dressé entre de belles colonnes de marbre ; et tandis qu'il y fut assis , voyant tout le monde et vu de tous, des actions de grâces et une messe solennelle furent chantées.

Lorsque ces cérémonies ecclésiastiques furent terminées , le roi se rendit dans le palais de Karl le Grand , et la journée se termina par un banquet solennel. Le roi prit place à une table de marbre magnifiquement ornée ; en même temps, les trois archevêques; en même temps, tous les vassaux et les seigneurs présents. Les ducs supportèrent les frais de la fête, sans aucun doute d'après une convention faite d'avance ; Us voulurent traiter leur roi avec sa suite comme leur bote commun. Gisclhert , duc de Lotharingie , beau-frère d'Otto, eut l'ordonnance et la direction générales ; et comme Aixla-Chapelle était sous son gouvernement , il fournit tout le matériel nécessaire aux besoins essentiels ou a l'ornement de la fête. Eberhard, due des Franks et comte palatin de Lotharin-

gie , frère du roi Kunrad I", s'était chargé de l'achat des vivres , et Hermann , duc des Souabes , qui av ait été élevé à la dignité ducale par Heinrich après fa mort de Burchard, s'était chargé de l'achat des boissons. Arnolf enfin , ce duc de Bavière dont l'âme impétueuse avait été adoucie par les sages discours de Heinrich , et ramenée de projets ambitieux à une sage condescendance , se chargea de loger et d'entretenir les troupes de cavalerie qui avaient assisté à la fête. Cette répartition des dépenses fit de cette solennité comme une fête générale de tous les peuples teutschs; et l'émulation que les ducs mirent à se montrer dignes de leurs peuples et du jeune roi fut grande probablement , et par suite rien ne manqua en éclat , en luxe et en magnificence. Il semble aussi que le jeune roi prit un singulier plaisir à cette fête. 11 congédia la foule avec une grande aménité , fit aux princes de riches présents vraiment royaux, et repassa ensuite le Rhin avec de grands sentiments dans le cœur , et peut-être avec de vastes projets dans l'esprit.

Lu tel événement ne pouvait rester sans suites. Aucun des assistants ne quitta peut-être Aix-la-Chapelle dans les mêmes dispositions avec lesquelles il était venu à la fête. Evidemment le génie de Heinrich 1*' avait réuni les ducs, les princes et les seigneurs, et produit parmi eux la concerde avec laquelle ils avaient agi. Se rappelant la modération que ce roi n'avait pas démentie même au faite de sa gloire , et cette égalité où il s'était tenu avec les ducs même dans le plus bel éclat de ses exploits , ils s'étaient dirigés vers Aix-la-Chapelle, et les solennités quis'y accomplirent avaientsuiv i le cours ordonné d'avance ; il est même possible que cet ordre ait été établi par Giselbert , beau-frère d'Otto, et par les archevêques, sans que les détails en soient venus à la connaissance des dues et des princes. En tout cas, cette solennité dut laisser une profonde impression dans les esprits de ces grands seigneurs. Dans le jeune roi vivait une àme fière, et une froideur méprisante lui était propre. L'éclat dont on l'entoura dut déjà prouver aux ducs et au monde qu'ils ne se trouvaient pas là comme des égaux à côté d'un égal , mais comme des sujets devant un maître; et la manière dont Otlo , d'après son caractère propre, reçut peut-être les hommages qui lui furent adressés , dut augmenter et rendre plus le sentiment d'humiliation qui était né en

HISTOIRE Dl PEt P1JÎ AIJJ-IMAjND.

eux. Los duos Eberhard et Arnolf surtout se sentiront peut-être vexes. Tous deux étaient Agés , et Otto n'était qu'un jeune homme sans expérience, qui n'avait encore rien fait. Eberhard , probablement par conviction , avait fait un grand sacrifice A la patrie. Sans lui , Heinrich Ie' ne serait pas arrivé A l'empire , ou , s'il y étaitarriTé , ce n'eût été qu'après des luttes opiniâtres, qui auraient épuisé ses forces et celles de la patrie, au point que le titre de roi ne lui eût apporté ni honneur ni gloire. En retour des services qu'il avait rendus A l'empire et A la maison de Saxe , il croyait bien pouvoir travailler A maintenir sa propre grandeur et celle de sa famille. Et maintenant il voyait pAlir l'ancien éclat de cette famille devant l'astre nouveau qui surgissait en la personne du jeune roi. C'était une douleur pardonnable que celle qui remplissait son cœur. Arnolf, de son côté, avait aussi la conscience d'avoir eu entre ses mains les moyens de détruire, ou du moins de compromettre la cause de Heinrich , et il croyait par suite avoir droit de prétendre que sa position restAt telle qu'elle avait été convenue entre Heinrich et lui. Plus il pouvait reconnaître que le jeune roi n'était ni disposé ni propre A payer la dette que Heinrich avait contractée envers lui , plus le souvenir de l'ancienne gloire de son peuple devait affecter vivement son Ame A la fin de sa carrière. D'ailleurs il n'est pas possible qu'Otto ait congédié d'Aix-la-Chapelle les dncs , ces alliés de son père, de la même manière qu'il s'était présenté A eux avant son couronnement. En tout cas , il est certain que l'enthousiasme qui avait éclaté A Aix-la-Chapelle s'éteignit bientôt, et les ducs revinrent avec indignation et amertume auprès de leurs peuples, qu'ils avaient quittés avec sérénité et espérance ; et vraisemblablement ils ne se montrèrent pas A eux sans un sentiment de honte, parce que partout il y avait de la jalousie et de l'envie contre les Saxons.

