GERMES DE NOUVELLES DISCORDES
De l'an »5I à l'an 952.
Aussitôt que l'expédition eut été résolue, les princes appelés à y prendre part rassemblèrent leurs guerriers. Otto accorda cet honneur h son fils Liudolf , duc de Souabe , à son frère Heinrich , duc de Bavière , et à son gendre Kunrad, duc de tatharingie. Tous montrèrent le plus grand empressement et le plus grand zèle ; car il s'agissait d'un grand but , et leur fortune semblait attachée à la cause du roi. Mais l'oeuvre ne fut pas accomplie avec la même union
qui avait présidé à ses commencements. Les documents très-pauvres qui nous sont parvenus sur ces événements laissent, il est vrai, beaucoup de choses daus l'incertitude ; voici toutefois ce qui, en général, semble réellement s'être passé.
Le duc Heinrich de Bavière, frère d'Otto, avait, il est vrai , renoncé à ses anciens efforts pour supplanter le roi et se placer lui-même sur le troue de l'empire teutsch , et il semblait se contenter enttn de l'administration de son vaste et beau duché. Mais de temps en temps l'ancien poison de la jalousie et de l'ambition , qu'il avait sucé si longtemps et à si longs traits, agissait encore sur son aine. Les projets qui avaieut échoué contre son frère pouvaient cependant réussir encore si Otto quittait de bonne heure la vie. Cette pensée toutefois rencontrait déjà un obstacle, qui, s'il n'était écarté, pouvait eu rendre l'exécution diflicile , et peut-être impossible. Otto, dans la première douleur que lui avait causée la mort de sa femme , avait nommé le seul lils qu'elle lui eût donné, Luidolf, son collègue à la couronue et sou successeur , avec l'assentiment des princes de l'empire ; et par cette nomination , il avait enfoncé uu aiguillon dans le cœur de Heinrich. La colère de celui-ci fut encore augmentée par la nomination de Luidolf comme duc de Souabc ; et Heinrich n'avait pas cessé de donner cours , par des railleries de toute espèce , à cette colère contre le jeune prince son neveu, qui maintenant était devenu son voisin. De cette manière, il s'était élevé entre l'oncle et le neveu une animosité qui devait tôt ou tard amener un éclat.
Or, dans l'expédition actuelle en Italie, comme lesdeux princes, Heinrich et Luidolf, étaient les plus voisins de ce pays, ils reçurent, à ce qu'il semble , l'ordre d'ouvrir la marche. Ils se chargèrent de cette mission. Heinrich franchit les Alpes de Carinthie , prit Aquiléc , et pénétra plus avant eu Italie. .Mais en même temps, et sans doute avant la véritable marche de l'armée, il envoya des émissaires aux villes d'Italie sur lesquelles Luidolf, conformément aux conventions , devait se porter; il les avertit et les informa de ses mouvements. Lors donc qutf l'année allemanique ou souabe descendit des Alpes rhétiennes et pénétra en Italie, elle trouva chaque ville fermée , rencontra partout des obstacles inattendus , et Luidolf somma vai-
nement les Italiens de se soumettre û son père . ta jeune prince, qui était mis pour la première fois à l'épreuve et à même de faire plaisir à son père, et qui voulait prouver que le génie de sou père et de son aïeul ne lut manquait pas , tomba dans la plus grande perplexité. Son échec lui fut d'autant plus douloureux, qu'il lui était peut-être plus facile de reconnaître la main qui le lui avait préparé. Mais il dut s'incliner et se vit forcé de rétrograder , tandis que son oncle , qui l'avait trahi, restait en possession de ce qu'il avait gagné.
Pendant ce temps, le roi lui-môme avançait avec l'armée principale , qui probablement se composait de Saxons, do Thuriugiens, de Franconiens et de Lotharingiens : avec lui revenait en Italie son lils, le jeune prince qui avait été si profondément blessé ; et tout fut aussitôt décidé par son arrivée. Bcrngar, effrayé par les forces du roi qui autrefois avait été son protecteur , recula et se retira a l'Ouest dans les montagnes. Les v illes ouvrirent leurs portes sans résistance. Pavie elle-même, que l'on regardait commo la capitale du royaume des Laugobards, reçut paisiblement l'armée tcutsche. Milan seul paraît avoir été prise h la pointe de l'épée; aussi Otto, pour donner aux Milanais un avis dont le souvenir fût durable , fit frapper de nouvelles monnaies a son effigie : on les appela oltelmi. Au commencement du mois d'octobre de l'an 951 , Otto fit son entrée a Pavie , qui avait été abandonnée peu de jours auparavant par Berngar et son fils Adalbcrt. Successivement toute la haute Italie tomba au pouvoir des Teutschs.
Mais en même temps que ces succès la dis-* corde se répandit dans l'armée tcutsche , et y trouva de nouveaux et riches aliments, ta roi n'avait pas vu sans chagrin son fils échouer dans son entreprise. 11 attribua peut-être cet échec à la légèreté et à l'inexpérience , et pour cette raison montra-t-il peut-être à Luidolf uu front plus sévère. Luidolf essaya de rejeter la faute sur son oncle ; mais Otto no 1 écouta pas , soit qu'il voulût ménager son frère pour ne pas ressusciter les anciennes inimitiés, soit que Luidolf eût commis des fautes évidentes, soit enfin que le rusé et cadroit Heinrich sût réduire le jeune duc au silence par des assertions v raies ou fausses. Luidolf, auquel son père parut dur et injuste, devint sombre etméliaut ; et tandis qu'il rongeait sa colère, il arriv a que, sur l'inv i.
tation d'Otto, la reine Adelheild vint de Canossa à Pavie. A son approche, le roi envoya au devant d'elle son frère Heinrich avec une garde d'honneur. C'est ainsi qu'elle fut introduite dans Pavie , et reçue de la manière la plus magnifique et la plus solennelle. Et bientôt il fut décidé que le roi l'épouserait.
Cette circonstance porta au dernier point la colère de Luidolf. Ce prince regarda comme désavantageux, inquiétant , dangereux, le mariage de son père avec une jeune femme. H parait que l'empressement de son oncle , qu'il haïssait, à l'arrivée d'Adelheid lui fit penser que toute cette affaire avait été conduite par cet oncle , et que celui-ci , qui déjà l'avait blessé dans son honneur et qui lui avait aliéné le coeur de son père , avait le projet de le supplanter entièrement et de l'anéantir. Et certainement l'inquiétude du jeune prince n'était pas vaine. Non-seulement le caractère et les habitudes du duc Heinrich semblaient la justifier , niais aussi l'absence de lois précises et de coutumes solidement établies : car cette absence rendait l'avenir incertain pour chacun. Luidolf ne pouvait réclamer une préférence légitime dans la succession à l'empire en sa qualité de premier-né. Cette succession lui avait été assignée d'après le vœu de son père; elle pouvait lui être retirée par la même volonté. L'exemple de son malheureux oncle , Thankmar , vivait encore dans la mémoire de beaucoup d'hommes , et Ton n'avait pas encore oublié les motifs que son autre oncle , Heinrich, avait fait valoir pour justifier ses prétentions à la couronne. Otto , son père , était entré dans des relations entièrement nouvelles. A sa naissance , son père n'était pas encore roi ; maintenant il n'était pas seulement roi des Tcutschs , mais aussi roi d'Italie, et sa nouvelle épouse pouvait lui donner deux fils qui naîtraient ainsi pendant qu'il était roi de deux royaumes. Les motifs que Mathilde , mère d'Otto , avait fait valoir contre celui-ci en faveur de son plus jeune fils , Heinrich , pouvaient aisément être avancés avec un plus grand succès contre lui , Luidolf, par une belle-mère jeune et pleine de charmes, d'autant plus que l'on pouvait prévoir que l'intrigant duc Heinrich , son oncle , appuierait les efforts d'Adelheid par tous les artifices de l'adresse et de la ruse.
