‹ Histoire d'AllemagneChapitre 36 sur 100 · CAMPAGNES DE FRANCE · texte numérisé non relu

CAMPAGNES DE FRANCE

De l'an 94 là l'on MO.

Le danger dont Otto avait été menacé jusqu'à i ce momeut était passé. Ses ennemis, bien qu'ils j eussent été vaincus par la fortune plutôt que par la force, étaient domptés à ses pieds. Il devait , à ce qu'il semble , être un puissant seigneur , dans l'intérieur de l'empire aussi , bien que contre les princes et les peuples étran- 1 gers; il devait, après des événements comme I ceux que nous avons racontés , commander au ! loin et pouvoir décider partout. Mais l'appa- j renée est trompeuse. Les relations de temps ! plus modernes nous conduisent aisément a une appréciation inexacte des relations de temps plus anciens, et rendent difficile déjuger les faits à leur valeur. Dans la vie des peuples , les mêmes causes ne produisent pas toujours les ; mêmes effets , parce que l'organisation de la : société , les opinions et les tendances des { hommes déterminent le cours des événements , j et le poussent assez souvent dans une direction ; contraire à celle qu'on en attendait , ou s'en j écartent du moins de beaucoup. Les rois de 1 cette époque pouvaient pour le moment acquérir [ une force étonnante , mais ils n'acquéraient jamais une puissance durable. C'était un des caractères particuliers du système féodal qu'en lui la souveraineté ne s'affermissait point par les moyens qui la faisaient acquérir. La force des rois reposait sur le bon vouloir des vassaux, et les vassaux avaient au plus haut degré la vertu d« la patience. Us étaient héros ; ils ne reculaient devant aucun danger , et se montraient aux jours du danger prêts à tous les sacrifices. Mais on trouvait rarement en

eux des sentiments élevés. Même dans les guerres contre des ennemis extérieurs, l'idée de nation et de patrie ne se présentait que rarement à leur âme ; et dans les discordes intérieures , ils ne combattaient pas pour rétablisseraon! d'un ordre social solide , qui seul rend la liberté possible , mais ils combattaient pour leur propre avantage , pour leur propregrandeur. Ils assuraient à leur roi la victoire sur ses adversaires , pour s'approprier les domaines et les dignités de ceux qui avaient succombé ; et lorsqu'ils y avaient réussi , iU croyaient ^pouvoir se montrer contre leur ren avec d'autant plus de force qu'ils exagéraient davantage le prix des services qu'ils avaient rendus. Ils parlaient volontiers de droits , mais des leurs ; mais ils ne pouvaient entendre parler de lois , et ils n'avaient aucune idée de la souveraineté de la loi et de la véritable liberté , qui consiste dans la soumission à la loi.

Les relations d'Otto étaient sans doute devenues meilleures par la ruine de ses plus rudes ennemis dans l'intérieur de l'empire , et par la soumission des peuples slaves ; mais sa position restait toujours difficile. Des hostilités ouvertes continuaient avec le roi Ludwig de France ; il n'y avait pas à se fier aux Danois , et les peuples slaves , amenés à peine à la soumission par la perfidie plutôt que par une lutte honorable, nourrissaient un profond et amer ressentiment. Dans l'empire même les armes étaient au repos , mais les passions n'étaient pas calmées. Des vœux raisonnables et insensés se croisaient en mille sens; des prétentions confuses et de> exigences insolentes se heurtaient entre elles. La Ixrtharingie , privée de son duc , était dans un affreux bouleversement ; les Franks , qui avaient également perdu leur duc, ne voyaient pas sans douleur pâlir l'ancien éclat de leur nom , et, d'après la marche que le passé avait suivie jusqu'alors , ils ne pouvaient porter sans inquiétude leurs regards dans leur avenir. Et le propre frère d'Otto portai» dans son cœur des dispositions hostiles. Il était captif, et non gagné ; il avait obtenu son pardon , mais il ne s'étaitpas réconcilié. La ruine de ses plans pesait de tout son poids sur son ame , et l'éclat de la couronne éblouissait toujours ses yeux. Au milieu de tant de passions qui agitaient encore les peuples teutschs , Otto avait toujours à le craindre; et la mère commune des deux frères tenait peut-être encore à ses anciens désirs,

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