Le jeune roi , enivré des hommages qu'il avait reçus, ne remarqua peut-être pas les dispositions défavorables dans lesquelles les ducs prirent congé de lui. Mais cette défaveur n'était pas sans danger pour lui , surtout pour deux ou trois raisons. D'abord , dans sa propre maison , avaient été répandues des germes de discorde qui , s'ils étaient entretenus , pouvaient se développer et porter de mauvais fruits.

Thankmnr , lo flls aîné de son père , nourrissait dans son Ame un ressentiment implacable , et était certainement toujours disposé à venger la honte de sa naissance sur celui qui avait tout gagné par son infortune et par l'humiliation dt sa mère. Heinrich, son frère puîné, avait été bercé dans des idées qui flattaient son jeune esprit : plus Otto lui-même cherchait A placer haut la dignité royale , plus il devait regarder comme élevé l'avantage qui lui était échu d'être né d'un roi et d'une reine. Mais Mathilde , la reine veuve , n'avait certainement pas encore renoncé au vœu de son cœur, parce qu'elle n'avait pas réussi jusqu'alors A le satisfaire. Les ducs mécontents purent donc bien croire qu'il ne leur serait pas difficile de jeter la discorde dans le foyer même de la maison royale , et , dans le cas où les hostilités viendraient A éclater , de paralyser même les plus fidèles partisans de cette maison ; car ceux qui s'éloignaient d'Otto ne pouvaient s'attacher qu'A Heinrich , et l'ombre du feu roi semblait pouvoir s'irriter d'autant moins , que sa pieuse et respectable veuve tenait pour ce parti. Mais le sort de Thankmar avait sans doute excité les réflexions de beaucoup de gens de bien.

Puis on pouvait prévoir que les peuples étrangers que Heinrich avait combattus et vaincus ne recevraient pas sans de nouvelles espérances l'annonce de la mort de ce redoutable ennemi. La Marche de Schlcswig n'était pas seulement pour les Danois un monument de la honte qu'ils avaient essuyée , et une barrière imposée A leurs exploits et A leur gain ; c'était aussi une œuvre menaçante qui leur annonçait de nouveaux malheurs. Ils nourrissaient le désir bien naturel de détruire cette œuvre et de rétablir les anciennes relations. Les Slaves conservaient encore dans toute sa fraîcheur le souven ir des mau x i n finis que le père d'0 1 1 o a v ai t fai t peser sur eux ; et ils ne pouvaient avoir d'autre désir que de tirer vengeance de ce qu'ils avaient souffert. Quelque divisés qu'ils fussent et quel que fût le désordre qui régnait parmi eux , ils étaient tous d'accord dans leur sentiment de haine contre les Teutschs. Quant aux Hongrois enfin , A peine naturalisés encore dans le pays soumis A leur pouvoir, la vie de brigandage était un besoin pour eux. Leurs premiers succès avaient fut monter jusqu 'A la passion leur goût naturel pour les courses sauvages et pour le pillage. Mais il fallait bientôt faire oublier leurs

défaites dans le Tcutschland , pour que leur an- I cienno carrière ne leur restât pas fermée pour toujours : car leurs succès n'avaient été que le résultat d'une folle terreur de leur nom. Ils ne pouvaient donc pas rester en repos, ou il leur fallait entièrement changer leur manière de vivre ; et comme ils n'avaient ni penchant , ni mœurs, ni connaissances favorables a un tel changement , ils ne pouvaient y être amenés que par la dure nécessité, à laquelle ils devaient espérer de se soustraire encore. Si donc le Teutschland retombait dans ses anciennes dissensions intestines , il était difficile que les Hongrois , les Slaves et les Danois ne se soulevassent pas de nouveau contre le Tcutschland; et les princes de ce pays, qui se sentaient entraînés à montrer au jeune roi qu'ils étaient ses égaux , et qu'en recevant la couronne il n'avait reçu aucune puissance , pouvaient avec certitude compter contre lui sur ces peuples étrangers. S'ils n'apparaissaient pas d'eux-mêmes , il était du moins facile de les mettre en mouvement.

