‹ Histoire d'AllemagneChapitre 42 sur 100 · DES HONGROIS · texte numérisé non relu

DES HONGROIS

L'an 95*.

Trois ans auparavant, Otto, roi des Teutschs, s'était trouvé grand et puissant , redouté des étrangers, respecté dans l'empire, honoré et aimé des siens ; maintenant tout était changé. L'expédition d'Italie avait eu des suites effrayantes, sorte d'avertissement donné pour . tout l'avenir aux rois et aux peuples teutschs. Cette campagne lui avait valu une épouse jeune et belle et le vain titre de seigneur suzerain de l'Italie supérieure; mais il s'était aliéné un fils chéri, il s'était fait un ennemi d'un gendre fidèle , il avait lancé de nouveau dans le labyrinthe des passions un frère qu'il venait à

une séance publique le duc Hcrmann et ses neveux au sujet des accusations que ceux-ci avaient portées contre le premier. Hermann parut justifié ; et, en conséquence, ses neveux Wichmann et Ekbert furent condamnés pour la guerre privée (fehde) qu'ils avaient suscitée. Le roi toutefois remit à tous le châtiment , et se contenta de faire garder le comte Wichmann dans son palais. Mais son propre frère , Bruno , archevêque de Cologne , songeait à se détacher de lui et à passer du côté de ses ennemis. Les indications que nous avons sur cette affaire sont assurément très-vagues , car Ton a cherché évidemment à dissimuler tout ce qui a pu être dissimulé ; mais on ne peut douter de la chose elle-même. Bruno en effet fit alliance avec ce même Kunrad auquel Otto avait ôté le duché de Lotharingie pour le revêtir lui-même de la dignité ducale. Peut-être Bruno regardait-il la conduite de son frère envers Kunrad comme injuste; peut-être voyait-il lui-même dans rembarras d'Otto une preuve de cette injustice, de sorte qu'en sa qualité d'ecclésiastique, de prince de l'Église , il hésitait à en recueillir les fruits ; peut-être aussi Kunrad le mit-il dans une situation tellement difficile, qu'il lui fut im-

peiae de forcer à la tranquillité , il avait éloi- possible de s'en tirer, puisqu'il ne pouvait

gné de lui d'autres parents. Son autorité dans l'empire était très-affaiblie. Toute la Bavière et toute la Souabe étaient perdues ; une grande partie de la Franconie et de la Lotharingie était entre les mains de ses ennemis ; en Saxe même une révolte n'avait été étouffée qu'avec peine. Tout ce qui auparavant reposait sur une base solide était devenu chancelant, et tout ce qui semblait décidé avait été remis en doute. Quelque grande que pût être la confiance d'Otto dans la fortune , qui précédemment l'avait plus d'une fois sauvé de grands dangers, il est difficile de croire qu'il ait franchi sans agitation et sans inquiétude le seuil de l'année nouvelle.

Et dans le fait le danger où Otto se trouvait, menaçait, au commencement de l'année , d'une manière plus formidable qu'auparavant , bien que sourdement. Le roi réussit , il est vrai , à maintenir la tranquillité en Saxe et à ramener tous les vassaux dans sa foi ; et il y réussit par la modération , par des manières bienveillantes, et particulièrement par la douceur et l'indulgence qu'il montra envers le comte Wichmann et envers tous les jeunes hommes qui avaient chancelé dans leur fidélité. Il entendit dans

recevoir aucun secours de son frère Otto : il fut convenu entre les deux princes que le second jour de Pâques , Bruno , de sa pleine volonté et par un engagement formel , couronnerait roi le duc Kunrad. Sans doute il s'agissait de rétablir le royaume de Ix>tharingie. 11 est encore à supposer, à cause de l'étroite alliance qui existait entre le duc Kunrad et le duc Luidolf, que celui-ci ne fut pas étranger à cette convention , mais qu'il l'approuva afin de s'assurer d'autant plus que son beau-frère et son allié resterait attaché à sa cause. Le silence des documents nous empêche de décider si l'on considérait déjà la chute du roi comme prochaine , ou si l'on réservait au duc Luidolf d'autres avantages et d'autres honneurs. Mais cette convention resta aussi sans résultats ; car un nouvel événement, auquel les ducs confédérés ne s'attendaient pas, changea la marche des choses, fit peser sur le Teutschland un nouvel et grand malheur, mais fut adroitement tourné contre les ducs et à l'avantage du roi et de son frère Heinrich. Les Hongrois firent une irruption dans le Teutschland au milieu de l'hiver , et avant Pâques, ils se trouvèrent déjà sur le Rhin.

