‹ Histoire d'AllemagneChapitre 37 sur 100 · V. XIV · texte numérisé non relu

V. XIV

et ne pouvait en aucun cas être chagrinée.

Otto semble être arrivé bientôt à une résolution au sujet de ses relations avec les peuples étrangers. Les armes devaient décider la querelle avec le roi de France; quant aux Danois et aux Slaves, on devait recourir aux mêmes moyens que Karl le Grand avait employés avec succès pour contenir les Saxons : la croix devait remplacer l'épée ; ce que l'on avait acquis par les armes devait être assuré par la puissance de l'Église , et les ecclésiastiques , surveillante rigoureux et juges sévères , devaient servir en même temps Dieu et le roi (I). Ce fut une révolution pleine d'instruction , que maintenant un Saxon, mêlant le divin et le terrestre, mit en usage, pour étouffer la liberté chez un peuple étranger, les mêmes artifices contre lesquels les Saxons avaient invoqué les armes, et sous lesquels ils avaient gémi un siècle et demi auparavant , et qui avaient attiré sur ce peuple de si grands malheurs. Le moyen toutefois était éprouvé. Mais comment assurer dans l'intérieur de l'empire et maintenir sa suprématie reconquise ? Comment calmer les peuples et prévenir de nouvelles révoltes des princes? Quelle position donner à son propre frère , pour que désormais il tint au roi et ne se déclarât plus contre lui? Otto conçut la pensée de faire passer les grands duchés à des membres de sa propre famille. Peut-être ne lui restait-il plus que cette voie pour sortir d'embarras ; on ne peut nier toutefois que l'expédient était dangereux. 11 pouvait augmenter l'éclat de la maison royale ; mais Otto avait déjà éprouvé par luimême combien peu il y avait à compter, dans les relations de son siècle , sur ses propi-es beauxfrères , sur ses propres frères. Pouvait-on faire plus de fonds sur les fils et sur les gendres? Dans le fait, ces dernières déceptions pouvaient devenir plus cruelles que les autres.

Lorsque Otto se fut convaincu que pour le moment il n'y avait rien à craindre des peuples slaves, il laissa à son fidèle Gero le soin de la tranquillité de l'empire de ce côté , et revint en Lotharingie au printemps de l'an 940. Dans ce pays régnait une telle confusion , que la présence du roi semblait nécessaire pour le rétablissement de quelque ordre. En effet, après qu'Otto s'était éloigné de la Lotharingie , Ludwig , roi de France , s'était avancé de nouveau , et avait épousé la veuve de Giselbcrt , sœur d'Otto, certainement dans la vue de ga-

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gner par ce mariage , en tout ou en partie , In faction de Giselbcrt , et de se faire mieux voir du roi des Tentschs par cette proche alliance. Majs cet événement mit encore une fois en | mouvement les vassaux français qui s'étaient déclarés contre Ludwig; et une lutte désordonnée du roi contre les vassaux, et des vassaux entre eux, continua sur les provinces frontières de France et de Lotharingie. Mais Otto , à peine arrivé en Ix>tharingic , nomma son frère Heinrich duc de ce pays. 11 espérait, à ce qu'il parait , atteindre un double but par cette nomination : d'abord il voulait montrer au roi de France et à tout prince ambitieux de Lotharingie et de France, que le pays, dans toute son étendue , resterait réuni à l'empire teutsch ; ensuite il voulait que ce beau duché satisfit l'ambition d'un frère si turbulent et le réconciliât avec son sort. Ensuite le roi se mit en marche avec son armée à travers la Lotharingie contre les frontières de France. En chemin , le duc Hugo , son beau-frère, et le comte Herbert de Vermandois , vinrent vers lui. Ils avancèrent jusqu'à Attigny. Mais le roi Ludwig rétrograda, et se retira dans le duché de Bourgogne , dont le duc, Hugo le Noir, tenait pour lui, parce que tous deux avaient les mêmes ennemis. Olto le suivit. Là encore Lud\\ ig n'osa pas inarcher contre lui. Mais Otto pénétra jusqu'aux frontières des deux royaumes , réunis alors en un seul royaume , celui d'Arles. Le nom de roi y était porté depuis trois ans par un prince enfant, par Konrad, fils de Rudolf. \jc manque de documents nous force à laisser dans l'incertitude si des liaisons existaient entre le roi Ludwig et le royaume d'Arles , ou si le génie d'Otto avait dès lors conçu de grands projets pour l'exécution desquels la tranquillité des Hautes- Alpes était nécessaire. Olto invita le jeune roi Konrad à venir près de lui , et le garda ensuite comme un otage dans son camp et à sa cour. Du reste, cette campagne ne fut pas riche en exploits militaires ; bien plus , Otto se vit bientôt contrait de revenir en Lotharingie sans avoir obtenu autre chose qu'un mauvais accommodement avec le duc Hugo. On avait tenté de France de nouvelles incursions dans ce pays. Otto fut obligé do conclure même avec le roi Ludw ig et avec le belliqueux archevêque de Reims, Artold , qui avait pris le parti de ce prince , une trêve qui assurait à peine les frontières de l'empire : ces frontières ne furent ré-