Ajoutons à tout cela que les Saxons euxmêmes étaient dans une toute autre position envers Otto qu'envers Heinrich son père. Celuici était constamment resté leur duc dans l'ancienne simplicité et dans l'ancienne fidélité de sa maison ; il semblait n'avoir accepté le titre de roi que pour prouver au monde que les Saxons étaient le plus puissant peuple du Teutschland , et que si les autres peuples teutschs avaient besoin de leur protection, eux n'avaient besoin de la protection de personne. Cela donnait aux Saxons un sentiment élevé de leur propre valeur; et, sous l'empire de ce sentiment, ils s'attachèrent avec amour et confiance à leur duc royal , et les relations entre Heinrich et son peuple devinrent toujours plus étroites et plus iutimes , parce que d'ordinaire d'heureux exploits accomplis en commun sont le lien le plus fort qui unisse les hommes entre eux. Mais Otto , qu'avait-il fait pour les Saxons? Il commença par se les aliéner. En se montrant revêtu du costume francique , il révéla des dispositions qui répugnaient à leurs usages nationaux et héréditaires; et la couronne royale qu'il portait sur sa tète était une preuve qu'il ne voulait pas vivre avec eux et parmi eux , mais s'élever vx dessus d'eux.

H ne pouvait en être autrement : ces relations étaient inquiétantes et dangereuses pour le j ioouc roi ; elles ne pouvaient rester sans effet. |

Et, dans le fait, elles agirent tantôt séparément, tantôt ensemble , tantôt les unes contre les autres , et de cette action résultèrent de nouveaux et grands troubles. Otto se trouva dans l'embarras, dans une position difficile et dangereuse, et l'empire fut mis à deux doigts d'une nouvelle dissolution. Le roi cependant ne perdit pas sa présence d'esprit même au moment le plus critique, et porta un regard tranquille au milieu des agitations les plus S violentes. D'ailleurs son génie était assez riche pour créer des ressources suffisantes alors même que tout semblait épuisé ; et la fortune , sans laquelle ni le roi ni l'homme vulgaire n'arrivent à rien , ne lui tourna jamais le dos , bien qu'elle parût s'éloigner quelquefois. C'est ainsi que par son activité et ses succès il aplanit peu à peu la carrière dans laquelle il mérita le surnom de Grand, qu'il a jusqu'à nos jours conservé daus l'histoire.

PREMIÈRES ANNÉES d'oTTO 1er. — GUERRES CONTRE LES BOHEMES ET LES HONGROIS.

— TROUBLES DANS l' EMPIRE ET DANS LA MAISON ROYALE.

De l'an 03C à l'an 038.

Tandis que dans le Teutschland même l'indignation , qui vivait dans beaucoup d'Ames , s'agitait encore en secret , et n'aboutissait peutêtre qu'à des négociations cachées , à des projets confus et à des intrigues de toute nature, le monde des peuples barbares ennemis des Teutschs entra bientôt en mouvement.

En Bohème d'abord, entre les deux rois frères Bolislaw et Wcnccslaw , l'inimitié qui , produite par des querelles religieuses, avait été amenée par l'apparition de Heinrich I" parmi les Bohèmes au point de rendre impossible toute réconciliation , arriva à un éclat. Dès l'année 956 , le païen Bolislaw assassina son frère , qui était resté fidèle aux Teutschs et au christianisme. Aussitôt un sous-roi des États de la victime, qui prévoyait sa ruine, s'adressa à Otto , le nouveau roi des Teutschs , et implora son secours contre un si dangereux ennemi. Otto , également inquiet pour sa suzeraineté et pour la religion, ne perdit pas de temps. 11 fit entrer en campagne, avec de fortes troupes du Hassegau , la bande de Mcrscbourg, que son père atait formée de voleurs de grands chemins et

d'hommes abrutis , dont il avait fait d'excellents soldats; de plus, il appela aux armes le hériban de Thuringe. Il remit le commandement de cette armée à un Saxon nommé Acsik. L'armée pénétra en Bohême en deux corps, par le nord et par l'ouest. Bolislaw divisa aussi ses troupes. Une double bataille fut livrée. Les Thuringiens, opposés au roi Bolislaw, furent mis en fuite; Aesik, au contraire , remporta une grande victoire avec les hommes de Mcrsebourg et du llasscgau. Mais , ignorant le malheur des Thuringiens , il se livra à une folle sécurité , et laissa ses troupes profiter sans ordre de la victoire pour voler et piller. Bolislaw, revenant de poursuivre les Thuringiens, vit son avantage , et se jeta tout à coup sur les Tcutschs dispersés; son succès fut tel , qu'hommes et chefs furent anéantis. Puis Bolislaw attaqua le sous-roi , qui avait demandé le secours des Teutschs, s'empara de sa ville, le fit luimême prisonnier et fit raser la ville.

