‹ Histoire d'AllemagneChapitre 40 sur 100 · CHAI». I". 4 OS · texte numérisé non relu

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beau qu'en semblât le succès dans le principe , il fut bientôt confondu par la mort , par des circonstances fortuites, par des passions, par des tendances perverses , et par des discordes de diverse nature , et il finit par se dissoudre en sombres nuages. Si lçs Italiens étaient restés fidèles à l'esprit que tous les partis avaient montré à l'apparition d'Amulf en Italie ; s'ils avaient persisté dans la résolution de vider leurs querelles par leurs propres forces , il aurait peut-être été possible de contenir l'orage. Mais comme ils ouvrirent encore une fois leurs frontières , et invitèrent de nouveau les étrangers a. consumer leurs forces , l'énergie du mouvement fut trop grande , les dispositions des esprits trop amère, pour qu'un temps d'arrêt fût possible , pour qu'on pût songer à une réconciliation. On perdit à Rome peut-être l'espoir du succès , et certainement la direction des efforts. ta pensée d'une réunion avec le prince étranger qui s'intitulait roi d'Italie fut le fmit de la nécessité , qui trouve sans doute son excuse dans les circonstances , mais qui devait tout gâter. L'alliance de Marozia avec Hugues , autrefois comte de Provence , maintenant roi d'Italie , petit-fils (2) de ce Lothar et de cette Waldradc dont la vie avait été jadis nu scandale pour le monde , fut une démarche dictée par ce désespoir qui porta le dernier coup aux projets formés à Rome , et réduisit l'Italie à un état si malheureux , qu'elle ne pouvait être ramenée î» quelque ordre que par une main puissante dn dehors.

Ce Hugues , comte ou marquis de Vienne , avait d'abord abusé de l'absence et de l'infortune de son roi et seigneur , l'empereur Ludvvig , pour attirer A lui et aux siens la faible autorité dont le roi jouissait dans le royaume de basse Bourgogne. Puis, tout en cherchant par des artifices de toute nature h se faire un partien Italie, il avait enlevé à Charles Constantin , fils du malheureux Ludwig , sinon le royaume «le son père, du moius les derniers restes de la dignité royale. Lorsque après cela l'empereur Berngar fut tombé sous la main d'un meurtrier (3) , et que l'adversaire de celui-ci , Rudolf II, roi de la haute Bourgogne, gendre de Burchard, duc de Souabe, eut pris l la dignité de roi d'Italie , Hugues s'insinua en Italie, et bientôt, entraîné par une folle confiance dans le succès de l'intrigue et «le la cruauté , il trafiqua avec ce prince du royaume

de haute Bourgogne , qui ne lui appartenait pas; il laissa le pays au roi Rudolf, et se para du vain titre de roi d'Italie , que Rudolf, satisfait d'un marché avantageux , lui abandonna volontiers. 11 réussit h faire valoir ce litre ; il obtint la couronne royale (4), et parut bientôt si puissant dans l'Italie supérieure, que le parti môme qui à Rome était en possession du pouvoir spirituel comme du pouvoir temporel , mit absolument nécessaire de gagner son amitié, comme nous lavons remarqué plus haut. Mais une telle amitié ne pouvait être durable. Les projets de Hugues et les tendances de ce parti s'entrechoquaient trop violemment et chaque parti se croyait trop fort pour qu'il lui fût possible de se résoudre à servir l'autre parti. Cette alliance n'eut doue pour résultat qu'une plus grande confusion et un affaiblissement réciproque. A Rome, on ne regarda pas la partie comme perdue , et l'on jeta toutes les ancres. Hugues chercha à réparer par tous les moyens le dommage qu'il avait éprouvé. La terreur d'une part et la cupidité de l'autre devaient lui assurer la domination. Sa conduite fut terrible contre tous les partisans de ses adversaires; il n'épargna pas même ses propres parents, et disposa sans honte et sans pudeur des évèchés du pays, comme d'un bien vulgaire , pour s'assurer dans les évéques des instruments d'autant plus certains de son pouvoir qu'ils étaient plus indignes de leur place. En môme temps il chercha à se mettre en sûreté contre une attaque du côté des Alpes. H entretint avec le roi Rudolf l'alliance qu'il avait nouée; et enfin , à la mort de Rudolf, il abandonna à son sort Marozia, qui sans doute lui était depuis longtemps devenue à charge, se maria avec Bcrtha, veuve de Rudolf, et fiança son fils LOthar, qu'il avait pris pour collègue à l'empire, avec Adclhcid, fille de Rudolf, enfant de six ans.