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tablies que deux ans après, par une paix conclue , entre Otto et son beau-frère le roi Ludwig.

11 parait que les troubles de IxHhariogie avaient été la cause du peu de succès obtenu par les armes teutsches. Otto avait nommé son frère Heinricb duc de ce pays. Mais pendant son expédition en France, les vassaux de Lotharingie s'étaient soulevés contre leur nouveau duc, et l'avaient contraint à sortir du territoire. On ne sait pas ce qui avait donné lieu à celte exaspération. Anciennement, on n'avait jamais mis de duc à la tète des peuples de l'empire teutsch sans leur propre consentement; bien plus , les vassaux avaient élu leur duc avant le roi et avec l'assentiment de celui-ci. Ils avaient volontiers fait porter cette élection sur un (ils du duc précédent, parce que habituellement celuici était le plus riche seigneur du pays , et par là même ils avaient introduit une certaine hérédité de la dignité ducale, avec d'autant plus de plaisir qu'ils s'efforçaient de consolider l'hérédité de leurs propres possessions. Mais maintenant , comme précédemment en Bavière, Otto avait arbitrairement nommé un duc en Lotharingie, sans s'inquiéter ici, comme en Bavière, des moyens qui pouvaient du moins lui assurer un grand parti. Peut-être cet arbitraire blessat-il les vassaux lotharingiens , peut-être ne voulurent-ils pas reconnaître un prince étranger pour duc, et moins que tout autre un Saxon , un frère du roi. Mais il est vraisemblable aussi que Heinrich, gâté par une vie tumultueuse, et non encore revenu à la sagesse , qu'il avait perdue dans ses désastreux efforts, se soit présenté avec arrogance et avec un train de cour insultant au peuple coudé à sa conduite. Car lorsque ce prince expulsé vint auprès de son frère, le roi Otto, il n'en reçut pas un accueil amical et fraternel , et Otto se montra encore moins disposé à châtier les Lotharingiens , et à le maintenir par la force de ses armes sur le trône ducal. Bien plus, Otto , fils de Rikwin , un Lotharingien , vraisemblablement comte de Verduu, fut élevé à la dignité ducale, et en même temps la tutelle et l'éducation du fils aîné de Giselbert , de Heinrich , jeune enfant qui donnait de belles espérances , furent confiées au nouveau duc. Mais, par ces dispositions , le roi réveilla d'une manière formidable l'ancien ressentiment dans l'âme de son frère. Heinrich, profondément blessé , respira une terrible vengeance ; et il crut bientôt avoir trouvé une oc-

casion favorable d'exercer cette vengeance dan> toute sa mesure.