Ces événements déterminèrent Otto à entreprendre lui-même une expédition en Bohême , dans l'été de l'année suivante, avec toute l'armée de Saxe et de Thuringe. Mais il ne garda pas le commandement en chef , soit qu'en sa qualité de roi de tous les Teutschs il regardât comme au dessous de lui de commander Thériban d'un seul peuple , soit qu'il ne se reconnût pas assez d'expérience pour se charger d'une chose si difficile ; mais il donna la conduite de l'armée au comte Hermann , fils de Billung, sans doute le même qui , réuni au comte Sigefrid, avait, cinq ans avant, anéanti les Hongrois en Thuringe. Mais par celle désignation d'un seul homme , qui déviait des usages de son père, et qui sembla aussi aux Saxons prouver qu'il dédaignait d'être leur duc , il éveilla une grande jalousie parmi les princes, qui étaient ou croyaient être les égaux du comte Hermann. Wichmann lui-même, frère de Hermann, se sentit profondément blessé de cette préférence. C'était un puissant et brave seigneur que ce Wichmann , généreux , habile à la guerre , et d'une si grande prudence, qu'on la regardait comme surnaturelle. Prétextant une maladie, il s'éloigna de l'armée. Toutefois Hermann, son frère, justifia la confiance du roi. A son entrée sur le territoire ennemi , il livra bataille aux Bohèmes , et obtint une éclatante victoire. Mais son bonheur ne réduisit pas ses ennemis au silence ; bien plus , il devint la

source d'une nouvelle envie. Echchard , fds & Liudolf , se sentit dominé par cette passion , au point qu'il jura de faire quelque chose de plu> grand que Hermann ou de périr. Pour accomplir sa parole , il ne tint aucun compte de la défense du roi, choisit les hommes les pla< braves de l'armée, au nombre de dix-huit, <i traversa avec eux un marais qui séparait le caraj» du roi de la ville ennemie. Arrivé devant h place, il provoqua en termes insultants les ennemis au combat. Probablement il voulait ui combat à nombre égal , homme contre homme; mais les ennemis, s'inquiétant peu de sa demande et de leur honneur, se précipitèrent hors de la ville , l'enveloppèrent et l'égorgèra»t avec ses compagnons. Toutefois son audacieux action ne manqua nullement son effet. Car Bolislaw offrit un accommodement et se reconnut de nouveau tributaire du roi des Tcutsch*. 11 semble toutefois qu'Otto , qui avait <\ diriger ses regards sur divers points , sacrifia le sousroi au secours duquel il avait précédemment marché ; du moins il n'est pas fait mention de lui, et Bolislaw continua à se trouver dan* une position équivoque à l'égard de l'empire teutsch. Il paya, il est vrai , chaque année le tribut , pour conserver sa liberté d'action sur son peuple ; et ce ne fut qu'après avoir complètement dompté les princes récalcitrants qu'il osa se refuserai' accomplissement desobligation* contractées par lui envers le roi des Teutschs. Treize ans après ces événements , Otto se vit forcé de lui montrer encore une fois sa puissance , et à partir de cette époque seulement Bolislaw lui resta fidèle et lui rendit d'utiles services.

Tandis que ces événements se passaient en Bohême, l'esprit des princes mécontents n'étail pas resté tranquille, et partout les mauvaises dispositions avaient empiré. Le comte Sigefrid*, dont nous avons parlé à diverses reprises , mourut saus héritiers. Une sceur de sa mère avait été la mère de Hatheburch , première femme de Hcinrich 1". Thankmar, fils de Heinrich et de Hatheburch , croyait en conséquence avoir des droits sur les fiefs et sur les dignités de Sigefrid. Peut-être , dans le ressentiment qui remplissait son âme , éleva-t-il ses prétentions avec quelque arrogance. Par là même peut-être Otto hésita d'autant plus h donner à un frère envieux dont il n'était pas sûr une puissance dont il était si facile d'abuser ;

car Thankmar possédait déjà de grands domaines. Il refusa donc a son frère les biens et les dignités que celui-ci demandait , et lit d'un comte liero le successeur de Sigcfrid. C'est ainsi que la colère de Thankmar fut excitée de nou- \eau , et elle fut augmentée encore par une douleur umère. Il ne Qt rien , mais il attendit avec impatience l'occasion d'agir.