L'examen de toutes ces choses pesait sur le cœur du jeune prince, qui se croyait aban-
donné et trahi. Car son oncle Heinrich continuait ses railleries contre lui, et ménageait d'autant moins un jeune homme qui Ini était odieux, que la beauté de l'adroite Adelheid effaça bientôt du cœur de son père l'image de sa mère. De plus, il ne manqua probablement pas non plus d'hommes qui , par intérêt ou par hypocrisie , alimentèrent et attisèrent le feu du soupçon et de la colère qui le consumait. Dans l'impatience de la jeunesse , il forma donc une résolution malheureuse : sans permission et sans congé , il quitta l'Italie avec ses Allemanni, et repassa les Alpes ponr rentrer dans sa patrie. Et il ne partit pas seul. Il fut accompagné par plusieurs princes de l'empire , parmi lesquels on nomme particulièrement l'archevêque Friedrich de Mayencc. Entre ce prince de l'Église et de l'empire et le roi Otto, les anciens différends avaient , il est vrai , été arrangés a l'amiable ; mais le souvenir en subsistait certainement encore chez tons deux ; et bien que de part et d'autre l'on se rendit les services qu'on était obligé de se rendre , il o'y avait pourtant ni confiance, ni bien vaillance, ni dévoùmcnt. Peut-être aussi Friedrich avaitil été blessé de nouveau. On raconte qu'Otto, en partant pour l'Italie , avait exprimé le dessein d'aller à Rome : si cela est vrai , son projet n'était certainement pas de prier sur les tombeaux des apôtres , mais bien de recevoir la couronne impériale. On raconte aussi que le roi avait envoyé an pape (et ce pape était Agapet II ) , au sujet de sa réception , une ambassade composée de l'archevêque Friedrich de Mayence, et de l'év êque Harpert de Coure ; mais que le pape déclina les propositions du roi. Si ce récit est vrai , Agapet avait probablement de bons motifs pour ne se laisser engager dans aucune négociation avec le roi étranger; car le patrice Alberich , fils de cette Maroria dont il a été question plus haut, exerçait encore une domination redoutable sur Rome, et le pape était en son pouvoir. ta moindre intelligence avec le roi Otto l'aurait exposé aux plus cruelles violences et a de mauvais traitements; et la déliv rance de Rome de la tyrannie d' Alberich , par le tranchant du glaive , pouvait seule avoir pour suite une alliance entre Otto et le saintsiége. Pourtant il est possible qu'Otto , lier de sa fortune , ait été mécontent de la non-réussite de ses projets , que , dans son mécontentement , il ai t attribué à ses ambassadeurs une faute qu'ils
n'avaient pas à se reprocher; que l'archevêque Friedrich s'en soit senti blessé ; que cette nouvelle vexation ait rouvert les anciennes blessures de son cœur , et qu'il ait en conséquence suivi le duc Luidolf dans son insolente retraite vers le Teutschland.
Mais le jeune prince perdit , à ce qu'il semble, son arrogance , déjà pendant le passage des Alpes. En se mettant en route, il n'avait vraisemblablement arrêté encore aucun plan déterminé , et plus il s'éloigna, plus la réflexion lui revint, plus aussi il lui fut difficile de former un plan précis. Sans doute il ne songeait pas à une révolte ouverte contre son propre père ; probablement il ne voulait que s'éloigner d'un cercle au milieu duquel il ne trouvait pas de position convenable, et sur le sol brûlant duquel il n'y avait pas de place pour lui : il voulait peut-être prouver par une démonstration énergique à son père , dont l'affection pour lui avait été si vive autrefois , qu'il était profondément blessé, et qu'une grande inquiétude pesait sur son cœur. Ceux qui s'étaient attachés à lui par un mécontentement quelconque , ne manquèrent probablement pas d'exciter et d'aiguillonner le jeune prince; mais on ne voit pas qu'après son arrivée dans le Teutschland il ait entrepris quelque chose d'hostile contre son père. U ne séjourna pas longtemps dans son duché de Souabe, mais il se rendit en Saxe.
il agit en associé à l'empire et en lieutenant de son père absent, et donna ses soins à des choses qu'il devait être agréable au roi de voir terminées. Il parait qu'il espérait effacer, par l'activité qu'il déploierait en Saxe, l'impression que son insolente retraite d'Italie pouvait avoir faite sur l'esprit de son père. Mais il fut malheureux même dans cette tentative , et il donna * ses ennemis do nouveaux moyens de lui nuire. Il célébra la fête de Noël à Salefeld avec une magnificence royale , comme cela semblait contenir au fiJs et au successeur d'un si grand roi, ot U appela à cette solennité l'archevêque Friedrich de Mayence et tous les princes de Empire qni n'étaient pas avec Otto en Italie. °n ne trouve absolument aucun indice que *We fête ait été autre chose qu'une fête de cour habituelle , comme on avait coutume d'en donner en des temps tranquilles , aux jours solennels. Mais le nom de Salefeld était un nmh odieux , ce que le jeune prince ne savait PWt-ètre nullement. Salefeld était considéré
comme un lieu d'intrigues , parce que autrefois Heinrich , duc de Bavière , avait cherché à y faire éclater une conjuration contre son frère, le roi Otto , père de Luidolf. Cette circonstance, que naturellement on aurait dû interpréter à l'avantage du jeune homme , fut tournée contre lui; et comme peut-être il avait déployé un luxe qui semblait ne convenir qu'au roi lui-même (2) , il fut assez facile à ceux qui cherchaient à s'insinuer entre Ini et son père , de jeter par des indications vagues , par des allusions et par une inquiétude affectée, de nouveaux soupçons dans l'âme de ce dernier.
Le roi Otto passa tout l'hiver à Pavic , et employa ses forces à se mettre en possession des villes d'Italie. Il célébra son mariage avec la reine Adelheid avec tout l'éclat d'un conquérant heureux , et sembla trouver son bonheur dans la possession d'une femme si belle et si gracieuse. Mais tandis que ses jours paraissaient s'écouler dans la magnificence et dans la joie , son cœur était certainement en proie à de grandes inquiétudes. Il n'est pas douteux que sa pensée ne se reportât vers Rome et vers la couronne impériale : mais pouvait-il se hasarder à continuer sa marche vers la ville éternelle ? Les Italiens s'étaient , comme autrefois, soumis aux armes des Teutschs; beaucoup aussi, comme cela arrive d'ordinaire , avaient sans doute poussé des cris de joie à l'approche de ces armes; et par son mariage avec la reine Adelheid enfin, Otto avait certainement gagné à sa cause un assez grand nombre d'hommes influents , ecclésiastiques et laïques. Pourtant il ne pouvait avoir de confiance. Sa cause était et resta la cause d'un parti ; plus les hommes s'étaient abrutis dans cette longue et tumultueuse agitation, plus il était difficile de les gagner. Il était impossible que les barbares du Nord s'entendissent avec les Italiens. La multitude dut bientôt se persuader qu'elle n'avait fait que changer un joug contre un autre non moins pesant. I<es mœurs des Franks n'étaient agréables à personne , et les grands besoins de ces hommes d'une si haute taille excitaient d'autant plus la répugnance de tous, que tous étaient forcés de les satisfaire. Les princes et les seigneurs étaient blessés de l'orgueil que fes Teutschs , dans le sentiment de leur supériorité, montrèrent peut-être assez souvent , et que l'on I croyait trouver même dans des choses qni ue
HISTOIRE DU PEl l'LE ALLEMAND.