Mais tout fut inutile. Peu à peu les esprits s'éloignèrent de lui. Comme personne ne restait sûr, tous devinrent ses ennemis. Les ecclésiastiques réunirent les forces isolées. Bientôt Bcrngar, marquis d'Ivrée, petit-fils de l'empereur Berngar, en devint l'amc. EnÛn Hugues se vit forcé de quitter l'Italie d'une manière aussi honteuse qu'il y était venu. Son fils Lothar, jeune homme qui parait n'avoir pas été dépourvu de belles vertus , conserva , il est vrai , le titre de roi que son père lui avait donné , et

il ne s'en montra pas indigne; mais le marquis Berngar ne voulut pas se contenter de la seconde place dans le royaume , puisqu'il croy ait pouvoir arriver à la première. 11 est certain que Berngar visait à la souveraineté, et qu'il la saisit d'une main avide dès qu'il enit pouvoir If faire : mais on est forcé de laisser dans le doute jusqu'à quel point il se plongea dans le crime pour atteindre son but.

Vers la fin de l'an 950 mourut le roi Lothar, d'une manière aussi inattendue qu'à projx* pour l'ambitieux marquis. Car aussitôt après la mort de Lothar , Berngar parait comme roi d'Italie , deuxième de son nom. Il avait reçu la couronne auparavant déjà , ou bien il la reçut aussitôt après. En tout cas, tout était si bien préparé, qu'il ne manquait que la mort de Lothar pour l'élévation de Berngar sur le trône. Aussi, dans ce siècle de grands crimes , s'éleva aisément le soupçon que Berngar n'était pis arrivé à la couronne sans un terrible attentai I contre son roi et seigneur ; et bien que les ■ documents historiques ne fournissent aucune | preuve à l'appui de ce soupçon , le critique non prévenu doit reconnaître que ni les relations ni les principes et les actes du nouveau roi ne sont de nature à détruire cette terrible accusation. Du reste , AdaU>crt, fils de Berngar, fut couronné roi en même temps que sou père.

Trois ans avant la mort de Lothar avait eu lieu le mariage de ce prince avec Adclheid, fille de Rudolf , alors âgée de seize ans. Cette princesse , arrivée maintenant à sa dix-neuvième année , se distinguait par sa beauté et par ses grâces, ainsi que par sa vertu, sa piété et | son esprit. Aussi , et à cause du malheur qui j l'avait frappée dans une si grande jeunesse, tous les hommes dans le cœur desquels vivaient encore de nobles sentiments ( et à cette époque I ces hommes ne manquaient pas plus qu'à aucune autre) s'attachèrent peut-être à elle; et par suite, le roi Berngar ne put la considérer comme sans importance , qu'il fût ou non cause de son malheur. Si elle se mariait avec l'uu des grands princes de l'Italie , elle veuve de l'homme sur le cadavre duquel il avait passé pour s'élever au trône, elle pouvait facilement le précipiter de ce trône. Berngar désira donc marier cette belle femme avec son fils Adalbert , afin d'attirer de ce côté , par cette union , non seulement tous ceux qui avaient été fidèles

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à Lothar, mais encore tous ceax qu'après la mort de son époux , Adelheid avait gagnés ou semblait devoir gagner. Mais Adelheid , dans sa douleur , repoussa les offres et la recherche d'Adalbert, soit qu'elle eût de l'antipathie pour ce jeune homme, soit qu'elle ne pùt se familiariser avec la pensée de devenir la femme d'un homme dont elle regardait le père comme le meurtrier de l'époux de sa jeunesse , du père de sa fille.