En même temps que cet événement , qui assurément ne laissa pas le roi sans inquiétude , arriva un autre fait qui , s'il témoigna de l'attention et de l'inquiétude des esprits , ne pouvait non plus rester sans suite. La grande maison fraucouienne de Hesse , d'où était sorti le roi Kuurad 1" , avait étendu sa puissance féodale jusque sur les cantons saxons voisins , sur la Diemel. Dans les temps antérieurs , lorsque la dignité royale était complètement tombée en décadence, les Saxons avaient supporté patiemment cet arrière-vasselage. Le nom des Franks pesait lourdement sur les Saxons , et leur rappelait l'empire et leur infortune. Même sous llcinrich I", personne en Saxe ne s'était élevé contre la puissance féodale des comtes franconiens. Mais maintenant que la couronne de l'empire brillait avec tant d'éclat sur la tête d'Otto , les Saxons commencèrent à s'attrister d'être les vassaux d'hommes qui appartenaient à un peuple moins important : ils ne voulurent dépendre que du roi. Un Saxon , nommé Bruning , refusa au duc Eberliard tout service et tout devoir. Eberliard , irrité , prit aussitôt les armes pour châtier l'audacieux vassal, sans s'inquiéter du roi Otto : dans son orgueil , il dédaigna de chercher auprès d'un roi si fier la justice qu'il pouvait se faire par ses propres forces. Les Franconiens , qui se sentaient humiliés par les Saxons, partagèrent sa colère. Kberhard se présenta devant Elmeri , ville de Bruning , s'en rendit maître, massacra les habitants, et livra la place aux llammes. Mais Otto ne toléra pas ce mépris de la dignité royale. Il assigna vraisemblablement devant un tribunal le duc Eberliard et les complices de son crime. Us furent déclarés coupables de félonie : le duc dut payer une amende de cent chevaux , et les chefs des guerriers qui avaient commis ces cruantes durent porter des chiens sur leurs épaules depuis le lieu où le jugement avait été rendu jusqu'à la ville de Magdebourg , tandis qu'Otto lui-même transférait dans cette ville 1« reliques de saint Innocent. Mais ni cette

cérémonie pieuse , ni les présents avec .lesquels il congédia les hommes qui venaient d'être ainsi punis , pour leur faire sentir la douceur de la puissance royale après leur en avoir fait sentir la sévérité, pour les rattacher et se les rendre favorables, ne purent lui gagner les esprits des Franconiens. Bien plus, ils s'attachèrent à leur duc de toute leur ame : car Kberhard était un homme doux et bienveillant , économe pour lui-même et libéral envers les autres, et lui et les Franconiens étaient animés des mêmes sentiments. Et ces sentiments étaient respectés par ces Saxons eux-mêmes ; et les qualités personnelles du duc attirèrent à lui un grand nombre de ces derniers.

Mais avant même que cette occasion d'un acte décisif se fût présentée , le même esprit de mécontentement qui agitait les Franconiens se montra en Bav ière. Le vieux duc des Bavarois , Arnolf , qui n'avait rien fait contre le jeune et orgueilleux monarque, peut-être parce qu'il sentait les approches de la mort, avait quitté la vie. Il laissait plusieurs fils, dont l'alné, Ebcrhard , prit aussitôt possession du duché , sans s'inquiéter le moins du monde du roi , comme si la souveraineté de ce pays lui appartenait à titre héréditaire. Aussitôt , dès l'automne de cette même année , Otto courut en Bavière , dans l'espérance sans doute de s'entendre facilement avec un homme dont le père avait cédé aux sages discours de son père à lui. Mais il se faisait illusion, et il se vit forcé de retourner en Saxe sans avoir rien obtenu. Il arma donc pour uuc expédition contre les Bavarois ou contre leurs princes, dont il ne pouvait souffrir les prétentions, et il entra en campagne au printemps de l'année suivante , 958. Peut-être Hcrmann , duc des Souabes , accompagna-t-il le roi avec son peuple : car co duc se montra plus que tous les autres princes de l'empire fidèle et dévoué au roi , et ne refusa pas de le suivre à la guerre , soit par une largo appréciation de son propre bien et du bien de sa patrie , soit parce que des motifs inconnus , en le brouillant avec sa propre maison, la maison franco-hessoise , lui fissent regarder comme une nécessité de s'attacher au plus grand adversaire qu'elle eût. Il parait qu'en Bavière la lutte fut opiniâtre ; car il n'y eut pas d'arrangement. Mais le roi remporta une victoire complète ; il put s'emparer du duché et en disposer. Il paraît qu'Eberhard , filsd'Arnolf,