venaient que du défaut de civilisation ; comme la rudesse de la langue et la négligence du maintien. De plus, il y eut certainement aussi plus d'un malentendu, plus d'une querelle, plus d'un acte de violence individuelle, qui rappelaient constamment aux Italiens leur assujétissement. Alberich , le patrice , était seigneur de Rome , et probablement il était résolu à défendre cette ville jusqu'à la dernière extrémité : Berngar et son fils Adalbcrt se tenaient en armes dans les montagnes, et ne manquaient pas , assurément , tantôt d'inquiéter les Tcutschs , tantôt d'exciter les Italiens à profiter de toute occasion que le hasard offrirait ou que leur adresse ferait naître. L'armée d'Otto , au contraire , était affaiblie par la retraite de Luidolf, et les nouvelles vraies on fausses qui venaient de la patrie étaient de telle nature, qu'il était très-incertain si la tranquillité du Teutschland serait durable , et plus incertain encore si le roi pouvait compter sur les renforts de ce pays.
Dans ces circonstances , Otto résolut d'ajourner son expédition sur Rome, et de revenir en personne dans le Teutschland. Mais il ne pouvait abandonner ce qu'il avait gagné en Italie. 11 laissa donc une partie de son armée dans ce pays , nomma son gendre Kunrad duc de Lotharingie, son vicaire, lui donnant pour instruction de s'abstenir de toute entreprise sur Rome , mais de continuer la guerre contre Berngar. Quant à lui , avec l'autre partie de son armée, et accompagné de sa jeune épouse , il repassa les Alpes au printemps de l'an 952 , pour retourner dans le Teutschland.
11 y trouva tout tranquille et dans le même ordre où il avait laissé le royaume lors de son départ. Il le traversa du sud au nord ; il ne trouva nulle trace de conjuration , d'intrigues hostiles , ni même de dispositions ennemies. Il ne parait pas toutefois qu'il vit son fils Luidolf: la colère et la méfiauce déterminèrent peutêtre le roi à l'éviter, et Luidolf n'était peut-être pas non plus disposé h faire sa cour à sa jeune belle-mère. Otto eut donc certainement d'un côté des motifs de satisfaction , mais de l'autre il eut tout aussi certainement une véritable douleur d'être contraint de suspendre ses travaux en Italie. Son humeur resta donc aigrie.
Cependant il parait qu'aussitôt après le départ d'Otto, la guerre recommença en Italie. Berngar sortit sans doute des montagnes avec
I des forces militaires , afin de tenter , ponr reconquérir son royaume , le sort des armes contre le duc Kunrad , homme dont autrefois il sVtail concilié l'amitié en des temps malheureux, kunrad, dont la position dans un pays étranger et ennemi n'était assurément pas sans danger, crut impossible de soutenir la lutte avec succès. Comptant sur les relations amicales qui avaient existéjadis entre lui et Berngar, il s'adressa à ce roi, et lui proposa un accommodement. Berngar , qui n'était pas non plus disposé à tout jouer d'un coup , réfléchissant que lors même qu'il réussirait maintenant à triompher du lieutenant du roi desTeutschs, celuici ne serait pas vaincu ; que, bien plus, Otto , dans ce cas, reviendrait certainement pour obtenir vengeance , ne repoussa pas ces propositions. Les deux princes conclurent donc no traité , justifié si non forcé par l'état des choses.
avec son lils , de reconnaître la suzeraineté do roi Otto , de recevoir de lui en fief la couronne d'Italie, et d'être ensuite* le fidèle vassal dr l'empire teutsch : Kunrad, de son côté, s'engagea, peut-être par serment , selon les mœurs de ce siècle, à insister pour que le voyage dans le Teutschland ne tournât pas au désavantage du roi Berngar , pour qu'au contraire Otto le reçût amicalement, et que, sous les conditions indiquées , il fût remis en possession du rovaume d'Italie.
On ne peut douter que si Otto, en quittant ! l'Italie, n'avait pas chargé son gendre , le duc I Kunrad , de conclure un semblable traité avec ■ Berngar , il ne lui eût pourtant donné en général I le plein pouvoir d'agir selon les circonstances ; et l'on ne peut pas douter davantage que Kunrad n'ait informé immédiatement le roi de la conclusion du traité avec Berngar. Il avait donc vraisemblablement la ferme conviction qu'Otto, lors même que la tournure que les choses avaient prise ne lui serait pas très-agréable, accepterait pourtant dans son entier un accommodement qui sauvait l'honneur , tenait l'Italie ouverte et faisait heureusement éviter un grand danger. Mais il se trompait.
Berngar se rendit avec sou fils dans le Teutschland. Le roi se trouvait à Magdeboorg. A l'arrivée de Berngar, un grand nombre de princes et de seigneurs de la cour d'Otto vin* I rent, il est vrai , à sa rencontre , comme si l'on I voulait le recevoir en roi ; mais au lieu de le
conduire vers Otto , ils le menèrent dans un logement préparé d'avance pour lui , en lui intimant Tordre d'y rester. Otto ne pouvait vaincre son ressentiment. Sa jeune épouse , incapable d'oublier les mauvais traitements que Berngar et les siens lui avaient fait souffrir, influa peut-être sur ses actes. Mais Heinrich , frère d'Otto , semble avoir déployé une activité particulière. Il était sur son terrain. Voyant que les relations se compliquaient de plus en plus, et que la mésintelligence augmentait , il resta près du roi , pour garder dans sa main les fils de cette trame embrouillée , et pour essayer s'il ne pouvait obtenir d'Otto par l'adresse des avantages qu'autrefois il avait vainement voulu lui arracher par la force. Dès l'expédition d'Italie, son duché de Bavière avait été gouverné en son nom jrar le comte palatin Arnulf, le dernier prince de la précédente maison ducale de Bavière , dont il a été parlé plus haut. Ce fut lui surtout qui empêcha le roi de donner audience à Berngar et h son fils. Pendant trois jours le roi d'Italie attendit en vain dans son logement. Enfin il éleva probablement la voix , et réclama avec un juste mécontentement l'exécution du traité. Alors on lui annonça qu'il pouvait aller où bon loi semblerait et remercier Dieu et la grâce d'Otto de ce qu'on lui laissait la vie et la liberté. Berngar, l'Ame agitée par le plus violent ressentiment, revint en toute hâte en Italie.
lorsque Kunrad , duc de Lotharingie , apprit ce dénoùment (3) , il entra dans une extrême colère. Lui , gendre d'Otto , à la tête d'une armée de l'empire , conformément aux pleins pouvoirs qui lui avaient été donnés , conformément aussi a la situation où il s'était trouvé avec son armée , il avait conclu un traité honorable et loyal qui assurait tout ce que l'on pouvait raisonnablement désirer ; et ce traité avait été déloyalement et brutalement foulé aux pieds par son beau-père , par son roi , au nom duquel il avait agi. 11 se crut insulté et déshonoré aux yeux des princes étrangers , aux yeux des peuples d'Italie, aux yeux de tout le peuple teutsch, aux yeux du monde entier. Il (1* daigna donc de se plaindre au roi perfide , mais il conçut de grands projets. Il entretint son ancienne amitié avec le roi Berngar , qui ne doutait pas de sa loyauté , et le gagna à ses vues. 11 se mit en communication avec le duc Luidolf, fils d'Otto, et entraîna aisément de
son côté ce malheureux jeune homme , dont l'esprit flottait dans l'incertitude. Enfin il s'entendit aussi avec Friedrich , archevêque de Maycnce, avec lequel il avait toujours vécu en mauvaise intelligence depuis les anciens troubles : et ce n'était pas assurément une chose peu importante que d'avoir gagné le premier des princes ecclésiastiques de l'empire.