1-cs peuples slaves jusqu'à l'Oder s'étaient soumis sans doute à la suzeraineté du roi de* Teutschs. Sans doute aussi la lutte ouverte avait cessé; mais la crainte de nouvelles révoltes ne s'était pas évanouie. Dans beaucoup de forteresses et de châteaux il fallait entretenir des garnisons pour intimider l'esprit remuant des Slaves ; on faisait aussi des courses et des marches continuelles , en partie pour montrer à tous les Slaves la puissance de l'empire, en partie pour lever le tribut au paiement duquel ces peuples ne voulaient pas encore se soumettre. En conséquence, le service des vassaux dan* ces contrées était fort onéreux et très-fatigaut ; et le markgraf Gero ne ménageait rien pour accomplir l'œuvre de son bras et de son adresse. Otto était revenu de l'Elbe vers le Rhin sans récompenser convenablement les guerriers qui avaient à supporter tant de fatigues , et qni croyaient avoir fait de si grandes choses pour l'empire ; et Gero ne pouvait prendre de qaoi les satisfaire sur le tribut que les Slaves devaient payer, parce que ce tribut ne rentrait que lentement, irrégulièrement, et non sans contrainte. Les hommes éminents daus l'armée en conçurent un grand ressentiment contre le markgraf , à qui ils attribuaient la faute d'une telle injustice; mais les accusations qu'ils portèrent contre lui devant le roi ne furent pa> prises en considération , parce qu'Otto savait bien qu'il n'avait pas de serviteur plus fidèle que le markgraf Gero, et que les accusations tombaient moins sur le service, qu'elles ne venaient de l'impatience causée par le retanl apporté aux distributions de toute nature. Les comtes et les seigneurs subordonnés au markgraf virent peut-être une injustice dans l'amitié d'Otto pour Gero ; en tout cas ils furent blessés de ce qu'à cause d'un seul homme Otto ne tenait pas de compte de leurs plaintes. Ils tournèrent donc leur ressentiment contre le roi; et bientôt ce ressentiment s'éleva jusqu'à la haine , jusqu'à la plus violente exaspération.

Cette exaspération des vassaux de la Saxo orientale et de la Thuringc ne resta pas un secret pour lc.frèrc du roi , et il crut y voir naître pour lui une nouvelle espérance. L'un ou l'autre des princes et seigneurs mécontents avait peut-être précédemment appartenu au parti de Heinrich, et un petit nombre peut-être lui était

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inconnn. Des communications s'établirent donc sans peine entre ce prince et les mécontents ; il ne leur fut pas difficile de s'entendre. Des courriers allèrent d'un côté à l'autre; des présents furent donnés et reçus , comme signes d'une loyauté et d'une fidélité réciproques. Bientôt tous les hommes considérés des marches orientales de l'empire furent gagnés au jeune prince. Une conjuration se forma : le jour de Pâques de l'an 941 , que le roi voulait célébrer à Quedlinbourg , Heiurich devait se trouver A la cour de son frère ; les autres conjurés devaient s'y trouver également comme s'ils voulaient rendre leurs hommages au roi. Pendant la fête, le roi , qui ne soupçonnait rien , devait être surpris et tué, et la couronne devait être aussitôt placée sur la tête de son frère Hcinrich. L'àmc de la conjuration était le comte Erich , homme qui s'était distingué jusqu'alors par de hautes vertus dans la guerre et dans la paix , et qui, hors de ce crime, ne s'était jamais rendu coupable d'aucun méfait. On nomme comme complices les comtes Bacco, IJermann, Ileinward , Wirin , Eserik et Liutward , aïeul de l'évéque Dithmar de Mcrsebourg , l'historien.

Otto, ne se doutant de rien, se trouva A Quedlinbourg. Les conjurés y parurent aussi. Mais peu avant le jour de PAqucs, on découvrit au roi les pièges tendus contre sa vie. Il s'entoura donc d'un certain nombre d'hommes fidèles, qui ne le quittèrent ni jour ni nuit. Ceux qui n'étaient pas dans le secret ne virent dans cette mesure qu'un complément de la magnificence de la dignité royale; mais les conjurés, bien qu'ils ne crussent pas à une révélation , furent hors d'état d'accomplir leur œuvre. Après la fête , Otto couvoqua tous les princes de l'empire qui se trouvaient présents et qui avaient prouvé leur fidélité, avant tous les princes franconiens , le duc Hcrmann de Souabe , son cousin , le comte Udo du Kheingau supérieur, et le comte kunrad, surnommé le Roux, pour soumettre l'affaire A leur décision. Us conseillèrent l'emprisonnement et le supplice. Le roi ordonna l'un etl'autre. Mais lorsque le comte Erich vit des hommes armés venir contre lui, il reconnut, dans la conscience de son crime , le danger qui le menaçait. Se rappelant son ancienne vertu et son illustre origine, il aima mieux chercher la mort dans une lutte négale , que présenter sa tête orgueilleuse au