tomba avec ses frères prisonnier entre les mains du roi. Et Otto ne rendit le duché ni à lui ni à l'un de ses frères ; il le donna toutefois à un prince de la môme famille , afin que les Bavarois ne vissent pas dans sa juste sévérité une dureté causée par la vengeance. Bcrthold , oncle des jeunes princes, frère du dernier duc Arnolf, devint duc des Bavarois ; mais il ne le fut pas de la même manière que l'avait été son frère. Otto le mit plutôt dans une position telle qu'il resta sans doute l'un des grands dignitaires de l'empire , mais que la pensée de se rendre indépendant de l'empire et du roi ne put s'élever aisément en lui. H lui laissa, il est vrai, tout le gouvernement du territoire propre des Bavarois, le commandement dans la guerre et la justice dans la paix ; mais les pays annexés , les conquêtes faites sur les Slaves et sur les Avares , furent soumis par lui à des princes particuliers, qui suivaient , il est vrai , le duc à l'armée , mais qui devaient dépendre immédiatement du roi et de l'empire. Les domaines , les revenus et les produits casuels de toute nature qui précédemment avaient appartenu au roi en Bavière, et que le roi Heinrieli lTT avait, a ce qu'il parait, abandonnés au duc Arnolf, furent de nouveau réunis à la couronne par Otto, qui établit pour les administrer un comte palatin, auquel, pour affaiblir la puissance ducale, il confia encore d'autres attributions , et dont il lit même jusqu'à un certain point le surveillant et le lieutenant du due. 11 éleva à cette dignité nouvelle le jeune fils du duc Arnolf, qui portait le même nom. En général il semble qu'Otto travailla à conserver dans les vassaux de Bavière la pensée qu'ils n'étaient nullement les vassaux du duc , mais les vassaux du roi. Enfin on reprit au nouveau duc le pouvoir sur les évéchés bavarois, que lleinrich avait accordé à Arnolf ; et par cette conduite Otto gagna à toutes ses disposions le clergé de Bavière. Car , dans co pays, comme partout, les ecclésiastiques avaient sans mesure et sans bornes exploité à leur profit les troubles du temps ; et les évéchés et les couvents avaient attiré à eux des domaines et des immunités par des artifices de toute nature. Mais le duc Arnolf, homme pénétrant, ferme et persévérant, sentant tout ce que cette position du clergé avait de dangereux, avait profité de la tranquillité qui lui était assurée après do grands orages pour rétablir l'équilibre nécessaire et rendre possible une |

meilleure administration. Sans s'effrayer d«> menaces que les ecclésiastiques lui faisaient de l'éternité et de l'enfer, et comptant sur le dévoùment de ses guerriers , il avait attaqué de grandes usurpations sur les biens de l'Eglise : ici il avait arraché à des couvents et à des évichés des domaines qu'il avait donnés en récompense à ses guerriers comme fiefs séculiers; là il avait enlevé aux églises et inféodé à des seigneurs laïques les dîmes que percevaient les ecclésiastiques (1). Par tout cela il avait excite contre lui la colère des ecclésiastiques à un tel point, que non-seulement ils lui donnèrent le surnom de Méchant , mais qu'ils le représentèrent aussi de toute manière au peuple comme tombé au pouvoir du prince des ténèbres. L'entreprise d'Otto contre le filsd'Arnolf, Eberhard , fut donc peut-être favorisée en général par tous les moyens dont les ecclésiastiques pouvaient disposer ; et comme il ne laissa pas dégénérer sa victoire en persécution contre la famille ducale , il réconcilia probablement aussi, sans peine, les seigneurs laïques avec ces mesures; il les laissa vraisemblablement sans les inquiéter en possession de ce qu'ils avaient. Il réussit donc à tranquilliser la Bavière.

Mais la joie que le succès de cette œuvre inspira à Otto ne put être sans mélange ; car pendant qu'il entreprenait et accomplissait cette tâche , la Saxe , le pays de ses pères et le siège de sa puissance, fut mise en danger et en mouvement , et sa propre maison ne fut pas à l'abri de troubles intérieurs.

Le danger vint du côté des Hongrois. Des l'année précédente , aussitôt qu'ils avaient appris la mort ile lleinrich , ils avaient tenté de recommencer leurs anciennes courses. Mais , à ce qu'il parait, ils n'étaient venus qu'en petites bandes, comme pour épier et essayer si le nouveau roi égalait ou non son père en vertu et en activité. Aussi n'avaient - ils rien gardé, mais ils étaient repartis après quelques brigaudages. Mais maintenant ils reparurent en plus grand nombre. On ne sait rien de leur marche. Vraisemblablement ils avaient traversé la Moravie en descendant l'Oder, et avaient ensuite tourné la Bohème par le pays des Daleminzieos et le long de l'Elbe jusqu'au nord du Hartz. Ils dressèrent leur camp sur la Bode , peut-être non loin du lieu où ils avaient été précédemment défaits , et de là ils se répandirent de tous cèles I au loin dans la Saxe. I n commandant des lion-