Mais , au moment où l'on s'y attendait le moins , l'affaire prit une autre tournure , et l'orage amoncelé n'éclata pas. Le roi fut bientôt amené à des pensées plus douces , soit que la justice et l'honneur triomphassent en lui des passions, soit qu'il redoutât les suites qui devaient nécessairement résulter du renvoi aussi grossier qu'irréfléchi du roi Berngar. Il n'hésita donc pas à faire un grand sacrifice ; car ce fut certainement un grand sacrifice pour lui que d'accourir en personne en Italie pour réparer lui-même ce que lui-même avait gâté. Sans doute on ignore ce qui se passa à Pavie entre lui , son gendre Kunrad et le roi Berngar ; mais les événements qui suivirent ces conférences le font suffisamment deviner. Ils prouvent que kunrad insista sur ce que son honneur fût rétabli , et que cela ne put se faire que par la reconnaissance solennelle du traité conclu entre lui et Berngar , dans tout son contenu. Car vers le milieu du mois d'août, le roi assembla à Angsbourg une diète où furent appelés les princes et les seigneurs de toutes les nations teutsches. A cette diète parut aussi le duc Kunrad ; on y vit venir le roi Berngar et son fils Adalbert , ainsi que les princes et les seigneurs de l'Italie supérieure. En présence de toute cette grande assemblée, Berngar et Adalbert prêtèrent serment de fidélité entre les mainsduroi, comme vassaux de l'empire teutsch, solennellement investis du royaume d'Italie. Toutefois les Marches d'Aquiléc et de Vérone furent ôtees au roi Berngar et assignées au duc Heinrich de Bavière. \a défaut de documents ne permet pas de dire si cette diminution do territoire avait déjà été convenue précédemment, ou si alors seulement, et pour la première fois, on extorqua ces deux Marches pour satisfaire ce duc si avide de possessions , et pour ne pas exposer l'exécution du traité â de nouvelles difficultés. Peut-être est-il certain qu'Otto chercha à justifier la réclamation de ces Marches par le prétexte qu'il convenait à un vassal do donner à son suzerain un gage matériel de sa
fidélité, et qu'un gage de cette nature , donné par un roi à un roi , ne pouvait consister que dans la cession d'une partie du territoire de son royaume. 11 est peut-être tout aussi certain que le duc Kunrad ne vit pas sans plaisir l'abandon de ces deux Marches d'Italie à l'odieux Heinrich , parce qu'il pouvait prévoir qu'elles deviendraient une cause de discorde et de querelles dangereuses entre Berngar et Heinrich , et que par là même l'influence de Heinrich dans l'empire teutsch serait nécessairement affaiblie.
C'est ainsi que l'Italie , c'est-à-dire la partie de ce pays qui avait formé le royaume des Langobards, devint un fief de l'empire teutsch; c'est ainsi que se nouèrent de malheureuses relations qui , bien que la marche des événements les ait amenées si nécessairement qu'elles ne peuvent être reprochées à aucun de ceux qui y entrèrent , étaient pourtant en elles-mêmes contraires à toutes les lois qui résultent delà nature des pays et de la nationalité des peuples ; et , pour cette raison même, ces relations, lorsqu'elles subsistèrent et se développèrent dans tout ce qu'elles avaient de contraire a la nature , ne purent attirer que des malheurs et des désastres sur le Teutschland comme sur l'Italie.
GUERRE ENTRE OTTO Ier ET LES DUCS LUI- DOLF ET KUNRAD. — EMBARRAS DU ROI.
De l'an 96îà l'an 953.
La diète d'Augsbourg avait maintenu la tranquillité extérieure , mais la paix intérieure n'avait pas été rétablie. Les passions continuèrent à s'agiter et à étourdir les hommes. Celui qui avait éprouvé des pertes reportait des regards de douleur sur ses anciennes espérances ou sur ses anciennes possessions ; celui qui avait gagné n'était pas satisfait et s'efforçait d'atteindre plus encore. Personne n'oubliait les vexations souffertes, et le soupçon se maintenait avec force dans les cœurs 'on il s'était une fois fixé.
Berngar avait dû sacrifier la moitié du fruit de ses crimes , et l'autre moitié n'avait été sauvée que par une humiliation qui oppressait son cœur. Tout en continuant à se donner le titre de roi, tout lui rappelait incessamment que sa dignité était une vainc ombre , son manteau royal un voile mensonger qui ne pouvait
couvrir sa honte, et s'il portait ses regards sur son royaume mutilé, qui n'était pas un royaume , et s'il voyait l'étranger qui l'avait saisi à la gorge par ses intrigues et par son ambition territoriale , il lui était impossible de prévoir sans serrement de cœur son avenir , comme de revenu: sans inquiétude et sans crainte sur son passé. Et c'étaient des princes d'Italie qui l'avaient repoussé si loin du but qu'il avait déjà touché de si près ; c'était par ses vassaux ecclésiastiques et laïques que les étrangers avaient été appelés , et que lui-même avait été forcé de devenir vassal do. roi des Teutschs. Son Ame opiniâtre ne supporta point ces pensées; son cœur se remplit de ressentimeut; il méprisa la voie de la modération et de la sagesse, qui lui aurait peutrétre concilié les esprits , et assuré l'Italie contre de nouveau dangers. 11 tendit des pièges à ceux qui , dans sa pensée , lui en avaient tendu ; et comme il avait perdu toute confiance dans les hommes et ouvert son àme au soupçon , il se livra sans ménagement à tous les excès , et souleva tous contre lui , parce qu'il sembla altéré du sang de tous. C'est ainsi qu'il attira sur l'Italie toute sorte de malheurs, et ne laissa aux hommes d'autre espérance que la plus pernicieuse de toutes , l'espérance en l'étranger.
Le Teutschland ne resta pas non plus longtemps dans la tranquillité qu'Otto avait cherché à rétablir. Les ducs Luidolf et Kunrad , fils et gendre du roi , avaient peut-être éprouvé de nouveau à la diète d'Augsbourg les mépris dn duc Heinrich de Bavière; peut-être aussi s'étaient-ils entendus pour ne point souffrir l'influence de cet homme sur le roi , son frère et leur père. Comme Us n'étaient pas hosti\es au roi , ils ne voulaient rien faire contre lui , mais l'arracher des mains d'un homme qui ne rougissait pas de troubler et de bouleverser tout , même les relations les plus sacrées de la vie. En cas de besoin , et comptant sur la participation de beaucoup de princes de l'empire , ils voulaient recourir à la force des armes, afin d'atteindre un but qui , sans aucun doute , leur paraissait juste et louable. Ils armèrent en silence; il fortifièrent châteaux et villes ; ils attirèrent dans leur parti une foule de jeunes gens de Franconie , de Saxe et de Bavière, et n'attendirent qu'une occasion favorable ponr commencer l'œuvre ainsi préparée. 11 est très -vraisemblable qu'ils entretinrent des
UV. XV ,
communications continuelles avec le roi Bcrngar d'Italie.