glaive du bourreau. H saisit ses armes, s'élança sur son cheval , et se plaça en face de ceux qui venaient pour le saisir. Il tomba percé d'un coup de lance , et l'on plaignit généralement son erreur et son infortune , parce qu'il avait été habile A la guerre, et s'était concilié partout l'affection des hommes. Ses complices furent arrêtés et décapités au bout de quelques jours. Liuthar seul, aïculdc Dithmar, obtint son pardon par les prières de ses amis. Il fut envoyé prisonnier en Bavière et confié A la surveillance du duc Berthold; mais, dès l'aimée suivante, il rentra en grAce auprès du roi, et obtint une riche indemnité pour les biens qu'il avait perdus; Otto d'ailleurs ne retira pas sa bienveillance aux enfants de ceux qu'il avait envoyés au supplice. Hcinrich, frère du roi, chercha A se sauver par la fuite ; il fut pris pourtant et enfermé dans le vieux palais d'Ingclheim. Enfin l'archevêque de Mayencc, qu'Otto avait rétabli dans sa dignité, ainsi que révèque Ruodhard de Strasbourg, fut soupçonné d'avoir pris part A la conjuration contre le roi. Ce prêtre, malgré son zèle pieux pour la religion et pour l'Église, avait en géuéral éveillé de mauvais soupçons contre lui. On I'îiccusc de n'avoir jamais fait faute dès qu'un ennemi s'était levé contre le roi. Mais Friedrich était peut-être meilleur que ne le représentent les partisans de la maison de Saxe. Avant qu'il ne fût arrivé A sa dignité, il y avait eu déjA de mauvaises relations entre cette maison et le siège archiépiscopal de Mayencc. Peut-être, A Mayence , n 'avait-on pas plus oublié la perte des domaines que Hcinrich I" avait arrachés au siège archiépiscopal , qu'on ne pouvait croire en Saxe que ces domaines y fussent oubliés. Avec l'ancienne amitié entre le siège archiépiscopal et la maison princière de Franconie , l'inimitié entre cette maison et le roi saxon ne pouvait rester étrangère A l'archevêque. Enfin Friedrich fut personnellement ému et entraîné par la lutte et le malheur de son frère (iiselbert. 11 c>t donc bien possible qu'Otto n'ait continué A le regarder comme son ennemi que parce qu'il savait bien que ni les relations du siège archiépiscopal ni les sentiments du cœur humain ne lui permettaient d'être son ami. Mais on ne pouvait rien prouver contre cet homme vénérable. Friedrich se justifia devant tout le peuple : il prononça dans l'église la déclaration solennelle qu'il était entièrement étranger au crime ; et après cette

déclaration , pour la confirmer et la corroborer, il recul la sainte eucharistie. De celle manière , il se maintint dans sa dignité comme prêtre , cl dans ses honneurs comme prince.