grois , envoyé de ce camp , vint jusqu'à une forteresse qui est appelée Stedierabourg. Il y arriva par une forte pluie. lorsque les burgmannen saxons virent que les Hongrois étaient fatigués par la marche et par la pluie , ils sortirent de la forteresse avec de grands cris , se jetèrent avec impétuosité sur l'ennemi , lui tuèrent beaucoup de monde et lui enlevèrent un grand nombre de chevaux et quelques drapeaux. Alors ceux qui restaient prirent la fuite. Ils arrivèrent ainsi devant deux villes , Hebcsheim et Werla. Les habitants, remarquant la fuite des Hongrois , les attaquèrent , les pressèrent de tous côtés , et les poussèrent enfin daos un marais où périt aussi le chef de la horde. Ce désastre fut encore augmenté par un autre. Une autre horde de Hongrois , conduite par un Slave, marcha vers le Nord , dans la direction de l'Ohra. Mais le Slave, qui s'entendait avec les Saxons , les menait dans un piège. l>es Saxons avaient occupé un terrain marécageux et boisé , appelé le ïhriinmening (2). C'est \h que vinrent les Hongrois , et qu'ils furent cernés et anéantis par les défenseurs saxons. Leur chef fut pris , et dans la suite il ne put racheter sa liberté qu'en payant une forte rançon au roi Otto. Les débris îles Hongrois , qui restaient encore dans le camp sur la Bode ou couraient le pays , cherchèrent leur salut dans la fuite h la nouvelle de ce nouveau revers. Et depuis ce temps les Saxons et les Thuringiens ne revirent jamais les armes de cette race redoutable.

Mais ce fut avec moins de rapidité et de bonheur que fut apaisé le mouvement qui, dans le même temps, avait éclaté dans l'intérieur de l'empire, dans la Franconic et en Saxe. La querelle entre le duc des Franks et le Saxon Bruning, que le roi croyait avoir étouffée par le châtiment d'Eberlinrd et de ses partisans , éclata de nouveau pendant le séjour d'Otto en Bavière , et prit maintenant le caractère d'une bien plus grande fureur , parce que ceux qui avaient été punis voulaient tirer vengeance de la honte qu'on leur avait fait subir. On en vint au parjure et aux attaques ouvertes, à la dévastation des campagnes , à l'incendie des bâtiments ; on confondit le bon et le mauvais , le sacré et l'odieux. Mais comme les perturbateurs de la paix publique déclaraient toujours qu'ils ne s'élevaient nullement contre l'autorité royale , mais qu'ils voulaient seulement se maintenir

CHAP. X. m

dans leurs droits, Otto conservait encore l'espérance de réussir à calmer les passions et à rétablir l'ordre par des représentations et par de sages paroles. Dans ce but, il convoqua une assemblée générale dans sa villa de Stcla (5). Et le roi se conduisit avec tant de ménagements , qu'il ne donna même pas cette malheureuse guerre privée comme le véritable motif de l'assemblée , mais il indiqua comme raison une divergence d'opinions qui s'était manifestée sur une question de droit : il s'agissait de savoir si les fils d'un homme mort, dont le père vivait encore, avaient ou non sur l'héritage des droits égaux h ceux de leurs oncles. Mais Otto eut la douleur de voir méconnaître ses bonnes intentions; il vit que les perturbateurs ne voulaient point de réconciliation , et que par conséquent leurs armes n'étaient pas moins dirigées contre lui que contre chacun des partis. Il tint néanmoins la diète aussi bien qu'il le put. Il soumit à sa décision le point de droit en question. Mais Sfin que cette question ne fût pas dans la suite attaquée par les princes et seigneurs absents, et mise en doute par eux, il ne la mit pas aux voix, mais s'en remit pour elle à un jugement de Dieu. Les deux opinions furent défendues par l'épéc; et ce fut le parti des tils qui obtint la victoire. On établit donc comme loi que les fils d'un homme mort hériteraient h parts égales avec leurs oncles.

Pendant ce temps, et au mépris du roi, la guerre privée entre le duc Eberhard et ses adversaires continuait avec une exaspération toujours croissante; et Thankmar, frère d'Otto, prit ouvertement le parti d'Eberhard , avec lequel il s'était peut-être depuis longtemps ligué secrètement. Thankmar attaqua avec une troupe nombreuse une ville nommée Bardilikcn , oii se trouvait Heinrich, le plus jeune frère d'Otto ; et il prit la ville, ce jeune homme habile i\ la guerre , en abandonna le pillage à ses guerriers, et emmena son frère Heinrich comme prisonnier vulgaire. Par bonheur pour la cause du roi , Gcbehard , fils dTdo , avait succombé a la prise de la ville : cet Udo ou Lto était frère du duc Hermann de Souabc. Ce malheur augmenta la désunion parmi les princes franconiens, de sorte qu'il s'en fallut de beaucoup qu'Éberhard reçût les forces sur lesquelles il avait pu compter , et qu'il aurait eues si tous les membres de sa maison s'étaient accordés. Bien plus , il parait que lui-même , effrayé du mau-

histoire lu pkipli; allemand.