Au printemps de l'an 953 , le roi Otto visita l'empire , comme il avait coutume de faire (i). Il vint en Alsace , où il donna à sa belle-mère , la reine Bertha , l'abbaye d'Ehrenstein. Ensuite il descendit le Rhin , pour célébrer la féte de Pâques à Ingelheim. Kunrad et Luidolf , bien au courant des intentions du roi, avaient rassemblé des bandes armées aux environs d'Ingelheim pour s'emparer de la personne du roi , qui ne voyageait qu'avec une faible escorte. Otto toutefois échappa à l'embuscade dressée contre lui. 11 fut averti , rétrogada , et se dirigea vers Mayence, pour chercher de l'appui dans cette ville. L'archevêque Friedrich , qui était destiné à se trouver toujours le premier dans l'embarras , pour quelque parti qu'il se déclarât , ne tomba point dans une médiocre perplexité. 11 était complice de la conjuration ; mais il n'avait pas prévu que le roi échapperait aux ducs et se dirigerait sur Mayence. Lorsque Otto parut aux portes , il n'osa pas le laisser entrer ; il osa tout aussi peu le repousser : car il ne savait pas si le roi venait en fugitif ou en vainqueur ; il vit seulement que le plan des ducs avait échoué. Dans cette incertitude , il fit attendre quelque temps le roi hors des portes ; enfin il les lui fit ouvrir. 11 ne gagna nullement par là la faveur du roi , il éveilla au contraire dans son esprit le soupçon qu'il était réellement complice de la conjuration ; et lorsqu'il voulut se justifier en prétendant qu'il s'était trouvé absent et tout occupé de pratiques pieuses aux approches de la féte de Pâques , il ne fit pas sur l'esprit d'Otto une impression bien profonde.
Lorque les deux ducs virent que le roi leur avait échappé , ils se rendirent auprès de lui à Mayence. L'archevêque , qui croyait devoir par prudence persévérer dans la position équivoque où il était tombé, se posa en médiateur. Otto reçut son gendre et son fils. Ils parurent devant lui avec toutes les marques de respect qui convenaient à des fils envers leur père, à des vassaux et à des dignitaires de l'empire envers leur roi et seigneur. Us déclarèrent au roi qu'ils n'avaient pas levé contre lui l'étendard de la révolte, mais qu'ils avaient pris les armes contre Heinrich son frère ; que celui-ci , s'il était venu à Ingelheim , aurait été fait prisonnier par eux. Comme
Otto ne se fiait pas plus à l'archevêque qu'aux ducs , il crut qu'il ne lui restait qu'à céder pour sortir des murs de Mayence et revenir parmi ses fidèles Saxons, où il pouvait agir librement et commander en roi. Les réclamations que les ducs lui soumirent ne nous ont pas été transmises : mais vraisemblablement ils demandèrent que Heinrich fût éloigné des conseils du roi , et sans doute aussi que sa puissance fût restreinte, afin qu'ils eussent tous une considération égale dans l'empire , et qu'ils pussent jouir, comme jadis, de la faveur du roi. Il n'est pas non plus douteux que Luidolf n'ait insisté sur la succession au trône, qui lui avait été accordée, et sur les droits de son association au pouvoir royal. Et par la médiation de l'archevêque , Otto leur accorda toutes leurs demandes. 11 paratt aussi que , pour donner un gage de confiance, et pour mettre en quelque sorte le sceau à ce changement de relations, il fit aux ducs la promesse de célébrer avec eux la fête de Pâques à Aix-la-Chapelle, sur le territoire du duc de I-otharingie, où, comme cela était à supposer, le duc Heinrich de Ba\ière ne viendrait pas , et où , par cette raison , l'on pourrait publiquement confirmer les conventions faites secrètement à Mayence et sanctionnées, à ce qu'il parait, par des cérémonies religieuses. Car il quitta Mayence et alla plus loin, en descendant le Rhin, accompagné vraisemblablement de son fils Luidolf, tandis que Kunrad courait en avant pour faire à Aix-la-Chapelle les préparatifs nécessaires à sa réception. 11 alla jusqu'à Cologne. Mais là il ne prit pas à gauche, mais , en trompant toute surveillance , à droite , vers la Saxe. 11 atteignit heureusement Dortmund , et y trouva la sécurité nécessaire pour célébrer la sainte fête de l'église.
A peine Otto s'était-il soustrait au danger qui l avait sérieusement menacé, ou que du moins il avait redouté, qu'il recourut à un moyen qu'anciennement comme dans les temps modernes , beaucoup de princes n'ont pas rougi d'employer, souvent avec succès, rarement à leur honneur : il déclara que le traité conclu par lui avec les ducs à Mayence était nul , parce qu'il n'avait pas été libre , mais contraint à le conclure. 11 intima aussi à son fils et à son gendre l'ordre de livrer les auteurs et les fauteurs de ce crime, avec la menace que, s'ils n'obéissaient pas à cet ordre , on les considérerait et on les combattrait comme rebelles. L'archcvê-
que Friedrich de Mayence éleva, il est vrai, la voix contre cet ordre et contre cette menace : il soutint que le traite était une convention libre; que lui-même en avait été le médiateur; que le roi n'avait ni souffert ni eu à craindre de contrainte ; que la religion avait donné à la conclusion son inviolable consécration ; que toutes les formes avaient été observées. Mais en se mêlant de cette affaire , le malheureux prêtre ne fit qu'augmenter les soupçons qu'Otto avait conçus sur sa propre fidélité , et l'on ne tint nul compte de ses paroles. Bien plus , le roi convoqua une diète à Fritzlar , pour délibérer sur cette malheureuse affaire avec ses fidèles , et plus encore pour apprendre à connaître ses fidèles et les mettre a l'épreuve. Dans cette diète, où vinrent , à ce qu'il parait , beaucoup de Saxons , de Thuringiens et de Franconiens , le duc Heinrich, frère du roi, éleva des plaintes graves et amères contre l'archevêque Friedrich, et des accusations non moins graves et non moins amères contre d'autres hommes éminents et distingués. Ces accusations mirent le roi dans la colère la plus violente ; toute l'assemblée fut remplie d'indignation. Sous l'influence d'une passion sauvage, on déclara l'archevêque coupable do haute trahison , sans l avoir entendu. Quant aux autres personnages dont Heinrich s'était fait l'accusateur, tous ceux qui ne purent sur-le-champ se justifier complètement furent dépouillés de leurs honneurs et de leurs dignités et envoyés en exil. Ce sort fut nommément infligé a deux comtes thuringiens , Dadi et Wilhelm , contre lesquels Otto aurait écouté le témoignage de son frère moins que celui de tout autre , s'il avait pris le temps de la réflexion. Car ces deux hommes (ainsi que nous l'avons raconté plus haut) étaient restés filôlcs au roi dans ces temps difficiles où Heinrich était en révolte contre son frère et seigneur; ils avaient rendu au roi d'importants services , et avaient acquis sa bienveillance de la manière la plus noble. Mais les princes ne sont pas moins ingrats que les peuples pour les sacrifices qu'on a faits pour eux , et tout un passé digne d'éloges s'écroule devant la violence d'un seul jour d'orage. Du reste, l'assemblée résolut de combattre par les armes, et de forcer à la soumission les rebelles Kunrad, Luidolf et leurs adhérents.