Les refus d' Adelheid irritèrent Berngar : car ils anéantissaient pour lui une grande espérance et le prix de son crime , ou du moins ils l'inquiétaient à cet égard. Sa femme, Willa, partagea sa colère. 11 s'empara d' Adelheid , et l'enferma dans une tour batic, à ce qu'il semble , sur un rocher dans le lac de Garda. La elle éprouva sans doute de durs et indignes traitements ; comme elle avait rejeté une recherche amicale, il fallait par des privations et par le besoin lui faire désirer une délivrance possible seulement par son mariage avec l'odieux Adalbert. Aussi ne lui épargna-t-on probablement ni grossiers traitements ni paroles blessantes. Mais l'histoire de sa captivité et des mauvais traitements qu'elle y souffrit a été; défigurée jusqu'au fabuleux par les bruits et les récits populaires et par la poésie : les chroniqueurs ont également trouvé plaisir à mettre en opposition tranchée les humiliations auxquelles cette malheureuse femme dut se soustraire et l'éclat et la grandeur auxquels elle fut élevée bientôt après , afin de faire paraître d'autant plus grande et plus belle la récompense que la justice éternelle assure à la vertu persévérante. Voici tout ce qu'il y a peut-être de vrai dans ces indications :

La reine Adelheid fut délivrée de sa captivité par un ecclésiastique nommé Martin , qui sut tromper ou déjouer la vigilance de Berngar. Après sa délivrance , et avant d'avoir trouvé un asile, accompagnée d'une seule domestique , elle eut à supporter des aventures dangereuses : elle fut réduite à se cacher pendant le jour dans les roseaux et dans les blés , n'osant aller plus loin que pendant la nuit ; il lui fallut souffrir la faim et la soif; elle ne trouva de soulagement et de salut que dans une misérable cabane de pécheur. Pendant ce temps , l'évoque Adclhard de Beggio, qui lui était très-dévoué, et en qui elle avait une grande confiance , fut instruit de sa position. L'évèquc s'entendit avec le marquis

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Atto ou Azzo , qui tenait le château de Canossa en fief de l'église de Reggio. Ce château était bati sur un rocher escarpé et isolé , sur la lisière d'une montagne. L'habileté d'Azzo avait mis la nature à profit; et il avait fait de Canossa une forteresse qui passait pour imprenable (5) , C'est dans ce château que la reine Adelheid fut secrètement introduite, et qu'elle trouva les premières consolations après de grandes souffrances.

Toutefois, elle n'était pas en sûreté. Son séjour à Canossa pouvait bien durer quelque temps, mais non toujours; il ne pouvait pas non plus rester longtemps caché. L'évêque de Reggio et le marquis Azzo , qui par humanité et peut-être par reconnaissance avaient procuré et assuré un asile à cette femme malheureuse, devaient craindre d'être victimes de leur générosité , si la chose venait à la connaissance du roi Berngar. Pour sauver la reine , il fallait lui trouver un appui plus fort ; pour échapper eux-mêmes à la vengeance du roi Berngar, ils devaient s'efforcer de remettre le plus promptement possible leur protégée en des mains assez puissantes pour que Berngar lui-même fût forcé de les respecter. Il n'y avait en Italie aucun prince qui , lors même qu'il eût osé se confier ,à lui , fût assez fort pour braver le roi Berngar, ou assez résolu pour mettre en jeu terres et hommes , afin de sauver une femme malheureuse. Il n'y avait également aucun secours à attendre de la patrie de la reine Adelheid , de la Bourgogne. Dans ce pays, Kunrad, frère d' Adelheid, jeune homme sans volonté, portait le titre de roi; c'est le même que nous avons vu précédemment déjà dans le camp et au pouvoir d'Otto, roi des Tcutschs. Cet Otto, au contraire , avait , vers ce temps , acquis un grand renom par ses exploits et par son bonheur: c'était le roi le plus puissant du monde chrétien; de plus , son empire touchait à l'Italie , et son fils et son frère gouvernaient les duchés les plus voisins. Vers lui devaient donc se tourner les regards et les vœux des deux hommes qui , par leur grandeur d'àme, avaient sauvé la reine Adelheid do la situation la plus dure.