Le roi Otlo avait donc échappe à ce danger. La fortune «les anciens jours s'était encore une fois montrée pour lui fidèle et favorable. 11 était sorti intact des embûches et des intrigues comme de la lutte ouverte, et, d'un cûté comme de l'autre, un heureux hasard l'avait servi plus <|ue la vertu et la sagesse. L'impression produite sur le monde par les derniers événements .semble avoir été forto et profonde ; car ce siècle, dans ses idées pieuses , voyait dans l'issue de semblables efforts la décision d'une main suprême. Aussi Otto crut-il pouvoir désormais suivre ses projets plus loin et sans de grands obstacles. U tourna aussitôt son attention sur les contrées slaves soumises, sur lesquelles il fallait assurer la domination de l'empire. Son bien-aimé markgraf et duc Gero , auquel toutes ces contrées étaient subordonnées , reçut la mission de détruire la nationalité des Slaves, de préparer chez eux le christianisme en y introduisant l'organisation teutsche des cantons, en y propageant la manière de vivre, les coutumes et les mœurs des Teutschs , et de rendre, sous tous les rapports, aux Slaves sinon l'obéissance facile , du moins la résistance impossible. L'exécution de ces mesures, a laquelle on employa «le préférence des Saxons , tandis que le roi luimême était Saxon , semble avoir donné lieu à <c que peu h peu on compta tous ces pays comme appartenant à la Saxe, et a ce que l'on parla de Saxe orientale et de marches orientales de la Saxe. Précédemment déjà , depuis que Heinrich Ier avait réuni la dignité ducale en Saxe et ci» Thuringe , et placé sur ce double titre celui «le roi , le nom de Thuringe et de Thuringiens fut d'autant plus aisément rejeté en seconde ligne, que depuis quelque temps il avait brillé moins que les noms des autres peuples teutschs. La brièveté de l'expression put aussi y contribuer : on dit les Saxons , au lieu de les Saxons et les ThurittgieM ; et les hommes de Thuringe, en saluant la famille royale de Saxe comme celle de leurs ducs , négligèrent de tenir a leur nom. Les anciennes limites du territoire sur lequel s'était étendu le nom des Thuringiens se resserrèrent donc de plus en plus, et dès le x* siècle on en vint à ce point , que dans h' langage ordinaire on comprit à peine encore

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sous le nom de Thuringe autre chose que h beaux cantons entre la Sale, la Worra et I. forêt de Thuringe.

La tâche dont Gero s'était chargé n'était pr<» facile. Les égards «pie l'on devait à Tugumir n'avaient, il est vrai , aucune importance. Sandoute on devait le ménager, ce prince qui occupait Brandebourg et s'intitulait «lue do* ilex elles ; mais il n'était duc que sous la su» raineté de l'empire teutsch ; détesté de sou peuple à cause de sa trahison, il ne pouvait trouver d'appui que dans le roi teutsch; et comme il se convertit aussi au christianisme , il est vraisemblable qu'il entrava moins qu'il no favorisa les institutions qu'Otto voulait introduire parmi les peuples slaves.

En protégeant peut-être son peuple contre l'abus de la puissance auquel le plus fort « laisse entraîner, il livra du moins les antre* nations slaves comme une proie , et maintint entre leurs forces une division pernicieuse. IV plus, la parole que peut-être il avait fait valoir n'eut pas une longue influence, car il mourut dès l'an 948, et sa mort exposa les Hevelles aussi sans défense à l'arbitraire des Tout* lis. Mais le markgraf Gero et ses auxiliaires dans son ceuvre malheureuse d'asservissement truuvèrent des obstacles dans le vieil esprit de liberté des nations slaves , dans le souvenir de la vertu des aïeux, dans la profonde douleur que causait la perte de la liberté, et dans la haine infinie contre les Teutschs , haine que ceux-ci avaient excitée par leur perfidie et leur v iolence. L'esclavage dans un pays étranger , loin «le la famille et du foyer domestique, est un sort extrêmement déplorable ; mais le plus grand de tous les malheurs dont les hommes peuvent être frappés dans cette vie se rencontre là où l'homme libre, avec sa femme et ses enfants, est contraint à serv ir en esclave , sur son propre sol et sur son propre territoire , un maître étranger et sans pitié, qui a su, par le glaive ou par la perfidie , s'emparer de sa propriété H arriver à dominer sur lui. Et c'est là le sort cruel dont les nations slaves furent atteintes : car le pays, comme jadis la Gaule , fut peu à peu donné en fief à des vassaux teutschs. Il est vrai que dans le Teutschland même beaucoup d'hommes avaient à subir le même malheur par d'antres Teutschs; il est vrai que beaucoup Je Slaves , assez prudents ou assez adroits pour se joindre à temps aux vainqueurs, sauvèrent leur

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