Pendant que se rassemblait l'armée destinée à cette lutte, Otto se rendit dans les contrées
UPLE ALLEMAND.
orientales de ses États, sans doute aOn do s'assurer de l'état des cantons slaves , et probablement aussi pour prendre les mesures nécessaires avec ses fidèles le markgraf Gero et le comte Hermann Billung, auquel, à ce qu'il parait, il avait confié l'administration de la Saxe (2). Pub il revint en toute hâte à l'armée, avec laquelle il passa le Rhin pour se rendre a Cologne , dans les derniers jours du mois de juin. LA les fidèles de Lotharingie devaient se joindre à lui; mais vers ce temps on en était déjà venu ans armes en totharingic.
Après la diète de Fritzlar , Otto avait sommé les Lotharingiens d'abandonner leur doc, un rebelle contre l'empire et contre son seigneur , et de se déclarer pour leur roi en fidèles vassaux. Kunrad n'avait jamais en pour loi les cœurs des Lotharingiens : car il était étranger dans ce pays , et avait été imposé au peuple en des temps orageux. La plupart ne l avaient suivi que par crainte de la puissance et de la fortune du roi , dont Kunrad avait épousé la fille. La proclamation dn roi amena donc aussitôt une grande div ison parmi les Lotharingiens; et beaucoup d'entre eux se déclarèrent prêts il réunir leurs armes aux armes dn roi. L'évèquc de Mcte lui-même, Adelbert, en qui Kunrad et Luidolf av aient mis la plus grande confiance , prit le parti d'Otto ; ce comte Ragenar de Hainaut, qui jadis avait combattu pourGiselbert, son oncle, contre le roi, se prononça également alors contre Kunrad pour Otto. Kunrad, aigri par la défection de tant de Lotharingiens, qui était a ses yeux une indigne trahison et qui ' menaçait de miner entièrement sa cause, résolut de ramener par l'épée lesdéfectionnaires sous ses drapeaux, avant qu'Otto pùt arriver en Lotharingie avec l'armée tcutsche. Ragenar assiégeait une place forte sur la Meuse (3). Kunrad voulut la sauver. 11 rassembla donc ses troupes aux environs; ses ennemis y réunirent aussi leurs forces. Une bataille terrible fnt livrée, h ce qu'il parait , peu de temps avant qu'Otto passât le Rhin. Cette bataille dura du matin an soir avec un égal acharnement ; car des deux côtés les troupes arrivaient à mesure qu'on se battait, et entraient toutes fraîches dans la lutte. Kunrad montra la fureur d'un lion , cl beaucoup de braves tombèrent sous son épée; car son parent et son ami , qui portait aussi son nom , et qui était fils du duc Eberhard , succomba dans cette bataille , victime de malbeu-
rcuses discordes, et cette perte lai causa une douleur inexprimable. Mais le sang coula en vain. La nuit sépara les combattants , et rien ne fut décidé.
L'arrivée du roi amena d'autres relations. Otto s'avança de Cologne en remontant le pays entre le Rhin et la Meuse. Les villes situées sur son chemin se soumirent , ou furent forcées aisément. Pendant sa marche , les Ixrtharingiens qui lui étaient restés fldèles se joignirent à lui , à l'armée , et continuèrent la route avec elle. Pendant ce temps, Luidolf, duc de Souabe, avait descendu le Rhin jusqu'à Mayencc. L'archevêque Friedrich, prétextant ses saintes fonctions, avait quitté la ville et s'était rendu dans la forteresse de Brisach, qui depuis longtemps était odieuse au roi comme un repaire de rebelles et de perturbateurs (4). 11 y attendit dans une pieuse retraite la décision de ces troubles. On ne sait s'il livra la ville de Mayence au duc Luidolf ou si celui-ci s'en rendit maître ; mais il est certain que Luidolf en était en possession, et que, bien munie de vivres, elle se trouvait dans le meilleur état de défense. Aussi le duc Kunrad, reculant devant le roi, se retira-t-il vers Mayence; il y réunit les débris de son année à celle du duc Luidolf de Souabe. Ijcs deux princes résolurent de conserver cette forteresse, et de tenter pour sa défense tous les moyens que fourniraient la nature et l'art.
Le roi parut devant la ville avec son armée. Jusqu'alors tout s'était humilié à son aspect; il pouvait en conséquence s'attendre d'autant plus sûrement à la prochaine reddition de Mayence, que le duc Ueinrich son frère opéra sa jonction avec lui à la téte des Bavarois. Mais il se trompait. On vit commencer une lutte désolante, plus féconde en cruautés que ne le sont d'ordinaire les guerres civiles elles-mêmes. Les assiégeants dressèrent des tours, des machines propres à lancer des projectiles , et d'autres instruments de destruction; les assiégés faisaient des sorties et anéantissaient et brûlaient les ouvrages de leurs ennemis. Souvent leurs sorties réussissaient; rarement l'attaque arrivait à un résultat. Mais un mal particulier , c'est que , dans les deux armées , beaucoup d'hommes , tout en prêtant leurs mains à de tels crimes, ne sentaient en eux-mêmes aucun enthousiasme qui eût pu leur faire oublier ce qu'ils faisaient. Plus l'homme sentait et pensait noblement , plus sou cœur était déchiré; et même des natures
vulgaires étaient tiraillées en tous sens par leurs vœux et par leurs inquiétudes. Car c'était une lutte entre un père et ses fils. Celui qui tirait l'épée pour le roi se trouvait l'ennemi du successeur de celui-ci, et celui qui se battait pour ce dernier portait les armes contre le roi. Ni d'un côté ni de l'autre il n'y avait ici à remporter de victoire qui promit un avantage durable. Ce qui peut-être aussi donna beaucoup à réfléchir à plus d'une personne, c'est que Viegfried , archevêque de Cologne , étant venu à mourir vers ce temps, Otto ne se contenta pas d'élever Brun , son plus jeune frère , à ce siège archiépiscopal, mais le nomma même duc de Lotharingie, déposant par là son gendre Kunrad, au moment où sa fille Luidgarda, femme de ce prince , venait à peine de descendre au tombeau. Les liens de famille semblaient avoir évidemment plus de prix à ses yeux que les vertus et les services qu'un très-grand nombre de personnes se croyaient en droit de faire valoir , tandis qu'il faisait maltraiter son propre fils et le combattait cruellement les armes à la main.
La lutte dura seize jours ; elle épuisa Jes forces des deux partis , mais elle ne fit taire les passions dans aucun. Le roi cependant perdit l'espoir de prendse la ville. C'était une idée dangereuse d'abandonner le siège après tant de tentatives iuutiles, sans avoir pris la ville, sans avoir, jusqu'à un certain point , sauvé l'honneur par un accommodement. 11 offrit la paix aux assiégés. Les ducs se montrèrent disposés à venir dans son camp et à négocier avec lui ; mais ils demandèrent des garanties pour leur sûreté. Le roi, dans son embarras, se soumit à cette humiliation; il donna des otages, et parmi eux son cousin , nommé Ekbert. Lorsque ces otages furent arrivés dans la ville , les ducs se rendirent dans le camp royal. A la vue du roi , ils se jetèrent à ses pieds, reconnaissant en lui leur père et seigneur; et Otto les reçut comme ses enfants, avec grâce et bonté. Tout le camp manifesta sa joie et sa satisfaction ; car l'on croyait que la fin de ces troubles était venue , et que les princes ne se seraient pas rendus auprès du roi , si tout n'avait pas été arrêté et terminé d'avance. Mais l'attente de l'armée fut déçue, et les cris de joie se changèrent encore une fois en douleur.