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En racontant cet événement , les écrivains se prononcent aussi pour celui qui fut à la Ûn le plus heureux et le plus fort , moins assurément par affection pour la patrie commune qui ne pouvait trouver que dans le roi son unité et son union, que par admiration pour l'horamo, ou parce que dans la décision linale ils respectaient un jugement de Dieu. Ils ne disent pas quelle fut l'occasion de cette irruption des Hongrois : les Hongrois paraissent comme ils avaient paru aux époques précédentes. Mais les ducs Luidolf et Kunrad étaient convaincus que le duc Heinrich , frère d'Otto, avait excité ces barbares et les avait décidés à prix d'argent à de nouveaux brigandages. Et bien que l'on ne puisse nier que les Hongrois , qui n'avaient encore nullement .perdu le goût du pillage et du butin , et qui n'avaient pas encore oublié le riche produit de leurs anciennes courses , aient fort bien pu venir d'eux-mêmes à l'idée d'une nouvelle entreprise en voyant les troubles du Teutschland, le caractère envieux , vindicatif, intrigant de Heinrich ne rend nullement invraisemblable qu'il mit tout en couvre pour inquiéter son neveu Luidolf dans le duché qu'il n'avait pu défendre contre lui , et pour le lui arracher, ainsi que pour tirer de l'infidélité des Bavarois à son égard une vengeance terrible, même en recourant à des barbares aussi féroces que les Hongrois. Quoi qu'il en soit, Luidolf agit d'abord selon sa croyance , et plus tard Kunrad ; et comme ils agirent au grand jour tandis que Heinrich avait su cacher son jeu , on put sans peine et avec une apparente justice leur faire un nouveau crime de leur couduite.

Les Hongrois se jetèrent sur la Bavière avec une férocité et une rage qui ne s'étaient pas exercées depuis longtemps. Ils déployèrent la môme cruauté contre les grands et contre les petits, traitèrent avec le même mépris le sacré et le profane. Des milliers de familles furent traînées en esclavage ; le fer et le feu a la main , tous les crimes furent commis , et tout ce qui valait la peine d'être pris fut enlevé. Luidolf rassembla les Bavarois et les Souabes pour marcher contre ces redoutables ennemis et mettre un terme à leurs crimes; et comme jadis les Saxons seuls avaient opposé une glorieuse résistance aux Hongrois invaincus, les barbares , accoutumés maintenant aux défaites, auraieut certainement été repoussés par les forces réunies des Bavarois et des Souabes, si

PLE ALLEMAND

on avait permis au duc Luidolf de porter de ce seul côté toute son attention. .Mais dans le moment même où la lutte avec les Hongrois était à peine commencée , dans les premiers jours du mois de février , le roi Otto se mit aussi en mouvement avec une armée de la Saxe vers le Teutschland méridional. On dit, il est vrai , alors même ou dans la suite, que son intention était ou avait été de combattre les Hongrois , ennemis de l'empire : mais la grande hâte avec laquelle Otto avait réuni l'aimée en hiver, l'époque singulièrement prématurée où elle se mit en marche , et qui coïncida presque exactement avec l'irruption des Hongrois , étaient si frappantes a cause de l'inimitié qui existait entre le roi et les Bavarois, que Luidolf put bien être continué dans la pensée que , par l'entremise de Heinrich , Otto s'était entendu avec les Hongrois , et que l'expédition d'Otto n'était pas dirigée contre les Hongrois, mais contre lui-même. De pins, il y eut certainement aussi des menées et des intrigues en Bavière même ; il est difficile de croire que les partisans de Heinrich soient restés inactifs ; ils tâchèrent sans doute de gagner d'abord les indécis et les irrésolus ; puis de détacher les autres vassaux de Luidolf par des entraves , par des obstacles et par la séduction. Toutes ces choses décidèrent le duc Luidolf a renoncer complètement à la résistance contre les Hongrois , qui ne pouvait qu'amoindrir ses forces et le pousser plus avant dans les pièges de ses ennemis ; à faire avec les barbares un accommodement , et, afin qu'ils le ménageassent, Ini et ses partisans , à leur offrir volontairement ce qu'ils lui auraient aussi bien arraché par la force dans les malheureuses circonstances qui le dominaient. Les Hongrois , moins avides de combats que de butin , aimèrent mieux recevoir sans effusion de sang ce qu'ils n'auraient pu obtenir qu'en en faisant couler beaucoup. Luidolf leur promit une grande somme d'argent ; ils s'engagèrent a leur tour à éparguer ses possessions et celles de ses fidèles , et de ne traiter hostilement que ses adversaires et ses ennemis. Puis Luidolf donna aux Hongrois des conducteurs et des guide. Sous leur direction, beaucoup de crimes furent sans doute commis par les Hongrois contre les ennemis du duc et des siens. Mais de cette manière les Hongrois arrivèrent jusqu'au Rhin et passèrent ce fleuve. Le dimanche avant Pâques, ils étaient à Worms. Cependant l'argent avait étéréuui, et non sans

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