rais vouloir de ses parents , chancela , et qu'il ne fut pas facile à Thankmar de le conserver à la cause commune. Peut-être cette position expliquc-t-cllc pourquoi Thankmar lui livra son frère lleiurich fait prisonnier. Heinrich devait , a ce qu'il semble , être pour le duc un gage de la fidélité et du zèle de Thankmar , et contre le roi un otage en cas de malheur. Peutêtre cette même position explique-t-ellc également l'ardeur avec laquelle Thankmar continua la lutte contre son propre peuple, les Saxons, et contre son propre frère le roi Otto. Car Thankmar s'avança dès lors avec ses troupes sur la vieille place d'Eresbourg , et ses guerriers, animés par le butin fait à Rardilikcn, attaquèrent la ville, s'en emparèrent et s'y établirent.

Pendant ce temps , Otto avait réuni une forte armée. Bien que , dans le commencement des troubles , quelques Saxons eussent été peu disposes en sa faveur , parce qu'ils voyaient en lui un roi superbe dans lequel ils ne retrouvaient pas leur ancien duc , tout noble cœur fut rempli d'indignation à la vue des cruautés commises sans pitié par des princes de l'empire et par des parents du roi. Wiehniann lui-même , le frère d'Hcrniann , qui , dans la campagne contre les Bohèmes, s'était séparé du roi, étouffa sa jalousie , surmonta son ressentiment , revint auprès du roi, lui jura de nouveau fidélité et dévoùment , et tint ce serment jusqu'à la mort, tiràce à ces dispositions des Saxons , Otto pouvait donc compter sur son armée. Aussi la racna-t-il avec confiance contre ses ennemis , et d'abord contre la ville d'Eresbourg, parce qu'il croyait devoir avant tout dompter son frère Thankmar ou le ramener de son erreur. Et cette expédition ne fut pas inutile. Lorsque les habitants de la ville virent l'armée du roi sous leurs murs , ils montrèrent les mêmes dispositions qui animaient Wichmann et tout noble cœur. Ils ouvrirent les portes , pendant la nuit sans doute , et l'armée entra sans obstacle. Thankmar , surplis et hors d'état de résister, se réfugia dans l'église consacrée à saint Pierre par le pape Léon III, lorsque cent quarante ans auparavant ce pontife était venu chercher aide et protection auprès de Karl le Grand. Il fut poursuivi par les guerriers jusque dans l'église même , et surtout par les hommes de Heinrich : car ceux-ci étaient exaspérés au dernier point contre Thankmar, parce que après

avoir fait prisonnier leur seigneur , il l'avait livré traîtreusement à Ebcrhard , duc des Franks. Dans sa terreur, Thankmar déposa sur l'autel ses armes et sa chaîne d'or , et se plaça près du tabernacle. Personne n'osa l'en arracher ou s'approeher de lui dans ce lieu sacré. Mais on lui lança de loin des traits avec une fureur sauvage, et Thiatbold , bâtard de Kobbo, tout en lui adressant de grossières insultes , lui fit une blessure. Enfin , l'un dos guerriers, nommé Mainzia , jeta par nnc fenêtre voisine de l'autel une lance contre cet infortuné, et l'étendit mort sur la place. Telle fut la fin do fils aîné de Heinrich Ier, jeune homme qui, par les fautes commises par ses parents contre les lois divines et humaines1, avait été mis dès son enfance dans une position difficile , et qui, par une lutte opiniâtre contre la destinée, fut précipité dans des circonstances tellement compliquées , qu'il devait nécessairement périr. Il n'était pas indigne de l'intérêt et de la compassion des gens de bien. Peut-être , à la nouvelle de la mort de cet infortuné, des pensées pénibles durent s'élever dans l'àme de son frère le roi Otto. L'insolence de ses guerriers l'affligea profondément, et il ne dissimula pas sa douleur: bien plus , il s'exprima ouvertement sur le mérite du mort, vanta hautement ses talents, et le représenta comme une victime de la perfidie et de la séduction. Aussi fit-il traduire devant un tribunal quelques-uns de ceux qui avaient tenu pour Thankmar et qui avaient été faits prisonniers par les siens. Parmi eux on distingue particulièrement un comte Theoderieh et trois de ses cousins. Ils furent condamnés à mort et étranglés. C'était une expiation pour le meurtre de son frère ; mais le roi n'osa infliger aucune peine aux criminels qui avaient commis le meurtre, de peur de donner un nouvel aliment au feu cruel des guerres civiles.

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