Les ducs déclarèrent qu'ils étaient prêts à se soumettre au roi et à faire oublier le passé par
tous les moyens; ils ne demandaient qu'une I seule chose , qu'on ne fit souffrir à leurs amis et à leurs compagnons aucune vexation et aucun dommage pour la fidélité qu'ils leur avaient montrée. Otto , au contraire, peut-être parce qu'il croyait nécessaire de venger l'autorité royale méconnue, insista sur ce que, puisqu'il ne pouvait infliger de châtiment a son fils et à son gendre , on fit du moins subir aux auteurs et fauteurs de leur rébellion la peine qu'ils avaient méritée : car c'est chez les princes un préjugé aussi ancien qu'insensé , de croire qu'ils peuvent purifier leurs parents aux yeux du monde, en rejetant les fautes qu'ils peuvent commettre sur ceux dans lesquels ils prétendent voir leurs séducteurs et leurs instigateurs. Mais Luidolf et Kunrad méprisèrent cette voie vulgaire ; ils ne voulurent pas acheter les bonnes grâces de leur père et seigneur par une perfidie envers leurs amis ; et par cette honorable fermeté , ils gagnèrent un grand nombre d'hommes dans l'armée du roi. Tous ceux qui jusqu'alors étaient restés indécis , irrésolus ou chancelants, commencèrent a déclarer que leur cause était juste , et se sentirent disposés à leur vouer leurs bras. Le roi lui-même ne put s'empêcher d'honorer les sentiments qu'il reconnaissait dans les jeunes princes ; peut-être aussi fut-il effrayé des suites que pouvait entraîner la rupture de ces négociations. H commença à faiblir.
En ce moment , le duc de Bavière , Heinrich, craignant de perdre à la fin le fruit de tant de peines, s'éleva contre ces dispositions ; et pour raviver la flamme qui s'éteignait , il lui jeta de nouveaux aliments. « Comment peux-tu , dit-il en se tournant vers son neveu , le jeune duc Luidolf, fils du roi, comment peux-tu assurer que tu ne t'es pas révolte contre mon seigneur, le roi ? Toute l'armée sait bien que tu veux renverser le roi du trône, et te rendre maître de l'empire. Tn m'accuses d'être l'auteur de ton crime : pourquoi donc n'as-tu pas conduit tes troupes contre moi ? pourquoi maintenant encore ne lèves-tu pas contre moi tes étendards? Comment peux-tu , les armes à la main , demander compte de ma faute à ton père ? Mais toi , enfant , tn sais bien que tu ne peux pas m'attaquer plus que cela (et en disant ces mots, il ramassa nn brin de paille et le jeta au visage du jeune duc). Tu es un rebelle contre Dieu, comme contre ton père et seigneur. »
Ni Luidolf ni Kunrad ne répondirent à ces
paroles venimeuses ; mais ayant remarqué l'impression que la voix de Heinrich avait faite sur le roi son frère , ils rompirent les négociation*, et retournèrent dans la forteresse. Cette malheureuse issue saisit de douleur toute l'armée de roi ; chacun en rejeta toute la faute sur la hain* avec laquelle le duc Heinrich , oubliant l'extrémité où lui-même avait été réduit autrefois , s'était emporté sans pudeur et sans ménagement contre Luidolf, et sur l'aveuglement du roi, lequel se fiait à un frère qui avait prouvé aa monde et à la postérité, par une révolte troc fois répétée , que par ambition et par jalousie il aspirait à la couronne. La première preuve de la douloureuse impression que cette scène avait produite dans le camp royal sur toute An; noble , fut donnée par Ekbert et par les homm* qui avaient été envoyés avec lui comme otaars dans la ville de Mayence. Ils refusèrent de \eni; auprès du roi ; ils restèrent à Mayeuce , se déclarèrent dégagés de tout lien envers Otto , et embrassèrent hautement la cause des ducs. La nouvelle d'un autre événement qui , par un hasard singulier , arriva le même jour encore à Mayence , changea soudainement et d'une manière remarquable l'état des choses.
Nous avons raconté précédemment que , seor ans auparavant , après la mort d'Arnolf de Bavière , surnommé communément le Méchant , \t roi Otto enleva la dignité ducale aux fils de duc ; mais que , pour rendre cet acte arbitraire moins choquant , il avait investi do cette dignité Berthold , parent de la maison ducale, et nomme comte palatin de Bavière le plus jeune fils d'Arnolf , qui s'appelait également Arnolf. Cet Arnolf était ensuite resté comte palatin de Bavière, lorsque, cinq ans auparavant, après la mort de Berthold , Otto donna le duché de Bavière à son frère Heinrich. Arnolf avait su se mettre en grande faveur auprès de Heinrich , son nouveau seigneur partiaire , et il avait à oa si haut degré gagné sa confiance , que le duc, comme nous l'avons également raconté , lai remit l'administration du duché en partant poar l'expédition d'Italie. Arnolf avait consené cette administration même après le retour de Heinrich d'Italie, et évidemment à la pins grande satisfaction de celui-ci. Mais lui, Arnolf, n'avait jamais cessé de considérer la donation du duché , d'abord à Berthold , ensuite a Heinrich , comme un vol commis violemment A son détriment et à celui ses frères ; il avait consen»1
IJV. XV,
au fond de son âme la conviction qne le duché de Bavière , selon le bon vieux droit , appartenait à sa famille. Et les Bavarois partageaient, à ce qu'il semble, cette conviction. lis avaient été jadis un peuple particulier, indépendant; ils avaient formé un royaume à part; ils s'étaient enorgueillis de leurs princes héréditaires, nationaux. Ils n'avaient pas oublié non plus que l'empire teutsch avait pris naissance en Bavière; que la Bavière avait été le noyau autour duquel les autres peuples jteutschs s'étaient réunis en on empire , et que l'antique Ratisbonne , deux fois la résidence des rois , avait été considérée comme la capitale de cet empire. Aussi ne s'étaient-ils pas vu sans douleur imposer pour duc Heinrich, un étranger , un Saxon ; ils ne s'étaient soumis qu'à la force et aux circonstances, et le caractère et la conduite de ' Heinrich n'avaient pu les gagner. Au milieu de telles relations , le comte palatin Arnolf avait administré le pays avec une prudence d'autant plus admirable , que non-seulement en Bavière l'esprit national fut tout à la fois entretenu et contenu, mais qu'il conserva encore la confiance toujours croissante de Heinrich. Mais le moment présent lui parut favorable pour recouvrer l'indépendance de la Bavière , et pour remettre sa famille en possession du trône princier de son peuple. La lutte sanglante du roi contre son fila et son gendre , les esprits s'éloignant de la cause d'Otto, la haine et les instigations de Heinrich, tout enfin semblait annoncer plus que jamais un heureux succès, si on tentait de renverser la domination saxonne en Bavière.
Cette tentavive , le comte palatin Arnolf résolut de la faire. Il rappela dans leur pays les Bavarois qui se trouvaient dev ant Mayencesous les drapeaux du roi et du duc Heinrich. Les Bavarois , préparés depuis longtemps , reçurent cet appel dans le moment même où la douleur et l'indignation qu'avait causées la rupture des négociations par le fait de leur duc se manifestaient avec leur première vivacité. Us furent donc bientôt décidés. Ils communiquèrent leur résolution aux ducs. Luidolf ne crut pas devoir négliger cette occasion de répondre aux provocations méprisantes de son oncle. 11 laissa à son beau-frère la défense de la ville de Mayence , se joignit aux Bavarois qui abandonnaient leur duc, traversa le Rhin avec eux dans la même nuit encore , et les conduisit tout droit à Ratisbonne. Arnolf les atten-
it ; il les reçut avec la joie la plus vive ; et non-seulement Ratisbonne , mais aussi les autres villes et places fortes ouvrirent presque toutes leurs portes. Tout ce que Ton trouva dans le palais du duc Heinrich à Ratisbonne fut partagé entre ceux qui se regardaient comme vainqueurs ; la femme et les enfants de Heinrich , et tous ceux que l'on croyait dévoués à sa personne furent chassés du pays , et dans toute la Bavière , à ce qu'il parait , la domination do l'odieux Saxon eut un terme.