Il est possible, il est même vraisemblable que ce prêtre Martin , qui avait tiré la reine de prison , se chargea de plaider sa cause auprès du roi Otto; mais il n'est pas vraisemblable qu'Adclhcid elle-même ait écrit à Otto. Si elle

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lui écrivit, ce ne fut certainement qu'à la demande des doux hommes , de l'évèque et du marquis , sous la protection desquels elle se trouvait; et certainement elle ne se présenta h Otto que comme suppliante. Mais si (ce qui parait plus conforme à l'état des choses) ces hommes , tous deux, ou un seul , s'adressèrent eux-mêmes à Otto, il serait bien possible qu'ils eussent profité de cette occasion pour parler aussi de l'Italie et du pouvoir impérial, de la désolation du peuple, de la nécessité d'un secours étranger , et de la facilité avec laquelle un roi des Teutschs aussi puissant pouvait se mettre on possession du territoire et de la dignité impériale. Ces hommes étaient dans une position incertaine, bien plus, dans une position dangereuse; et, dans le fait, qu'y avait-il encore à espérer de l'Italie pour l'Italie?

Otto était dans la plus grande force de la vie. Ses exploits et la fortune l'avaient élevé a la plus grande puissance que l'on pot atteindre sous le poids du système féodal. Pour affermir cette puissance, il pnt bien juger nécessaire «ne grande entreprise contre un pays étranger , afin de calmer dans le Teutschland les passions qui avaient été réduites au silence parles guerres intérieures, mais non étouffées. Le succès qui jusqu'alors avait couronné ses entreprises pnt également l'entraîner et élever son âme h de plus grandes idées ; et les instances de ceux qui avaient vu et partagé ses actes dans la bonne et dans la mauvaise fortune , et qui , accoutumés à une vie agitée , ne pouvaient souffrir le repos , ne firent sans doute pas faute non plus. La pensée de l'Italie n'était pas restée étrangère a son génie, et l'éclat de la couronne impériale avait séduit ses yeux. Depuis plus dedix ans, dans un tempsoù sa cause était singulièrement incertaine dans le Teutschland, il s'était mêlé des affaires d'Italie , et n'était pas resté sans prendre part particulièrement aux querelles entre le marquis Bcrngar d'Ivrée et le roi Hugues : il avait d'abord protégé le premier , puis favorisé le second , enfin soutenu de nouveau et appuyé l'autre. Bien qu'en agissant ainsi il n'eût pas l'intention de maintenir l'Italie dans un état de troubles et d'empêcher les forces des peuples italiens de se réunir en une puissance compacte , afin de pouvoir en des jours plus heureux , s'emparer de ce pays avec un succès d'autant plus facile , on peut toutefois admettre comme certain qu'il

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aurait entrepris maintenant une expédition dan< un pays aussi beau que malheureux , lors même que Lolhar ne serait pas mort , et qii'Adclheid. veuve de ce prince , ne se serait pas vne malheureuse et en danger. Mais dans la position où il se trouvait actuellement , et avec les projets qu'il avait conçus , il dut recevoir avec plaisir l'invitation de venir en Italie , de délivrer la reine opprimée , et de recevoir cette puissance et cette dignité dont le souvenir ne s'était jamais perdu dans le Tcutschland. Cette invitation lui ouvrait la perspective d'un grand parti à se former ; et pour cela môme, ses espérances s'élevèrent peut-être plus haut. Il se peut anssi qu'à sa cour , où la beauté et les vertus d'Adclhcid n'étaient nullement inconnues , la nouvelle des vicissitudes de la jeune veuve ait excité une grande attention , et que l'imagination de plus d'un homme audacieux et énergique se soit formé des chimères de plus d une espèce , de sorte que légèrement et sérieusement des plans et des propositions furent soumis et exposés au roi , qui lui-même était veuf. Mais le roi Otto entreprit l'expédition en Italie, qu'il avait résolue, non point pour suivre une de ces aventures auxquelles on donne si singulièrement le nom de chevaleresques, mais pour l'honneur , la puissance , la gloire et la tranquillité du Teutschland. Et si peut-être il hâta l'exécution h la nouvelle du danger que couraient Adelheid et ses protecteurs, cela même ne se fit que pour ne pas perdre un avantage qu'une occasion aussi belle que fugitive lui présentait alors.

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