Le départ subit des Bavarois , avec le duc Luidolf à leur tète, mit certainement dans une perplexité mêlée de honte le roi Otto et son frère Heinrich. Le mal dont Heinrich avait été l'auteur et qu'Otto n'avait pas empêché ne pouvait plus être réparé. Ils ne pouvaient continuer le siège de Mayence; ils ne pouvaient laisser dans l'inaction , sans s'exposer au danger de les perdre toutes jusqu'au dernier homme, les troupes composées de Saxons, de Franconiens et de Lotharingiens qui étaient encore sous leurs drapeaux. Dans cet embarras , ils résolurent de lever le siège de Mayence, de marcher aussi rapidement que possible sur la Bavière pour sauver ce qui pouvait encore être sauvé , et en même temps de renforcer leur armée en ordonnant de nouvelles levées en Saxe. A peine toutefois s'étaient-ils mis en route , que le duc Kunrad , laissant une garnison dans Mayence , se rendit en toute hâte dans l'intérieur de la Lotharingie pour y rétablir son autorité et punir ceux qui passé du côté de ses ennemis et cherché i sa cause. II se dirigea sur Metz pour châtier cette ville de la conduite équivoque par laquelle l'évèque avait trompé sa confiance et ses espérances. Il s'empara de la ville, et se vengea. Et s'il ne fut pas assez fort pour contraindre toute la Lotharingie à reconnaître de nouveau son autorité ducale , il gagna du moins de nouvelles forces , et répandit de telles inquiétudes , que le roi ne put tirer aucun secours de ce pays.
En général , le roi ne tira ni honneur ni satisfaction de son expédition en Bavière. L'armée qui le suivait , ainsi que son frère , était découragée , du moins elle avait perdu l'esprit qui l'animait lorsque , trois mois auparavant, elle était entrée en campagne. Les revers essuyés devant Mayence n'étaient pas oubliés ; la défection des Bavarois avait produit une profonde impression ; la cause du duc Heinrich ,
HISTOIRE DU PKU'Ii: ALLEMAND.
que personne n'aimait , que personne ne respectait , n'excitait aucun intérêt ; l'hiver approchait et menaçait ces hommes épuisés de nouvelles fatigues qu'ils pourraient à peine supporter. Aussi les vassaux demandaient de plus en plus la permission de retourner dans leurs foyers ; et comme le temps durant lequel ils étaient obligés au service était expiré , le roi ne | pouvait refuser cette permission ; chaque jour les frères royaux so voyaient à la téte d'un moindre nombre d'hommes d'armes. Cependant ils se hasardèrent a continuer l'expédition, parce qu'ils comptaient sans doute sur un parti en Bavière, qui se lèverait et se déclarerait pour eux dès qu'Us paraîtraient. Ce calcul n'était pas entièrement faux ; des vassaux bavarois , particulièrement les ecclésiastiques , parmi lesquels Udalrich , évèquc d'Augsbourg , était le plus considérable , embrassèrent leur cause , et leur amenèrent leurs troupes. Mais cet avantage fut d'autant plus insuffisant, que ces hommes venaient avec des dispositions incertaines. Les frères royaux étaient hors d'état de prendre Ratisbonne, aucune forteresse , aucune ville ; ils pouvaient tout au plus donner cours à leur colère contre des villîiges et des hameaux. Bien plus , il parait qu'ils furent, bientôt contraints de repasser les frontières de la Bavière ; car ils durent voir dans l'inaction Luidolf quitter la Bavière parce que sa présence n'y était plus nécessaire , et revenir dans son duché pour augmenter ses forces ; ils ne purent pas non plus cm pécher le comte palatin Arnolf d'entreprendre une expédition sur Augsbourg pour punir l'évèque Udalrich d'avoir abandonné les Bavarois et embrassé le parti des Saxons. Il attaqua la ville , la prit , la pilla , et la garda en son pouvoir.
ta feule espérance des frères royaux , dans cet état de choses , se fondait sur les renforts qu'ils attendaient de Saxe ; cette espérance fut également trompée. Ilermann , le duc de Saxe , avait exécuté avec zèle et dévoùmcnt l'ordre du roi de faire de nouvelles levées. Deux comtes, Dietrieh et Wichninnn , devaient amener les recrues au roi. Mais leurs préparatifs n'échappèrent pas à la vigilance de leurs ennemis. Les deux ducs, Luidolf et Kunrad, accoururent, le premier de la Souabe , le second de la Lotharingie. Us réunirent leurs forces et attendirent l'armée saxonne. Lorsque celle-ci atteignit les frontières de la Franconie , elle fut surprise par
les troupes des ducs , cernée et forcée de se jeter dans une forteresse abandonnée , pour trouver quelque abri (5). Mais cette forteresse aussi fot attaquée et réduite a une telle extrémité , que les comtes , avec tous leurs hommes , semblaient n'avoir plus que le choix entre la mort et h captivité. Toutefois , un porte-étendard eut le bras brisé par la chute d'une roue; cet accident, dans lequel on vit un mauvais présage, décida les ducs à accorder aux comtes un armistice de trois jours , à condition toutefois qu'ils ramèneraient leurs troupes en Saxe. A peine cet armistice fut-il conclu , que les ducs s'efforcèrent de détacher ces comtes de la cause du roi et de les gagner à la leur. Ils furent écoutés d'autant plus facilement , que la position d'Otto , comparée à celle de son fils si jeunt et si actif, semblait désespérée, et que ce prince s'était aliéné les esprits par les odieuses passion; du duc Heinrich. \jà jeune prince prodigu aussi de grandes promesses; car il se croyait destiné à de grandes choses. Le comte Dietricb eut de fortes tentations ; mais le comte Wichmann passa du côté de Luidolf, quoique le roi se fût chargé de lui comme d'un Orphelin et eût pourvu à son éducation. Car il prétendait que son oncle, Hermann, duc de Saxe, l'avait dépouillé de son héritage paternel et loi avait enlevé sa fortune ; et il croyait pouvoir , par cette prétention , se justifier d'avoir abandonné le roi , sinon à ses propres yeux , do moins à ceux du monde. Aussitot .se joignit à lui son beau-frère , ce comte Ekbert, cousin do roi , qui avait été à Mayenco comme otage , mais qui , au lieu de revenir auprès du roi , était resté avec Luidolf. Et les deux comtes entrèrent en Saxe, fermement résolus û combattre le duc Hermann et à allumer en Saxe aussi la guerre civile. Le duc ilermann toutefois était un homme distingué par son esprit et son énergie. Les vues du comte Wichmann pouvaient d'autant moins lui rester cachées , qu'il s'était lié avec Ekbert, l'ennemi public du roi. Il agit contre lui avec fermeté et résolution , et prit avec prudence et vigueur des mesures telles , que la révolte n'éclata pas. Le roi Otto était désormais hors d'état de se tenir plus longtemps en Bavière. A la nom elle du sort de l'armée saxonne, sur l'arrivée de laquelle il avait fondé ses projets ultérieurs , et de la défection du comte Wichmann , il jugea a. propos de quitter la Bavière et les frontières de ce pays.
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